Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Boursonomics

  • : Boursonomics
  • Boursonomics
  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
  • Contact

Visiteurs



Archives

Indices









14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 01:51



stgeorgedragon.jpgDepuis 1980, le Hulbert Financial Digest se pique de suivre les performances des lettres d'information confidentielles proposant d’investir en Bourse. Son scénario favori consiste à imaginer un épargnant qui, chaque année, réinvestirait son portefeuille en répliquant celui de la championne de l’année passée. Début 1982, notre candidat place 50.000 dollars sur les conseils de The Zweig Forecast, qui arbora un gain de 24,2% en 1981 ; puis début 1983, il change son fusil d’épaule, et rejoue son tapis sur On Markets, lauréate en 1982 avec une marge de 85,1% ! En 1988, il filera Puetz Investment Report, qui brilla en 1987 avec 663,7% ! Las, notre homme a toujours un coup de retard. Il dépérit, au rythme infernal d’une perte annualisée de 31,4% : fin décembre 2002, son capital n’équivaut plus qu’à 18,27 dollars
1 ! Tel qui réussit une année, faillit les suivantes. La main passe. On ne bat pas durablement le Marché.
 
L’issue de cette traque surprend peu ; les scores flatteurs d’une année, qui peuvent tenir du coup de Bourse, ne font pas souvent long feu. Ils peinent à être revus d’un bilan sur l’autre et se consument toujours sur des perspectives au long cours. Ainsi, l’opinion hautement éclairée, chèrement payée, des éditeurs de lettres d’information se heurte-t-elle à la réalité, incommode, qui nous rappelle que le confidentiel de ce commerce vaut surtout par ses résultats. A côté, notre épargnant actif aurait eu meilleur compte à singer l’indice large S&P 500 : durant la même période, celui-ci annualisa un gain de 9,84% ! Alors, on inventa les trackers, et une large palette d’outils financiers, regroupés sous la bannière de la gestion indicielle, consistant à maintenir un portefeuille dont la valeur reproduit la performance globale de l’indice de référence. Mais l’homme est ainsi fait qu’il ne se contente pas de demi-mesures, de gains racornis par les frais de transaction, assuré qu’il existe quelque part un gestionnaire suffisamment sincère et talentueux pour relever le défi. En 1980, le magazine Financial World, fit connaître le résultat de 132 conseils émanant de vingt analystes de haut vol parmi les mieux payés et les plus réputés de leur profession : le rendement moyen de ce portefeuille fut de 9,35% 2, quelque cinq points de moins que le S&P 500. La fleur des pois 3 n’était pas encore éclose, ni près de l'être !

B
attre le Marché ! Toutes les études aboutissent à des résultats remarquablement uniformes, de longue date. Depuis Alfred Cowles, qui s’échina un demi-siècle à démontrer la supériorité du Marché sur les praticiens, cette croyance en la chose possible motorise toutes sortes de services financiers ; quelques survivants émergent, petitement comptés, à la réussite éphémère. En 1968 par exemple, le fonds de Frederick Mates surpassa tous les autres, engrangeant 153% sur l'année, puis fut englouti dans le marché baissier des années qui suivirent 4 : fin 1974, il avait perdu 93% de sa valeur ! Tant d’obstacles, tant de détours pour n’arriver nulle part, tant de génie à la merci de la première infortune : quand il ne brise pas, le Marché résiste, inexpugnable ! Les chiffres sont intraitables, où que l’on regarde. En 1998, sur 7700 mutual funds gérant environ 5500 milliards de dollars, 95% n’arrivèrent pas à battre le Marché 5, sans que l’on puisse attribuer avec certitude quelque talent aux gérants qui le surpassèrent, quoique la rémunération de tous fût assurée. Fin 2001, la performance moyenne des fonds investis en actions fut inférieure de deux points à l’indice S&P 500, sur des périodes de dix à vingt ans 6. La cause paraît assez entendue, mais l’aventure continue. Car les vendeurs de panacées vivent toujours aux dépens de ceux qui les écoutent, salaires et charges compris.

