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Boursonomics

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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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23 septembre 2006 6 23 /09 /septembre /2006 17:38
 
 
 
A 38 ans, l'oligarque Oleg Deripaska contrôle déjà Russian Aluminium, le troisième producteur mondial d’aluminium derrière Alcoa et Alcan. Son ambition est plus grande encore, qui vise à absorber son dauphin local, Sual, sixième mondial. Cette union, convenue début août, fera alors émerger le premier producteur mondial d’aluminium primaire, et le troisième extracteur de bauxite. L’opération est estimée aux environs de 30 milliards de dollars, et son dénouement, proche, a reçu l'aval de Vladimir Poutine, maître du Kremlin et du jeu économique de la Fédération 1 : une chance sûrement pour Oleg Deripaska, ancien proche de Boris Eltsine, qui fonda RusAl avec un autre oligarque, Roman Abramovitch, actuel patron du club de football de Chelsea et précédent propriétaire du pétrolier Sibneft, cédé depuis à Gazprom. La kremlinisation de l'économie russe est en cours. Et Gazprom, son bras armé. 
 
Les manoeuvres pétrogazières sont intenses, qui visent à défaire la grande braderie de la période Eltsine. Et tous les moyens semblent permis. On rappellera que Sibneft et Ioukos, ex-géant russe du pétrole, liquidé, avait failli fusionner, avant que Mikhaïl Khodorkovski, un autre oligarque proche d’Eltsine,  ne soit défait de sa compagnie manu militari, expédié vers un repentir sibérien « bien mérité ». Ainsi, tous les oligarques de la période Eltsine qui captèrent les ressources locales, parfois sans vergogne, n’auront pas tous conquis son successeur : les uns libres, à l’Ouest, les autres moins, à l’Est. Oleg Deripaska est toujours en cour, adoubé semble-t-il sur le dossier aluminium, une pièce parmi d'autres du grand capitalisme d’Etat que Vladimir Poutine appelle de ses vœux et façonne avec conviction. Ce grand dessein consiste d’abord à remettre la main sur les immenses richesses fossiles et minérales du sous-sol russe que l'administration d’Eltsine avait littéralement soldées ; puis à rappeler le ban et l’arrière-ban des entreprises de la Fédération, conviées à convoler ensemble afin de constituer des mastodontes, futurs champions mondiaux de l’énergie, de la sidérurgie, de l’aluminium, mais aussi de l’aéronautique et de la pharmacie.
 
Et à tout seigneur, tout honneur : voici Gazprom, le fleuron, qui a dépossédé Microsoft de sa troisième place à la capitalisation boursière mondiale. Le géant, à l’actionnariat proprement nébuleux mais à la direction bien cadenassée – Dimitri Medvedev, 41 ans, président du conseil d’administration de Gazprom, vice-premier ministre, héritier possible de Poutine, originaire de Saint-Petersbourg comme lui -, contrôle notamment 16% des réserves gazières mondiales et produit annuellement 21% du gaz naturel de la planète. Gazprom encore, groupe pétrolier qui produit plus d’un million de barils par jour, par sa filiale Gazprom Neft qui a repris 75% de Sibneft et qui se verra gratifiée d’une part de Ioukos. Gazprom toujours, dans l’électricité, donc le nucléaire, qui détient 100% d’Atomstroyexport, qui investira 60 milliards de dollars dans la mise en chantier de 40 centrales nucléaires sur 25 ans 2.
 
Voici aussi, Rosneft, la pétrolière, assise sur la dépouille de Ioukos, qui fut récemment introduite à la Bourse de Londres avec moult pérégrinations, non sans que le Kremlin eût mobilisé plusieurs compagnies de premier plan intéressées par le pétrole russe, en leur faisant comprendre qu'acheter du Rosneft serait un «geste important» pour leur avenir en Russie (BP, Petronas, CNPC) 3, Rosneft donc, dirigée par Igor Setchine, chef adjoint de l’administration présidentielle russe, héritier possible de Poutine, originaire de … Saint-Petersbourg. Les grandes manœuvres ne sont pas achevées dans la reprise en main de l’or noir : dernièrement, Shell s’est vu retiré le droit de développer son projet Sakhaline 2, ExxonMobil, est menacé sur son projet Sakhaline 1, et Total tremble sur la suspension possible de son contrat sur le gisement de Khariaga. TNK-BP, bras armé du britannique BP en Russie craint également de se voir retirer son autorisation d’exploiter le champ gazier de Konytka. Environnement et calendrier sont les raisons invoquées, qui ne trompent personne sur les motivations réelles des dirigeants russes. Fin du premier acte.  
 
Car le temps est maintenant venu pour l’ambitieuse Russie, qui dispose d’abondants capitaux, de partir à la conquête de l’Ouest. Le premier au feu fut Severstal, géant russe de l’acier, dirigé par l'oligarque, Alexeï Mordachov, 40 ans, qui ne se le fit pas redire lorsque Guy Dollé le requit pour extraire Arcelor des griffes de Mittal. Cavalier blanc, mais pas cavalier seul, n’en doutons pas, car Mordachov fût devenu le principal actionnaire du numéro un mondial de l’acier en cas de succès ! Raté ! Le géant de l’aluminium en gestation – RusAl/Sual -, offrira une première revanche, en acquérant l’italien Eurallumina 4. On vit aussi la deuxième compagnie aurifère russe Polymetal, convier le conglomérat AngloGold dans une « sorte » de partenariat. Bien sûr, Gazprom, dont la liste des acquisitions et des coopérations est longue comme un jour sans pain, avec Suez ou GDF en point de mire si la fusion échouait. Mais le fait le plus marquant est l’entrée de la banque publique Vnechtorgbank au capital d'EADS, à hauteur de 5%, en vue d’une alliance avec le futur holding d’Etat OAK, qui regroupera les fleurons de l’aéronautique russe : en jeu, une grosse commande d’Aeroflot. L'affaire est entre les mains des politiques, au plus haut niveau.
 
Périodiquement, l'establishment politico-économique russe s’émeut de ce que son pays et ses entreprises ne soient pas perçus comme des partenaires respectés, fiables et dignes de confiance. Mais que penser de l’agonie téléguidée de Ioukos, qui illustra avec acuité tout ce que le mélange des mœurs affairistes et la confusion des genres entre la sphère de l’économie privée et le plus haut niveau politique pouvait générer d’arbitraire, d’incertain, d’improbable ? Sur un autre plan, comment ne pas percevoir dans la détermination des dirigeants à évincer les investisseurs étrangers de secteurs stratégiques de son économie, notamment pétroliers, l’avance masquée vers des relations économiques parfaitement asymétriques ? Pour l’heure, la Russie a été recalée à  l’OMC : les démocraties européennes auraient intérêt à promouvoir elles aussi de véritables champions, à la gouvernance mieux charpentée que celle d’EADS, pour mieux défendre leurs propres intérêts.
 
Car en face, le capitalisme russe, étatique et post-communiste, n’en a pas encore fini avec les coutumes de la défunte URSS. Le népotisme et les clans s’affairent : récemment, le directeur du FSB (ex-KGB) a fait bombarder son fils de 25 ans au poste de conseiller d’Igor Setchine, PDG de Rosneft. Le premier ministre russe a placé son fils cadet de 23 ans à un poste clé au ministère des Affaires Etrangères, tandis que son aîné fait déjà partie des dirigeants de Vnechtorgbank. Et le gouverneur de Saint-Petersbourg a expédié son fils au poste de senior-vice-président de la même banque. Enfin, le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, ami du président Poutine, et son possible successeur, a décroché pour son fils de 28 ans le poste de vice-président de GazpromBank, troisième banque du pays 5.
 
Histoire de bien bétonner le capitalisme d’Etat russe. Ayez confiance …



 
(1) Les Echos, le 22/08/2006
(2) Investir, le 09/09/2006

(3) Libération, le 14/07/2006
(4) Le Monde, le 01/09/2006
(5) La Tribune, le 22/09/2006


 
Illustration : Catherine II de Russie (1729-1796) chevauchant  
 
 
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Published by Marc Aragon - dans Géopolitique
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22 septembre 2006 5 22 /09 /septembre /2006 18:56



Charles DowCharles Henry Dow est un homme taciturne. On le dit calme, réfléchi, ne s’emportant guère, un brin conservateur. Il débute sa carrière dans le journalisme en 1872, au Springfield Daily Republican, après avoir quitté la ferme familiale de Sterling, dans le Connecticut. La finance lui plaît. En 1882, il crée avec un ami journaliste financier, Edward Jones, une agence de presse, la Dow Jones & Company, qui édite chaque jour une lettre d’informations boursières, la Customer's Afternoon LetterL’information : principe actif ou placebo ?

