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Mardi 28 août 2007 2 28 /08 /Août /2007 23:13
 
 
     
bernanke2-copie-5.jpgCôté cour, des équations, longues comme un jour sans pain, qui s’échinent à décrire des mondes enchantés où l’homme figure à peine, esquissé au crayon et dans la marge ; côté jardin, la haute finance, appliquée, consentante jusqu’au dernier transport, qui excelle dans l’art d'animer les équations qu’on a dites, c’est-à-dire d’y trouver le prétexte à sa quête incessante du gain. Ainsi irait le Marché, dit-on, univers de papier, empli d'évidences, mené par une mathématique bienveillante ! Hélas, voilà qu'en son épicentre étasunien, une affaire envenime toutes les autres : autocatalysée par la flambée de l'immobilier, la titrisation à outrance     - ABS, CDO et consorts -
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(…) Les crédits hypothécaires, aussitôt accordés, aussitôt titrisés mirent le feu aux poudres quand l’immobilier américain s’effondra. Les créances subprimes, consenties à des ménages insolvables offraient des taux de grande conséquence à une cavalcade d'investisseurs peu regardants, mieux étreints par les rentabilités princières que par les réalités sociales. Ainsi, alléchés par le juteux des rendements, vit-on au comble, des banquiers récupérer sous forme d’investissement les prêts qu’ils avaient pu eux-mêmes consentir, distillés dans leur propre alambic financier, quoique à l'acide. Le mistigri ne manqua pas de leur revenir comme un boomerang : on se mit à déprécier des actifs (…)
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     - Boursonomics 22/07/2008 -

de prêts à l'accession au logement, mal garantis, jusqu'à très en-deçà même des facultés de remboursement d'emprunteurs quasi-insolvables, est à l'article de dégénèrer, et menace d'empoisonner partout à l'entour. Ces crédits hypothécaires, attribués sans vergogne à des familles sous la ligne de flottaison - subprimes, laissent pressentir un armaggedon socio-financier. Quelques centaines de milliers de ménages américains, pour ne point les citer tous, sont au tapis.

Le scénario était cousu de fil blanc : la Fed, gardienne du temple, jura d’abord que le problème était sous contrôle. Mi-juin, son mentor, Ben Bernanke, déclara « qu'il n'y avait pas de signes de contagion importante de la crise du logement à d'autres secteurs de l'économie américaine » 1. Mi-juillet, le même concéda que « la croissance américaine devrait rester modérée d'ici à la fin de l'année en raison du ralentissement immobilier, qui devrait continuer à peser sur l'économie » 2. Enfin il chiffra l’aléa : « Certains estiment que ces pertes s'élèvent entre 50 et 100 milliards de dollars » 3. C’est peu dire qu'il faut craindre davantage, hors les faux-frais, c’est-à-dire l’impact humain qui, aux Etats-Unis est l’affaire de chacun et compte pour rien. N'importe: des subprime, le Marché ne retiendra que les pertes des banques, les faillites des fonds empêtrés dans les gluaux de l'ingénierie de la dette  - Les alchimistes de la dette -
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(...) L’innovation financière tourne toujours autour de l’endettement et des formes dont le génie humain le nantit pour étancher expressément sa soif de capitaux. Qu’il s’agisse de papier-monnaie, garanti par des pouvoirs volages ou des richesses présumées, d’options sur l'avenir, de montages siphonnant l’épargne, de titres étranges aux rendements impossibles, empaquetés, titrisés, l’ingénierie de l’argent n’est jamais chiche de capitaliser son insatiété. La dette qui en résulte ne manque pas d'ouailles, parfois de simples gogos, anonymes sans visage, pour être redistribuée à l'envi. L’Histoire dévide cependant le fil de la ruine pathétique qui scella toujours ces meccanos alambiqués (…)
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     - Boursonomics 07/05/2007 -

, puis louera l’acuité de quelques-uns qui auront prospéré en tirant parti de la ruine de tous les autres. Les rebuts sont inhérents au système, comme la sciure l’est au bois : seul le résultat compte, ici un meuble Empire et là un modèle économique, pour ne pas dire social. Qui tombe meurt 4. Walker Bush jugea l’économie du pays vigoureuse. Henry Paulson admit que l'Union pourrrait légèrement pâtir de la crise. Chacun dans son rôle, méjugeant des statistiques communément tenues pour mauvaises.