Q
u’en est-il aujourd’hui ? En 2007, les meilleurs OPCVM ébouriffèrent, notamment ceux dérivant d'actions chinoises. La palme revint au produit Saint-Honoré Chinagora, qui afficha une progression de 117,40% sur l’exercice, supérieure à celle de l’indice composite Shanghai Index qui se contenta d’un gain de 99,66% ; mais les seize autres SICAV de la catégorie firent moins bien. Au Japon, le Nikkei connut une année horrifique, en recul de plus de 11% ; mais l’écrasante majorité (158/162) des SICAV en actions nippones affichèrent des scores pires encore ! En Allemagne, tous les fonds (15/15) échouèrent contre un DAX euphorique (+22,29%), tandis qu’un seul (1/48) déborda le FTSE à Londres (+3,79%). Enfin, 20% seulement des SICAV en actions américaines (25/312) vainquirent l'indice large S&P 500 (+3,62%). Au total, ce sont presque 95% de ces standards d'épargne boursière (524/555) qui sous-performèrent leur indice en 2007 7 ! Quant à l’hexagone, l’Association Française de la Gestion financière, qui pèse 1450 milliards d’euros en OPCVM, annonça, en avril 2007, qu’après huit années d’existence son indice FCPE 8 Actions France obtenait un gain annualisé de 5,5% contre 4,3% pour le CAC 40 9, oubliant que l’indice SBF 250, plus large et plus représentatif, avait quant à lui produit un gain annualisé du même ordre (5,5%). Bah, on faisait aussi bien, ce qui n’était pas si mal !

C’est à l'aube des années 1950, que les universitaires s’éveillèrent aux Marchés financiers, après qu’on eut exhumé les travaux de Louis Bachelier qui, un demi-siècle plus tôt, avait proposé une forme probabiliste des variations boursières, celle de la courbe en clocheLa courbe en cloche sonne Wall Street

(…) Au début du XXe siècle, Louis Bachelier, un jeune mathématicien français qui étudiait les variations de prix des bons du Trésor, nota que celles-ci se dispersaient avec régularité autour d’une occurrence centrale. L’histogramme qu’il traça prit la forme de la fameuse courbe de Gauss-Laplace, dont le contour est celui d’une cloche renversée. Il postula que les cours baissaient ou montaient à égale probabilité, tels un dé qui roule. Ce modèle, dit de « marche aléatoire », dormira un demi-siècle avant d'être exhumé par Paul Samuelson en 1954. La science du risque s'en empara, et ne manqua pas d'en rajouter (…) 
. Paul Samuelson associera ces variations de prix à un flux d’informations arrivant au Marché de manière aléatoire ; Eugène Fama parachèvera la théorie de l’efficience informationnelle ; d’autres, aussi fameux, seront de cette course aux armements. A partir des années 1970, les choses iront bon train, notamment sur la mathématisation du risque. Aujourd’hui encore, les débats sont vifs : cependant, les résultats ne sont pas probants, et l'imprévisibilité radicale des cours semble l'emporter à chaque fois. Les présents relevés montrent assez que de longue date, une gestion active n'a jamais paru à même d'assurer, sinon à la marge, une performance supérieure au Marché, à l'image de ces day-traders, spéculateurs d'un jour, qui, selon Merrill Lynch, subiraient des pertes dans 85% des cas
10 ; certes, Warren Buffet, l'oracle d'Omaha toujours pris en exemple, surpasse le commun : mais nul ne peut si souvent prendre un contrôle suffisant des sociétés pour mieux peser sur leur gestion ! Bref, tout le monde s’active ; hormis quelques météores, personne ne réussit. Si les Marchés sont imprévisibles, il n’y a rien à faire.

L
es performances passées ne présumant jamais de celles à venir, c’est un art bien difficile que de dénicher le gérant de fonds avant ses exploits. Après, c’est souvent trop tard. Car aucune stratégie avérée n’a été à ce jour dévoilée ; mieux même, aucune ne pourrait l’être qui ne fût immédiatement condamnée par le Marché, et son avantage spéculatif anéanti. Il faut s’y résoudre : tant qu’à ne pas battre le marché, tâchons de faire au moins aussi bien, puisque généralement il nous devance.

