Vendredi 1 septembre 2006
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Les prix du pétrole ont nettement reculé entre le 28 et le 31 août dernier, aussi bien à New York, sur le Nymex, qu’à Londres, par contrecoup : le « Light Sweet Crude Oil » et le « Brent » de la mer du Nord d’échéance octobre 2006 ont tous deux reflué sous les 70 dollars, depuis que les marchés ont acquis la certitude que le premier cyclone de la saison, Ernesto, éviterait les infrastructures pétrolières du golfe du Mexique d’où proviennent 1,5 million de barils par jour 1, soit 25 à 30% du brut consommé aux Etats-Unis. Les opérateurs gardent en effet en mémoire les ravages causés par les ouragans Rita (24/09/2005) et surtout Katrina (29/08/2005), qui avaient fait s'envoler les prix du brut à des niveaux record, après que leur passage eut détruit ou très endommagé 165 plates-formes pétrolières sur les quelques 4000 à l’entour l’été dernier : ce qui représentait encore fin juin 2006, une perte d’environ 10% de la production pétrolière et gazière off-shore 2 par rapport à l’année passée.
Les services météorologiques américains ont revu leurs prévisions cycloniques 2006 à la baisse. Ils confirment en revanche leurs prévisions d’une saison supérieure à la normale, notifiant la formation de 12 à 15 tempêtes baptisées, avec 7 à 9 ouragans, et finalement 3 à 4 cyclones majeurs dans le Golfe du Mexique d'ici fin novembre 3. Ainsi, à l’approche de la phase la plus active de la saison cyclonique, qui a débuté dans l'Atlantique début juin et s'est pour l'instant montrée clémente, les compagnies pétrolières sont sur le qui-vive et dans l’angoisse des tempêtes à venir. Il est vrai que la production de pétrole et de gaz peine à surmonter la dévastation de Katrina. Les raffineries, véritable goulet d’étranglement du système pétrolier américain, remontent peu à peu en puissance ; les plates-formes, dont la plupart qui furent abîmées dataient d’avant 1988, recommencent à travailler, mais certaines en partie seulement et depuis peu, comme la plate-forme géante Mars exploitée par Shell.
Le problème majeur demeure qu'aucune raffinerie n'a été construite depuis trente ans sur le sol des Etats-Unis. Entre 1981 et 2005, le nombre de raffineries sur l’ensemble du territoire est tombé de 324 à 148, quoique dans le même temps la capacité de raffinage ait crû de 15% 4. Ainsi, si un cyclone de grande ampleur terrifie de toute évidence les autorités fédérales, qui ont estimé les dégâts de Rita et Katrina entre 18 et 31 milliards de dollars, chaque accident mineur ou interruption de la production, soit-ce pour cause d'entretien, a pour effet immédiat de faire flamber les cours de l'essence et par ricochet, du brut ! Début août, une tempête tropicale en formation dans l'Atlantique, qui s'avéra sans conséquence, avait suffit pour pousser sensiblement les prix à la hausse. Pour l'instant, les craintes suscitées par l'approche de la nouvelle saison d'ouragans paraissent mesurées : les marchés à terme du pétrole, très sensibles, semblent apaisés. Mais « qu’une pénurie de 2 à 3 millions de barils par jour pendant un mois se manifeste, et le prix du baril grimpera à 100 dollars », a estimé Fadel Gheit, un analyste de chez Oppenheimer and Co.
Selon de nombreux analystes, il semble que la saison cyclonique soit devenue le sujet d'inquiétude numéro un, éclipsant les autres préoccupations, et notamment les tensions avec l’Iran, puissance pétrolière moyen-orientale. Cependant, les mêmes ne manquent pas de noter que « tant que l'Iran restera un sujet de trouble, les prix ne sont pas susceptibles de descendre sous 70 dollars le baril », ou « que le baril peut ponctuellement repasser sous les 70 dollars mais reprendre facilement quelques dollars à la moindre évolution du contexte géopolitique ». L'Iran, qui a affirmé qu'il ne renoncerait pas à ses prétentions nucléaires en dépit de l'ultimatum du Conseil de Sécurité de l'ONU, aurait également testé récemment un missile longue portée, tiré à partir d'un sous-marin 5 : le signe que Téhéran pourrait bloquer le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole mondial, en cas d'escalade des tensions. Même s’il paraît peu probable que l'Iran décide de couper totalement ses exportations de pétrole (2,7 millions de barils / jour 6), la menace demeure, qui pèse sur le marché.
Enfin, outre les facteurs climatiques et géopolitiques, l'augmentation de la demande chinoise de pétrole n'est pas, loin s'en faut, à négliger ! La demande apparente de Pékin en pétrole a, en effet, augmenté de 12,2% en juillet 7, le quatrième mois de progression à 2 chiffres chez le deuxième consommateur mondial derrière les Etats-Unis. Le prix du baril n’a donc pas fini d’être chahuté. Et si pour l’heure aucune alerte cyclonique n’est en vue, l’accalmie actuelle ne devrait pas durer.
(1) Mercator Océanographie
(2) Les Echos, le 29/08/2006
(3) Caraïbes Actualités, le 27/08/2006
(4) Missions Economiques, Août 2006
(5) AFP, le 28/08/2006
(6) RFI, le 13/02/2006
(7) L'Echo de Belgique, le 31/08/2006
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