Partager l'article ! Brève histoire d'un désastre financier : LTCM: Le 31 août 1998 fut affreux : Wall Street chuta de 6,8% ! Hor ...
Le 31 août 1998 fut affreux : Wall Street chuta de 6,8% ! Hormis les bons du Trésor, ultime planche de salut, tous les marchés
vacillèrent en rang d'oignons. La panique s'installa, irraisonnée. Cette journée funeste acheva un mois d’août horrifique, qui avait débuté, le 4 août, par un plongeon du Dow Jones de 3,5%, vite
suivi d'une réplique qui allégea l’indice planétaire d'un supplément d'âme de 4,4% ! Les mathématiciens du risque financier frémirent : la courbe en clocheLa courbe en cloche sonne Wall Street
(1) Benoît Mandelbrot (2005) - « Une Approche Fractale des Marchés »
Ces chiffres sont fournis par l'auteur selon les attendus de la Loi Normale ; voici d'autres exemples fournis
par Benoît Mandelbrot : « La théorie prédit 6 jours où l'indice varierait de plus de 4,5% ; en fait
il y en eut 366 [1913-2003]. Et une variation supérieure de 7% ne devait se produire qu'un fois tous les 300.000 ans ; et pourtant le XXe siècle en vit
48 (...) En 1997, le Dow Jones avait chuté de 7,7% en un jour (une chance sur 50 milliards) (...) Le 19 octobre 1987, la pire journée boursière depuis un siècle, l'indice avait
décroché de 22,6%. La probabilité de cet évènement, si l'on se fie aux théoriciens de la finance est inférieure à une sur 1050 - une chance si faible qu'elle en perd
toute signification ».
Page 128 - « L'une des plus grandes ironies est que la nature profondément sauvage des marchés fut redécouverte, à leurs dépens, par deux des plus
ardents énonciateurs de l'orthodoxie économique, Scholes et Merton. EN 1993, les deux lauréats du prix Nobel rejoignirent quelques poids lourds de la finance à Wall Street pour
créer LTCM (...) L'effectif [du hedge fund] ne comptait pas moins de 125 docteurs. Comme Sharpe, un observateur du fonds, le déclara dans le Wall Street Journal, LTCM ' était
sans doute le meilleur département universitaire de finance du monde ' ... »
Page 97 - « Black et Scholes ne s’arrêtèrent pas à la théorie : ils la testèrent vraiment, littéralement. Ils commencèrent avec des warrants et en
notèrent plusieurs sur le marché qui, d’après leur formule, leur semblaient bon marché. Les meilleurs étaient ceux d’une compagnie appelée National General.
‘ Scholes, Merton et moi [Black] sautâmes sur l’occasion et achetâmes quantité de ces warrants. Pendant un temps, tout sembla comme si nous avions effectué
exactement le bon choix. Puis, une compagnie appelée American Financial annonça une affaire tentante pour les actions de National General … Ceci eut pour effet de réduire
considérablement la valeur des warrants ’. (Comment nous avons abouti à la formule des options – Black 1989) »
(2) Kakim Ben Hammouda (2002) - « Crise globale, un regard du sud »
Page 54 - « La carrière de John Meriwether sera couronnée de succès au sein de Salomon Brothers. Au point que la direction de cette banque lui confie en 1986 la direction du département des arbitrages qui vient d’être créé. Quelques années plus tard, ce département connaîtra une montée en force et deviendra la principale source de profit de la banque avec près de 87% des bénéfices avant impôt. En 1991, l’hebdomadaire « L’Expansion » estime que les activités d’arbitrage ont rapporté à la banque 400 millions de dollars de bénéfices et 54 millions de primes à ces cinq traders vedettes. L’aventure chez Salomon va s’arrêter en 1991 suite à la falsification par un de ses collaborateurs d’une adjudication de Bons du Trésor (…) Condamné à verser une amende de 50.000 dollars, John Meriwether démissionne »
(3) Fisher Black, décédé en 1995, n'obtiendra pas le Prix de
la Banque de Suède
(4) William Sharpe fut couronné « Prix Nobel d'Economie » en 1990
(5) Roger Lowenstein (2001) - « When Genius
Failed »
(6)
Nassim Taleb (2005) -
«
Le hasard sauvage»
Page 263 - « On pourrait croire que, quand les scientifiques commettent une erreur, ils fondent une nouvelle branche scientifique à partir de ce qu'ils ont appris de cette erreur. Quand des universitaires, se mêlant de trading sautent, on pourrait là aussi s'attendre à ce qu'ils intègrent ces résultats à leur théorie et aient le courage de reconnaître qu'ils se sont trompés et qu'à présent ils connaissent mieux le monde réel. Eh bien non ! Au lieu de cela, ils se plaignent de leurs collègues qui ont fondu sur eux comme des vautours, précipitant ainsi leur chute (...) Tous les donneurs d'ordres qui discutent de la chute de LTCM prennent part à ce simulacre de science en fournissant des explications ad hoc et en rejetant la faute sur l'évènement rare … »
(7) Le Dow Jones a débuté le mois d'août 98 à 8.883,29 points et l'a conclu à 7.539,07 (-15,13%)
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