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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 16:58

Pirates-des-Caraibes-copie-8.jpgÎles CaïmansMagie financière aux Caïmans

(…) Rien ne fixe mieux les hedge funds que l'exotisme pénétrant de leurs domiciliations : 80% d'entre eux sont enregistrés dans les îles Caïmans, un caillou caribéen de 262 km2, sous tutelle britannique, à la législation libérale, où nichent quelque 30.000 établissements dont 544 banques et 350 sociétés d’assurance ; 45 à 65% des fonds éliraient la charmante opacité de cet éden fiscal ! Point de laminoirs ou de hauts-fourneaux sur l'île, ni davantage d'angélisme : le credo des hedge funds, électrons libres de la finance offshore, est celui de la quête absolue du gain. Alors la magie financière entre en jeu, qui excelle à trancher une dette en cubes ou en rondelles (…)

, Montserrat, Barbade, Antigua, Saint-Kitts-et-Nevis, Grenadines, Bermudes, d’autres encore qu’on lasserait à toutes citer, voici ces terres sous le vent, ceinturées d’écueils et de bas-fonds, secouées par les trombes et les ouragans, jadis infestées par les boucaniers, les écumeurs, qui y recelaient tout ce qu’ils surprenaient du bien d’autrui. Plus au nord, voici aussi les îlettes anglo-normandes, frêles, enveloppées par les courants et les brouillards, Jersey, Guernesey, Man, dont quelques pirates repentis, devenus baillis, se piquèrent de narguer ouvertement les régnants d’Angleterre
1. Et encore Gibraltar, Hong-Kong ou Macao, Malte ou Chypre … Hé quoi ! l’ex-empire britannique ne manque pas de rejetons dont le sang ne saurait mentir, dans la longue liste des eldorados fiscaux, accoutumés comme la mère-patrie à ne se contraindre pour rien, allaités au sein de la hourra-déréglementation, et si peu qui puisse les retenir ! Ces confettis de la grande flibuste éclairée, non coopératifs, archétypes d’un libéralisme sans état d'âme, prospèrent et embellissent dans les eaux troubles de la finance internationale.

 

Le concours de beautéLe cyber-concours de beauté

(…) Automates boursiers, robots de la finance, voici ces nouveaux Terminators aux nerfs d’acier et aux poches pleines, vifs comme l’éclair dans l'initiative, jouant des frémissements, des déséquilibres fugaces, grattant jusqu’au dernier centime pour n’en faire rien que le posséder c’est-à-dire le soustraire. Le concours de beauté de Keynes, qui déchiffrait l'âme des traders, faisait encore appel à la substance molle de l’humain. Il n’avait rien de cybernétique, et sûrement pas cet œil de colin froid des robots de la haute fréquence. Ainsi les jurés d’aujourd’hui pourraient-ils finir par voter tous à l’identique, tel le joueur de flûte d’Hamelin, menant son troupeau vers le précipice (…)

 vint d’abord d’Amérique. Dans les années 1880, le New Jersey, qui peinait avec son budget, prit les entreprises à l’appeau fiscal au détriment de ses voisins du Massachusetts et de l’Etat de New York, qui trustaient alors les sièges sociaux. Le plafonnement des impôts fit son effet et des émules, comme le Delaware, où est toujours immatriculée une moitié des firmes américaines cotées à Wall Street. Les capitaux prirent cette tangente, puis tout à fait la fuite un siècle plus tard quand l’offshore se développa : le General Accounting Office rapporta qu’entre 1998 et 2008, près des deux tiers des sociétés opérant aux Etats-Unis ne payaient aucun impôt
2 ! Le Royaume-Uni ajouta sa pierre dans les années 1920 : travaillé par le mode de taxation d’entreprises agissant dans tous les recoins de l’Empire, le droit britannique assigna l’imposition au lieu où les décisions étaient prises, non en celui où les affaires étaient menées. La résidence fictive était née ; elle continue de plaire : en 2007, un tiers des 700 premières entreprises anglaises ne paya pas un penny d’impôt, et les deux tiers restants moins de dix millions de livres 3 ! Enfin, la Suisse paracheva en 1934 les fondations de l’édifice : talonnée par la France d’Edouard Herriot chassant déjà les déficits, la Confédération fit de la violation du secret bancaire un délit. Vingt-cinq années plus tard, la grande prestidigitation commença.

La crise du fordisme des années 1960 changea l'air du temps. L’évaporation capitale prit aussitôt la mer, dans le sillage des corsaires d’antan, vers ces îlots au statut juridique incertain, petitement cadastrés, quoique le sol n’y manquât jamais pour accueillir tant de sociétés. Ainsi Ugland House, un immeuble de bureau de cinq étages à George Town, capitale des Caïmans, est-il un de ces hauts lieux du miracle immobilier : selon le Tax Justice Network
4, ce bâtiment, immortalisé par le candidat Obama durant sa marche présidentielle 5, y logeait mi-2008 quelque 18.857 firmes ! Mieux, en 2004, 619.916 sociétés nichaient aux îles Vierges britanniques, un chapelet d’îlettes de 153 kilomètres carrés ! Tout ce qui touche aux paradis fiscaux est de cette farine, qui ne connaît des chiffres que leur outrance : 11.500 milliards de dollars escamotés des circuits légaux, patrimoines privés et flux mafieux compris, en tout point de l’écliptique, selon les estimations les plus communes ! Et la note monte tous les jours ! Las, ce n’est pas assez pour les enturbannés libéraux, apôtres de la régulation du capital par le capital et de son allocation optimale par tous les temps, dirait-on sous toutes les latitudes. « On ne peut en effet ignorer la valeur ajoutée par les centres offshore en termes d’innovation et de flexibilité juridique 6 ». De Michel Prada, ex-patron de l’AMF, qui, peu après la crise du crédit, exhorta à la transparenceLa transparence : et après ?

Voici revenu le temps de l’éthique, celui de la transparence et de la vérité qui prédisposent la noblesse de nos idées. Quelques préceptes moraux de cette nature, que l’on avait mis sous le tapis pendant ces années d’aisance boursière, refont surface à l’heure des mécomptes. La catastrophe financière, doublée d’une apoplexie bancaire, triplée d’une crise économique, réveille subitement en nos consciences cet obsédant désir de moralisation des affaires, et nous percevons ce dessein comme un viatique obligé à la sortie de crise. Las, ce temps sera petitement compté, et les seuls commandements de la vertu ne sauveront pas le système (…)

.