(…) Les marchés actuels sont surinformés. Dame ! Le temps est loin des porteurs de journaux, livrant jusqu'à tard dans la nuit la Customer's Afternoon Letter (1882) de Charles Dow, cet ancêtre du Wall Street Journal manuscrit sur des feuilles de papier de soie intercalées de papier carbone ! Aujourd’hui, les temps sont au numérique, au planétaire, de jour comme de nuit, partout en même temps. Dans ce continuum, les données, les ordres, les analyses, bref, l’information circule d’un bout à l’autre des terres habitées, à la vitesse de la lumière : les écrans plats à cristaux liquides affichent des kilomètres de chiffres et de graphiques, et les cotations des valeurs technologiques du NASDAQ défilent sur les néons de Times Square. Quelle fureur ! (…)

. L'ancêtre du Wall Street Journal n'est alors qu'un simple bulletin manuscrit sur des feuilles de papier de soie et de papier carbone intercalées, ce qui permettait de produire jusqu'à ... vingt-quatre copies ! Le 3 juillet 1884, on y publiera pour la première fois dans les annales de la finance, un indice supposé refléter les cours d'une sélection de titres de l’économie américaine. L'idée fera date, qui s'enracinera : aujourd'hui encore, cet indice domine la Bourse de New York. C’est là l’innovation majeure de Charles Dow : cet échantillon de onze valeurs, intégrant neuf sociétés de chemin de fer et deux sociétés industrielles, dont on a additionné les cours de clôture avant de les diviser par onze, sans balancement de leurs importances respectives, produit une moyenne arithmétique, un indice, qui, douze ans plus tard, en 1896, deviendra l’indice Dow Jones Industrial Average.

L’indice phare de la bourse américaine, qui groupe trente sociétés depuis 1928, appelées blue-chips, demeure calculé ainsi que Charles Dow l’avait imaginé, sans pondération des capitalisations boursières contrairement au CAC par exemple. Pour l’anecdote, un troisième homme, Charles Milford Bergstresser, restera l’oublié de l’histoire, lui qui pourtant était de la création de la Dow Jones & Company en 1882, et qui finança seul l’équipée, palliant ses compères désargentés. Son nom, trop long, trop compliqué, peu attrayant, doublé d’un désintérêt du personnage pour les feux de la rampe, fit de lui le « & Company » du trio, bientôt rejoint par une cinquantaine d’autres membres à l’avènement du Wall Street Journal en 1889. Ainsi, le Dow Jones Bergstresser Industrial Average qui aurait dû être ne sera jamais. Ce qui n’est en vérité que justice tant Charles Dow en est le seul géniteur.

Dans ses éloges, Charles Dow est resté le contributeur principal à la compréhension des marchés boursiers, grâce aux articles qu’il fit paraître dans son journal entre 1900 et 1902, après qu’Edward Jones eut quitté le navire. Il développa dans ses éditoriaux ses observations qui firent de lui le pape de l’Analyse Technique, et qui demeurent la bible des chartistes. William Peter Hamilton, son successeur à la rédaction en chef du Wall Street Journal, sera son meilleur porte-voix, qui prédira dans un article désormais célèbre « A Turn In The Tide » le fameux krach de 1929. Il est vrai qu'Hamilton avait fait la même annonce en 1927, puis en 1928 1. En ces années-là déjà, tout finissait par arriver à qui savait attendre. Tôt ou tard.

Ces théories, qui continuent de hanter la planète boursière, ont été depuis revues et corrigées, actualisées, en même temps que la technologie simplifiait l’accès aux terrains de jeu financiers. Ses temples devinrent alors miraculeusement accessibles d’un simple clic de souris, comme le Forex, le marché mondial des devises, qui cote sans discontinuer, de jour comme de nuit, où la promesse de gains ultra rapides est là, à portée de main, irrésistible. Des analystes se mirent au travail pour épousseter les anciennes méthodes, les remettre au goût du jour, en promouvoir de nouvelles, comme, par exemple, les oscillateurs quantitatifs qui jaugeraient l’ampleur et la force d’un mouvement de cours. Des commerçants s’insinuèrent dans la partie, bientôt rejoints par tout un aréopage de faiseurs d’argent, cabinets de conseils, officines, experts en décryptage …, qui s’y entendirent pour coloniser la planète financière toute entière. En moins de quinze ans, l’Analyse Technique était devenue le premier moteur décisionnel des investisseurs boursiers.

Curieusement, nul ne semble s’étonner que des concepts quasi-séculaires, quoique époussetés, témoins de pratiques boursières d’un autre temps, immergés dans des réalités socio-économiques incomparables, dérivant de marchés étroits, réservés à des élites fortunées, mal instrumentés, mal alimentés, bref, que des concepts à l’évidence hors de contexte aient pu traverser le temps intacts, sans prendre une ride. Hélas, l’Analyse Technique n’est pas la physique newtonienne, tricentenaire et vigoureuse - aussi bien d’ailleurs que sir Isaac ne fut pas un spéculateur avisé, qui se fit plumer dans le krach de la South Sea Company en 1720 2 !

Charles Dow mourut jeune, à 51 ans, en 1902, tout juste neuf mois après la vente de Dow Jones & Company. Après sa mort, ses principes des rides, des vagues et des marées de l’eau devinrent une espèce de religion.


 


 

(1) Philippe Bernard - « La Transmission de l'Information par les Prix » - Juin 2000
(2) John Galbraith - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »



 
 
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Published by Marc Aragon - dans Historiographie
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21 septembre 2006 4 21 /09 /septembre /2006 18:17
 
 
L’Economie en général, la Bourse en particulier, embrassent des domaines où l’homme juge aussi bien qu’il commet, définit autant qu’il altère, engendrant le matin ce qu’il influencera l’après-midi. En sorte que rien ne dure ni ne se répète dans cet univers non stationnaire, où les règles changent en permanence. Les croyances y jouent un rôle de premier plan, au point que la seule lecture des chiffres, des prix, des cours ou des tendances masque souvent la réalité économique. Par sa seule action, l’homme dénature le sens des choses : que feront les autres, que dira l’avenir, que pensent les autres de ce que sera l’avenir ? C’est le concours de beauté 1 de John Keynes, où chaque juré soupèse davantage les supputations de ses collègues qu’il ne juge de la réelle plasticité des concurrentes.
  
Puis vient l’instant de la décision, chargé d’émotion, bientôt, celui du passage à l’acte, chargé d’adrénaline : l’économie est alors reléguée  aux réserves, et la conscience, arc-boutée toute entière sur le marché. Aucune réalité n’existe plus dans ce microcosme en boucle, où la cause induit l’effet qui induit la cause. Et tandis qu’un physicien identifierait une causalité dans un système soumis à des conditions de pression et de température déterminées, un économiste, un financier, un boursier demeureront impuissants : car les hommes font et sont le marché en même temps. L’observation du phénomène détruit le phénomène. C’est pourquoi, les croyances des individus jouent un rôle primordial dans les mécanismes économiques, loin des théories néoclassiques qui consacrent un homo oeconomicus de façade, rationnel et sans âme.
   
Au bout du chemin, comme un cas limite, l’auto-réalisation, où la somme des croyances provoque le résultat conjecturé, par la seule force d’opérateurs, marchant au pas, raisonnant à l’identique et prophétisant à l’unisson. Ensuite viendront les suiveurs, qui n’ont aucune croyance mais renchériront, contribuant ainsi à façonner ou entretenir une nouvelle actualité. Mais ceci est une autre histoire. Pour l’heure, les chartistes 2 occupent le terrain, immergés dans une réalité qu’ils subissent tout autant qu’ils l’engendrent, et parfois l’ourdissent. Combien sont-ils ? Quelques-uns ? Une poignée ? Sont-ils en nombre suffisant pour peser réellement sur la marche des cours ? Leurs moyens sont-ils compatibles avec l’infléchissement ou la perversion des prix ? Parions simplement qu’ils sont la majorité depuis l’avènement des médias Internet permettant un accès immédiat aux cotations et à la passation d’ordres. Et si l’on convient des limites de la rationalité dans les processus de décision, alors quels ressorts guident les traders de court terme, autres que ceux des concepts chartistes ?
 
Tel trader peut-il se payer le luxe, entre la poire et le fromage, d'axer sa prochaine transaction, parfois un simple aller-retour, sur une analyse pointue intégrant les pérégrinations de milliers d'intervenants, échangeant, vendant, achetant des titres financiers de grandes entreprises, elles-mêmes soumises aux aléas de la vie des nations et de la marche du monde ? Son ordinateur, sur le qui-vive, programmé pour détecter toutes sortes de signaux analytiques, scrute continûment toute la cote. Bientôt un bip retentit, qui signe la décision du trader : sa rationalité est informatique … Lors du krach de 1987, les ordinateurs furent vilipendés, qui emballèrent la dépression dit-on, nourris comme on s’en doute de pénétrantes analyses économiques ! Pour le temps qu’ils ont la main et ne s’auto-détruisent pas, les chartistes dominent la partie localement, et plus encore sur les marchés étroits où quelques ordres massifs, savamment instillés pour casser délibérément un seuil psychologique, suffisent à provoquer une avalanche de ventes de protection, créant la plus-value pour les initiateurs, sacralisant la théorie pour la communauté.
 
Mais à trop jouer ensemble les mêmes partitions, on finit nécessairement par en annuler les effets ; alors on les joue de plus en plus tôt pour devancer la troupe, et l’avantage concurrentiel peu à peu se délite. En se dissolvant, les figures chartistes créeront de nouveaux modèles ; quelques-uns les observeront, et la doctrine se drapera de nouveaux atours. Dans le changement continuel de prescriptions que la théorie fait éclore, qui entraîne les traders du zèle à l’indifférence, et de l’indifférence à une autre prescription, il n’y a finalement de place que pour la superstition. On auto-prophétise, on gagne ; on s’auto-détruit et on perd. Puis, on recommence. On y croit.