 

 

 

 
(1) Fundadvice.com, le 23/02/2003 -  « Chasing performance »
(2) Etude relatée dans Orientationfinance.com ;
(3) Fleur des pois : personne recherchée pour ses agréments, le nec plus ultra de ses charmes
(4) Time, le 03/01/1969 - « Checked Mates »
(5) Jacques Nikonoff (1999) - « La comédie des fonds de pension »
(6) Burton Malkiel (Edition 2005) - « Une marche au hasard à travers la Bourse »

Performance totale (en %) au 31 décembre 2001 – Moyenne des fonds en actions : sur 10 ans (10,98), sur 15 ans (11,95), sur 20 ans (13,42) – Indice S&P 500 : sur 10 ans (12,94), sur 15 ans (13,74), sur 20 ans (15,24). Source : Lipper Analytical, Wiltshire Associates, Standard & Poor’s et The Vanguard Group.
                                                                                  
(7) Source Boursorama – Evaluation au 04/01/2008 par Morningstar
(8) Fonds Commun de Placement Entreprise
(9) Bonnes performances des FCPE pour l’année 2006 (Indice RH)
(10) Roland Gillet, Ariane Szafarz (2004) - « L’efficience informationnelle des Marchés »  
        


 
Illustration
: Saint George terrassant le dragon



Partager cet article

Repost 0
Published by Marc Aragon - dans Mythes et Réalités
commenter cet article

commentaires

GREG (JnJ) 06/04/2008 15:08

Excellent post, félicitations !Warren Buffet et quelques autres autres l'ont prouvé. Le seul moyen de battre le marché est d'avoir une solide vision du futur (analyse systémique !) et de peser sur les entreprises dans lesquelles (ou tout simplement laquelle) on investiten fait, les Larry Elison (Oracle) Bill gates et autres battent le marché via leurs entreprises respectives car ils ont une vision, la font appliquer par le management et ont d'excelents résultats qui leur font dépasser le marché et leurs ..; concurrents

ugo 29/01/2008 17:40

L'ensemble du marché fait exactement l'indice du marché...sauf qu' il faut soustraire les frais de transactions et les frais de gestion....Ce qui fait une sacrée différence.

Marc Aragon 29/01/2008 21:36

Oui Ugo, les frais de gestion et les frais de transaction font une sacrée différence : quand on voit par exemple que le FTSE britannique a fait afficher une performance 2007 de +3,62% et que plus de la moitié des gérants sur actions anglaises, 24/48, ont fait au-dessous de -7,78%, on comprend que les frais pèsent lourds ; quand on voit que le S&P 500 a terminé l'exercie avec +3,62% et que plus de la moitié des gérants de Sicav en actions américaines, soit 166/312 tout de même, ont réalisé une performance inférieure à -8,15%, on mesure mieux encore le poids de la logistique ;Oui Azerty, 90% des SiCAV se contentent de répliquer leur indice, du moins je le suppose comme vous : on voit assez bien cependant combien elles y arrivent mal. Cependant dans mon article, je donne également l'exemple de lettres confidentielles (voyez l'introduction) purement théoriques sur lesquelles ne reposent aucun frais de transaction ni de gestion puisqu'il s'agit d'un trading de papier ; les résultats ne sont pas meilleurs, ce qui démontre selon moi que les frais de gestion, notamment de personnel, fournissent un alibi trop commode aux mauvais résultats d'ensemble.  Bien sûr, quand on voit qu'un Jérôme Kerviel, présenté comme un analyste du bas de l'échelle par les journalistes, touche 100.000 euros annuels soit 8 SMIC mensuel à 31 ans, on comprend définitivement qu'il devient très difficile de battre l'indice quand il est déjà naturellement très difficile de la faire en paper trading.Hl, concernant le long terme, jetez un oeil sur ce blog à Oceano Nox du 25/11/2007 ; Merci à tous de vos commentaires.

gigi 26/01/2008 19:13

Un indice est une moyenne de ce que fait marché. Si on totalise l'ensemble des intervenants (privés+sicav), alors fatalement, cela fait exactement l'indice ! Cela fait bien longtemps qu'on a remarqué, qu'en moyenne, les gérants font le marché, mais pas plus... même s'il y a des exceptions. Mais celle-ci ne sont pas infinies: il suffit pour s'en rendre compte de voir Richelieu, qui a surperformé le marché pendant des années, et qui pour faute d'avoir sous-performé récemment se retrouve avec de gros retraits de capitaux... La vie d'un gérant indépendant est dure !