 

Dans ce concert, l’hexagone n’est pas en reste : une enquête parue en 2009 révéla que la fine fleur tricolore, principalement les majors du CAC, comptait près de 1.470 filiales dans des paradis fiscaux, des Bermudes à la Suisse en passant par Malte, Panama et... le Royaume-Uni, soit 16% de leurs implantations à l’étranger 7. Au classement de l’excellence, le secteur bancaire s’arroge les meilleures places, et l'aristocratique BNP Paribas 8, la première, avec 189 antennes offshore, hors les 300 fililales de FortisSchuss bancaire

Selon le Centre for Research on Multinational Corporations, Fortis ne détiendrait pas moins de trois cents filiales offshore. Certaines sont connotées : Fortis Investment Management (Iles Caïmans) Fortis Intertrust (Îles Vierges GB) Fortis Foreign Fund Service (Suisse) Fortis Private Wealth Management (Antilles NL) Fortis Commercial Finance (Luxembourg) … Rien ne laisse généralement deviner le fil qui relie ces établissements à leur maison-mère : ainsi de JEB Ltd au Libéria, de Comanche Ltd aux Bahamas, de Jasmette Valley Inc au Liechtenstein, de Swilken Holdings au Panama, etc. La liste court sur dix pages (…)

 ! Le luxe à la française place LVMH sur le podium avec cent quarante pied-à-terre ; hélas, le pétrolier Total échappe aux statistiques … Les justifications ne manquent pas, qui ne trompent personne. Outre les avantages fiscaux directs, l’optimisation passe par la manipulation des prix auxquels s’échangent les biens et services entre les différentes entreprises d’un même groupe, faisant supporter les coûts élevés dans les zones à forte imposition afin d’y réduire les profits, et inversement, jusqu’à l’absurde, tels ces seaux d’eau tchèques exportés vers les Etats-Unis au prix de 972,98 dollars l’unité, ou ces lance-missiles américains à destination d’Israël à 52,03 dollars l’unité
6 ! Nul ne s’étonnera dès lors que six places offshores figurent parmi les dix plus gros investisseurs en Chine 9 ! Ni que les Etats-Unis aient à ce petit jeu abandonné 53,1 milliards de dollars de recettes fiscales en 2001 !

 

L’essoufflement des Trente Glorieuses renouvela le capitalisme, fuyant partout l’Etat-Providence et les aléas salariaux. Compétition fiscale, domiciliation fictive et secret à tous les étages, cette trinité émancipatrice du business offshore, aux origines plus ou moins fortuites, s’imposa, éperonnée par les théoriciens qui juraient à la supériorité du libéralisme, mathématiques à l'appuiLes dieux d’Epicure

(…) N’étaient-ce les dramatiques intermèdes des conflits mondiaux, l’époque moderne déclinerait une noire fascination pour le carnage financier. Qu’on en juge à l'aune des vingt dernières années : 1987, krach des marchés d’actions ; 1990, krach des junk bonds, crise des caisses d’épargne américaines et chute du Nikkei ; 1994, krach obligataire aux Etats-Unis ; 1995, banqueroute de la Barings ; 1997, premier volet de la crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième volet (Russie, Brésil) et faillite du hedge fund LTCM ; 2001-2003, apoplexie de l'e-Economie ! Pauvre Epicure, nos Marchés ne sont pas à l’effigie de vos dieux apaisés (…)

. Incapables de lutter, quelques Etats firent de l’onshore en réduisant notamment les impôts des sociétés. La manne fiscale s’évapora néanmoins, à gros bouillons, sans que les promesses de félicité prochaine advinssent, laissant aux nations le fardeau du bien social sans contrepartie, et l’endettement qui va avec. Ainsi l’effet des paradis fiscaux dépasse-t-il l’objectif académique de modération des prélèvements obligatoires : en asphyxiant les Etats, qu’on tancera d’impéritie, c’est bien leur souveraineté qu’on affaiblit, sinon qu’on discute. Mais l’air du temps change, et quelques ruineux desseins ont du plomb dans l’aile. Les cendres fumaient encore de la récente gabegie financière que le G20 finit par s’emparer de la question offshore, à Londres d’abord, puis à Pittsburgh, faisant monter la tension d’un cran. Certains peinent cependant à comprendre, ou jouent leur survie, comme Monaco, qui se hâta de signer douze accords de coopération pour déserter la liste noire, mais donc neuf le furent avec d’autres paradis fiscaux
3-1 !

 

Le prince Charles III de Monaco autorisa les jeux quand le roi Louis-Philippe les proscrivit, et ce casino irrigua tant le Rocher qu’il dispensa dès 1869 ses sujets de tout impôt sur le revenu. En 1963, Charles de Gaulle, qui dut trouver que l’intendance suivait mal, décréta le blocus fiscal de l’Etat-confetti, avec gardes aux frontières et surveillance soutenue : la Principauté plia. Quelques combats peuvent être gagnés, pourvu qu’on les mène.