 
(1) John Keynes - « Théorie Générale de l'Emploi .... »
(2) Traders qui tentent de prédire les cours à partir d'une analyse graphique des prix passés
(3) John Galbraith - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »

 


 
Cet article a également été posté sur un forum généraliste Boursorama. Si vous agréez son contenu, cliquez ici pour l'y recommander : vous accroîtrez son audience et celle de l'auteur
 
 
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Published by Marc Aragon - dans Méthodologie
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20 septembre 2006 3 20 /09 /septembre /2006 00:38
 
 
En ce mois de mai 2006, les marchés américains frisèrent l’ivresse : le Dow Jones, indice phare de la Bourse de New York, flirta à quelques dizaines de points à peine d’un précédent record, « vieux » de plus de six ans, qu’il avait établi le 14/01/2000 en culminant à la cloche à 11722,98 points. Il est vrai que le 27 avril précédent, un certain Ben Bernanke, gouverneur de la Réserve Fédérale, frais émoulu à ce poste depuis février, avait susurré, devant le Congrès, que la Fed pourrait marquer une pause après seize hausses d'affilée de son prime rate. Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’euphorie : le Dow Jones gagnera quelque 300 points en quinze jours, avec un zénith en séance à 11670,11 points le 10 mai. Habitués à traquer le sous-entendu, l'allusion idoine chez Alan Greenspan, prédécesseur de Bernanke, les boursiers s'en tinrent là, sans scruter outre le discours : Wall Street ne parlait pas le « Bernanke ». Une simple question de temps.
 
Les propos précis du banquier central notaient « la possibilité, s’il y a suffisamment d’incertitude, que nous choisissions de faire une pause en matière de taux, simplement pour récolter plus d’informations afin de mieux évaluer les risques réels et l’évolution de l’économie » 1. Un discours assez convenu finalement, laissant deux fers au feu, conforme au dilemme qui se pose toujours aux gouverneurs : faut-il arrêter ou poursuivre un mouvement de taux alors que les effets sur l’économie ne se ressentent pas avant six mois ? L’hypothèse que les taux pussent être à nouveau augmentés n’était pas éliminée : mais on lira Bernanke comme on lisait Greenspan, c’est-à-dire entre les lignes de phrases alambiquées, sans entendre des explications mais en décodant des oracles. Branle à Wall Street et flambée des cours …
 
Quelques jours plus tard, Ben Bernanke précisera sa pensée auprès d’une poignée de journalistes, dont Maria Bartiromo (CNBC), qui se hâtera de rapporter ces propos « exclusifs » 2. L’élan est alors brisé net. Le vendredi 2 juin, le Dow Jones clôture à 11247,87 points. Le lundi 5 juin, Bernanke fait part de ses inquiétudes sur l’inflation : descente aux enfers immédiate avec 200 points perdus en cette seule séance, et un plus bas le 12 juin suivant à 10792,58 points. L’homme le plus puissant sur les marchés planétaires avait parlé, et ceux-ci l’avaient puissamment « bizuté ».
 
« Il a payé le prix de ne pas être à l’image de son prédécesseur [Paul Volcker], un homme qui s’était gagné une réputation de demi-dieu aux yeux de nombreux acteurs du marché », …, « Avec lui, les marchés financiers ne pouvaient pas être sûrs de la façon dont il se débrouillerait dans son nouveau job » 3. Ainsi intronisa-t-on, en le couvrant de critiques, Alan Greenspan en 1987, au sortir du krach, c’est-à-dire dans un contexte particulièrement difficile. Il faudra attendre 1994 avant qu’il s'impose définitivement à l'establishment, grand ordonnateur des marchés financiers, sibylle aux discours redoutés aussi bien que spécialiste des formules directes (exubérance irrationnelle, conundrum des taux, ...). On l'éleva au rang de maestro.
 
Greenspan succédait à une autre légende, Paul Volcker, qui mit en musique une hausse des taux directeurs drastique, à tout prix, pour vaincre l’inflation qui galopait au sortir des chocs pétroliers. Ledit Paul Volcker fut lui-même très chahuté par la critique, notamment par le leader de la Chambre des représentants de l’époque, qui qualifiera sa politique monétaire « d’invitation au désastre risquant de faire tomber en panne l’économie». En sorte que le bizutage d’un nouveau patron de la Fed est semble-t-il chose ordinaire. Le marché apprécie toujours, à son corps défendant.
 
Or donc, les marchés ont pour l’instant du mal à suivre les propos du nouveau président de la banque centrale. La dialectique de Greenspan plane au-dessus de Bernanke. Mais soyons assurés que « Blundering Ben » 4 (Ben le gaffeur), ne manquera pas d’en remontrer et d’imposer son style : il est le premier président de la Fed depuis 1916 à avoir siégé auparavant au Comité Monétaire de la Banque, c’est-à-dire à bonne école. Celle que dirigeait précisément Alan Greenspan.



 
(1) La Tribune de l'Economie, le 29/04/2006
(2) Challenges N°40, du 15 au 21/06/2006

(3) Divers articles du Washington Post
(4) New York Post cité par Courrier International (22 au 28/06/2006)

 
 
 
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Published by Marc Aragon - dans Le sérail
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19 septembre 2006 2 19 /09 /septembre /2006 00:00
 

Depuis les temps immémoriaux de l'antique Phénicie, dont les peuples navigateurs tracèrent les premiers sillons du commerce méditerranéen, l'Economie-Monde chère à Fernand Braudel n'a cessé de déployer ses ailes et d'universaliser toujours plus ses effets. Civilisations, cités-Etats, nations et empires ont prospéré, puis décliné, supplanté par d'autres, puis d'autres encore, plus ou moins glorieux, et les affaires des uns impliquèrent bientôt les intérêts de tous les autres. On connut des hauts et des bas, dans une sorte d'éternel recommencement qui paraissait vibrer dans l'espace et le temps. Ainsi la vie des hommes et de leurs sociétés se montre-t-elle moins rectiligne que la flèche du temps. Ces oscillations, paraissant cycliques, questionnent les historiens de l'Economie, qui les traquent inlassablement. C’est là un chemin de croix séculaire qui en dit beaucoup sur le besoin de l’espèce à penser son futur. Hélas, malgré des bibliothèques entières sur le sujet, le succès n'est pas nettement d'évidence et les régularités observées peinent à exister dans la durée.

L’économie fut longtemps dominée par la question de la survie : l’agriculture proportionna l'oscillomètre des équilibres de l'humanité. Au plus légendaire, l’Ancien Testament prétendit que Joseph identifia dans un songe de Pharaon où sept vaches maigres se repurent de sept vaches grasses, l’alternance de sept années de disette après sept années d'abondance
1. La civilisation aidant, on délaissa les bondieuseries pour ausculter d'autres genres de régularités, plus conformes au réel, qui paveraient la marche des nations. Des cycles ont émergé dans les économies paysannes, rythmés par des productions agricoles aux rendements fluctuants et incertains. Une mauvaise récolte provoquait une rareté et une hausse forte des prix, qui affamait les laissés pour compte, accroissait la mortalité jusqu’à ce qu’un équilibre macabre refît surface entre les hommes et les ressources : diminution des âmes ou hausse de la production, c'était selon. Ce temps n'est pas si loin, ni si hors de propos, où le pasteur Thomas Malthus voyait en la démographie une variable d’ajustement. Les aléas climatiques, qui gouvernaient tout, au plus profond et au plus vrai, ont cédé le pas aux incertitudes industrielles, sociales, idéologiques qui ponctuent désormais nos civilisations matérielles. Le monde fit peu ou prou son chemin, rompant avec les préceptes de l’Eglise qui enseignait qu’« aucun chrétien ne devait se faire marchand.

Les cycles économiques contemporains débutent par une phase de croissance ; puis l’essoufflement gagne, et la crise surgit, bientôt la dépression ; l’activité recule, un point bas est touché ; une reprise s’amorce alors, qui donnera naissance à une nouvelle phase d’expansion. La boucle est ainsi bouclée entre prospérité et récession. La durée et l’amplitude de ces phases distinguent le cycle. Or, seul le passé est déterministe, et le biais rôde, d'une lecture arrangeante des évènements : des interprétations idéologiques, parfois fantasques, s'ensuivent. Dans « Business cycles », paru en 1939, Joseph Schumpeter, économiste autrichien qui ne voyait dans le capitalisme que « rationalité et calcul », fit la synthèse, observant trois types de cycles aux horizons de temps différents. Dans cet ouvrage volumineux qui expose les récurrences de l’économie, des taux d’intérêt et des cours boursiers, il distingua les cycles de Joseph Kitchin, Clément Juglar et de Nikolaï Kondratieff. Les deux premiers sont désuets, le troisième plaît encore :
ironie du sort, Kondratieff, cet économiste russe qui publia ses vues en 1925 2 finira ses jours au goulag pour avoir imaginé que le système capitaliste, dont on guettait la chute, pût se réaccoutumer au sortir d’une crise. Sa sinusoïde était contre-révolutionnaire, et le communisme, exponentiel ascendant. Chacun là-bas le sut mieux et se le tint pour dit : le soleil se lève à l'Est, et jamais ne s'y couche.
 
