Le temps est-il le meilleur ami de l'investisseur ? Pas sûr ! Les marchés financiers ne font jamais les choses aussi vite qu’on le désire, et malheureusement tout le monde n’a pas le temps d’attendre. Particulièrement l’homme qui est mortel, généralement, changeant surtout. Les hasards de la vie font que nos projets vont et viennent et que le temps n’est pas toujours donné aux capitaux de produire les effets qui conviendraient à nos affaires. La patience autant que la mémoire sont souvent brèves en matière financière.
Regardons l’Histoire. Nous apprend-elle quelque chose ? Que quinze années auront été nécessaires en 1929 avant que les blue chips de l’époque ne soient remises à flot. Certes, en 1987, il n’aura fallu que deux ans pour que le Dow Jones et ses trente sociétés retrouvent leur niveau d’avant octobre 1987. Quant à la bulle technologique de 2002, voici maintenant 4 ans et les Alcatel, France Telecom, Cisco, Vivendi et consorts demeurent encore à mille lieues de leurs cours antérieurs. Qui va parier sur la blue chip Total à long terme avec les menaces sur l’approvisionnement du pétrole et les risques géopolitiques ? Les actions sont-elles le meilleur placement possible à (très) long terme ?
Quelques actions sûrement ... mais nul ne sait lesquelles !
Timothy Bancroft fit fortune en bourse au milieu du XIXème siècle. Ce spéculateur américain avait fait sienne la philosophie suivante : « Achetez de bons titres, mettez-les en portefeuille et oubliez-les ». Des bons titres, n’est-ce pas ce dont on entend à longueur de journée sans que personne ne se prononce vraiment sur ce que cela représente. Non ? Par de bons titres, le nommé Bancroft entendait « des titres représentant le négoce de marchandises essentielles dont l’Union et le reste du monde auront toujours besoin en grande quantité ». Bancroft était un fondamentaliste au sens moderne du terme. Il laissa une fortune de 1.355.250 dollars sur le papier, une somme colossale pour l’époque. Mais lorsque son actif fut réalisé, ses titres « Gold Belt Mining », « Carell Company of New Hampshire » et « American Alarm Clock » ne valaient plus rien. Son patrimoine avait fondu comme neige au soleil 1...
Fondamentalistes et investisseurs à long terme, ne soyez assurés de rien ... et ne négligez jamais ce que la bourse a d’essentiel : le timing. Vous vous arc-boutez sur un titre en attendant qu’il atteigne ce que vous pensez être sa valeur. Et pendant que vous attendez, les fondements de vos analyses peuvent changer radicalement. D’évidence, la réalité boursière n’est pas ce long fleuve tranquille, menant continûment et sans souffrance à une juste valorisation des cours des entreprises. Des incidents de parcours, des mouvements erratiques sont assurés. Des portefeuilles voleront en éclats avant terme ! Le temps est ainsi compté, qui renverse à chaque fois les stratégies au long cours. Et ce qui peut sembler sain et prometteur aujourd’hui peut perdre toute sa valeur alors même que l’investisseur fondamentaliste attend avec impatience.
Les descendants de Timothy Bancroft n’eurent rien.
Harry Markovitz, relayé plus tard par William Sharpe, l'un de ses élèves 2, développa en 1952, toute une théorie de construction d'un portefeuille optimal (dit portefeuille efficient ou superefficient sans que le terme efficient ait à voir avec le marché efficient qui est une autre notion – c’est ici un terme de recherche opérationnelle -). La conclusion du second fut qu'on ne peut jamais battre le marché en dehors d'une prise de risque déraisonnable 3. Si l'on se place dans cette optique, il faut entendre que c'est donc le marché dans son ensemble qui « décide » et non une sélection aussi astucieuse que possible, peu covariante ou non. On ajoutera que les inconnues mathématiques sont nombreuses pour la construction d'un portefeuille Markowitz, qui ramènent l'exercice à une curiosité universitaire.
Trois à six mois est pour moi un terme optimal. Qui sait d'ailleurs ce qu'il sera demain ...
(1) Lars Tvede - « La psychologie des Marchés Financiers »
(2) Peter Bernstein - « Des Idées Capitales »
(3) Benoît Mandelbrot - « Une Approche Fractale des Marchés »
Bonjour,
Vous démontrez que l’investissement sur le long terme ne garanti pas un retour escompté à 100% pour une date donnée. Les krachs à répétition repoussent de manière certaine les espérances des investisseurs. Vous conseillez de vendre au plus haut et d’acheter au plus bas avec un espace temps de 3 à 6 mois, une stratégie comme une autre puisqu’en fin de compte, vous ne battrez pas le marché aussi.
Un portefeuille efficient ne donne aucune garantie de succès car les événements du passé ne se reproduisent pas à 100% dans le futur. La théorie de la courbe en cloche a été balayée avec l’affaire LTCM et par les modèles fractals. Sauf erreur de ma part, les modèles fractals ne sont, en pratique, pas utilisables ?
Le hasard n’est-il finalement pas la seule réponse rationnelle face à ce marché incontrôlable pour le commun des mortels ?
http://www.marc-aragon.net/article-12411125-6.html#anchorComment
Vous démontez toutes les théories de type fondamentale, technique, de long terme ou de court terme, vous avez tout à fait raison. L’avenir ne peut pas être prédit et ceux qui croient le contraire sont aveuglés par leur génie intérieur.
Sauf erreur de ma part, vous ne faites pas référence, ou plutôt, ne prenez pas position de manière univoque sur la diversification des actifs pour la répartition du risque. Vous mentionnez certains personnages de l’histoire, dont Keynes je crois, qui n’était pas très favorable à la diversification. Pourtant tout le monde prône les biens faits d’un portefeuille diversifié. Est-ce un mythes ou une réalité ?
J’ai lu vos écris à ce jour, comme tous vos lecteurs, j’ai énormément de plaisir à vous lire. Je vous félicite pour ce travail de grande qualité, vous en remercie et suit heureux de faire partie de vos nouveaux lecteurs assidus.