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La doctrine du libre-échangisme de David Ricardo postule que tout échange apporte un plus aux échangistes - sinon il n’y aurait pas d'échange -, et que celui-ci permet de réaffecter les facteurs de production de façon plus efficace. Chaque nation a donc intérêt à se spécialiser dans la production des biens pour lesquels elle a l'avantage absolu, et à les échanger contre d'autres biens, avec d'autres nations. Le travail, c’est-à-dire la productivité, fait partie de ce paquetage libre-échangiste, et sa réorganisation au niveau planétaire porte un nom bien moderne, qui sonne parfois comme un glas : la mondialisation.
Dans cette nouvelle répartition mondiale, le centre, le cerveau - l’estomac surtout -, se trouvent au Nord, et les membres - les bras surtout -, sont au sud, en Chine ou dans les pays émergents. Nous sommes bien au cœur du problème. Mais en bonne cousine de l’économie libérale, qui ignore souvent les faits perturbateurs, la théorie de Ricardo exclut l’existence de rendements croissants - « Plus je produis et moins cela me coûte » -, qui conduisent tout droit au monopole naturel : Microsoft est un bon exemple de monopole international, qui accroît sa taille, ses profits, et diminue ses coûts au fur et à mesure qu’il envahit les places étrangères. Le textile chinois aussi.
A première vue, la limite de la théorie serait le fait que les chinois produiraient tout mieux que nous et moins cher. Et que de proche en proche, exterminant la concurrence sur tous les terrains commerciaux, la Chine imposerait sa prééminence économique, parce que la taille du prédateur et l’ampleur du marché favorisent le conquérant et le rendent plus apte à la conquête. Fin de l’épisode Ricardo : la Chine d’aujourd’hui n’est ni le Portugal, ni l’Angleterre du XIXème siècle et la régulation politique des Etats comme les règles internationales du commerce prennent le pas sur le marché omnipotent de l’économie savante. Il était temps.
L’Union européenne a lourdement condamné Microsoft. A l’été 2005, CNOOC (China National Offshore Oil Corporation), l’une des principales compagnies chinoises a voulu acheter une société pétrolière américaine, Unocal. Au pays du libéralisme affirmé, du Marché-Roi, que croyez-vous qu’il advint ? Le Congrès des Etats-Unis blackboula l’offre, CNOOC rengaina ses gaules, et Chevron, dont l’offre était inférieure à son concurrent chinois, remporta la mise. Le libre-échangisme a ses limites.
L’excédent commercial chinois s’est établi à 101,8 milliards de dollars en 2005. En comparaison, celui de l’Allemagne s’établissait à 160,6 milliards d’euros - (les USA, qui ne laissent pas d’inquiéter, ont fait afficher eux un déficit de 726 milliards de dollars ! -). La Chine est extrêmement compétitive sur certains produits mais importe lourdement dans les secteurs technologiques (électronique notamment). Retour de Ricardo, rien n’est simple : spécialisation dans les domaines respectifs d’excellence des Etats, dans l’attente de la réduction du différentiel social. Car il est aussi possible que les chinois aient un jour envie de gagner davantage, de mieux se soigner ...
Il appartient aux Etats d’uniformiser le bien social : que nos sociétés flexibilisent le travail n’exclut pas que d’autres augmentent les salaires du leur. L’homme, c’est-à-dire le politique, doit prendre son destin en main : le marché ne le fera pas tout seul.
A ce compte-là, la Chine n’est pas un danger mondial. C’est peut-être même l’inverse.
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