Bien sûr, au fil du temps, des mouvements périodiques, infiniment réitérés, ont été soulignés, ici ou là, vibrant au diapason ou discordants, jusqu’a faire émerger un son, un sens, une tendance. Ainsi, une fois l’écheveau démêlé, tous ces cycles qui coexistent, s’atténuent et se combinent, nous donnent-ils le sentiment rassurant d’un éternel recommencement, d’un ordre supérieur. Bah, c’est un art techniquement facile que de diviser le mouvement global en mouvements particuliers, pour occulter ceux-ci ou ceux-là au bénéfice d’un seul qu’on veut instruire 4 ! De telles constructions, qui ne transparaissent qu'une fois la pièce jouée, peinent cependant à convaincre et à se pérpétuer. Nulle lumière ne permet mieux ni plus directement de les observer que la Bourse, « ce lieu essentiel du capitalisme où se construit la confiance, la perception du futur qu'ont les hommes d'affaires 5 », où le Marché, à ceci près l'Economie, joue sa partition en temps réel. La doxa libérale de nos temps s'y époumone, et les investisseurs, peu regardants, qui ne sont pas hommes à tergiverser, c’est-à-dire à attendre que la pertinence de leurs actes soit avérée, ont épousé cette normativité-là, laissant aux historiens l’éternité pour conclure. Cette glose plaît aux analystes boursiers. Mais entre-temps, la spéculationPersona non grata

La théorie financière fit du mieux qu'elle pût pour accréditer la nécessaire rationalité des Marchés ; efficients et concurrentiels, filoguidés par une main invisible vers l'optimisation de tout ce qui sonne, et trébuche sitôt après, ces dieux de l'Olympe reçurent l'attention des plus grands. On nobélisa autant qu'on sût les travaux de l'Ecole de Chicago et d'ailleurs ; l'économie, la finance, et enfin la Bourse, qui cristallise le tout, trinquèrent avec la mathématique de concours des savants fêtés à Stockholm. L'image ruineuse d'un casino planétaire valait bien en effet qu'un tel aréopage se penchât sur la question des Marchés pour trancher en sa faveur et rassurer son monde. (…)

 a effondré l'édifice : les Marchés financiers ont leurs propres humeurs et leurs cycles, tout aussi nébuleux.

Bref, l’authenticité de ces cycles nécessiterait surtout que le temps convînt enfin de s’accommoder aux désirs des hommes, unissant le passé et le futur dans des effets symétriques. En sorte que ce qui s’est passé hier puisse inférer de ce qui se passera demain ; qu’une même cause produise toujours un même effet, à l’image des lois classiques de la Nature. Hélas, l’univers est évolutif, son entropie croît ainsi que le second principe de la thermodynamique nous l'enseigne ; et le voilà maintenant quantiquement discontinu, chaotique, non linéaire, déséquilibré ! La causalité se dissout. Il y a aussi et surtout les hommes, qui ne comptent pas pour rien dans la moindre rectitude des phénomènes, introduisant de la psychologie, donc du mou dans la flèche du temps. Rien ne paraît ainsi presser davantage les peuples que de casser un cycle de prospérité en se faisant la guerre, cependant qu'ils s'acagnarderaient mieux en leur particulier quand l'économie est en crise. Cette généralité connaît aussi ses exceptions bien sûr, mais montre combien le long fleuve ne saurait être tranquille avec de pareils riverains ! L’économie demeure sous la coupe de contraintes humaines, sociologiques, financières et géopolitiques, d’ampleur et de nature variables, aux effets moins permanents que ceux auxquels les sciences exactes nous ont habitués. Le chaos de Lorenz, le grain de sable de Pascal 3, et tout est tourneboulé ! 
 
« S'il me fallait résumer ce que l'essence de l'histoire économique peut apporter à la science économique, je dirais qu'il n'existe pas de lois ou règles en économie qui soient valables pour toutes les périodes de l'histoire ou pour chacun des divers systèmes économiques 4 » (Paul Bairoch). Ainsi tel cycle qu'on croyait ici établi, déchoit-il ailleurs, puis s'éteint partout. La fascination du déterminisme économiqueFallaces et trompe-l’œil

(...) Isaac Newton fit cette belle promesse que le monde suivait une trajectoire déterministe. Il fallut déchanter : Albert Einstein pensa relativité, Werner Heisenberg fit de l’incertitude un principe, Edward Lorenz introduisit le chaos. Bah, les économistes sont toujours de Newton, qui extrapolent ceteris paribus, c’est-à-dire toutes choses égales par ailleurs. Hélas, le réel est empli d’abrupts, de demi-tours, de battements d’ailes et de sauts quantiques, qui se gaussent des chiffres que l’on encapsule, des courbes qui les montrent et que l’on prolonge pour induire la suite (…)

 reste quant à elle inentamée.

 

 


 

(1) La Bible, Genèse 41 – Les songes de Pharaon

 

(41.1) Au bout de deux ans, Pharaon eut un songe. Voici, il se tenait près du fleuve (41.2) Et voici, sept vaches belles à voir et grasses de chair montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie (41.3) Sept autres vaches laides à voir et maigres de chair montèrent derrière elles hors du fleuve, et se tinrent à leurs côtés sur le bord du fleuve (41.4) Les vaches laides à voir et maigres de chair mangèrent les sept vaches belles à voir et grasses de chair. Et Pharaon s'éveilla (41.5) Il se rendormit, et il eut un second songe. Voici, sept épis gras et beaux montèrent sur une même tige (41.6) Et sept épis maigres et brûlés par le vent d'orient poussèrent après eux (41.7) Les épis maigres engloutirent les sept épis gras et pleins. Et Pharaon s'éveilla. Voilà le songe

 

(1) Les études de Kondratieff parurent en Occident en 1936

(2) Fernand Braudel (1979) - « Civilisation matérielle, économie et capitalisme ... »

(3) Expression signifiant qu’il suffit d’un rien pour changer ou faire évoluer une situation

 

Le républicain anglais Cromwell mourut d'un calcul urinaire. Blaise Pascal écrivit à ce propos - « Cromwell allait ravager toute la chrétienté : la famille royale était perdue, et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretère ; Rome même allait trembler sous lui. Mais ce petit gravier s’étant mis là, il est mort, sa famille abaissée, tout en paix et le roi rétabli » (Pensées, fragments et lettres de Blaise Pascal – Pensées diverses XX, page 185, édition Armand Prosper Faugère - 1814)

 

(4) Bernard Maris (1990) - « Des Economistes Au-dessus de Tout Soupçon »

 

 



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18 septembre 2006 1 18 /09 /septembre /2006 01:15


Le choix des lauréats Nobel de l’année 2004, section Economie, fut la goutte qui fit déborder le vase : l’américain Edward Prescott et le norvégien Finn Kydland obtinrent le prix pour un article de 1977, dans lequel ils avaient établi, mathématiques à l'appui, que les banques centrales doivent échapper à toute pression des élus. Lors de la cérémonie de remise, sous le patronage du roi de Suède, les orateurs exaltèrent le « grand impact sur les réformes entreprises en de nombreux lieux (dont la Suède, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et la zone euro) pour confier les décisions de politique monétaire à des banquiers centraux indépendants 1 ». On tint pour rien le quart de siècle écoulé, notamment la politique monétaire expansionniste du maestro américain Alan Greenspan 2 qui gonfla la bulle la plus exubéranteComme toujours, on ne vit rien venir. La veille encore, chacun vaquait à ses affaires, et les places financières soufflaient un peu depuis le début de l’automne. En ce jeudi 5 décembre 1996, les bourses du Vieux continent conclurent une séance ordinaire. Tout juste nota-t-on que la Bundesbank avait refusé de baisser ses taux d’intérêt directeurs, sans alarmer personne. Le lendemain, tous les marchés plongeaient … de l'histoire moderne, non sans incidences économiques. Bah, ce bijou classique scellait une fois de plus la primauté de l'initiative privée sur l'impéritie de la gestion publique : la privatisation des gouvernements avançait d'un pas encore. Le libéralisme gagnait un supplément d'âme, et les économistes, un surplus d'empire sur les élites dirigeantes. La haute finance endimanchée, jamais en reste de préserver son pré carré, salua aussi, Banque de Suède en tête. D'aucuns se crispèrent.