Souvenons-nous d’Enron, qui éleva avec constance le mensonge au rang de méthode de gestion, à l'égal d'un art de vivre. La faillite mit du temps à dégorger le passif, pointer les salaires et retraites dévastés, les pertes collatérales des complices, mais aussi à citer la haute finance qui cautionna cette cavalerie. A commencer par Goldman Sachs, banque d’affaires réputée de Wall Street, alors aux mains d'Henry Paulson, qui se couvrit de ridicule en célébrant encore l'électricien     - Take the money Enron -
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(...) « Nous jugeons que la période actuelle offre une opportunité très rare d'acheter les actions d'une firme qui demeure extrêmement bien positionnée pour croître à un rythme substantiel. Nous sommes sûrs que les on-dit négatifs autour de l'a compagnie sont faux, non fondés sur des éléments concrets (...) Nous estimons que les cours actuels intègrent les pires craintes des investisseurs ». Cette apologie titrée « Still the best of the best », rendue publique le 9 octobre 2001, fut l'édifiante contribution de la banque Goldman Sachs à la gloire de la société Enron, deux mois avant sa chute. Arthur Andersen, qui expertisait les comptes, n'avait rien trouvé à y redire (…)
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     - Boursonomics 17/08/2006 -

 peu avant sa chute. La brièveté de la mémoire financière permet aux mêmes de demeurer à la Une, et d’y renouveler leur commerce avec une égale crédibilité. Le serpent fascine la proie. Alors rien ne surprend moins que cette enquête de la SEC, le gendarme américain de la Bourse, qui soupçonne certains brokers américains, dont Goldman Sachs et Merrill Lynch d'avoir celé des pertes après avoir publié des semestriels flatteurs 5. Hé quoi, le Marché n’a d’yeux que pour ses fils prodiges, et d’oreilles que pour les bonnes nouvelles ! De ce côté-ci de l'océan, BNP Paribas, fleuron de la banque tricolore, afficha fin juillet de solides trimestriels, assurant sa faible exposition au subprime. Pourtant, dès le 10 août, l’établissement dut se résoudre à geler trois fonds
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engagés dans le crédit à risque après avoir constaté une aggravation de l’illiquidité de certains segments de marché. Ce qui acheva de mettre le feu aux poudres.

Voyons les chiffres : Calyon, filiale du Crédit Agricole, jauge le fiasco du subprime à 150 milliards de dollars
7. D'autres, appliquant un taux de dépréciation de 10% sur les crédits accordés ces dernières années arrivent à un montant plus élevé, proche de 250 milliards de dollars 8. Le cabinet MacroMavens, sur d'autres bases, publia en juillet le chiffre de 352 milliards de dollars dans Barron’s 9. Enfin BNP Paribas estima le 24 août qu’il était trop tôt pour évaluer quoi que ce fût. Ainsi les banquiers, économistes et stratèges, cuirassés de savoir, peinent-ils à évaluer un risque qu’ils nous assurent pourtant sous tutelle. Un frisson nous gagne : la stabilité des marchés, considérée généralement comme le fruit d'une intelligence supérieure, d'une prudence avérée des acteurs et de leur grande acuité à distinguer les soubresauts macrofinanciers, ne relèverait-elle donc que d'un ballottement favorable des évènements ? Les accords prudentiels de Bâle, qui visent à assurer la sûreté du système bancaire mondial, ne seraient-ils qu’un piètre pare-feu face à la foudre d’une crise systémique en maraude ? Bah, hormis l'américaine Bear Stearns, l'australienne Macquarie, la britannique HSBC et les allemandes IKB et Sachsen, la crise du subprime n'affecte aucun autre groupe bancaire ! Que les Banques Centrales aient à abonder le marché interbancaire    - LIBOR : en avant toute ! -
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(…) Distribanques à sec, cartes de crédit hors-jeu, factures impayées, contrats commerciaux au grabat, bref, rien ne va plus ! Particuliers et entreprises ne sauraient supporter tranquillement que leur commerce défaillît d’un manque de liquidités ! Pour éviter pareille thrombose, les banques organisent le drainage en s'échangeant des capitaux au jour le jour, à plus ou moins court terme et intérêt en contrepartie. Ainsi, ce marché interbancaire, étendu aux grandes devises de la planète, qui donne licence aux unes de prêter provisoirement aux autres les fonds qui leur font défaut, préserve-t-il la fluidité de l’économie. Bien sûr, il arrive que le système dérape quand la défiance devient généralisée (…)
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     - Boursonomics 06/08/2012 -

à coup de milliards est secondaire : tout est sous contrôle.

