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Boursonomics

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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 22:20


 

Nassim-Taleb-copie-3.jpgDans l'incessant cheminement vers les cimes que la compétition fait éclore, qui entraîne l’âme d’une émotion vers une autre, rien ne vaut plus dorénavant qui ne stupéfie l’opinion jusque dans les moelles. L’époque n’est pas au sacre de la multitude, sans éclat de gloire et tant éloignée de resplendir : la mode est à magnifier les gagnants, et certains sont de ces chefs-d’œuvre qu’on ne bâcle pas ! Partout, en tout présentoir où se vend du temps de cerveau disponible 1, on loue les success stories, on flatte les lauréats, on propose une tribune à ces conquistadors des temps modernes, et leurs prouesses sont contées par le menu dans des biographies complaisantes. C’est la coutume, et la Bourse n’y échappe pas : rien n’émerveille davantage en effet que l’argent, qui proportionne l'intelligence ! Les virtuoses de la plus-value sont confessés, leurs confidences et le dithyrambe publiés sans languir. S’interrogerait-on sur la clairvoyance de ces divas qu’on s'aviserait bientôt combien le cimetière des traders boursiers est diablement garni. Tant ils étaient nombreux au départ             - Géant casino -
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(…) Dans l’enchaînement chaotique des cours, chacun a sa chance : aucun pronostic n'est irrationnel à court terme tant la cyberplanète boursière paraît n'obéir à aucune règle permanente. Ceci permet à certains, qui opinent avec d'égales chances de réussite que tous les autres, d'obtenir à l'occasion des succès remarqués. Puis à tous les gobe-mouches de s'illusionner sur la vista des précédents. Quelques coups gagnants ne suffisent hélas pas : les traders d’exception sont généralement des survivants issus de la multitude qui trépigne : on se presse de publier leurs exploits, on relate leurs faits et gestes, on explique leurs méthodes. Celles-ci cessent alors de marcher (…)
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     - Boursonomics 05/04/2007 -

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« En trois ans, mon portefeuille est passé de 760 euros à un million d’euros avant impôt. Mon mode de vie n’a pas beaucoup changé pour autant 2 ». Sylvain Duport, ce trader qui remporta deux fois consécutivement les Trophées Capital de la Bourse, en 2004 et 2005, n’a donc pas perdu le goût du pain. Ni son éditeur, celui des affaires, qui fit ses choux gras en éditant chèrement le parcours du champion 3, sans que quiconque retînt quoi que ce fût dudit missel qui l’enrichît à son tour. Rien ne pouvait en effet transpirer d’un art si personnel, que l’auteur résume en peu de mots : « Je continue à penser que les critères de valorisation des actions ne veulent pas dire grand-chose : en Bourse, tout reste possible. Il faut faire appel à l'intuition comme à la technique 2 ». Ainsi en va-t-il de nos réussites, ou de nos plus-values, qui sont autant de preuves de notre discernement ou de notre savoir-faire, tandis que nos échecs relèvent toujours d’une traverse du destin, ou de la part aléatoire des processus boursiers. Face je gagne, pile quelle malchance 4 ! Les Marchés purement haussiers, notamment ceux de l’époque, qui exténuent la probabilité baissière, sont fortement sujets à ce genre d’illusion. Le gain y est connoté de maîtrise de soi, et le talent garanti d’origine. Quelques mirages, plus ou moins éphémères, peuvent alors apparaître en bonne normalité statistique. Puis le temps domine l’écart.