 
Le millésime 2004 acheva d'agacer la planète éclairée de tant de terrain concédé au scientisme économique, lequel tenait d'une ancienne habitude, héritée de Léon Walras, sa vocation à confondre mathématiques de l'extrême et déterminisme expérimental. Cette usurpation pour la cause, prisonnière d'une autocatalyse vertigineuse dans sa course à la généralisation, typique du délire mathématique obsessionnel, filait à grande vitesse hors du réel. Une attaque en piqué vint du côté où l’on ne l’attendait pas, quand un aréopage de scientifiques de premier plan se cabra pour que l’on cessât d’intituler « prix Nobel d’Economie » ce qui n’était, depuis 1969, date de sa création, que le « prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques en mémoire d’Alfred Nobel ». La querelle enfla, portée par les chercheurs en sciences exactes, las pour finir qu’on prît tant d’aises avec la netteté scientifique, ses exigences de rigueur et d’adéquation au monde qui nous entoure et dans lequel nous vivons. Bref, que l’on tressât moins de lauriers, mieux, que l’on n’en tressât plus du tout à ces théoriciens du vide, créateurs d’univers enchantés dont ils ne donnent aucune raison de penser qu’ils ont existé ou existeront un jour ! Adam Smith lui-même n'avait-il pas conçu qu'une main invisible 3 vînt agencer ce paradis-là ? Piqués au vif, les durs de la science opinèrent que le prix d’économie dévaluait les vrais Nobel 4.
 
Peu après, Peter Nobel, arrière-petit-neveu du fondateur, en rajoutera :
« Jamais dans la correspondance d’Alfred Nobel, on ne trouve la moindre mention concernant un prix en économie. La Banque royale de Suède a déposé son œuf dans le nid d’un autre oiseau, très respectable, et enfreint ainsi la « marque déposée » Nobel. Les deux tiers 5 des prix de la Banque de Suède ont été remis aux économistes américains de l’école de Chicago, dont les modèles mathématiques servent à spéculer sur les marchés d’actions – à l’opposé des intentions d’Alfred Nobel, qui entendait améliorer la condition humaine » 1. Auparavant déjà, Friedrich Hayek, grand maître de la loge néoclassique, couronné en 1974, avait fait savoir qu'il aurait déconseillé la création du prix pour peu qu'on l'eût interrogé ; Gunnar Myrdal, son co-lauréat, suggéra même son abolition puisqu'il avait été remis à des « réactionnaires » comme ... Hayek ! Drôle de science, ambivalente, aussi bien sous l'emprise de préjugés idéologiques que de postulats théoriques, irréalistes, gouvernés par ce désir de normativité qui jusqu'au-boute l'aveuglement. George Stigler, couronné en 1982, six années après son ami Milton FriedmanMilton Friedman, pape de l’ultra-libéralisme est mort. Ses proches, ses élèves, économistes de Chicago et d’ailleurs, honorés sur la scène planétaire, choyés sous les lambris les plus prestigieux, ont l’âme en peine. D’autres, moins excessifs, plus tournés vers l’humain, se borneront à respecter le sommeil éternel de l’icône. Car l'antienne qu'il défendit, d’un Marché omnipotent, dont la dynamique propre, non entravée, conduirait à coup sûr au bien-être général ne fait plus l’unanimité …, néoclassique canal historique, piqua le fer jusqu’à la garde : un jour qu’on l'échauffait sur le paradoxe de Allais, il déclara, à la fureur : « Eh bien, ce n’est pas la science économique qui est fausse, c’est la réalité ! » 6.
 
Les Lumières qui éclairèrent Adam Smith, Thomas Jefferson, Etienne de Condillac - père de l'expression science économique en 1776 -, d'autres aussi, philosophes imprégnés des mutations de ce siècle, jusqu'à l'avènement du capitalisme industriel, ont fait leur temps. Le discours académique a vécu, trop narratif, irréductiblement contraire au désir impérieux de scientificité. La mathématique a pris le dessus, nimbant enfin, en 1969, la discipline de l'auréole de la vraie science : un prix plus ou moins estampillé Nobel. Ces lauriers controversés ont fait ressurgir cette querelle hypocrite : quelle est la nature même de l’Economie, science ou simple humanité ? Le cercle scientifique a tranché, dénonçant l’imposture d’une présentation ultra-mathématisée des concepts à de seules fins idéologiques. La plupart de ses « principes » ne sont du reste jamais soumis à l’épreuve, comme le sont par exemple les lois de la physique. Ainsi, hors les figures tutélaires que l'on a citées, leurs élèves, leurs obligés et autres nécessiteux d'un libéralisme axiomatisé, chacun pourrait assez se convaincre que « l'économie n'est qu'une branche des sciences humaines (...), qu'elle reste fondamentalement politique, et que les sciences humaines diffèrent des sciences exactes en ce que l'expérience essentielle qui permet de conclure qu'une hypothèse est vraie ou fausse, n'existe pas 7 ». Retour à la rhétorique sociale ...
 
Au détour des années 1960-1970, point d'inflexion des politiques keynésiennes, les  théoriciens de l'Economie pure, retrouvant l'oreille des élites dirigeantes, firent souffler un vent de conquête qui renouvela les vocations. En France, la discipline fut exfiltrée des facultés de Droit vers les Grandes Ecoles 8, formant des ingénieurs-économistes à la mode anglo-saxonne, capables de vocaliser le bel canto de l'Ecole de Chicago, siège social du positivisme et concessionnaire de lauriers suédois 9.  L'outrance mathématique américaine avait conquis la Faculté de longue date : les partisans de la doxa néolibérale, celle du Marché-roi dissipateur d'abondance, y tenaient de nombreux bastions, à commencer par les manuels 10. Des bataillons d'étudiants furent ainsi modelés, oserait-on dire modélisés, promus experts, spécialistes de concepts hors d'atteinte du commun, nécessaires traducteurs de leur propre jargon auprès des maîtres qu’ils éclairent : la politique pour les uns, les portefeuilles boursiers pour les autres. L’économie savante est convaincante parce qu’elle avance masquée. Et davantage encore parce que nul ne lui reproche jamais ses échecs. C’est pourquoi, on ne remerciera jamais assez la paire « Nobel » Scholes-Merton pour tout ce que l’obscène déroute de leur formule magique, qui plomba le fonds LTCMLe 31 août 1998, Wall Street chute en séance de 6,8%. Hormis les bons du Trésor, qui surnagent, tous les marchés vacillent, les obligations bancaires plongent. La panique s'installe, irraisonnée. Cette journée funeste achève un mois d’août horrifique, qui avait débuté, le 4 août, par un plongeon du Dow Jones de 3,5%, rapidement suivi d'une réplique qui allégea l’indice planétaire de 4,4% supplémentaires. Les mathématiciens du risque financier frémirent … et menaça le système financier international, démontra d’éloignement du monde réel.

L'empirisme scientifique consiste à soumettre des hypothèses à l'expérimentation en vue de corroborer des conséquences ; aucune théorie formelle ne peut s'exonérer de la confrontation du résultat aux données de l'observation pour valider ses conjectures. Ainsi l'absolutisme mathématique fait-il courir ce danger que l'objet initial puisse être marginalisé, noyé dans le flot des assertions intermédiaires. Ainsi va l'expertisme économique.




(1) Le Monde Diplomatique (Février 2005) – « Prix Nobel d’Economie : l’imposture »
(2) John Galbraith (1981) - « Tout savoir ou presque sur l''économie
»   

 

L'indépendance de la Réserve Fédérale américaine - et la justification de cette indépendance -, dépositaire de la vraie science monétaire et modèle universel de gestion soustraite à la pression des élus, suscite quelque méfiance de la part de Galbraith. Voici ce qu'on peut lire dans l'ouvrage ci-référencé, page 100 - « Toutes nos connaissances en matière de banques centrales nous ont été inculquées par la Banque d'Angleterre ; or la Banque d'Angleterre a toujours maintenu un haut degré d'indépendance vis-à-vis du gouvernement en cours. Il fut un temps où la Banque de France se prévalait d'une indépendance similaire. C'est dans ce même esprit que les statuts du système de Réserve Fédérale furent adoptés à la veille de la Première Guerre mondiale ; son autonomie était calquée sur le modèle anglais et l'idée que le président et le Congrès ne devraient jamais s'immiscer dans ses affaires est toujours vivace (...) En fait cette fameuse indépendance est plus un mythe qu'une revendication justifiée. Il est peu probable que le gouvernement de la Réserve Fédérale oppose un refus à une requête du président des Etats-Unis. (...) Il ne peut y avoir qu'un seul responsable de la politique économique et financière d'un pays. Autrement le président pourrait faire porter à la Réserve Fédérale la responsabilité de l'inflation et du chômage ... »

 

(3) Philippe Simmonot (2003) - « L'erreur économique »

 

Page 167 - « L'idée de main invisible, qui a tant contribué à la renommée mondiale de l'Ecossais, n'a pas non plus été, au sens strict du terme, inventée par Smith, s'il est vrai qu'il a eu le génie d'en trouver la formule. Encore en est-il particulièrement avare. En effet l'expression main invisible ne figure qu'une seule fois dans La Richesse des Nations. Et ce n'est qu'au détour d'une phrase, comme par inadvertance, presque à regret, que Smith l'emploie. A vrai dire, on la trouve aussi dans un ouvrage publié par l'Ecossais dix-sept ans plus tôt, La Théorie des Sentiments Moraux ... »

 

(4) Courrier International, Hors série, citant « Dagens Nyheter »
(5) Cette proportion est manifestement surévaluée (Cf. note 9)
(6) Cité par Bernard Maris (2003) - « Lettre ouverte aux gourous de l'Economie ... »
(7) François Mitterrand (1978) - « L'abeille et l'architecte »
(8) Frédéric Lordon (1997) - « Le désir de " faire science " »
(9) Université - privée - de Chicago

 

Fondée notamment par Frank Knight, théoricien du risque et de l'incertitude, l'Ecole dite de Chicago a fourni de nombreux lauréats du Prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques à la mémoire d'Alfred Nobel. La liste ci-après décline un appariement possible des professeurs, doctorants, et/ou proches de cette Ecole : Milton Friedman (1976), Théodore Schultz (1979), George Stigler (1982), Gérard Debreu (1983) James Buchanan (1986), Harry Markowitz (1990), William Sharpe, (1990), Merton Miller (1990), Ronald Coase (1991), Gary Becker (1992), Robert Fogel (1993), Robert Lucas (1995), Robert Merton (1997), Myron Scholes (1997), James Heckman (2000) - Depuis 1969, la Banque de Suède a récompensé 55 économistes.