hl 21/01/2008 03:10

La bourse est un investissement de long terme mais même ainsi il est presque impossible de battre les indices. En conclusion, même sur du long terme  il faut savoir sortir totalement de la bourse lorsque le marché est en tendance baissière ou neutre.

azerty69 20/01/2008 10:18

Ton article oublie de dire une chose fondamentale : 90% des sicav se contentent de répliquer à 90% leur indice de réference. Seul 5 - 10, 20% à tout casser restant libre de gestion. Si tu ajoutes les 2% de frais de gestion, les 2% de frais de commission sur les ordres d'achat vente qu'il faut faire tourner pour les profits de la banque emmetrice, les défaussages d'actifs "pourris" de la banque vers ses sicavs, le soutien de cours de certains titres via la sicav.Alors oui forcement, si on se contente de dupliquer un indice en lui appliquant des frais recurrents, il est impossible pour une sicav de battre un indice.Il ne s'agit pas de savoir si il y a des gestionnaire assez bon pour battre un indice. Il s'agit d'une preuve mathématique comme quoi il est quasi impossible de battre un indice.

Articles Récents

  • Nos chers emprunts russes !
    Alexandre III, tsar de toutes les Russies (1881-1894), ne goûtait guère l’influence étrangère, notamment allemande, que son père avait laissé tapir jusqu’aux confins de l’Empire. Cette germanophilie avait été en outre mal payée de retour lors du Congrès...
  • Le Glass Banking Act
    A partir de 1924, Wall Street se mit à flamber, et, sinon l’accalmie de 1926, la hausse ne cessa plus de galoper, jusqu’aux culminations que l’on sait. En mars 1929 cependant, la jeune Federal Reserve, sur qui pleuvaient quinze années de critiques depuis...
  • Ces Messieurs du Conseil
    Polytechnicien de haut parage ainsi qu’il convenait après que Napoléon eut estimé « dangereux de donner une scolarité avancée à des gens qui ne sont pas issus de familles riches 1 », le baron Louis Charles Georges Brincard (1871-1953) ne gâta aucunement...
  • Changement d'ère
    Le krach des krachs, qui expédia Wall Street au tréfonds à l’automne 1929, marqua durablement les consciences et stérilisa l'initiative financière pendant un bon quart de siècle. Puis, de nouveaux professeurs - Les Maîtres enchanteurs - (...) Au printemps...
  • LIBOR : en avant toute !
    La finance ne connaît ni répit ni paix des braves, et, de la coque au pont, chacun fourbit ses armes comme jadis les Cyclopes forgeaient les foudres. Point de bonace ici, ni davantage d’esthètes : la trombe et le branle sont la clé quand l’action est...
  • La science lugubre
    En 1834, toute opposition au pouvoir du Roi des Français avait été muselée, et mise hors d’état d’ourdir. La subversion politique était guettée partout, où qu’elle pût manigancer, jusqu’au Bas-Languedoc du fieffé Charles Teste, un citoyen poursuivi pour...
  • Hors du temps
    Louis-Philippe de France, né d’Orléans aura été le second 1 , et donc le dernier roi des Français, dirait-on-mieux, de quelques Français. Certes, mille ans de monarchie héréditaire avaient montré combien l’Ancien Régime considérait peu ceux qui n'étaient...
  • Fallaces et trompe-l'oeil
    Isaac Newton fit cette admirable promesse que le monde suivait une trajectoire déterministe, puis se fit ironiquement plumer dans le naufrage de la Compagnie des Mers du Sud en 1720. N’importe, cette fièvre de l’absolu étreignit les meilleurs esprits,...
  • Le cyber-concours de beauté
    Le brasseur Scottish & Newcastle attirait les convoitises de longue date, entre autres celles du danois Carlsberg et du néerlandais Heineken 1 , mais au printemps 2007 sa capitulation n’était pas encore à l’ordre du jour. La City regrettait le millésime...
  • Fat Cat Bankers
    Tim Geithner fut adoubé sans veillée d’armes et séance tenante : sitôt connue, sa nomination au Secrétariat au Trésor fouetta le Dow Jones, qui s'enchérit de 11,8%, sa plus forte marche en avant sur deux jours depuis 1987 ! Les banques, sévèrement éprouvées,...