Quelques-uns avancent vers la lumière, et d’autres, les plus nombreux, vers la ruine. L’enthousiasme des rescapés n’a égal que le silence des disparus, qui ne comptent plus dans les statistiques, et se taisent. L’enrôlement de bleus est l’affaire des vestales du temple, qui s’y entendent pour nourrir le feu sacré. Voyez notamment Clickoptions, une filiale de la Société Générale, citée à l’arrière-plan dans l’affaire Kerviel 5, dont on ne sait plus si le métier est le jeu ou bien la finance
, qui ne craint pas d’afficher au jour le jour les gains parfois mirifiques de ses porte-drapeaux : des palmarès hebdomadaires et mensuels 6-1 affriolants attirent les traders comme les miroirs les alouettes. Au printemps 2006, cette Maison organisa sa Trading Cup, richement dotée afin que nul n’en ignore. Cependant, contrairement aux concours du genre dont la gratuité dédramatise l’enjeu, ladite Coupe imposait l’apport personnel d’un capital de 500 euros non garanti. Face au danger et à un CAC plutôt baissier, les résultats et le plan marketing 6-2 piquèrent du nez : sur 406 classés, moins d’un sur dix termina positif ! Tant d’efforts pour arriver nulle part ! Hé quoi, le réel sait montrer la rareté des châteaux en Espagne, aussi bien que le trading hyperactif, gorgé de commissions, sa grande précarité. Quelques survivants que l’imprévisible a placé là surnagent, et leur talent n’est pas établi. On les voit mieux, c’est tout.

Ah l’empire du hasard ! L’Antiquité l’avait pressenti, qui représentait la déesse Fortune les yeux bandés, debout sur une roue, aventurant le sort. Plus tard, Machiavel attribua à la chance 50% du destin des hommes, tenant la ruse et la bravoure pour le solde. Mais l’ère moderne, déterministe, réfute le sort et associe toujours la réussite à la raison : nous n’admettons la part du hasard que dans l’échec, jamais dans le succès. En 1988, des chroniqueurs du Wall Street Journal, puis d’autres, conçurent un portefeuille d’actions en lançant des fléchettes sur la page Bourse : ces fonds fléchettes surent assez battre le Marché  - Peut-on battre le Marché ? -
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(…) Voilà plus d'un quart de siècle que le Hulbert Financial Digest suit les scores des lettres d'information confidentielles proposant d’investir en Bourse. Les avancées ne sont pas évidentes. Son scénario favori consiste à imaginer un épargnant qui, chaque année, réinvestirait son portefeuille en répliquant celui de la lauréate du millésime précédent. En 1982, notre aspirant place 50.000 dollars en s'intéressant à The Zweig Forecast, puis rejoue son tapis en 1983 sur On Markets ... Hélas, fin décembre 2002 son investissement n’équivaut plus qu’à 18,27 dollars ! Tel qui réussit une année faillit les suivantes, voire disparaît tout à fait. La main passe. On ne bat pas durablement le Marché (…)
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     - Boursonomics 14/01/2008 -

! Warren Buffett avait quant à lui imaginé un concours darwiniste d’envergure : 225 millions d’américains engageant un dollar dans un pile ou face éliminatoire, et les gagnants remettant au pot dès le lendemain les gains amassés jusqu'alors. Vingt jours après, il ne resterait probablement plus que 215 joueurs à franchir le cap du million de dollars ! Alors, l’oracle d’Omaha 7 suppose qu’on questionnera ces gens d’exception, leur demandant d’écrire un livre expliquant comment ils ont transformé un dollar en un million en seulement vingt jours 8 ! Et de noter qu’un panel équivalent d’orangs-outangs n’eût pas accouché d’une moindre portée de singes savants. Ainsi, ce qui a l’apparence du talent et de la régularité n’est-il parfois que la conséquence du nombre 9.