 

 


 

(1) Le Monde Diplomatique, décembre 2008 - « Flibustiers des Caraïbes, pirates offshore »

 

« (…) Le capitaine Henry Morgan, un fameux pirate du XVIIe siècle, a été nommé gouverneur royal de la Jamaïque au moment où son oncle, Thomas, gouvernait l’île de Jersey. Tous les deux ne cessaient de saboter les efforts engagés par Londres pour collecter les impôts et lutter contre les trafics. C’est exactement ce que font les dirigeants actuels de Jersey (…) Lorsqu’en 1770 le trafiquant William Le Marchant fut nommé bailli de Guernesey par Sa Très Gracieuse Majesté, cela n’empêcha pas la cour de l’Echiquier de le condamner pour contrebande (…) Mais, en dépit de sa condamnation, Le Marchant est resté en poste pendant trente ans. Et c’est son fils qui lui a succédé. De nos jours aussi, à Jersey, le pouvoir politique appartient à des dynasties … »

 

(2) Eric Laurent (2009) - « La face cachée des banques »
(3) Xavier Harel (2010) - « La grande évasion – Le vrai scandale des paradis fiscaux »

 
Page 20 - « Début décembre 2009, le nombre d’accords signés dépassait les 180, si bien que la liste grise ne comptait plus que 24 pays. Mais les chiffres sont parfois trompeurs. En effet, il suffit que les paradis fiscaux signent des accords entre eux pour se racheter une vertu. Une brèche dans laquelle Monaco, par exemple, s’est empressé de s’engouffrer, puisque sur les douze accords signés par la principauté, neuf l’ont été avec des paradis fiscaux : Andorre, l’Autriche, les Bahamas, le Liechstenstein, le Luxembourg, le Qatar, Samoa, Saint-Marin et Saint-Kitts … »

 

(4) Tax Justice Network est une ONG internationale indépendante très active sur le secteur de la fiscalité

(5) L’Agefi, le 16/07/2009 - « Des vents contraires soufflent sur la réforme fiscale américaine »

 

« Sur South Church Street, à George Town, la capitale des îles Caïmans, rien ne distingue vraiment Ugland House. C’est un immeuble de bureaux blanc au toit vert, entouré de palmiers, face à un océan turquoise. C’est aussi l’une des cibles privilégiées de Barack Obama quand il s’agit d’expliquer ses intentions vis-à-vis des places offshore. Car Ugland House abrite aujourd’hui le siège de plus de 18.000 entreprises (…) ‘ C’est soit le plus grand immeuble au monde, soit la plus grande arnaque fiscale de la planète (…) Je pense que les Américains connaissent la réponse (…) C’est le genre d’arnaques auxquelles il faut mettre fin ’ … »

 

(6) Christian Chavagneux, Ronen Palan (2009) - « Les paradis fiscaux »
(7) Alternatives Economiques, le 11/03/2009 - « La présence des entreprises du CAC 40 dans les paradis fiscaux »

 

Nombre de filiales offshore, par ordre décroissant, et pourcentage du nombre total de sociétés dans le groupe – BNP Paribas (189/23%), LVMH (140/24%), Schneider (131/22%), Crédit Agricole (115/19%), PPR (97/17%), Banque Populaire (90/9%), France Télécom (63/24%), Société Générale (57/17%), Lagardère (55/11%), Danone (47/23%), EADS (46/19%) Peugeot (39/11%), Carrefour (32/6%), Pernod (32/24%), Cap Gemini (31/24%), Unibail (31/20%), Axa (28/22%), Michelin (27/18%), Air liquide (22/8%), Essilor (22/10%), L'Oréal (22/9%), Bouygues (18/18%), Sanofi Aventis (18/14%), Renault (16/11%), Dexia (15/33%), Accor (11/11%), Lafarge (11/12%), Saint-Gobain (11/14%), GDF Suez (9/13%), EDF (8/12%), Veolia (8/7%), Alstom (6/15%), Alcatel-Lucent (5/14%), Vallourec (5/8%), Suez Environnement (4/10%), Vivendi (4/11%), Auchan (3/5%), Arcelor Mittal (1/13%), Banque postale (1/6%)


Pour Air France-KLM, STMicroelectronics, Total et Vinci, pour lesquelles les informations ne sont pas disponibles


(8) Le Figaro, le 28/09/2009 - « BNP ferme ses filiales dans les paradis fiscaux »

 

« (…) Invité d'Europe 1 ce lundi matin, Baudouin Prot, directeur général de la BNP Paribas a déclaré que la banque allait fermer ses filiales dans les paradis fiscaux qui resteront sur la liste grise. ‘ Nous avons décidé de fermer nos filiales dans les paradis fiscaux (...) qui figurent sur la liste grise de l'OCDE. Concrètement cela devrait représenter une demi-douzaine de sociétés ’. Et de préciser que BNP Paribas va ainsi quitter le Panama et les Bahamas … »

 

(9) Le Monde, le 09/07/2008 - « Les investissements en Chine illustrent l’ampleur des flux transitant par les paradis fiscaux »


Les dix premier investisseurs en Chine en 2007, en milliards de dollars : Hong-Kong (27,7), Iles Vierges Britanniques (16,6), Corée du Sud (3,7), Japon (3,6), Singapour (3,2), Etats-Unis (2,6), Iles Caïmans (2,6), Samoa (2,2), Taïwan (1,8), Ile Maurice (1,3)

 


 

Illustration : Image extraite du site LeJournalDuNet

 

 

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Published by Marc Aragon - dans Le sérail
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 22:03



NotateursDeux mois avant sa chute, le géant transalpin du lait Parmalat arborait encore le fameux triple A, ce sésame de solvabilité qui lui avait permis de crocheter sept milliards d’euros sur les Marchés au cours de la décennie passée. Rien ne manquait à la panoplie du titan qui eût assombri les reflets de son excellence financière, ni la kyrielle de sociétés offshore       - Pirates des Caraïbes -
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(…) Caïmans, Montserrat, Antigua, Saint-Kitts, Grenadines, Bermudes, d’autres encore qu’on lasserait à toutes citer, voici ces terres sous le vent, entourées d’écueils et de bas-fonds, secouées par les trombes et les ouragans, jadis infestées par les flibustiers qui y recelaient ce qu’ils surprenaient du bien d’autrui. Plus au nord, Jersey, Guernesey, Man, ailleurs Malte, Gibraltar, Chypre, Macao ... L’ex-empire britannique ne manque pas de rejetons dont le sang ne saurait mentir, dans la liste des eldorados fiscaux, accoutumés comme la mère-patrie à ne se contraindre pour rien, convertis à la hourra-déréglementation : de telles poches non coopératives sévissent et prospèrent à grande échelle (…)
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     - Boursonomics 21/02/2010 -

 vouées à brouiller les pistes, ni la comptabilité creativo-artistique, travaillée à la pince-monseigneur, pour soulager les bilans. A l’image d’un Arthur Andersen expertisant les comptes d'Enron, les cabinets Grant Thornton, de 1990 à 1999, puis Deloitte-Touche
1, certifièrent ceux de la mamma parmesane sans broncher ; quelques banques d’affaires de premier plan, comme Bank of America ou Deutsche Bank, furent de ce savant jeu de fumée, mais aussi Citigroup, qui se fit remarquer en portant sur les fonts baptismaux une société-écran à l'intitulé de circonstance : Buconero, « trou noir » dans la langue de Dante 2 ! Le 22 janvier 2004, le défunt à peine froid, les carabiniers milanais firent irruption dans les bureaux de Standard & Poor’s, l’agence de notation qui avait tant auréolé Parmalat, pour savoir comment tout cela était possible.

