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« Nous nous sommes mis à rire, en nous rappelant
les prédictions des économistes en 1914 : la guerre, pas plus de quelques mois, les Etats n’ayant pas les moyens pour plus longtemps ». Ainsi Paul Léautaud se plut-il à brocarder les experts
dans son Journal, en 1932, dont sûrement John Keynes qui pensait aussi que le conflit ne dépasserait pas quelques semaines 1 ! Quinze années plus tard, quelques économistes, optimistes résolus, récidivèrent et gâtèrent assez le prestige de la matière. Et le leur
jusqu’à la fin des temps. Les Roaring Twenties 2, messagères du krach de 1929,
donnèrent lieu à une grande célébration de la grâce qui inondait les marchés financiers du Nouveau Monde. La certitude était si partagée qu’on n’envisageait pas que la cavalcade des cours
pût s’interrompre. Kenneth Boulding, qui présidera l’American Economic Association, n’avait pas encore couché cette formule : « Toute personne croyant qu'une croissance exponentielle peut
durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste ». Bah, la Bourse, temple de tous les excès qui n'a d'yeux que pour ses plus-values, n'est pas chiche de
vérités d’expertsUn expert
est avant tout un homme qui se trompe avec autorité. La vie moderne en est parsemée, où aucune décision ne saurait être prise qui n’ait reçu le sceau bienveillant d’un expert, ou de plusieurs -
on parle alors d’un collège d’experts. L’économie recèle la crème des experts, la Bourse, la crème de la crème … qui nous divertissent, ou nous piquent au vif. Petit panel du haut de
gamme.« Je voudrais bien savoir sur quoi se basent ces Messieurs qui se permettent de critiquer la Bourse, pour affirmer que le marché des valeurs souffre d’inflation ! (…) L’inexpérience, le désir de faire parler d’eux, et la vanité ont probablement dicté à ces soi-disant sages, leurs divagations sur la prétendue exagération des cours ». Edward Henry Simmons, président de la Bourse de New York, le 09/05/1929 3 ;« Le consensus des millions de gens dont les estimations sont à l’œuvre sur cet admirable marché, la Bourse, c’est que les actions ne sont pas actuellement surévaluées. Où est donc le groupe d’hommes auquel son infinie sagesse donnerait le droit d’opposer son veto au jugement de cette multitude intelligente ». Joseph Stagg Lawrence, professeur d’économie à Princeton, automne 1929 4 ;
« Il existe des possibilités de détérioration brutale et dramatique de la situation. Mais les problèmes économiques majeurs ne datent pas d’hier. Et les praticiens de ce métier sont suffisamment avertis pour colmater les brèches. La Bourse reste donc le support d’épargne intelligente à l’heure actuelle ». Thierry Tuffier, agent de Change, en février 1987 5 ;« Je suis convaincu que la Bourse de Paris a de très beaux jours devant elle (…) Bref, je crois à la hausse ». Jean-Claude Trichet, directeur du Trésor – actuel gouverneur de la BCE -, le 21/09/1987 6 ;« Quant au déficit du commerce extérieur [des Etats-Unis], dont le niveau élevé a déclenché le krach d’octobre, il aura disparu en 1989. » Roland Leuschel, conjoncturiste de la Banque Bruxelles Lambert, le 08/10/1988 7 ; les Etats-Unis, dont la balance des paiements est chroniquement déficitaireLe Shanghaï Index faisait ce qu'il avait pris l'habitude de faire : il montait. En 2006, son irrésistible ascension l’avait déjà propulsé de 130% ; n’était-ce un léger repli, il continuait. Le 26 février, l'indice culmina à 3040 points, après dix séances de hausse quasi-continue et un gain de 16% ! Le 27, coup d'arrêt …, n’ont plus connu d’excédent commercial depuis 1975 - 763,6 milliards de dollars en 2006 !
« Il n’y a pas de bulle : nous sommes tout simplement parvenus à l’économie de la nouvelle ère, celle où les technologies de l’information et une politique monétaire saine alimentent une croissance non inflationniste à long terme ». Wayne Angell, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, alors économiste vedette de Bear StearnsLa réussite, spécialement dans les affaires d'argent, est une source permanente d'émerveillement pour la multitude ; la fascination qu'elle exerce est à l'échelle des capitaux brassés, qui voltigent par milliards, sans relâche, et nul ne saurait se représenter que la magnitude de ce tourbillon financier pût dériver d'individus au génie moins éclatant …, l’un des plus écoutés de Wall Street, le 03/02/1999 10 ;« Les actions sont aujourd’hui à leurs cours les plus attractifs depuis des années. » Robert Jay Pelosky, responsable de la stratégie sur les marchés émergents chez Morgan Stanley, mars 2001 11 ;« L’indice S&P 500 est maintenant remarquablement sous-évalué. Le recul des cours est allé bien au-delà que ce que suggéraient les fondamentaux. » Abby Joseph Cohen, responsable de la stratégie d’investissement Goldman Sachs, le 04/04/2001 12 ; ce jour-là, l’indice ferme à 1103 points : après un rebond en mai, le S&P 500 ciblera son plus bas en octobre 2002, à 775 points.
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