 

(10) Le Monde, le 16/12/1997 - « Où en est la pensée économique  » (Olivier Lacoste)



 
Illustration : Armes du Royaume de Suède 



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17 septembre 2006 7 17 /09 /septembre /2006 17:47
 
 
Le 27 octobre 1997, presque dix ans jour pour jour après le fameux « lundi noir » de 1987, les marchés boursiers dégringolèrent ensemble. Le Dow Jones perdit 554 points, soit 7,2% de sa valeur. L'Europe suivit. Le jeudi précédent, l’indice Hang Seng de Hongkong avait lâché 10,41% : ce lundi-là, il perdit 6,7% de plus, puis 13,7% le lendemain ! Quelques semaines plus tard, le won coréen plongeait après la glissade des places de Tokyo et de Séoul. Les répliques du typhon financier estival qui avait fondu sur les tigres d’Asie, ruinant tout de go et d’abord les monnaies - baht thaïlandais et roupie indonésienne -, achevaient une triste besogne. Wall Street, lui-même, avait donné un premier signe de fragilité : le 15 août 1997, la Bourse américaine connaissait son plus gros accès de fièvre depuis 1987, abandonnant 247 points d'un coup. On s'alarma beaucoup.
 
Puis on comprit que quelques mauvais artificiers - FMI en tête, bientôt secondé par les carry traders, hedge funds et autres faiseurs d'argent -, avaient mis le feu à la plaine ; celui-ci continuera de consumer les pays émergents : en août 1998, la Fédération de Russie fait faillite, en janvier 1999, le réal brésilien est dévalué.
 
Le krach monétaire qui abîma Séoul et Tokyo, après avoir laminé les dragons du sud, conduira le Fonds Monétaire International à débloquer en urgence une centaine de milliards de dollars pour la Corée, après avoir dégagé, peu de temps auparavant, 17 milliards de dollars pour la Thaïlande et 23 milliards pour l’Indonésie. Comme au Mexique en 1994, les populations seront les premières victimes de ces ajustements qui ébranlèrent le « miracle asiatique ». Car les conditions qu’impose le FMI sont draconiennes, comme l’étaient déjà celles qu’il imposait pour accompagner la marche forcée vers la libéralisation financière des pays émergents 1. Le risque de faillite du système bancaire japonais, criblé de créances douteuses, deviendra vite réalité. Et à l’heure des mécomptes, toute honte bue, le secours miraculeux de l’Etat tirera l’archipel d’affaire : le système bancaire japonais ne se maintiendra que grâce à une nationalisation de quelques-unes des plus grandes banques du pays, que le gouvernement de Keizo Obuchi, au mépris de tous les principes libéraux, fera payer aux contribuables - 400 milliards de dollars - pour renflouer des institutions ruinées par la spéculation. Privatisation des profits, socialisation des pertes ... L’indice Nikkeï bondira de plus de 5% dès l’annonce du plan de sauvetage.
 
« En facilitant la canalisation des flux d’épargne vers leurs usages les plus productifs, les mouvements de capitaux augmentent l’investissement, la croissance et la prospérité ». Cette brillante prophétie fut émise en octobre 1997, lors de la réunion annuelle du FMI (tenue à Hongkong !) par l’ensemble des ministres des finances de la planète 2. Les marchés doivent gouverner le monde … En attendant, la crise de 1998 se révéla plus ravageuse que celle qui l’avait précédée en 1987, quand les monnaies nationales étaient encore assez stables. Cette fois, la débâcle des actions coïncida avec la chute des monnaies locales, dans des marchés devenus intimement liés : ainsi, la libéralisation financière, imposée par le FMI, aura-t-elle fait le lit des « spéculateurs institutionnels » qui purent piller les réserves de devises des banques centrales, sapant des économies entières. L’exemple le plus frappant nous vint de Russie : pour financer son déficit budgétaire, en accord avec le FMI - encore lui -, le gouvernement russe émettait, chaque semaine, des titres (GKO) à court terme (1 à 3 mois) ; les soucis asiatiques et des problèmes internes feront flamber les taux nominaux (53% à l’émission du 19 mai 1998, 99,5% pour celle du 6 juillet 1998) 3 jusqu’à l’implosion finale. Comme on le voit, les flux de rendements ont été canalisés vers leurs usages et leurs destinataires les plus productifs …
 
« Plus nombreux, plus gros, plus imprévisibles » ... Les krachs boursiers futurs seront de cette eau-là, qui surgiront massivement, sans s’annoncer. Les marchés financiers dominent le jeu d’une économie planétaire, globalisée, mondialisée, sous la coupe d’entreprises multinationales plus puissantes que bien des Etats – en 2002, le 10 premières entreprises mondiales affichaient un chiffre d’affaires cumulé supérieur au PIB de la France 4 …  La finance moderne favorise les investissements à rentabilité rapide aux dépens du long terme. Cette primauté aux profits de court terme, soutenue par des moyens électroniques hors du commun, qui unissent l’espace et le temps en une sorte de continuum numérique, accentue les excès spéculatifs. La mondialisation accroît le risque de crises majeures et d’effondrement général du système libéralisé de la finance. « Les hommes ne sont pas devenus plus cupides que par le passé. Ils ont simplement beaucoup plus de possibilités de l’être … » déclara Alan Greenspan le 16 juillet 2002 devant la commission bancaire du Sénat américain. On ne saurait mieux dire : la spéculation est effrénée, incontrôlable, à toute heure du jour et de la nuit. Le krach des monnaies de 1998 à peine froid, on replongea à l’aube du nouveau millénaire, avec force. C’est effrayant.
 
Entre 1962 et 1978, dans la seconde partie des Trente Glorieuses, le PIB français en volume a doublé pendant que la Bourse, criée au palais Brongniart, chutait de 75% en francs constants 5. Un pareil recul aurait aujourd’hui des effets dramatiques sur l’économie entière du pays : conséquences sur la consommation des ménages en raison de l’importance des placements boursiers (SICAV, etc), sur le logement, les retraites capitalisées, sur la marche des entreprises fortement soumises à la valeur de leurs actions, sur la santé d’un système bancaire et assurantiel largement adossé aux marchés financiers … Si cette chute partait des Etats-Unis, l’effet domino serait dévastateur. Il faut le craindre : quand la furie des marchés, optimaux, rationnels et parfaitement concurrentiels, déjoue les martingales, les opérateurs ne manquent jamais de se retourner vers ce partenaire honni, décrié, vilipendé, empêcheur de tourner en rond : l’Etat. Au train où vont les choses, il devient possible que celui-ci ne puisse indéfiniment sauver la mise.



 
(1) Joseph Stiglitz - « La Grande Désillusion »
(2) Le Monde Diplomatique - Décembre 1997

(3) Jacques Sapir -
« Le Krach Russe
»
(4) Vincent Almond - « Les Mensonges de la Bourse »
(5) André Orléan - « Le Pouvoir de la Finance »



 
 
 
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16 septembre 2006 6 16 /09 /septembre /2006 13:36
 
 
Au début du XVIIe siècle, le Japon est une mosaïque féodale de soixante provinces éreintées par des conflits de voisinage incessants. Les seigneurs s’entrebattent continûment pour des questions territoriales, fidèles en cela à ce qui constitue la principale occupation de l’homme depuis la nuit des temps, la guerre. La mutation géopolitique s’opère enfin sous l’effort conjoint d’unification de trois puissants chefs dont on chante encore aujourd’hui les louanges. L’un d’eux, Ieyasu Tokugawai, fondera une dynastie de shoguns qui dirigera le Japon plus de deux siècles durant. La paix qui s’installe alors permet au pays un renouveau économique. L’agriculture se développe, principalement celle du riz qui sert également de valeur étalon en l’absence de monnaie unique suffisamment stable. Des bourses d’échange naissent un peu partout, pour l’essentiel à proximité des zones portuaires. La précieuse graminée, première production de l’économie nationale, y est stockée dans des entrepôts. Le plus important est à Osaka, ville considérée alors comme la plaque tournante du commerce japonais.
 
Un marché national du riz, fédérant l’ensemble des marchés locaux, trop isolés, s’y installe, qui gommera bien vite l’étroitesse de l’offre des places régionales. Jusqu’en 1710, les échanges ne porteront que sur du « riz physique » : la marchandise est réellement livrée dès la conclusion de l’affaire, installée sur le chariot de l’acheteur qui peut alors s’en retourner.
 
