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La planète Boursière

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Vendredi 8 septembre 2006 5 08 /09 /2006 00:01
 
 
« Il y a une déconnexion entre la valeur fondamentale d’une entreprise et sa valeur perçue par le marché. Notre cours de Bourse a progressé de 35% depuis le début de l’année, uniquement parce que nous somme revenus dans la norme au niveau de notre communication financière (...) le marché est volatil et court-termiste. (...) L’action Saint-Gobain est fondamentalement influencée par quinze personnes » - Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain 1. Dans cet univers du non-dit, où la moindre vérité ne se condescend qu’après moult trémolos, voilà qui étonna d’un homme du sérail, comblé de surcroît par la performance boursière de sa compagnie ! Mais rien qui ne surprenne vraiment quiconque au fait des mœurs de la haute finance : il y a beau temps que les économistes ont déserté la place, laissant à la manoeuvre les analystes financiers, pris entre le marteau et l’enclume de leurs propres intérêts et de ceux de leurs clients.  
 
« Société Générale déclasse Cap Gemini de conserver à vendre et abaisse son estimation de la juste valeur de 45€ à 38€, en raison des facteurs de risque qui pèsent selon elle sur le titre. La banque estime que le potentiel de hausse de la marge opérationnelle du groupe est surestimé, et qu'il lui sera plus difficile de continuer à surperformer le secteur sur les deux années à venir ... » 2. Un avis qui n’est manifestement pas partagé par tout le monde, notamment par Dresdner Kleinwort, qui, le même jour, proclame « maintenir sa recommandation Achat et son objectif de cours de 52 euros avant la présentation de ses résultats semestriels le 7 septembre ... », et pense que «  non seulement les services informatiques devraient profiter d'une demande importante, mais aussi que Cap Gemini dispose des meilleures perspectives de croissance de résultats et de chiffre d'affaires parmi ses pairs » 3. Ni par Citigroup, qui, peu après, « recommande d’acheter le titre avec un objectif de cours de 50€ » 4. Sans doute personne ne ment-il tout à fait ...
 
On est donc pris de vertige à l’idée que des gens aussi formés, aussi informés, sortant des meilleures business schools, réagissant aux mêmes stimuli, se montrent autant désaccordés dans leurs analyses. Comme un truisme, il nous vient alors que l’intérêt commande tout. Tout le reste n’est que prétexte et miroir aux alouettes.
 
L’information financière est aujourd’hui pléthorique et mondiale. L’heure est au numérique, au supersonique, au planétaire, de jour comme de nuit, partout en même temps. L’espace et le temps boursier ne font plus qu’un. Dans ce continuum, les données, les ordres, les analyses, bref, l’information circule d’un bout à l’autre des terres habitées, à la vitesse de la lumière. Elle croît de manière exponentielle, immédiate, et nul n’a le temps de la vérifier ou de la contrôler. Elle peut engendrer des rumeurs, des manipulations, des mensonges. Cette instantanéité ne permet pas de la trier ni de la hiérarchiser. Le futile et la croyance prennent le pas sur l’essentiel. L’information devient fugace, déjà oubliée ou dépassée le lendemain. Facile d’accès, elle est multiple, parfois contradictoire, émise de plusieurs sources qui paraissent ordonner le tout : dès lors, les cours ne reposent plus sur des fondamentaux mais sur le marketing boursier, amplifié par les comportements grégaires et la spéculation court-termiste. Le principal est relégué aux réserves.
 
Car, entre l’un, qui prévoit un retour de Cap Gemini vers les 38€, et l’autre qui prépare ses troupes à un rallye vers les 52€, qui peut raisonnablement avancer une explication cohérente sans pouffer ? Goldman Sachs, peut-être, qui promouvait encore le  courtier en électricité Enron avec dithyrambe le 9 octobre 2001, c’est-à-dire deux mois avant que le courtier en électricité ne se déclarât en faillite …  
 
« Les hommes ne sont pas devenus plus cupides que par le passé. Ils ont simplement beaucoup plus de possibilités de l’être … » déclara Alan Greenspan le 16 juillet 2002 devant la commission bancaire du Sénat américain. En assénant cette vérité, il ne faisait que rappeler que l’intérêt personnel demeure la motivation ordinaire des gens, des sociétés et des nations. Les économistes ont ainsi oublié quelques vérités simples, notamment que « les motivations non économiques sont un élément essentiel de toute théorie économique » (Joseph Schumpeter) 5.
 
Il est vrai que ceux à qui nous avons affaire ici mesurent la qualité des théories à l’aune des bénéfices qu’elles génèrent … C'est toute la différence.



 
(1) Le Monde, le 26/12/1999
(2) Dow Jones - Dépêche du 05/09/2006
(3) AOF - Dépêche du 05/09/2006

(4) Dow Jones - Dépêche du 07/09/2006
(5) Citations Greenspan/Schumpeter extraites de Vincent Almond - « Les Mensonges de la Bourse »

 

 
 
 
Par Marc Aragon - Publié dans : Mythes et Réalités
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