Le bolivar est mort, vive le bolivar ! Au pays du Libérateur, l’or noir est partout, aux abords du lac Maracaibo, sous la ceinture de
l’Orénoque jusqu'au tréfonds, qui dégouline et inonde le Venezuela d’une manne céleste. En cinq années, les cours internationaux du pétrole ont bondi, offrant à Caracas, qui en retire 90% de ses
recettes d'exportation, les moyens de mener ses affaires. Hélas, ce déferlement de liquidités s’est payé au prix fort, celui d’une inflation à deux chiffres, la plus culminante du Mercosur. En
sorte que la monnaie locale, sinistrée, changera de braquet dès janvier prochain : le bolivar nouveau en vaudra mille anciens 1 !
Voilà une partition connue ; elle fut déjà jouée, voici cinq siècles, depuis cette « Terre de Grâce » si prodigue en minéralités de premier aloi. Auri sacra fames 2 : toutes les richesses que les conquistadors kidnappèrentLa planche à billets
(1) La Tribune de l'Economie, le 05/09/2007 - « Le carry trade à la vénézuélienne »
(2) Auri sacra fames (Virgile) – L’exécrable faim de l’or …
Petite digression picorée chez Edgar Faure (1978) – « La banqueroute de Law » - Page 9 : « Certains auteurs ont attribué à l’or « un pouvoir d’attraction extra-économique, fondé sur les structures mentales et peut-être psychanalytique propres à leur temps » [Pierre Vilar, Or et monnaie]. Dans un célèbre passage, Michel Foucault attribue à la monétisation de l’or un caractère et une origine mystiques : « Les signes de l’échange, parce qu’ils satisfont le désir, s’appuient sur le scintillement noir, dangereux et maudit du métal … Le métal ressemble aux astres, le savoir de tous ces périlleux trésors est en même temps le savoir du monde ».
(3) Ibid La Tribune - Michel Didier, Directeur général de Coe Rexecode
(4) William Bonner (2004) - « L'inéluctable faillite de l'économie américaine »
(5) Alan Greenspan lui-même, également surnommé « l'économiste des économistes. »
(6) Eric Laurent (2006) - « La face cachée du pétrole »
Page 365 - « Les nationalisations et la prise de contrôle de leurs ressources naturelles par les compagnies nationales des pays producteurs ont modifié la donne : elles ne vendent plus leur pétrole seulement aux principales compagnies, mais à un grand nombre d'indépendants, traders et raffineurs. Ceux-ci transforment l'univers pétrolier en une spéculation permanente. Un tanker quittant le détroit d'Ormuz et qui met quatre-vingt-dix jours pour rallier son port de destination transporte une cargaison de brut qui peut être vendue et revendue plus de cinquante fois tout au long du parcours ».
Page 363 - « A Londres, sur le marché IPE, les spéculateurs peuvent opérer avec une mise de fonds représentant seulement 3,8% du montant de leurs achats. 1.000 barils à 40 dollars représentent une valeur de 40.000 dollars sur lesquels les acheteurs ne payent que 1.250 dollars (...) Les transactions accomplies sur ce marché correspondent à plus de cinq fois la production mondiale de toutes les variétés de pétroles. Contrôler les prix mondiaux du pétrole implique donc une mise de fonds dérisoire. Plus surréaliste encore, le Brent, le pétrole de la mer du Nord ne représente plus que 0,4% de la production mondiale : pourtant son prix spot détermine, lui, le prix de 60% de la production mondiale ».
(7) Indice de référence des Matières Premières calculé par Reuters/Jefferies depuis 1957
Panier de 19 contrats à terme sur 4 familles de matières premières : pétrole et énergie, métaux précieux, métaux et produits agricoles. La composition du panier est la suivante : pétrole brut (WTI), fioul, essence sans plomb, gaz naturel, or, argent, aluminium, cuivre, nickel, sucre, coton, cacao, café, blé, porc maigre, jus d'orange, soja , maïs, bétail.
(8) Le Monde, le 05/10/2007 - « Les cours des matières premières flambent ... »
(9) Alternatives Economiques, Décembre 2007 - « Inflation, le retour ? »
(10) La Tribune de l'Economie, le 05/09/2007 - « Ce que les économistes suggèrent à la BCE »
(11) Bulletin de la Banque de France, N° 152, Août 2006
Monsieur,
Je ne post jamais de commentaires sur votre site car je n'ai pas grand chose à dire. Toutefois, je voulais tout de même vous remercier pour la qualité de votre blog que je lis toujours avec plaisir. J'apprends énormément tout au long de vos posts et je vous en suis extrêmement reconnaissant.
En tant que thuriféraire de votre prose j'aimerai pouvoir lire vos explications liant les grandes données économiques : inflation, taux d'intérêts, marchés, chômage, taux de croissance ... Régulièrement par exemple je lis que la croissance rapide de la Chine pourrait entraîner une surchauffe de son économie, mais je ne comprends pas le lien de causalité !
En vous renouvelant à nouveau mes félicitations pour votre travail, je vous souhaite un bon week-end.
Au plaisir de vous lire.