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La planète Boursière

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Jeudi 7 septembre 2006 4 07 /09 /2006 01:30
 
 
De tout temps les faiseurs d’argent s’y sont entendus pour ameuter la foule ; les exemples foisonnent qui montrent les ficelles, souvent les turpitudes, qui invitent les clients à investir toujours plus. Pas d'états d’âme ici : dans le monde de la finance, tout est bon qui crée des recettes, et meilleur encore ce qui stimule le chaland. Dans cette galerie d’instruments de séduction, un nouveau venu a fait son apparition ces dernières années : le forum boursier. Les courtiers en ligne, banquiers d’affaires, ou non, et toutes sortes de « partenaires pour investir » s’y sont mis : le succès est au rendez-vous.
 
Nul ne saurait plus proposer de services financiers sans que ceux-ci offrissent la possibilité aux membres de discuter et d’ergoter à l’infini. Chacun est convié à s’exprimer, à échanger des opinions, à recevoir les idées des autres pour mieux former les siennes. Et de cette effervescence intellectuelle est née la plus efficace des stratégies marketing : les clients eux-mêmes s’auto-motivent pour boursicoter.
 
L’important est donc que l’on cause, et que l’on cause encore ; peu importe de quoi, peu importe comment et avec qui, pourvu que l’on cause. De cette glose, enchevêtrée et confuse, où se côtoient le meilleur et le pire, le congru et l’obscène, le suave et l’écoeurant, il n’y a en définitive de bénéfice que pour l’organisateur du forum : car le fait boursier a ceci de particulier que ses adeptes les plus faibles, les moins avertis, et beaucoup d’autres, éclairés ou non, faillissent rapidement, qu’il faut aussitôt remplacer. Les porte-voix ne sont jamais trop nombreux pour convier de nouvelles recrues : la machine a de gros besoins et peu lui importe la taille du cimetière pourvu que l’on s’y presse. Alors, on organise la discussion, on hiérarchise l’agora, on sérialise, on démocratise : les membres eux-mêmes élisent leurs meilleurs représentants en recommandant leurs messages, aussi bien qu’ils censurent librement les excès. Quoi de mieux ? Las, le principe axiomatique ne change jamais : celui qui a la règle du jeu a tous les droits. Le faiseur d’argent n’est jamais loin !
 
Dans l’univers des brokers, Boursorama n’est pas le dernier ; ses forums sont courus, qui offrent une formidable tribune à quiconque souhaite exprimer ses vues. Une gageure pourtant que d’extirper tel ou tel dans le commun des messages lapidaires, accumulant les litaniques « mdr, lol, ptdr, bouffon, … » et autres onomatopées de la même eau. Dans cet univers entièrement artificiel, anonyme, libre d’accès et d’opinions, où les analyses superficielles prospèrent autant que les plus-values mensongères, quelques-uns émergent et leur mérite est grand. Car ils doivent vaincre la censure de tous ceux à qui leurs propos n’auront pas eu l’heur de plaire, à qui leur succès aura causé quelque ombre, ou plus simplement, à qui l’envie de nuire amuse … « lol » ! Et derrière quelques règles de façade, bien abrité derrière les « reporteurs d’abus », Boursorama ne se prive pas d’en rajouter, en tout bien tout honneur et la main sur le cœur bien sûr !    
 
Mes textes en vue, qu'on aura lus ici, sont régulièrement saccagés sur ces forums. Chacun se forgera une libre opinion sur leur contenu et leur subversivité : nombreux ont été supprimés par Boursorama, continûment, soit de la propre initiative de ce « partenaire pour investir », soit sans garde-fou face à des Reports d’Abus d’abonnés eux-mêmes abusifs - le client est roi ! Ce qui est égal : autant la censure des textes insultants, racistes ou diffamatoires a du sens, autant celle de textes qui analysent une situation avec un souci d'objectivité est contraire à l'idée même d'un forum. Mais le silence de Boursorama est sépulchral, qui montre tout le mépris qu'un intermédiaire financier peut avoir vis-à-vis de ceux qui empêchent les affaires de tourner en rond. L'important est qu'on parle, qu'on s'agite et surtout qu'on mise : le reste n'est que de l'argent qu'on perd. C'est là le fait. Le ver est dans la pomme : tout ce qui est violent n'est pas durable.
 
 
« L'histoire des hommes nous donne ce triste résultat : c'est que l'esprit de destruction accourt dans tous les lieux où les communications deviennent plus faciles » - Charles-Maurice de Talleyrand - Mémoires ou Opinion sur les affaires de mon temps - Tome 1 (1754-1807).
 
 

Par Marc Aragon - Publié dans : Chroniques
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