Cependant, les seigneurs locaux, gens de pouvoir, insoucieux de l’intendance pourvu qu’elle n’entravât pas leur quotidien, vivaient dispendieusement et se trouvaient fort dépourvus leurs stocks de riz vendus. Quelques-uns, par marchands interposés, furent tentés de manipuler les cours, qu’on dissuada sommairement. D’autres, plus directement, se souvenant des anciennes coutumes, purent reprendre les armes pour s’approprier par la force les rizicultures voisines. Mais ces tentatives firent long feu. Le shogun veillait et les mœurs avaient changé : on se mit à hypothéquer les récoltes des prochaines saisons. Des « tickets (ou coupons) de riz » apparurent, qui concrétisaient la promesse d’une livraison à terme. Un marché secondaire émergea rapidement où ces récépissés pouvaient s’échanger, s’acheter et se vendre dans la plus pure tradition de la spéculation et du lucre. Le « riz papier » devint très populaire. Au Dojima Rice Exchange, le marché d’Osaka, on put observer certaines années que les promesses de livraison excédaient jusqu’à quatre fois la production annuelle de riz du Japon 1 ! Ainsi, pour la majorité, porteuse du mistigri en dernier ressort, le « riz papier » fut-il moins nourricier que le « riz physique » …
 
C’est dans ce contexte-là que survient notre héros du moment. Il s’appelle Munehisa Homma (1724-1803) 2. Il est issu d’une famille aisée qu’une immense propriété entourée de rizières a enrichie. Quoique cadet, c’est lui qui prendra en charge les affaires familiales à la mort de son père. Il est intelligent et comprend vite le parti qu’il pourra tirer du négoce boursier. Propriétaire terrien lui-même, cultivant le riz méthodiquement, consignant chaque année les impacts météorologiques, il sait de quoi il parle et peut objectivement anticiper ce que réservera le « riz physique » à la prochaine récolte. En outre, il a parfaitement compris que les ressorts auxquels obéissait le « riz papier » étaient de toute autre nature, liés pour l’essentiel à l’affect des investisseurs. Une étude méticuleuse des cotations passées lui fait apparaître l’influence des évènements extérieurs, politiques, sociaux et militaires, ce qui l’amènera, bien avant Nathan Rothschild et ses pigeons voyageurs, a constituer un réseau d’information particulièrement efficace 3.
 
Bref, il est le premier au pays du Soleil Levant à mener une approche pensée du fait boursier, à tenter de « vaincre le jeu par le calcul ». Il y réussira mieux que bien, depuis ses débuts dans la modeste bourse du port de pêche de Sakata – sa province natale -, sa domination du Dojima Rice Exchange d’Osaka, jusqu’à la bourse régionale d’Edo, aujourd’hui Tokyo. Il consigna ses expériences et sa méthode de trading dans deux livres qu’il écrivit au soir de sa vie, désignant la psychologie des opérateurs comme élément central de la formation des prix. Un autre de ses mérites est d’avoir imaginé une représentation symbolique des courbes de cours tout à fait originale, riche et lisible. Les signes utilisés ressemblent à des bougies, en sorte qu'on baptisa cette lecture « Technique des Chandeliers Japonais ». Aujourd’hui encore, et de plus en plus, ce format graphique, plus figuratif et signifiant que les habituels bar charts, est largement répandu. L’interprétation est plus incertaine …
 
Munehisa Homma, Maître des Chandeliers, mourut en 1803, salué par les siens. On lui décerna le titre honorifique de samouraï.



 
(1) Steve Nison - « Les Chandeliers Japonais »
(2) Le patronyme de ce négociant japonais est diversement orthographié. Son nom est parfois traduit comme Sokyu, tandis que son nom peut se rencontrer sous la forme de Honma ou Homna. Le choix retenu, Munehisa Homma, est celui de la Nippon Technical Association.

(3) François Baron - « Chandeliers Japonais »

 


 
 
 
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12 septembre 2006 2 12 /09 /septembre /2006 00:31
 
 
L’ère moderne est pavée de krachs planétaires. Et tout autant de bonnes intentions pour éviter qu’ils se reproduisent. Hélas, la bonne conscience ne dure qu’un temps, souvent petitement compté : celui de la compassion devant ces interminables rangs d’oignons de traîne-savates, miséreux jetés à la rue, battant la semelle devant les soupes populaires en 1929, ou celui de la colère de ces épargnants qui essuyèrent de lourdes pertes dans le fiasco obligataire qui jouxta la débâcle des actions en 1987, ou encore, celui de l’indignation devant ces milliers de salariés pleurant leurs emplois et leurs retraites envolés, en 2002, quand éclata la bulle Internet et ses excès spéculatifs. Puis le calme retombera, aidé en cela par les explications ad hoc des banquiers centraux, généraux en chef des troupes en déroute, ultimes planches de salut dans la tempête boursière, qui opineront savamment, précédés ou suivis par une pléiade d’experts, qui confirmeront, et par ceux, plus nombreux encore, hommes d’importance et de grand opportunisme, qui savaient tout mais n’ont rien dit.
 
Alors, un scénario connu d’avance se jouera, qui exonèrera purement et simplement le marché de toute responsabilité … Car le marché est d’essence divine, objet de tabous et de devoirs particuliers, protecteur du clan et grand ordonnateur du bien social. Dépourvu de toute dynamique interne malsaine, n’exsudant rien qui fût pathogène pour lui-même et à l’entour, le marché ne saurait être mis en cause. Qu’il faillisse, c’est qu’on l’aura empêché ! Quelques boucs émissaire plus tard, on désignera les coupables, toujours les mêmes : au plus court, le déficit budgétaire américain, son déficit commercial, au plus commode, un ralentissement économique impromptu, un relèvement des taux d’intérêt, un problème dans les monnaies, et, au plus général, l’interventionnisme politique des Etats. Bref, tout autant de causes extérieures qui rendraient les marchés anxieux et les entraveraient.
 
Quant à la spéculation, premier fossoyeur du système, porte-drapeau emblématique de la cupidité et de l’opportunisme du genre humain, au cœur de tous les krachs boursiers, immobiliers, monétaires, partie prenante de toutes les débâcles à toutes les époques, cette spéculation ne sera jamais montrée du doigt. Ou si peu et si furtivement. Car voilà, au pays des marchés rationnels et efficients, la spéculation est interdite d’antenne, qui mettrait à bas quarante années d’acharnement à démontrer mathématiquement la supériorité du marché souverain. Et du « néo-libéralisme », par la même occasion. Il n’y a donc pas d’alternative à la domination dogmatique et sans partage du sacro-saint marché. C’est là le fait.
 
Le 19 octobre 1987, le Dow Jones Industrial Average perdit 508 points dans la même journée, soit une baisse de 22,6%, la plus forte chute quotidienne de toute son histoire. Les indices mondiaux chutèrent à l’unisson, la palme revenant à la place de Hong-Kong qui recula de 45,8% en cet octobre rouge. Quelques jours plus tôt, des statistiques avaient annoncé un déficit commercial important, plus élevé que prévu, stigmatisant, dans la formule mille fois resservie, le fait que « les Etats Unis vivent au-dessus de leurs moyens ». On l’avait bêtement oublié, on s’en souvint brutalement. En cause de second rang, on releva que la Bundesbank avait annoncé le relèvement de ses taux d'intérêt. Et, dans le rôle du bouc émissaire, on incrimina les nouveaux mécanismes boursiers, notamment la technique d’immunisation des portefeuilles, très en vogue à l’époque – négociation d’options de vente, premiers méfaits des marchés dérivés -, et surtout le « program trading » - passation automatique d'ordres entièrement décidés par ordinateur. Les acteurs institutionnels en place, les explications trouvées, il ne suffisait plus que de jouer la partition. On la joua : le marché fut blanchi au plus haut niveau. On ne mentionna jamais l’euphorie boursière qui s’auto-entretenait depuis le début de la décennie, propulsant le Dow Jones du niveau 1100 à la mi-84, au niveau 2600 au début d’octobre 1987, soit une hausse annuelle moyenne de 33% sans rapport avec la coissance des entreprises 1.
 
La spéculation était à l’œuvre, mais une fois de plus on ne le reconnut pas. Car si le marché peut tolérer quelques écornes à sa perfection, la foi classique ne pouvait admettre que la spéculation lui fût consubstantielle, comme une seconde nature. Petite cousine de l’irrationalité, et de tant d’autres comportements inconstants, la spéculation a à voir avec la substance molle de l’humain, son côté influençable, frivole, obscur. On y voudrait du déterminisme, on n’y trouve que de l’instabilité. Cent mille ans que cela dure, et cela n'est pas prêt de s'arrêter ! Mais mille milliards de dollars sont en jeu, qui ne sauraient être le produit du lucre ! Or donc, le Marché est bienveillant, auto-régulateur et pacificateur : c'est plus convenable. 