Dans le lacis d’intérêts croisés où chacun s’oblige, et parfois regarde ailleurs, les agences de notation veillent et comptent les points. Elles sont du sérail depuis la seconde moitié du XIXème siècle, quand l’Amérique entreprit sa conquête de l’ouest à toute vapeur, semant au passage banquiers et commanditaires qui suaient à suivre ce train d’enfer : en mal de capitaux, les sociétés ferroviaires se tournèrent vers le marché obligataire pour alimenter la machine. La floraison d’emprunts qui suivit fit vite émerger le besoin de mieux distinguer le bon grain de l’ivraie. En 1868, Henry Poor publia les premières statistiques financières indépendantes ; en 1908, John Moody osa les premières notations de crédit
3 ; en 1913, John Fitch s'y mit. Ainsi naquirent peu ou prou Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings, trois des agences de notation oligopolistiques 4 parmi la centaine opérant dans le secteur. Leur objet est resté inchangé : jauger les émetteurs, estampiller les titres, et proposer des perspectives sur l’évolution possible de ces cotations à moyen terme. Le reste n’est que poésie : car, outre les notations d’autorité, commises sur la base d’informations publiques, la notation est généralement sollicitée par l'émetteur et payée par lui. Ainsi ce meilleur des mondes, impartial et droit dans ses bottes, n’échappe-t-il pas à l’ordinaire du conflit d'intérêts        - Assureurs monoline -
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(...) Quelques assureurs d’un genre nouveau, à la réputation financière sûre, virent le parti qu’il y avait à garantir les emprunts du domaine public en y associant l'appellation contrôlée de leur propre signature. Ces institutions bénéficiaient toutes d’une excellente réputation, et de la notation « AAA », ce sésame sur le marché des capitaux dont on vit mieux l'obligeance lors du désastre de la titrisation. En contremarquant les crédits des collectivités, celles-ci pouvaient émettre des obligations moins coûteuses, mieux garanties, et drainer plus de fonds. Améliorant et cautionnant de fait les emprunts publics, ces assureurs d'une espèce mal connue furent alors qualifiés de « réhausseurs de crédit » (…)
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     - Boursonomics 25/06/2008 -

 5-1, sous l’œil vitreux des régulateurs !

La spéculation qui précéda l'e-krach montra tout ce que les Marchés comptaient d’aveugles. Anesthésiée par les milliards qui tourbillonnaient, la loge financière prit congé du réel : analystes financiers, auditeurs, experts et autres mouches du coche attestaient du boom, et nul ne douta plus du renouveau des âges. Les agences de notation ne déparèrent pas dans ce tableau idyllique, distribuant à l’envi leurs incitations à l’achat : entre 1997 et 2000, plus de 90% des notes attribuées étaient positives
6, au mépris de l’endettement considérable auquel s’exposaient les démiurges de la Nouvelle Economie : 29,3 milliards de dollars pour Worldcom, le plus gros failli de l’Histoire, 12,4 milliards pour Global Crossing … Enron, en pleine surtension     - Take the money Enron -
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(…) « Nous jugeons que la période actuelle offre une opportunité très rare d'acheter les actions d'une société qui demeure extrêmement bien positionnée pour croître à un rythme substantiel. Nous sommes sûrs que les on-dit négatifs autour de l'a compagnie sont faux, non fondés sur des éléments concrets (...) Nous estimons que les cours actuels intègrent les pires craintes des investisseurs ». Cette apologie titrée « Still the best of the best », rendue publique le 9 octobre 2001, fut l'édifiante contribution de la banque Goldman Sachs à la gloire de la société Enron, deux mois avant sa chute. Arthur Andersen, qui expertisait les comptes, n'avait rien trouvé à y redire (…)
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     - Boursonomics 17/08/2006 -

, plus (mal)faisan(t) que dot.com mais de ce temps, ne vit Moody’s dégrader sa dette long terme que le 29 octobre 2001 ; et ce n’est que le 28 novembre, soit moins d’une semaine avant son trépas, que l’agence Standard & Poor’s réduisit enfin la cote de crédit de l’électricien à de la pacotille, suivie le lendemain par ses consœurs. Pareille cécité, si fraternellement partagée, ne pouvait qu’elle ne débouchât tôt ou tard sur un commencement de flair pour les affaires générales. A l’été 2002, alors que les indices boursiers avaient déjà perdu 40%, les agences de notation, qui n’auraient su davantage faire fi sans déchoir, rallièrent la commune opinion, celle du désastre.

Aux appels à l’éthique et à la transparence  - La transparence, et après ? -
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(…) Voici enfin revenu le temps de l’éthique, celui de la transparence et de la vérité qui prédisposent à la noblesse de nos actions. Quelques préceptes moraux de cette nature, que l’on avait éclipsés sous le tapis pendant ces années de désinvolture boursière, réapparaissent à l’heure des mécomptes. La catastrophe financière, doublée d’une apoplexie bancaire, triplée d’une congestion économique, réveille subitement en nos consciences cet obsédant désir de moralisation des affaires et nous percevons ce besoin tel un viatique obligé à la sortie de crise. Hélas, ce temps sera petitement compté, et les commandements de la vertu ne suffiront sûrement pas à équilibrer seuls le fléau d'un tel système (…)
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     - Boursonomics 07/12/2008 -