Les Marchés boursiers sont l’univers de l’opinion, oublieux invétérés de la rationalité dont la doxa financière ne cesse de les parer. Et l’opinion est changeante ! L’avenir lui-même est imprévisible, et les lendemains boursiers en proie de surcroît aux manœuvres de l’espèce et aux dérapages incontrôlés du système ! Cette addition de paris improbables mène à un truisme : artefacts techniques       - Illusions graphiques -
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(…) Les graphiques boursiers ont envahi la place. Ils sont partout, en toutes tribunes où l'économie cotée s'affiche, dans nos journaux, sur nos écrans d’ordinateur, sur les chaînes de télévision. Ils dessinent des tendances, recommandent des stratégies, en dénient d’autres, et nul n'opinerait plus sans en avoir examiné les arabesques. Le temps n’est plus à Charles Henry Dow, précurseur du genre à Wall Street. Le presse-bouton est la règle, qui nourrit la planète de diagrammes multicolores, de courbes épurées, et d'autres indicateurs, sculptés et resculptés continûment, dans la fureur des Marchés. Les pistoleros du trading ne sont pas hommes ni femmes à louvoyer outre plus (…)
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     - Boursonomics 15/06/2008 -

ou anxiolytiques fondamentaux à portée, c’est égal, des paris seront perdus 10 ! La mise, continûment risquée, expose alors les gagnants de la veille à l’apologue simiesque de Warren Buffett. De sorte que le profit antérieur d’un magicien des Marchés ou d’une institution, qui intéresse les faiseurs d’argent et les vendeurs de rêve, ne nous apprend rien au premier regard sur ces orfèvres, sauf à connaître la taille de la population dont ils sont issus. Ainsi, à l’instar de Nassim Taleb, philosophe du hasard, lui-même ancien de Wall Street, confierions-nous volontiers la moitié de nos économies au trader d’exception qui émergerait d’un groupe de dix personnes, et sûrement pas le premier centime à tout autre qui fût exfiltré de milliers de ses semblables 11. Car la vérité pourrait tout simplement être que ce survivant a eu de la chance. Quelques Michel-Ange du trading, qu’on peine à apercevoir, sont peut-être tapis ici ou là : le vrai talent ne dépend pas de coups de Bourse ni des caprices de la fortune. Il est durable.

Les temps de crise nous montrent combien les traders d’exception évoluent au même rythme que le nombre de débutants : tous y sont moins nombreux. Tels, encore adulés la veille comme John Meriwether, ou tels autres comme Richard Bierbaum, météores du monopoly financier, qui avaient pu étourdir les foules au gré des épisodes spéculatifs, krachèrent avec les Marchés   - Détournements inaperçus -
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Voici une loi d'airain : les épisodes spéculatifs s’achèvent toujours par la multiplication des scandales, et cette mode trotte crescendo. Ainsi début 2008, Jérôme Kerviel prit-il sûrement une longueur d’avance à l’Internationale des traders fous ! En mars suivant, Bear Stearns fut immolée sur l’autel des pertes du subprime ; à l'automne on se hâta de sauver Freddie Mac et Fannie Mae, dont les cadres qui menaient grand train n’avaient pas eu l'heur de discerner la vraie nature de ces crédits pousse-au-crime ; Lehman Brothers n'eut pas cette chance et quitta urgemment les lieux. La mer s'était retirée : on vit mieux ceux des nageurs qui étaient nus, et on inventoria les détournements (…)
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     - Boursonomics 21/12/2008 -

. Rien n’est pérenne qui repose sur l’imprévisible : la multitude hasarde ses rescapés, puis les remplace ou non. L’avenir nous est définitivement celé.

 

 


 

(1) De Patrick Le Lay, PDG de TF1 en juillet 2004
(2) La Vie Financière, le 03 Novembre 2006 – « Sylvain Duport »
(3) Hervé Asparre, Sylvain Duport (2007) - «  Sylvain Duport : confidences d’un trader »

Sur son site Internet (www.edouardvalys.com/livre-sylvainduport.jsp), l’éditeur ne manque pas de battre le fer tant qu’il est chaud. Voici tel quel « Le quotidien d'un grand trader » dans ses comptes pour le mois de février 2006 (Bénéfices/Pertes exprimés en euros) : 15 février (+23.801) - 16 février (+73.400) - 17 février (+25.458) - 20 février (+51.924) - 21 février (-55.054) - 22 février (+26.504) - 23 février (+24.059) - 24 février (+56.000) - 27 février (+64.000), soit une moyenne de 30.000 euros de bénéfices par séance de Bourse. Qui dit mieux ? Ce virtuose du trading n’a pas a priori choisi de vivre de ses rentes : il semble qu’il ait été recruté peu après par le fonds Boussard & Gavaudan Asset Management LP, dont la holding mère Boussard & Gavaudan Holding Limited (BGHL) est domiciliée sur l’île de Guernesey.