 
(1) John Kenneth Galbraith - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »
 
 
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Published by Marc Aragon - dans Mythes et Réalités
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11 septembre 2006 1 11 /09 /septembre /2006 00:00
 
 
Voici un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C'était avant l'aggiornamento de 1987, quand on criait encore les ordres sous la voûte du palais Brongniart, le temps des runners et des traders qui s'activaient à la fosse, celui des remisiers et des pieds-humidesUn îlot de solennité surnageait malgré le désordre à l'entour. La corbeille du palais Brongniart, où l’on cotait la fine fleur de l’industrie française, Aquitaine, Peugeot, Citroën, Wendel … maintenait une étiquette sévère et un protocole des plus stricts : l’atmosphère raréfiée du parquet, que seuls les Agents de Change foulaient, semblait étouffer les cris des courtiers qui opéraient plus loin, et cette gravité dissipait une retenue aristocratique… qui géraient les titres Hors Cote à l'extérieur du temple, battant la semelle à l'entour des colonnes corinthiennes, sous la pluie et à tous les vents, le temps des bouts de papier et des coupons. C’était un temps où toute une partie du carnet d'ordres pouvait rester non exécutée lorsqu'une plage de cours était laissée vierge. Ainsi, quand aucun titre ne s’était échangé dans l’intervalle, des ruptures de cotation, à la hausse ou à la baisse, survenaient : un gap naissait, c’est-à-dire une discontinuité dans les prix, une plage de cours non estampillée. D'aucuns conclurent qu'il y avait à dire.

« Natura non facit saltus 1 » affirma voici deux siècles le naturaliste suédois Carl von Linné, un savant très épris d'ordre divin. Las, rien ici bas n'est à l'équerre ni ne roule paisiblement, variations boursières comprises. Ces dernières étaient déjà à l'époque comme dans l'intimité quantique, moins continues que les théoriciens de la courbe en clocheLe 21 octobre 1929 commença la fin : le lundi qui suivit, le Dow Jones perdit 13%, le lendemain 12% à nouveau, dans un désordre indescriptible, préludant une crise au long cours de l'économie américaine. On croyait avoir tout vu ; pourtant, le 19 octobre 1987, le Dow Jones fera mieux encore, c’est-à-dire pire, qui dévissera de 22,6% en une seule journée … les modéliseront, bondissant parfois d'un cours à un autre sans intermédiaire ni passage obligé : il y avait toujours dans la cote quelques valeurs en ébullition, qui cristallisaient toute la hâte des opérateurs à griller les feux. Rien n’est si différent aujourd’hui : la hargne des traders modernes, renforcée par la puissance du silicium et la fulgurance des autoroutes de cuivre et de lumière n'ont que changé la donne d'échelle et rendu tout plus effervescent. A ceci près que la distance entre l'actionnaire et le marché était en ce temps telle qu'il était fréquent que des ordres se maintinssent dans le carnet, quoique périmés. Aussi, advenait-il que le cours revînt toucher l'extrémité du gap et les ordres oubliés s'exécutaient en cascade ! Le cours traversait alors toute la plage d'un coup, jusqu'à l'autre extrémité : le gap était comblé, en solde de tout compte. Il n'y avait là d'autre raison qu'une pure contingence matérielle, de simple papeterie, et non cette idée d'une plage de cours qui ne pouvait qu’elle ne dût être comblée avant que le cours reprît son errance.

Mais on confondait l’effet et la cause. Quelques fins observateurs du fait boursier de l'époque s'avisèrent du phénomène et en tirèrent un substantifique parti : un bon coup d'œil vaut mieux qu'une mauvaise impasse ! Les chartistesQui se souvient de William Hamilton ? Ce journaliste écossais rallia les rangs du Wall Street Journal en 1899, comme reporter, où il trouverait matière à entrer dans l'Histoire du chartisme boursier. En 1903, il succéda à la rédaction en chef du journal, à un certain Charles Dow, créateur de l'indice éponyme new-yorkais, qui devint une sorte de père spirituel pour les fans d’Analyse Technique … le théorisèrent, en différencièrent diverses variétés - gap commun (common gap), gap d’accélération (breakaway gap), gap de poursuite (runaway gap) et gap terminal (exhaustion gap), bref, en conçurent autant qu'il était possible d'en nomenclaturer, comme jadis le pieux Linné. Puis vinrent les ordres électroniques, qui expédièrent ad patres les vieux carnets, au profit de simples mémoires informatiques, nourries en temps réel de transactions éphémères, aussitôt posées aussitôt annulées, implacablement périmées, en sorte que rien ne subsista des anciennes coutumes. Les internautes entrèrent dans la danse, scellant à jamais la moindre fissure qui pût durablement conférer un avantage spéculatif. Les chartistes considérèrent quant à eux que rien n'avait changé ; le gap fut axiomatisé, plus cardinal qu'un principe de thermodynamique, moins incertain que celui d'Heisenberg, qui hypnotise l'analyste comme le serpent fascine la proie. Jusqu'à la fin des temps, sa nature profonde est qu'il soit comblé. On se dispensa d'autres explications. Comme à l'accoutumée, on négligea les exceptions qui jonchaient les graphes : les traders, peu regardants, n'ont d'yeux que pour leurs plus-values.

Voyons quelques exemples. En 1992, l’industrie tenait encore le haut du pavé, loin des colosses de papier qui turbuleront bientôt les âmes. Ce 19 octobre, le titre du cimentier Lafarge afficha un plus haut en séance à 30,48 euros, clôturant à proximité, à 30,41 euros. Sans doute l’après Bourse apporta-t-elle quelque bonne nouvelle, des résultats peut-être meilleurs que prévus : de fait, l’action ouvrit le lendemain à 31,26 euros, avec un plus bas en séance à 31,15 euros. Depuis lors, on n’a plus revu ces niveaux - le cours actuel avoisine les 100 euros : aucune cotation n’a plus jamais été inscrite entre 30,41 et 31,15 euros, soit un gap à la hausse de 2,43% ! Puis vint la NetEconomie et ses excès : Alcatel, l’un de ses hérauts, toucha notamment, le 15 février 2001, un plus bas en séance, à 53,65 euros, et le lendemain un plus haut à 52,80 euros, gappant à la baisse de 1,61% ! La descente aux enfers qui se poursuivit ne rend pas proche le comblement de cette plage de prix inexplorée. Continuons notre voyage dans le temps avec l’indice CAC, qui résulte d’un calcul arithmétique sur quarante valeurs ; l’e-krach passé, l’indice se redressa : le 13 mars 2003, le CAC afficha un plus haut à 2554,71 points, et le lendemain un plus bas de 2595,30 points, soit un gap de 1,58% à la hausse, toujours vivant. Le graphe en chandeliers japonaisLa séance boursière débute par un prix d’ouverture, imprévisible, qui joint les ordres entrés depuis la veille. Puis les cotations défilent, à un rythme effréné pour les titres en vue, jusqu'à plusieurs fois par minute, et cette nuée d'opinions éphémères traduit l’excitation des traders. Deux cours seulement surnageront, qui en disent assez sur le combat que bulls et bears se sont livrés : le plus haut et le plus bas du jour … qui illustre les présentes pourrait être l’un de ceux-là. Ou un autre.

Face à un choix complexe, les individus, opèrent des raccourcis de raisonnement. Leurs décisions sont alors régies par des règles simplifiées (ou heuristiques) que les psychologues tentent de mettre en lumière, et les boursiers en chiffres. Parmi ces heuristiques, souvent instruites par le duo Amos Tversky et Daniel Kahneman (ce dernier, prix Nobel d’EconomieLe choix des lauréats Nobel de l’année 2004 fut la goutte qui fit déborder le vase : le norvégien Finn Kydland, et l’américain Edward Prescott, obtinrent le prix pour un article de 1977, dans lequel ils avaient « démontré », savant modèle écomathématique à l'appui, que les banques centrales doivent échapper à toute pression des élus …, on pourra ici évoquer le biais d'ancrage, qui concerne le processus par lequel un nombre saillant mais non informatif est mémorisé, influant ensuite sur le choix qui conduira à l'effet observé. Le mécanisme des supports, des résistances et des gaps dérive directement de cet ancrage, par lequel les traders se souviennent mieux d'un prix que de tous les autres, y associant mécaniquement une conclusion. Ce biais devient une règle de conduite et les raisons qui en justifient les effets sont alors oubliées et reléguées dans le flou des assertions originelles. Ainsi, nul ne se souvient plus du gap, mais quand il réapparaît sur un graphe, chacun est bien assuré qu'au moment où il s'était produit, une situation anormale s'était manifestée qui doit être corrigée. La foi en la convention fait le reste : dans les marchés creux, les prophéties auto-réalisatrices concrétisent assez les croyances des opérateurs vissés à leurs consoles. Mais rien ne résiste aux coups de tabac boursiers, et moins que tout, la mémoire des traders, pleine de trous, ou de gaps, c'est égal.  

En fait, le Marché se contrefiche des gaps, se moque des mathématiques linéaires et n'obéit à aucune règle durable. Des gaps se forment tous les jours, à toutes les échelles de temps. Certains attendent parfois des années d'être recouverts, aussi bien que d'autres ne sont pas prêts de l'être. Tôt ou tard, qui sait !
 
 

 
(1) La Nature ne procède pas par sauts (Carl Von Linné)


 
 
Illustration : Chandeliers japonais - Non titré ni légendé, vrai graphe ou supercherie ?
 

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