, coutumiers des lendemains de crise, succéda le Credit Rating Agency Reform Act, en 2006, qui délégua la régulation des agences de notation locales à la SEC, le gendarme de la bourse américaine. La myopie de l’institution vis-à-vis des précédents carnages financiers n’augurait cependant rien qui rassurât tout à fait. Bientôt, telle la baronne de Nucingen forcée de mener grand train car elle avait beaucoup de dettes, les ménages américains se répandirent dans le crédit, fouettés par la bulle immobilière qui permettait qu’on réempruntât sur le surplus de valeur des logements
7. La titrisation battit son plein, jusqu'à contaminer les couches les moins solvables de la population. Le génie financier fit le reste : les agences de notation compatirent, qui donnèrent à l'envi du triple A à des dérivés de crédit qu’elles aidaient en outre à structurer  5-2 ! Près de 55% de ces produits obtinrent la cotation maximale contre seulement 2,5% à la dette d’entreprise ! Et plus de trois dérivés sur quatre furent logés dans le segment le mieux noté 8. La fleur des pois était éclose, et chacun sut en extraire tout le miel : Moody’s y réalisa 44% de son chiffre d’affaires en 2006, et jusqu’à 53% au premier trimestre 2007 9. Nul ne s’interrogea davantage sur cette quintessence absconse : accréditée à grande échelle par les notateurs, la titrisation assermentée flamba, jusqu’à l’ippon.

 

Voici enfin la notation des Etats, qui n’est pas d’une meilleure eau. Le choc contemporain le plus éloquent sur la solvabilité souveraine, celui du trauma monétaire de la fin du siècle dernier, montra assez les limites des examinateurs : à l’exception de la Thaïlande, aucune des nations impliquées dans la crise asiatique ne fut dégradée avant le collapsus. La crise mexicaine intervint fin 1994 mais le Mexique ne fut pas disgracié avant le 10 février 1995 par Standard and Poor’s, et Moody’s ne changea pas son appréciation 10 ! Bah, notation des entreprises, des emprunts ou des nations, c’est égal : hors les arrangements comparses qui sont de toutes les époques, la mitraille déjoue toujours les approches théoriques qui prévalent en temps de paix. Ainsi le réel navre-t-il les modèles d’évaluation mathématiques, généralement browniens, pensés dans un univers lisse, sans à-coups ni à-pics, celui de l’aléatoire apprivoisé ou du hasard bénin 11, qui nobélisèrent tant de fétichistes de la courbe en cloche        - La courbe en cloche -
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(…) Au début du XXe siècle, Louis Bachelier, un jeune mathématicien français qui étudiait les variations de prix des bons du Trésor, nota que celles-ci se dispersaient avec régularité autour d’une occurrence centrale. L’histogramme qu’il traça prit la forme de la fameuse courbe de Gauss-Laplace, dont le contour est celui d’une cloche renversée. Il postula que les cours baissaient ou montaient à égale probabilité, tels un dé qui roule. Blaise Pascal eût applaudi ! Cette modélisation, dite de la « marche aléatoire », dormira un bon demi-siècle, oubliée, avant d'être redécouverte, en 1954, par Paul Samuelson. Les orfèvres de la science du risque s'en emparèrent, et en firent des gorges chaudes(…)
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     - Boursonomics 13/08/2006 -

. En particulier, Moody’s établit ses grades à l'aide d'un modèle appelé « KMV », basé sur ces processus d’école, assagis, qui minorent le risque et conduisent finalement à surcoter la notation. Les chercheurs nous disent que d’autres calculs sont possibles, peut-être meilleurs sur la durée
12. C’est à voir : les formules les mieux huilées se heurtent toujours au sens pratique des hommes, qui eux comptent l’argent.

« Personne ne peut passer en revue l'état des affaires et de la finance en Amérique sur la demi-douzaine d'années qui a précédé sans réaliser que nous vivons une nouvelle ère         - Changement d’ère -
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(...) L'effondrement effroyable qui expédia Wall Street au tréfonds à l’automne 1929, marqua longtemps les consciences et ruina l'initiative financière pendant un bon quart de siècle. En mai 1955, US News and World Report écrivit : « Une fois de plus ce sentiment d’être dans une ère nouvelle nous envahit. Les gens sont en confiance, l’optimisme est partout, les inquiétudes oubliées ». Le Dow prit du poids, et sa hausse, presqu'à l’à-pic, fut remarquable entre 1963 et 1966 L’époque avait changé, les méthodes rénovées, et c’eût été assurément commettre un vilain péché d’anachronisme que de comparer les usages d’avant-krach avec la modernité des temps. La mémoire oublieuse fit le reste (…)
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     - Boursonomics 13/08/2012 -

 13 » - John Moody, 1927. Mi-juillet 1929, trois emprunts sur quatre figuraient encore dans le segment le mieux noté des agences du moment, Fitch, Moody, Poor et Standard
14. Comme on le voit, le fourvoiement est de toutes les époques, et sa constance granitique ! Point de solutions en l’état actuel, sauf à ce qu’une instance internationale du type FMI vienne à superviser le secteur. Voire même, s’en saisisse tout à fait.  

 

 


 

(1) Michel Aglietta – Antoine Rebérioux (2004) - « Dérives du capitalisme financier »
(2) Victoria Turbia (2007) - « Comment échapper aux scandales financiers ? »

 

Page 44 - « L’utilisation de sociétés fictives a aussi été le fait de Parmalat. L’une d’entre elles s’appelait Buconero, trou noir en italien. Elle n’appartenait pas à Parmalat mais à Citigroup. Buconero était officiellement un véhicule d’investissement crée par la banque pour monter un partenariat avec Parmalat. Buconero et Citigroup ont toutes les deux apporté de l’argent à une filiale de Parmalat basée en Suisse, Geslat. Mais la seule activité de Geslat a ensuite été de prêter de l’argent à des filiales de Parmalat … »

 

(3) Gérard-Marie Henry (2003) - « 100 questions sur la mondialisation »
(4) L’Express, le 01/08/2002 - « Les agences de notation en procès »

 

 « Pour exercer ce métier, l'agrément de la Securities and Exchange Commission (SEC) est indispensable. En 1975, afin de garantir la probité et la qualité des agences de rating (notation, en français), la plus haute autorité boursière américaine a créé un label. Standard & Poor's, Moody's et Fitch l'ont décroché, mais, en vingt-sept ans d'existence, rappelle Lawrence White, professeur à l'université de New York et l'un des meilleurs analystes de la profession, le petit club a, en tout et pour tout, admis quatre nouveaux membres. Et, par le jeu des fusions, ils ont tous été absorbés par Fitch. Depuis sa création, cette certification s'est ainsi muée en véritable barrière protectionniste, limitant l'entrée de nouveaux venus ».

