Dimanche 20 août 2006
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Le CAC 40 fit du mieux qu’il put pour achever l’exercice 1999 en fanfare, c’est-à-dire au-delà des 6000 points. Un plus haut en séance à 5979,54 points laissa
supposer le fait : las, on se replia pour clôturer finalement à 5958,32 points. Mais les boursiers ne sont pas hommes à paresser : dès le 03 janvier de l’année nouvelle, on débordait en trombe cette barre symbolique à
l’ouverture, et même, sans musarder, celle des 6100 points en séance, avant de retomber à 5917,37 points. Pour autant, ce lundi-là fut-il une journée exceptionnelle à la Bourse de Paris, qui vit
l’indice produire une différence de plus de 200 points entre son plus haut et son plus bas, soit un écart en séance de 3,39% ? La réponse est non : sur les 1694 séances qui s’écoulèrent
ensuite, jusqu’au 18 août 2006, 177 firent afficher un écart supérieur à 3%. Les zigzags sont de mise en Bourse, aussi bien que l’humeur des traders est changeante.
Si l’on regarde de plus près ces chiffres, on observe que la médiane des variations en séance pour le CAC est de 1,39%, ce qui signifie que 847 séances se sont
achevées sur une moindre variation intra-quotidienne de l’indice, et tout autant ont clôturé au-delà. La palme revient au mardi 06 août 2002 où le CAC signa un écart « intraday » de
9,13%, avec un plus bas à 3013,80 points et un plus haut à 3288,97 points. Cette journée-là fut haussière : +5,44% par rapport à la veille, ce qui ne constitue pas le record de variation
d’une séance à l’autre, détenu par le vendredi 14 mars 2003 avec une hausse de 7,25% ! Ces chiffres sont vertigineux : ils donnent à penser que tous les produits boursiers à forts
effets de levier, apanage des marchés dérivés exotiques, sont
hautement dangereux, exceptionnels aussi bien que mortifères, qui peuvent ruiner les investisseurs en une seule journée.
Dans l’infinie variété des produits optionnels, quelques-uns permettent de jouer la stabilité, c’est-à-dire le principe que le cours de l’actif contingent restera
confiné dans un intervalle sans jamais le franchir avant une échéance convenue d’avance. Ce sont des « tunnels » 1 chez
les uns, des « corridors » chez les autres, des produits natifs ou de synthèse : on le voit, l’ingénierie financière n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de rameuter le ban et
l’arrière-ban des traders. Et il lui faut déployer des trésors de conviction, car l’espérance de vie de ces produits est ténue, et les plus-values envisagées moins rutilantes que prévu. Les faits
sont têtus tout autant que les chiffres : les jours de ces objets ludiques sont toujours petitement comptés.
Imaginons qu’au soir du 30 décembre 1999, nous soyons convaincus que le CAC va entrer dans une période de stabilité, qu’il va « consolider » selon les
termes idoines. Nous choisissons de miser sur un tunnel avec des bornes à +/- 2,5% autour de la clôture à 5958 points, c’est-à-dire [5810–6105]. L’affaire fait long feu : le 4 janvier, soit
deux séances entières après la pose, le CAC dynamite le pari en terminant à 5672,02 points. Fait exceptionnel ? Sûrement pas ! En analysant cette hypothèse de construction de tunnel sur
le CAC jusqu’au 30/06/2006, c’est-à-dire sur 1659 observations, on constate que 50% des tunnels sont annihilés en 4 séances, 75% en 9 séances, 90% en 17 séances ! Ces chiffres sont analogues
sur tous les indices boursiers (DAX, NASDAQ, …), que l’on a ici préférés aux valeurs actions pour éviter l’évènementiel trop causal (résultats, dividendes, rachat d’actions, …).
A contrario, voyons l’hypothèse des produits récompensant les variations, à la hausse ou à la baisse : si nous avions choisi le repli des cours, le marché nous
aurait effectivement donné raison dès le 04 janvier comme on l’a vu. Cependant, en cas de choix inverse, il aurait fallu attendre le 03 février, soit 24 séances avant de voir le pari se réaliser
(clôture à 6149,67 points). Et tout le monde n’a pas le temps d’attendre : car dans l’entre-deux, le prix de l’option dérive vite, aux prises avec la volatilité, la valeur-temps et d’autres
paramètres plus obscurs. Au total, sur les 1659 séances de référence, il faut en moyenne 12 séances, à la hausse comme à la baisse, pour remplir l’objectif une fois sur deux. Autrement dit,
chacun a une chance sur deux qu’un pari de cette nature réussisse en moins de 12 séances ; et tout autant, que ce pari réussisse au-delà, ou non, avant l’échéance convenue.
La solution la plus efficace serait donc de jouer l’exact contraire d’un tunnel, c’est-à-dire l’hypothèse de sortie du cours par le haut ou par le bas de la
fourchette : cette construction, appelée « strangle » correspond à l'achat simultané d'un « call » (pari à la hausse) et d'un « put » (pari à la baisse) de même
échéance et à des prix d'exercice différents. Une telle figure, contre-pied du tunnel, remporterait donc la mise en moins de 4 séances dans 50% des cas, en 9 séances au plus dans 75% du temps, et
dans 90% des cas en 17 séances ! C’est bien sûr sans compter sur l’intérêt propre des fournisseurs d’options, qui ont compris de longue date que le calme plat n’était pas le pain
quotidien des Bourses : aucun d’entre eux ne propose ce type de produit à ce jour. Les aficionados n’auront d’autre choix que de les confectionner eux-mêmes, dans des conditions de
réalisation détestables : objectifs (« strikes ») inaccessibles, primes démesurées et évaluations impénétrables. A vous de jouer !
(1) ClickOptions, filiale de second rang de la Société
Générale
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