Les Bourses ont quant à elles accusé le coup. Le 19 juillet dernier, le Dow Jones triomphait des 14.000 points, poursuivant un raid qui l’avait vu déborder les 13.000 points trois mois auparavant. On attendait qu’il s’attaquât aux 15.000 points. Alors, tout s'étiola, et l’indice se mit à dépérir, touchant un plus bas à 12.518 points le 15 août. Le CAC poussa les feux jusqu'à refluer de près de 15%, chutant de quelque mille points ! La volatilité secoua les marchés : le 08 août, une rumeur enfla selon laquelle un fonds subprime de Goldman Sachs serait en difficulté ; le Dow perdit 250 points, mais les reprit vite, en fin de séance, lorsque la rumeur fut éventée. Un mauvais geste, un mot de trop suffirait à dynamiter le tout. Alors, on se tourne vers Ben Bernanke, lui enjoignant qu’il sauve le système, pour ne pas parler des plus-values. On le presse de baisser le prime rate, au mépris des suites économiques et de la fonction d'une banque centrale qui est de s'assurer que les marchés fonctionnent, non d'intervenir pour soutenir le prix des actifs. Christopher Dodd, qui préside les Finances au Sénat, tranquillisa son monde, déclarant que Ben Bernanke serait prêt à utiliser « tous les outils à sa disposition » pour rassurer les Marchés          - Explicationnisme -
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(…) Hé, ces sacrés Marchés ! Tantôt plombés, tantôt dopés, ils saluent ou sanctionnent, sont déçus, puis dégringolent ou s'enflamment, dans le sillage de Wall Street ou Tokyo. Les investisseurs sont inquiets, puis rassurés et à nouveau inquiets ; ils prennent leurs gains (jamais leurs pertes), ils achètent à bon compte (jamais à contresens), ils ancrent leurs positions ! Ah, braves soldats inconnus de la jaserie libérale, qui n'ont ni nom, ni adresse, ni boîte postale pour nous raconter ce qu'ils voient, ce qu'ils entendent, ce qu’ils arbitrent ! Voilà qui vaut bien tous les jeux de raquettes, et tous les discours filamenteux, bref, toutes les compromissions pour ne jamais déjuger le Marché. Ni le gripper (…)
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     - Boursonomics 06/05/2009 -

. Du coup, Jean-Claude Trichet, qui dirige la BCE et envisage de hausser les taux européens passe-t-il pour un pestiféré. Les boursiers n’ont d’yeux que pour leur portefeuille !

Qui ose un pronostic court le risque de se tromper. Gageons cependant que la crise du subprime n’a pas fini de démêler son lacis : les places boursières, nettoyées de la spéculation, y gagneraient. « Un temps plus ou moins long est nécessaire aux investisseurs après une crise pour qu’ils récupèrent suffisamment de leurs pertes et désillusions et soient à nouveau tentés par l’aventure spéculative » 10. Dont acte.
  
 
    

   
(1) Les Echos, le 06/06/2007 - « Marché immobilier américain : Ben Bernanke prudent »
(2) Les Echos, le 19/07/2007 - « Les craintes sur l'immobilier américain secouent les marchés »
(3) Les Echos, le 20/07/2007 - « Les déclarations de Ben Bernanke n'inquiètent pas les marchés »
(4) François Mitterrand - « Lettre à tous les français »
(5) EasyBourse, le 10/08/2007 - « Subprime : les brokers soupçonnés de dissimulations de pertes »
(6) Les Echos, le 10/08/2007 - « BNP Paribas gèle trois fonds »
 
Il s'agit des fonds Parvest Dynamic ABS, BNP Paribas ABS Euribor et BNP Paribas ABS Eonia
 
(7) AFP, le 16/08/2007
(8) La Tribune, le 16/08/2007 - « Subprime et CDO : quel impact pour les banques ...»
(10) Charles Kindleberger (1978) – « Histoire Mondiale de la Spéculation Financière »
 

 
Illustration : La crise immobilière : image extraite du site  Blogizmo 
 
 
Par Marc Aragon - Publié dans : Chroniques
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