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Dimanche 27 août 2006 7 27 /08 /Août /2006 00:15
 
 
La Bourse fit la fine bouche ce 15 février 2006 : BNP Paribas qui venait pourtant d’annoncer un bénéfice record pour le millésime 2005 recula de -2,50% ; TOTAL qui afficha le meilleur résultat annuel jamais enregistré par une entreprise française - 12 milliards d’euros -, se replia d’un demi point. Seul Danone, qui tripla ses bénéfices, vit son cours croître (+1,4%). Au-delà de ces résultats boursiers, conformes à l’idée que l’économie n’est qu’un optimum de second rang pour les investisseurs, tout entiers tournés vers le marché lui-même, on se réjouira assez que nos majors aient accru de 20 à 30% leurs profits par rapport à l’exercice 2004 1. Deux questions peuvent être posées : d’où viennent ces bénéfices et où vont-ils ?
 
 
En économie de marché, le profit est vital. Pour Milton Friedman, néolibéral jusqu’au-boutiste, c’est même l’unique raison d’être d’une entreprise, au-delà d’un but social jugé subalterne. Mais le « superprofit », qui fait des envieux partout, à juste titre ou non, suscite immédiatement des interrogations existentielles sur son origine et sa destination. Et s’il se fait que les bénéfices de nos fleurons industriels sont comparables à ceux de leurs concurrents étrangers, c’est parce qu’ils sont de moins en moins français 2 … Dans un marché mondial en peine expansion, avec parfois des croissances à deux chiffres, la majorité de ces profits, et l’essentiel de leur progression, proviennent de la dynamique internationale. Les PME, moins présentes à l’export, font d’ailleurs beaucoup moins bien, qui durent composer avec une croissance intérieure à peine supérieure au pourcent en 2005.
 
La réalité semble donc que les entreprises ne font pas assez de profits en France : celles qui en ont les moyens, à commencer par les vaisseaux amiraux du CAC 40 sont donc tentés par l’aventure au grand large, celle-là même que David Ricardo, libre-échangiste et libéral au cœur plus tendre, redoutait déjà pourtant au XIXème siècle. En conséquence de quoi, les dirigeants de ces grandes compagnies se montrent absents des grands débats nationaux tandis qu’ils devraient se faire entendre, comme aux Etats-Unis ou en Allemagne. A commencer sur la destination qu’ils comptent donner à ces profits.
 
Pour l’heure, il semble que l’on entende davantage l’actualité des rachats d’actions que celle de projets d’investissements dans les hommes, les innovations et les équipements. TOTAL, est particulièrement actif sur ce terrain capitalistique, qui se montre l’investisseur le plus actif sur son propre titre : depuis le début de l’année, le pétrolier en a racheté pas moins de 52,12 millions, au prix moyen de 52,16 euros par titre, ce qui représente 2,15% de son capital. Ainsi la compagnie aura-t-elle affecté plus de 40% du bénéfice net (corrigé des effets de stocks), à ce type d'opération, lui ayant consacré 2,72 milliards d'euros depuis le début de l'année. En comparaison, ses investissements au cours de la même période se sont élevés à 5,53 milliards d'euros 3. Pour l’essentiel, la pratique du rachat de titres permet de soutenir le cours de bourse et de faire des économies de dividendes tout en augmentant le rendement servi. ExxonMobil, par exemple,  a également annoncé qu'il rachèterait pour 7 milliards de dollars de ses propres actions au troisième trimestre, « afin de soutenir son cours et d'augmenter le bénéfice net par action pour les titres restant en circulation » 4. Un effet que l'on appelle relutif.
 
S’il advenait que la stratégie à long terme des chefs d’entreprise dût se limiter, ou faire la part trop belle, à un arbitrage entre dividendes et rachat d’actions, alors on pourra craindre que des pouvoirs publics, moins néolibéraux, jugent raisonnable, souhaitable ou légitime d’y mettre leur nez pour le compte de la collectivité. Au risque de créer une « supertaxe » sur les « superprofits ». Car, s'il est clair que les 2,72 milliards d’euros que TOTAL a consacré aux annulations de ses propres titres auront satisfait l’actionnariat, il l'est tout autant que d’autres projets, sociaux ou non, en auront pâti.



 
(1) La Tribune de l'Economie, le 16/02/2006
(2) Les Echos, le 16/02/2006

(3) Le Journal des Finances, semaine du 25/08 au 01/09/2006
(4) Communication institutionnelle du groupe ExxonMobil lui-même

 
 
Par Marc Aragon - Publié dans : Chroniques
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