 

(5) Paul Jorion (2008) - « L’implosion »

 

Page 221 – « Au printemps de 2008, les rehausseurs de crédit se trouvaient toujours sur le fil du rasoir : les plus importants d’entre eux étaient parvenus à se recapitaliser, mais jamais à la hauteur du risque encouru. Les rapports entre eux et les notateurs avaient monté d’un cran dans l’acrimonie. MBIA s’était rebiffée contre la notation que Fitch lui accordait, et avait enjoint au notateur de s’abstenir dorénavant. Fitch avait répondu que s’il s’agissait d’une question d’argent, il décernerait les grades gratuitement ! MBIA n’avait pas apprécié la plaisanterie et avait réclamé les données qu’elle avait communiquées au notateur, sur quoi celui-ci avait déclaré qu’il n’avait pas besoin de celles-ci pour continuer de noter. Et ainsi de suite … »  

 

Page 130 - « … Les agences sont rémunérées pour deux types de services distincts : elles aident les firmes émettrices à structurer ces obligations, et (…) elles fixent les seuils auxquels des déclencheurs permettent à des fonds de réserve d’être réallouées à des tranches déficitaires : elles émettent ensuite une opinion quant au garde de crédit (AAA, AA, A, BBB, etc) que cette obligation mérite. Il y a là bien entendu, une apparence de conflit d’intérêts, puisque la rémunération par le client pourrait encourager au laxisme dans la notation … »


(6) Vincent Almond (2003) - « Les mensonges de la Bourse »
(7) Cette facilité est désignée dans la littérature anglo-saxonne sous le vocable de « piggyback
»
(8) Financial Times, le 16/08/2007 - « Fitch ratings »
(9) Frédéric Lordon (2008)  - « Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières »

(10) Journal of Banking & Finance, le 10/08/2005 - « Sovereign credit ratings : guilty beyond reasonable doubt »
(11) Expressions respectives de Paul Jorion et Benoît Mandelbrot
(12) Le Nouvel Observateur, le 09/10/2008 -
« Un krach des maths »

 

« (…) Avec François Quittard-Pinon, de l'université de Lyon-I, Olivier Le Courtois a recalculé un ensemble de probabilités de défaut de remboursement établies par Moody's sur la période 1920-1996. Dans ce nouveau calcul, les deux professeurs de finance ont utilisé un processus dit de Lévy qui permet d'introduire les risques extrêmes dans la modélisation. Résultat : ‘ Notre modèle prédit, sur le court terme, un risque de faillite jusqu'à 5 fois plus élevé que les modèles classiques, dit Olivier Le Courtois. Et la comparaison avec les données historiques montre que notre calcul n'exagère pas les risques, ce sont les modèles classiques qui les sous-estiment » 

     

(13) Edward Chancellor (2000) - « Devil take the hindmost : a history of financial speculation »

(14) Richard Levich (2002) - « Ratings, rating agencies and the global financial system »

 




Illustration
: Image extraite du blog Gaiaeconomics
 

 

 

 



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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 14:56

 

 

Les Etats dans la tourmenteLe 15 avril 2002, le juge-arbitre Standard and Poor’s fit un sort au Japon millénaire en abaissant la note de sa dette souveraine : la deuxième économie mondiale, en plein tsunami déflationniste, y perdit son bâton impérial, un triple A. Ce coup d’éclat redora pour un temps le blason d'agences de notation en mal de crédibilité, qui reconquirent là un supplément d’âme après avoir été frappées de cécité durant les crises monétaires des années 1990 1, comme elles le furent encore une décennie plus tard dans l’ivresse de la titrisation. Enhardie, et au comble de l'audace, l’une d’entre elles alla même le 7 décembre 2004 jusqu’à penser l’éventualité d’une dégradation de la cote de crédit des ... Etats-Unis d’Amérique ! Frisson général ! « En l’absence de notre puissance militaireDollar : le roi empire

(…) Premier créancier sous Dwight Eisenhower, l’oncle Sam devint le premier débiteur sous Reagan. Le lobby militaro-industriel s'adjugea la mise, et cette sûreté engendra l’indolence ; bientôt, les vassaux périphériques s'insinuèrent dans le jeu, hâtant la désindustrialisation du maître et son éco-dépendance. La machine à consommer se mit à galvauder l'épargne des ménages, plus cigales que fourmis. Entre réductions d’impôts et bellicisme inspiré, Walker Bush hâta le tout : les déficits explosèrent, le dollar chuta et l'endettement explosa. Le billet vert n’a pas fini de pâtir, et le monde avec : l’Empire n’a plus la cote, ni les moyens (…)

une décote de la qualité de notre crédit serait une affaire allant de soi 2 » surenchérit William Gross, l’un des caciques de Pimco, le plus gros fonds obligataire du monde. Bah, l’embellie des affaires relégua bientôt ces drôles d'intentions aux réserves. Puis l'apoplexie économico-financière remit quelques Etats au centre du jeu. Les seconds couteaux d’abord.
  

