Dimanche 6 août 2006
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De quelque façon que l’on pose le problème, on arrive à la même conclusion : le cours de Bourse est l’actualisation d’un avenir
inconnu que l’on ne peut déduire. Ainsi décevra-t-on les esprits subtils qui souhaiteraient élaborer une véritable science du fonctionnement du Marché, en observant que les acheteurs en
Bourse sont des investisseurs à court terme qui s’inspirent peu de considérations à longue échéance. L’expérience atteste, de longue date, que la clientèle qui conserve ses titres à
long terme n’a qu’une vue sommaire de l’avenir et garde ses titres non par une
mûre réflexion mais par habitude, inertie ou incapacité à vendre en baisse 1 .
Ainsi, les interminables analyses sur les prix boursiers, qu’il s’agisse des transactions traitées, des cours affichés, des capitalisations, …, et toutes autres
sortes d’effets collatéraux, exogènes ou endogènes, doivent être interprétées avec la plus grande prudence : des populations hétérogènes aux comportements, aux horizons et à l’entendement
différents sont à l’oeuvre. Et, il serait paradoxal qu’une méthode empirique, voire scientifique, émergeât en Bourse, qui résulterait tout autant du comportement de gens qui ne la connaîtraient
pas, que de celui de professionnels, qui, la connaissant, agiraient précisément selon de tout autres principes.
Nul ne doit perdre de vue qu’à l’immobilisme de la grande majorité, épargnants au long cours, s’ajoutent le suivisme, parfois aveugle, des gestionnaires de fonds qui
ne souhaitent souvent qu’égaler l’indice. Sans oublier surtout l’extrême versatilité des « scalpers » et des « day-traders » 2 - acteurs de très court terme - que la réalité économique indiffère pourvu qu’elle produise des plus-values. En sorte que chacun hasarde sa
mise et prie que son pronostic advienne. Le vrai moteur du Marché est la spéculation : John Galbraith ne cessa de le marteler 3.
On voit bien sur les forums boursiers l’opposition entre les Analystes Techniques, qui aventurent des prophéties selon la compréhension qu’ils auront retirée de
leurs lectures chartistes, ergotant à l’infini sur des appréciations différentes, et les Analystes Fondamentaux qui tentent de déceler dans les données économiques l’évolution prochaine des
cours. Le Marché prend toujours tout le monde à contre-pied, et les premiers qui avaient raison sont les seconds qui auront tort. Qu’importe ! Après coup, chacun saura rendre les déviations
de cours ou les renversements de tendance intelligibles, et « ces explications relèveront de causes qu’il n’aurait pas imaginées seulement deux heures plus
tôt 4 ».
Voici une journée ordinaire à la Bourse de Paris : un fort gap débute la séance. Puis, à mi-matinée, survient un mouvement marquant, dans un sens ou dans l’autre, qu’aucune véritable actualité ne justifie : le mimétisme
opère alors, et remplace l’actualité qui précisément fait défaut. Ensuite et durant tout l’après-midi, des hausses puis des baisses sensibles, puis à nouveau des hausses. Comprenne qui
pourra : l’indice de confiance du Michigan ? Le raffermissement
du Dollar contre l’Euro ? L'errance du pétrole ? Le discours de Ben Bernanke ? Tout cela, vaguement ...
En réalité, nul ne sait ce qui aura généré, en quelques cotations, c’est-à-dire en quelques minutes, fortunes ou déroutes incomparables : un centime gagné sur
une ligne de 100000 warrants à un centime vaut un SMIC ! Dans un sens ou dans l’autre.
(1) Pierre Balley - « Mythes et
Réalités »
(2) Spéculateurs à la séance (les « scalpers » multiplient très rapidement les prises de position pour profiter des plus petites variations de cours)
(3) John Kenneth Galbraith - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »
(4) André Kostolany cité par Lars Tvede - « La Psychologie des Marchés Financiers »
(2) Spéculateurs à la séance (les « scalpers » multiplient très rapidement les prises de position pour profiter des plus petites variations de cours)
(3) John Kenneth Galbraith - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »
(4) André Kostolany cité par Lars Tvede - « La Psychologie des Marchés Financiers »






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