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La planète Boursière

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Mercredi 3 janvier 2007 3 03 /01 /Jan /2007 16:21
 
 
C’est dit : le crû 2007 ne se distinguera pas des quatre dernières éditions, toutes entamées cheveux au vent et sabre au clair. En 2003, un vertigineux +4,28% ébouriffa le CAC 40, qui balaya d’un trait de plume les trois précédentes entrées en matière, calamiteuses, sur fond de krach technologique. Pour un peu, l’entame de 2004 nous paraîtrait mièvre, ordinaire, et son gain de 1,09%, juste glorieux ... Car voici que le cru 2007 démarre en trombe, nez au vent, élevant l'indice de 1,37%, à des niveaux que l’on n’avait plus vus depuis mai 2001 ! Tant mieux ! Gageons cependant que quelques-uns, pisse-froid et rabat-joie, qui n’aperçoivent aucun élément d’ordre sur les parquets, mettront du soin à demeurer loin des affaires. Car hors le millésime, rien n’a changé.
 
Le premier émoi passé, un étrange besoin de lucidité nous saisit, qui nous cite à rechercher à l'entour une causalité quelconque, une intention, une raison, un motif ... bref un « mobile » qui donnerait un sens à ces agapes. Las, où que nous regardions, nous ne voyons rien ... et n'est-ce la franco-française rumeur d'OPA de Pinault sur Suez, avec Gaz de France en arrière-plan - un pet de nonne s'il ne s'agissait de gaz (!) -, il n'y a rien qui fasse notre affaire et nous éclaire. L'euro est à la hausse, l'or aussi ; le DAX allemand gambade, le FTSE de la City est à son maximum. Partout nous ne voyons que chevauchées fantastiques : aussi bien coterait-on le vide cosmique entre Terre et Jupiter que les marchés l’apprécieraient tout de go ! Pour l’heure, les Bourses sont structurellement bullish, peuplées d'opérateurs unilatéralement acheteurs à qui peu chaut ce qui se joue en coulisse. Les analystes, économistes et autres faiseurs d'opinion donnent le « la » sur le thème de l'atterrissage en douceur de l'économie américaine : une explication parmi tant d’autres, qui présente surtout l’avantage d’être à l’unisson des marchés. Donc interchangeable : car ce sont les marchés qui font l'opinion et non l'inverse.
 
Quand l'euphorie gagne, que tant adhèrent au fait haussier, assurés que cela durera toujours, quand l'enrichissement paraît sans cause avérée et ne semble résulter que d'un effet d'aubaine, alors la prudence s'impose. La passion et la chaleur ont gâté les meilleures affaires. Certains, qui s’en remettent à « la vérité des marchés », lesquels ne feraient rien sans motif, comprendront mal quel intérêt pourrait avoir ces mêmes marchés à être à bout de souffle. Seuls quelques jusqu'au-boutistes, bercés par la douceur de dires invérifiables, peuvent penser que cet air du temps, ineffable, s'éternisera … Et de lever la garde devant tant de certitudes affichées, partagées par le plus grand nombre. Un chiffre, un seul et tout est dit : +1,37% de progression pour le CAC 40 ! Mais que s’est-il donc passé en ce mardi 02 janvier 2007 qui justifiât pareils flonflons et cotillons sur les places européennes ? Fêtait-on au Palais Brongniart le 14 juillet avant l’heure ? Célébrait-on déjà le 03 octobre outre-Rhin, la « Journée de l’Unité allemande » ? Un moment de gloire … en attendant la réouverture des Etats-Unis, qui gouvernent la planète finance et diront le reste.
 
C'est toujours une gageure d'écrire sur la Bourse. Car quoique l'on dise, on court le risque de se tromper. Dans cet univers de l'opinion, c'est-à-dire du changeant, du versatile, où les commentaires péremptoires pêchent le plus souvent par leurs excès, la raison nous conduit à la prudence. Au pays de l'argent roi et du capitalisme triomphant, rien n'a plus d'importance que la plus-value, à n'importe quel prix. Et ceci fausse tout le jugement : là où nous voyons Economie, critères techniques, marche des entreprises et des nations, il n'y a que quête incessante du gain, dans la plus pure tradition du lucre et de la spéculation. Parfois jusqu’à l’apnée, suspendu au-dessus du vide ... Les marchés financiers ne peuvent indéfiniment défier la loi de la gravité : les choses ne peuvent qu’elles devront rentrer dans l'ordre. Quand ? Un jour, une semaine, un mois, un année, davantage ? Nul ne sait ? Car, l'avenir nous est définitivement celé. Tôt ou tard, les faits adviennent ou n'adviennent pas : la seule question est de savoir si cela a de l'intérêt pour nous au moment où nous y aurions avantage. Impossible d’être plus précis. 
 
Bonne année à tous. 

 

 
 
Par Marc Aragon - Publié dans : Chroniques
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