Ah, tant de génuflexions devant le Marché ne sauraient cacher de quelle boutique les uns et les autres sont balayeurs ! Les agences de notation, qui arrosèrent d’essence tous les dérivés de créditABS, CDO et consorts

(...) Ziggy Stardust mourut à l'été 1973. Mi-homme mi-femme, icône androgyne au visage d’ange, cet esthète du show façonna la gloire de son créateur, un certain David Bowie, qui l’incarnait avec force dans ses grand-messes musicales. La poussière d’étoile étincela de mille feux, jusqu'à pâlir l’éclat du maître, qui s'en défit. Un quart de siècle plus tard, David Bowie, artiste aux revenus inavoués, fit une entrée en fanfare sur la scène financière : tout à ses comptes, il s’avisa d’en réclamer d’avance, à hauteur de 55 millions de dollars ! En janvier 1997, il fit titriser dix années d’exploitation de son catalogue. Les titres de la rock star avaient changé de nature (…)

 passant à portée en les estampillant AAA, peinent aujourd’hui à masquer la véritable origine des départs de feu qui incendièrent la planète, mirent un pays sur deux en récession, cinquante millions d’hommes et de femmes au chômage, nonobstant les plans de relance milliardaires qui minèrent les déficits. Alors on tergiverse, on fait mine, on clame tambour battant que la note souveraine des Etats-Unis, grand ordonnateur du collapsus et premier exportateur mondial de scandales financiers, pourrait être réexaminée d’ici trois à cinq ans
4, probablement entre l’Epiphanie et la Chandeleur, ou peu après. Qui osera ? On s’agite aussi auprès de l’Angleterre, mâle alpha du Marché-roi semble-t-il plus accessible, l’un des derniers pays européens à ne pas être sorti de la récession, qui fut plus nettement montrée du doigt par l’agence Standard and Poor’s en mai 2009 3 mais demeurée indemne à ce jour. En réalité, on incrimine mieux l’Islande ou l’Irlande, les îles artificielles et les tours pharaoniques de Dubaï ! La machine à prétexte tourne à plein, relayée par une doxa libérale qui ne sait penser hors d’elle, toujours prompte à honnir les Etats tandis qu’ils ont sauvé la mise. Et agonir l’euro au passage.

 

En 1992, George Soros mena un raid meurtrier sur la livre anglaise qu'il expédia d'un trait hors du Système Monétaire Européen. Son compère Jim Rogers, un financier britannique à l’insularité distraite, avec qui il créa le fonds QuantumMagie financière aux Caïmans

Apatride, humaniste, philanthrope, Georges Soros est d'abord connu pour son génie financier. Vingt ans après qu’Alfred Winslow Jones eut conçu le premier « hedge fund » en 1949, il créa lui-même le Soros Fund Management, un groupe de fonds visant à couvrir et valoriser les capitaux de donneurs d'ordre fortunés : des millions de dollars d'abord, et bientôt des milliards ! Malgré d'épiques fiascos, comme LTCM, l'ardeur financière, mue par l'irrépressible fascination du gain et l'abondance de liquidités, hâta la suite : quelque 9.000 fonds de cette eau fraient aujourd’hui, dans le secret de paradis fiscaux aussi exotiques qu'impénétrables (…)

, déclara en janvier 2009 qu’il « n’investirait plus d’argent au Royaume-Uni car la livre [était] finie ». Et de rappeler qu’avec quelque cent milliards de livres achalandées pour recapitaliser les banques et stabiliser le système financier, la dette, qui pesait 40% de la richesse nationale il y a trois ans, pourrait atteindre les 100% d'ici à trois ans
5. Nul bien sûr ne se réjouira des vicissitudes d’un voisin quand les siennes propres sont en maraude, mais parions ici que les eurolandais se réjouiraient d’accueillir l’un des piliers du Continent. Pour l’heure, les Marchés n’ont d’yeux que pour l’Amérique et le dollar, en contrepoint de la Chine, et déjouent l’Europe. Et puisque l’on ne saurait plus attaquer la drachme grecque, l’escudo portugais ou la peseta espagnole pour provoquer leur dévaluation et empocher la mise à la hongroise, alors les émules de George Soros, activistes spéculatifs et autres hedge funds, déroutent leurs offensives sur la capacité de ces Etats à emprunter, c’est-à-dire finalement sur la cohésion monétaire européenne. L’orchestration plus ou moins consentie de la panique ne manque ni de porte-voix ni de collatéralités possibles pour faire tâche d’huile.

 

Que disent les chiffres ? Pour la Grèce, ils sont assurément mauvais, avec une dette publique s’élevant fin 2009 à 272,3 milliards d’euros soit 113,4% du PIB ; pis, le projet de budget pour l’exercice 2010 prévoit une dette de 294,95 milliards, soit 120,8% du PIB 6 ! Pour autant, les Marchés internationaux n’ont pas montré l’angoisse qu’on leur prête aujourd’hui en sur-souscrivant récemment un empruntDes obligations à taux très variables

(…) Voici la première banque du monde, le Marché ! Les capitaux, indécis et versatiles, y cherchent une allocation optimale, tourbillonnent ici et là, plus ou moins aguichés, hésitent encore puis fixent enfin leur dévolu sur telle ou telle autre destination. En se substituant aux institutions financières et en démultipliant les capacités de financement, le Marché participe ainsi à la marche des entreprises et des nations. N’étaient-ce ses déviances, cette désintermédiation mettrait dans le mille. Les agences de notation règlent le ballet de cette dette. Le risque de défaut ainsi calibré produit alors un taux d’intérêt que l’emprunteur soumet aux prêteurs selon la qualité de sa propre signature et la conjoncture générale du moment … (…)

 grec de 8 milliards d’euros payant 6,2% l’an
7. Le Portugal est mieux loti : la dette publique atteint néanmoins 76,6% de son PIB pour 2009, projetée à 85,4% pour 2010. L’Espagne quant à elle, quatrième économie de l’Euroland, affiche une dette publique à hauteur de 55,2% de son PIB en 2009, filant vers quelque 74,3% du PIB en 2012 8. Plus généralement, l'institut Eurostat rapporte que la dette publique de l’Union Européenne s’élevait en 2008 à 61,5% du PIB et 69,3% pour la zone euro 9. Mais rien ne vaut qui ne se place sans la perspective américaine : selon le dernier chiffre officiel publié par le département du Trésor, la dette publique dépasse désormais 12.000 milliards de dollars, soit près de 90% du PIB étasunien ! L’agence de notation Fitch peut donc à juste titre estimer que « l’Etat américain reste encore exceptionnellement solvable 10 ». Et les Marchés de s’inquiéter pressamment de la tournure que prendront les évènements lorsque le menu fretin grec, portugais ou espagnol aura traversé l’Atlantique.   

