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La planète Boursière

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Dimanche 3 septembre 2006 7 03 /09 /Sep /2006 00:09
 
 
Contrairement au pétrole, la question des métaux industriels et précieux préoccupe peu les pouvoirs publics. Ni la hausse des prix, époustouflante, ni l’état des réserves ne paraissent interpeller les gouvernants. Ainsi, alors que l’on s’applique à stocker stratégiquement l’or noir, redoutant partout une crise, la richesse minérale est quant à elle déstockée à tout va : aux Etats-Unis, les ultimes vestiges de la guerre froide sont en passe d’être vendus - à l'exception du béryllium 1 -, tandis qu’en France, les derniers stocks ont été liquidés en 1996. En l’absence d’une disette à court terme, on paraît donc s’en remettre aux seuls marchés : l’épuisement progressif des ressources est cependant un enjeu tel qu’il nécessitera d’autres réponses que le simple verdict du London Metal Exchange. Pour l’heure, la situation est chauffée à blanc, tant sur le front des prix que sur celui des acteurs, qui se disputent à coup de milliards de dollars les minerais et leurs exploitants. Revue de détail.
 
Sur le long terme, le déclin des matières premières minérales - métaux ferreux et non ferreux -, ne devrait cependant pas poser de problèmes avant deux siècles au vu des ressources disponibles 2. Les situations sont bien sûr variées : le fer demeure relativement abondant et ses réserves permettent de tenir 118 années au rythme actuel ; le cuivre, aux réserves évaluées à 470 millions de tonnes, offre  une trentaine d’années d’autonomie au rythme d’une production de 15 millions de tonnes par an ; le zinc est le plus menacé avec seulement 22 ans de réserves, tandis qu’un siècle est encore promis au nickel 3. Géographiquement, l’Afrique semble le territoire le plus prolifique du point de vue minéral, qui renferme 78% des réserves mondiales de chrome, 89% de platine et 59% de cobalt 4 … Ceci étant, le potentiel de recyclage des métaux est élevé, a contrario de la ressource pétrolière, et la hausse des cours a grandement favorisé cette activité de récupération qui représente déjà 20% de l’offre mondiale d’aluminium, 13% pour le cuivre, 40% pour le nickel et le plomb. En France, 20% du cuivre et 24% du zinc proviennent du recyclage 5.  
 
La hausse des prix est quant à elle vertigineuse ! Sur le London Metal Exchange, qui cote les métaux industriels 6, le cuivre s’échangeait 4500 dollars en début d’année 2006 : il se négociait aux environs de 7650 dollars fin août, après avoir flirté avec les 9000 dollars début mai ! Le nickel cotait dernièrement plus de 30000 dollars alors qu’il avait débuté l’année 2006 aux environs de 14000 dollars ; le zinc, plus modeste, se négociait autour de 3300 dollars après avoir débuté l’année, proche de 2000 dollars. Sur le London Platinum & Palladium Market (LPPM), autrement appelé London Fix, le platine s’échangeait fin août aux environs de 1250 dollars/once, contre 950 dollars/once en début d’année, le palladium 340 dollars/once contre 260 en début d’année … Cette envolée intègre certes en premier lieu la rareté croissante des ressources mais également la vigueur de la demande chinoise ; par-dessus tout, la flambée est avant tout une affaire d'offre, amplifiée par la spéculation : le manque d'investissement durant la dernière décennie et l’inertie dans le démarrage de nouvelles mines expliquent les pénuries d'aujourd'hui.
 
Le secteur est en pleine effervescence, dominé, en termes de capitalisation boursière, par les anglo-australiennes BHP Billiton et Rio Tinto (respectivement 56,7 et 42 milliards de dollars). Paradoxalement, ces deux compagnies paraissent pour l’instant se cantonner au rôle de spectateur, tandis qu’on s’agite beaucoup autour de la très convoitée canadienne Inco – deuxième producteur mondial de nickel -, après que le suisse Xstrata a fait main basse dans l’année sur Falconbridge, une autre minière canadienne. C’est au tour de CVRD, premier fournisseur mondial de minerai de fer, ex-compagnie publique brésilienne, de proposer 15,7 milliards de dollars pour ambitionner Inco, elle-même poursuivie par le cuprifère américain Phelps Dodge ! La lutte ne se circonscrit pas pour autant autour des compagnies du Top 10 ; à l’étage inférieur, d’autres gesticulent également, comme le britannique Antofagasta, l’australien Equatorial Mining, l’indien Hindustan Zinc 7 … Les opéables sont nombreux ! Ces grandes manœuvres ont pour but de s’assurer des réserves de minerai pour les années à venir afin de profiter de la hausse démesurée des prix. A moins que ce ne soit la récente hausse qui n’ait elle-même donné des ailes à ces mouvements de consolidation ! Peu importe, les milliards valsent ! Trop, peut-être …
 
Car quelques-unes de ces sociétés minières ont fait afficher des hausses de plus de 100% depuis le début de l’année, telles par exemple les suédoises National Mineral Development, Boliden, ... , ou encore Inco, déjà citée, cotée 50 dollars canadiens à Toronto en début d’année et se négociant vers 90 dollars en dernier lieu … Un audit de PriceWaterhouseCoopers révélait que les 50 premiers groupes miniers mondiaux avaient reversé près de 16 milliards de dollars à leurs actionnaires, et dégagé plus de 58 milliards de dollars de liquidités en 2004 8. Ainsi les cours de Bourse flambent-ils, de Toronto à Sydney, au point d’évoluer à des niveaux supérieurs à ceux de la bulle Internet ! Alarmés, certains investisseurs commencent à se désengager : en mai dernier, une première alerte survint, qui vit les cours de quelques minéraux chuter de 20% avant de remonter. Signal précurseur ? Après quatre années de hausse continue et de cours enflammés par la concentration des compagnies minières, il faut maintenant craindre une correction violente.
 
Fin juillet, Franklin Templeton Investment, le neuvième plus gros fonds canadien d’investissement, recommandait à ses clients de vendre les minières locales … Pour autant, les marchés sont très tendus : les stocks mondiaux ne représenteraient qu'à peine un à deux jours de consommation mondiale 9. Oui, rien n'est décidément simple quand il s'agit d'opiner ... 



 
(1) Alternatives Economiques, N°250, Septembre 2006
(2) Union des Banques Suisses (UBS) - Note du 23/08/2006
(3) Institut d'Emission d'Outre-Mer (IEOM) - Mai 2005
(4) Le Courrier (quotidien suisse), le 25/01/2005
(5) Entretien avec Philippe Chalmin, l'Expansion.com, le 03/07/2006
(6) Cotations LME exprimées sur le marché Comptant, en Dollars/Tonne
(7) La Tribune de l'Economie, le 16/08/2006
(8) Le Monde, le 17/08/2006
(9) La Tribune de l'Economie, le 23/08/2006

 

 
 
 
 
Par Marc Aragon - Publié dans : Chroniques
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