 

(4) Mickaël Mangot (2005) - « Psychologie de l'investisseur et des Marchés financiers »
(5) LCI.fr, le 12/10/2008 - « Affaire Kerviel : que savait la hiérarchie de la SoGé ? »

 

« (…) L’avocate [Caroline Wassermann] cite également le cas des forwards contreparties face à ‘ Clickoptions ’ utilisées par Jérôme Kerviel alors qu'il ne pouvait statutairement le faire en tant que professionnel. Clickoptions est en effet une filiale de la Société Générale qui ne traite qu'avec les particuliers … »

 

(6) Site officiel de Clickoptions (www.clickoptions.com)

 

Rubrique Palmarès – Au cours des douze derniers mois, les dix meilleures performances hebdomadaires répertoriées font état de gains compris entre 27.158 et 66.504 euros ; le record mensuel courant (Février 2009) ressort à 120.372 euros.

 

Rubrique ClickReview - Le bulletin mensuel qui cornait la Trading Cup (N°28, Mai 2006), dotée d’un Boxster Porsche d’une valeur de 45.411 euros TTC, et de 10.000 euros aux vainqueurs mensuels, ne reparut plus avant mars 2007 où il reprit sa périodicité mensuelle. Nulle trace des résultats du jeu ne fut consignée dans aucun exemplaire de ce bulletin. Pour mémoire, sur 406 traders classés, 38 seulement affichèrent un gain (et encore le 38ème termina-t-il à +0,11%). Le 25ème réalisa une plus-value de 6,95%.

 

(7) Surnom de Warren Buffett, investisseur boursier qui compte parmi les hommes les plus riches du monde
(8) Warren Buffet (1984) - « The SuperInvestors of Graham-and-Doddsville »
(9) Peter Bernstein (2000) - «  Des idées capitales »)  
(10) L’Expansion, du 15/02 au 01/03/2001 – Interview de Pierre-Noël Giraud – « Les Marchés financiers sont devenus ...»
(11) Nassim Nicholas Taleb (2005) – « Le hasard sauvage »

 


 


Illustration
: Dés qui roulent extrait du site Gambling Planet

 

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Published by Marc Aragon - dans Mythes et Réalités
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commentaires

best argan oil 21/10/2014 13:14

Les références personnelles réelles doit être formaté en fonction du type d'écriture approprié. Les variations d'écriture réels sont nombreuses et variées. La réelle avec des détails de mots doit aussi être étroitement liés les références personnelles particulières décrites dans la liste de bibliographie.

speakerpedia.com 12/09/2014 08:45

au disponible 1, on loue les success stories, on flatte les lauréats, on propose une tribune à ces conquistadors des temps modernes, et leurs prouesses sont contées par le menu dans des biographies complaisantes. C’est la coutume, et la Bourse n’y échappe pas : rien n’émerveille davantage en effet que l’argent, qui p

cure for snoring 23/06/2014 09:09

Well the life of Mr.Hasard was indeed a really good study material that could be said as a text book material. Well most of you would not have known him until you saw this article. So I would say that it is a really good work that the website is doing right now.

Manier 26/01/2010 11:11


Bonjour!
Interessant votre concepte,
ca vous interesse un échange de liens?

Cordialement.


kolclink 10/01/2010 16:09


 RECO (oui je sais... je suis le benchmark de la betise).

Bonjour Marc, toujours aussi interressant et gouleyant. Bien que je partage un peu plus modérément sur l'AT qui somme toute ressemble à une vague carte routiére, mais qui indique toutes les routes,
pas la direction au final.


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