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Boursonomics

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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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9 septembre 2006 6 09 /09 /septembre /2006 01:42
 
 
Le grand public est attentif à l’inflation, et singulièrement depuis le premier choc pétrolier, en 1973, qui marqua les esprits. Les pays de l’OCDE durent alors affronter des taux très supérieurs aux 4,9% annuels qui roulaient en moyenne depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Un pic survint en 1974, « l’année d’après », qui afficha un sinistre 13%, bientôt suivi, en 1980, d’un à peine meilleur 11,5% 1. La France encaissa aussi la vague inflationniste (13,7% en 1974, puis 13,6% en 1980 et encore 13,4% en 1981) 2. Dès le premier choc, l’inflation se mit à accélérer en même temps que le chômage croissait, forgeant cette idée que la santé économique et sociale d’une nation se mesure à son taux d’inflation. Ainsi, depuis lors, l’opinion perçoit-elle un taux élevé comme un signe de désordre économique, d'une perte des valeurs de la société et sorte de disgrâce pour le pays, tandis qu’elle assimile un taux faible à la prospérité, la justice sociale et la bonne gestion de l’Etat. Une baisse de l’inflation renforce la confiance de tous. Les marchés financiers adorent !
 
Des mécanismes plus objectifs sont bien sûr à l’œuvre, pour lesquels les économistes délibèrent. On se bornera à noter que la majeure partie des problèmes causés par l’inflation provient de sa nature imprévisible. Si celle-ci pouvait être parfaitement anticipée, les prix incorporeraient systématiquement ses effets futurs, les contrats seraient correctement indexés et les sociétés établiraient justement leurs comptes à partir de taux reconstitués (nominaux hors inflation). Las, les prévisions sont prises à contre-pied, toujours, qui surprennent les agents avant qu’ils aient pu modifier leur comportement. Ici comme ailleurs, l’avenir nous est définitivement celé. L’incertitude domine, le risque rôde : les banquiers centraux jouent donc des taux pour tenter de juguler le Tout. Et plus l’inflation est élevée, plus elle est volatile 3, et plus on joue des taux ... Les marchés financiers sont l’ultime théâtre de ces pérégrinations où s’arbitre le risque, ballottés entre des anticipations plus difficiles et des rendements moins assurés. Il est donc peu surprenant de voir qu’une hausse de l’inflation est rarement une bonne nouvelle pour la Bourse. On vit cela récemment, quand un taux d’inflation de 0,6% (mai 2006) outre-atlantique fit chuter les marchés « dominos ». 
 
Voici qu’en 1979, Franco Modigliani (prix Nobel 1985) allégua que les marchés boursiers réagissaient de façon inappropriée à l’inflation, victimes d’une « illusion monétaire » 4 : les taux d’intérêt nominaux, qui augmentent pour compenser l’érosion de la valeur de l’argent, masquent en effet les taux réels (inflation déduite) même si ceux-ci demeurent faibles. Et de suggérer que le marché a tendance à être déprimé quand les taux d’intérêt nominaux sont simplement élevés : ce biais passe généralement inaperçu car les chiffres, graphiques et commentaires des médias raisonnent toujours en termes nominaux et non en taux réels.
 
En définitive, le moral des troupes n’est jamais une composante de second rang en matière d’économie. Peut-être faudra-t-il même finir par croire que la charge émotionnelle des acteurs favorise ou contrarie bien mieux les marchés financiers que la résolution d’un système de mille équations à mille inconnues dynamiques.  On en revient toujours au même point : l’économie savante n’est rien sans l’homme qui est tout. « Aucun élément de la nature humaine ou de ses institutions ne doit rester en dehors du regard d’un économiste ». John Keynes, inusable.
 
En octobre 1979, tandis que Jimmy Carter achevait son mandat à la Maison-Blanche, Paul Volker, patron de la Réserve Fédérale, prendra une décision très forte : hausser les taux d’intérêt à n’importe quel niveau pour en terminer avec l’inflation, quitte à asphyxier l’économie. Vingt-cinq ans plus tard, précisément le 06 novembre 2004 et après 11 baisses consécutives, son successeur, Alan Greenspan, portera les taux directeurs à leur niveau le plus bas depuis 41 ans : avec 1,25%, le loyer de l’argent au jour le jour aux Etats-Unis se situera alors en dessous du taux officiel de l’inflation : les taux réels étaient alors négatifs. Fin juin 2006, Ben Bernanke, héritier du siège des précédents depuis peu, amènera lesdits taux directeurs à 5,25% après 17 hausses d'affilée : les taux réels sont redevenus positifs (inflation à 4,2%).
 
Les marchés boursiers, entre deux spéculations, tombent plus ou moins d'accord sur la suite à donner à ces valses de taux. Bien malin qui peut opiner : comme à l'accoutumée, les bourses iront à vau-l'eau, selon qu'elles estimeront que la Banque Centrale parviendra ou non à juguler l’inflation sans pénaliser la croissance, selon le temps dont les experts disposeront pour alimenter ce débat, sans oublier l'actualité qui n'est jamais en reste de troubler ce jeu. Toute la matière pour justifier la position des marchés est là, enchevêtrée, confuse, contradictoire. Ainsi, ce phénomène de hausse permanente et généralisée du niveau moyen des prix des biens et services, que l'on appelle « inflation », n'est-il qu'une donnée de plus : certains diraient un prétexte de plus. Car, généralement, les marchés ne s'occupent que d'eux-mêmes.



 
(1) Bulletin de la Générale de Belgique n°367 (1995)
(2) http://inflation.free.fr/40.php
(3) Problèmes Economiques N° 2.471, 08/05/1996
(4) Robert Shiller - « Exubérance Irrationnelle »
 
 

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Published by Marc Aragon - dans Economics
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