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Boursonomics

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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 23:09
 
 
Au fil des années, l'Analyse Technique des cours boursiers s'est assez largement imposée auprès des inconditionnels des Marchés financiers, popularisant à cette occasion tout un corpus de méthodes prévisionnelles. Cette recherche, qui reprit de la vigueur à l'aube des années 1980, a depuis lors disséminé ses abréviations paresseuses (MACD, RSI, SAR, ...) ainsi que nombre d'anglicismes coriaces (pull back, blow off, selling climax, ...) bien au-delà de son pré carré. Connaissez-vous par exemple le piège à ours, ou bear trap - ? L’ours, comme on l'apprendra peut-être ici, est la mascotte des opérateurs baissiers tandis que le taureau est le porte-drapeau des traders haussiers. Bulls & bears s'affrontent sans cesse, dans un combat indécidé d'avance : les prix baissent, montent, font parfois mine de se replier, puis, subitement, reprennent leur course en avant et nous stupéfient. Cette séquence d'évènements, toujours imprévisible, mène souvent au traquenard. Voici, prise sur le vif, la chronique d'un guet-apens « oursier » ; le sujet : Vivendi Universal et ses avanies médiaphoniques en 2005 ; les faits : formation d'une épaule-tête-épaule (ETE), l'une des figures révérées des chartistes. Tout autour, des tireurs embusqués.
 
Le marché est d'abord haussier ; un premier plus haut survient, mi-juillet, qui figure une épaule ; puis, le cours reflue sur une horizontale, dite ligne de cou, avant de rebondir vers un nouveau plus haut. La tête est formée ; les cours, insaisissables, repartent néanmoins à la baisse, butent sur la ligne de cou, et rebondissent jusqu’à former la seconde épaule. De guerre lasse, enfin, les cours retournent à la ligne de cou. Voyez ici la symétrie de la figure : l'élan haussier initial dessine le bras gauche que le cours sillonne en remontant jusqu’à l’épaule gauche, puis s’affaisse le long de la clavicule avant de reprendre sa progression jusqu’au sommet du crâne ; le cours essuie alors une chute qui le ramène vers le creux de l’épaule droite, avant de se ressaisir pour remonter la clavicule droite. La suite logique est d'évidence : le cours ne peut qu'il ne doive s’effondrer le long du bras droit ! Ainsi notre ami plantigrade peut-il sortir de sa tanière, en toute confiance, et faire des ruminants à cornes qui paissent à l'entour son repas du soir. Du moins en théorie.
 
Bien sûr, à toutes les étapes de cette séquence sa justification conceptuelle, où se côtoient pêle-mêle petits et gros porteurs,  investisseurs institutionnels et pointures de la finance, initiés ou non, entrant dans le jeu opportunément ou non, selon des intérêts parfaitement objectivés ou simplement fantasmés. Le prix dit tout cela, et dira la suite. Pour l’heure, les chartistes sont en phase, à épier les vibrations du titre ; ils n’ont rien manqué des apprêts de la théorie. Peut-être ne sont-ils pas pour rien dans les rebonds sur la ligne de cou, qui figura en son temps une ligne de support, mais pour l’heure, suspendus à l’achèvement de l’arrondi de l’épaule, ils attendent l'enfoncement de la ligne de cou. Chacun retient son souffle ; enfin, le signal vient ; les ventes stop pleuvent et le cours chute. La messe est dite, comme on prévoyait qu’elle le fût et déjà tous chantent les louanges. La prophétie est auto-réalisatrice. Alors on se félicite d’avoir su déceler l’ordre caché derrière les caprices de l’avenir. Puis un évènement survient, que l'on n'avait pas prévu, et tout est tourneboulé, grizzli compris.   
 
Las, le marché peut rapidement adopter un tout autre credo. Car ces gesticulations ne valent plus rien dès que le marché se gorge d’intervenants, d’opérateurs plus brutaux, voire, doit simplement faire face à des annonces ou des faits imprévisibles. Et il n’est nul besoin de recourir à des évènements dramatiques – effondrement des tours de Manhattan, attentats dans le métro de Londres, … - pour invalider cette magnifique construction. Une simple rumeur d’OPA, la recommandation catégorique d’un établissement financier important sur la place, un contrat inattendu, la déclaration d’un banquier central sur la fixation d’un taux d’intérêt, suffisent à lézarder ce bel édifice. Au particulier, les tribulations de Vivendi Universal eurent à voir avec la condamnation des opérateurs téléphoniques pour entente illicite, ainsi qu’avec l’amorce, le dimanche 11 décembre 2005, d’une discussion avec TF1 pour la fusion des bouquets satellitaires. Dans l’art d’allumer des contre-feux pour divertir l’opinion, certains sont passés maîtres : les actionnaires doivent être rassurés …
 
Les chartistes n’en ont cure, ignorant généralement tout de la vie qui les entoure, des intrigues des uns aux turpitudes des autres, à l’image du célèbre John Magee 1, qui opérait toutes fenêtres de son bureau condamnées. En sorte qu’ils se précipitent dans le piège à ours : le cours remonte au lieu de plonger … Après coup, on aura tiré un trait à 24,50 €, nouveau support sur lequel le cours a opportunément rebondi. La théorie surnagera : le piège à ours  n’est qu’une exception qui confirme la règle.



 
(4) Burton Malkiel - « Une Marche au Hasard à travers la Bourse »
 

 
Illustration : Ours menaçant extraite du site Sternbears
 

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Published by Marc Aragon - dans Méthodologie
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commentaires

bvd 18/08/2009 23:53

En gros, les Atéistes essaient de dessiner des figures pendant les "temps morts" du marché mais leurs figures sont sans cesse "défigurées" par le vrai marché, le vrai graph qui reprend le dessus bien plus longtemps et fréquemment qu'eux. Puis les atéistes-traders enregistrent leurs pertes et ressurgissent au prochain temps mort!

Boubax 01/10/2006 22:49

C'est en effet une belle ETE ; les puristes pourront prétexter que la tête n'est pas assez haute ou qu'elle n'est pas symétrique ou encore que les volumes ne sont pas présents pour valider chaque étape de la construction de la figure, mais elle me semble tout a fait valide a mon sens. (si on veut une construction parfaite on en a une tout les 10 ans...)
Cependant cette figure ne présente pas le pull-back sur la ligne de cou qui renforce théoriquement la validité de la figure.J'ai étudié les ETE et ETEi sur le CAC 40 (plusieurs dizaines de cas depuis 1988) et j'en ai conclu ceci :
- une ETE (ou ETEi) sans le pull-back a 59% de chance d'atteindre son objectif minimal.
- une ETE (ou ETEi ) avec pull-back (2 cas sur 3) a plus de 80% de chances d'atteindre son objectif minimal.En théorie cette statistique s'applique sur le cours de n'importe quel sous-jacent (mais je ne l'ai vérifié que sur le CAC). Il semble que cette ETE sur Vivendi appartienne au 41% d'ETE sans pull-back qui échouent.A noter que la récente ETEi sur le CAC 40 a atteint vendredi dernier son objectif minimal (à 5260 points) et est a ranger au coté des 82% d'ETEi avec pull-back qui ont réussi.

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