 

A l’évidence, le grand soir, s’il a lieu, viendra d’Amérique, coeur de l’innovation financière et épicentre mondial du système. Les gesticulations actuelles autour de la dette souveraine de quelques Etats, honorables quoique de second plan, ne sont que l’ordinaire de Marchés toujours prompts à s’enflammer pour la dernière affaire qui trotte. La dramaturgie qui pave le quotidien économico-financier sert les intérêts des faiseurs d’opinion, qui ont à dire, et des faiseurs d’argent, qui ont à gagner : le calme plat n’est assurément pas meilleur pour les Marchés qu’il ne l’est pour la marine à voile ! Certes, s’il n’est pas question de méjuger ici la responsabilité des nations dans la gestion de leurs affaires, ni l’inquiétude que peut susciter l’état de certaines finances, encore faudrait-il ne pas ignorer qui fut requis pour mettre la main à la poche, et de combien, afin de renflouer les bateaux ivresLes dieux d’Epicure

(…) N’étaient-ce les dramatiques intermèdes des conflits mondiaux, l’époque moderne déclinerait une noire fascination pour le carnage financier. Qu’on en juge à l'aune des vingt dernières années : 1987, krach des marchés d’actions ; 1990, krach des junk bonds, crise des caisses d’épargne américaines et chute du Nikkei ; 1994, krach obligataire aux Etats-Unis ; 1995, banqueroute de la Barings ; 1997, premier volet de la crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième volet (Russie, Brésil) et faillite du hedge fund LTCM ; 2001-2003, apoplexie de l'e-Economie ! Pauvre Epicure, nos Marchés ne sont pas à l’effigie de vos dieux apaisés (…)

 ! Et s’interroger aussi sur la nature profonde d’un credo libéral qui escamote milliards après milliards et se paie tant sur la bête ! Va pour la Grèce, le Portugal, l’Espagne et consorts, mieux désignés que la Californie, huitième puissance économique mondiale, qui brille de mille feux mais ne reluit d’aucun, pour servir la thématique des Etats impécunieux. En fait, l’économie convalescente, qui peine à sortir des miasmes de la crise financière, est encore embourbée. Quelques anticipations boursières pourraient bien avoir été trop hâtives. Alors, on corrige.

 

Ce qui a précipité la crise nous dit Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Economie et grand pourfendeur du dogme ultralibéral, c’est que « les marchés n’étaient ni efficients ni auto-correcteurs, et maintenant ce sont tous les segments de la société qui doivent en payer le prix astronomique, qui se chiffre en milliers de milliards de dollars 11 ». En sorte qu’il n’est pas si sûr que les Etats, constamment vilipendés par les gardiens du temple, jusque dans leurs actions les plus communes, aient encore le goût de sauver ce krach-system. Ils pourraient tout simplement finir par ne plus en avoir les moyens.

 

 


 

(1) Journal of Banking & Finance, le 10/08/2005 - « Sovereign credit ratings : guilty beyond reasonable doubt »

 

« … A l’exception de la Thaïlande (note abaissée de A2 en A3 le 8 avril 1997), aucune des nations impliquées dans la crise asiatique ne fut dégradée avant le collapsus. La crise mexicaine intervint fin 1994 mais le Mexique ne fut pas dégradé avant le 10 février 1995 par Standard and Poor’s (et Moody’s ne changea pas son Ba2) … »

 

(2) Paul Jorion (2009) - « La crise du capitalisme américain »
(3) Le Journal des Finances, le 28/05/2009 - « USA : la dette publique américaine garde sa note AAA »
    

 « … La note AAA accordée à la dette publique américaine des Etats-Unis n’est pas menacée dans l’immédiat. C’est ce qu’a indiqué un analyste de l’agence de notation Standard & Poor’s jeudi, cette même agence qui avait fait frémir les marchés américains en décidant la semaine dernière d’abaisser la perspective AAA sur la note de la Grande-Bretagne (…) Le maintien de la note AAA pour les Etats-Unis a également été confirmé par une autre grande agence de notation. Selon Moody’s, même avec la détérioration significative de la position débitrice du gouvernement américain, sa note a une perspective stable et il conserve les attributs d’un pays souverain noté AAA (...) L’agence n’exclut pas de revoir sa position à plus long terme, mais elle va d’abord attendre de voir comment la politique budgétaire et économique du pays évoluera après sa sortie de récession (…)

 

(4) Le Journal des Finances, le 12/01/2010 - « Wall Street retombe dans le rouge »

 

« … Le risque d’une remise en cause de la note souveraine «triple A» des Etats-Unis à court terme est «minime» mais l’augmentation de leur dette pourrait avoir des conséquences défavorables d’ici trois à cinq ans selon l’agence de notation Fitch Ratings. A horizon de 18 mois, les Etats-Unis conserveront leur notation AAA avec perspectives stables »

 

(5) Performance Bourse, le 27/01/2009 - « Jim Rogers annonce la fin de la livre sterling »

(6) Challenges, le 10/12/2009 - « La dette de la Grèce atteint 300 milliards d’euros »
(7)
Coulisses de Bruxelles, le 25/01/2010, Jean Quatremer - « Les marchés s’arrachent la dette grecque »

 

« La Grèce vient de lancer une obligation à 5 ans pour se financer. Vu l’ambiance actuelle sur les marchés, l’opération s’annonçait périlleuse. Or il n’en est rien. Aujourd’hui, la demande (le « livre d’ordres ») a atteint 25 milliards d’euros, ce qui est absolument considérable selon les spécialistes du marché de la dette souveraine. Mieux : il semblerait que les vendeurs à découvert, ceux qui spéculent sur l’effondrement de la Grèce renoncent à leur position vendeuse, le marché ne les suivant pas… Ce niveau de demande montre clairement que les investisseurs n’envisagent pas sérieusement un défaut de la Grèce, même si elle doit payer plus cher pour se financer. Au final, la Grèce émettra 8 milliards d'euros avec un rendement fixé à 6,2 % … »


(8) L’Express, le 04/02/2010 - « Economie : Espagne et Portugal sur le grill »
(9) Eurostat –
Bulletin 56/2009 du 22/04/2009

 

PIB 2008, en millions d’euro en gras, sinon dans la monnaie locale : Euroland 16 (9.274.550), Union Européenne 27 (12.506.693), Belgique (344.705), Bulgarie (66.728 BGN), République Tchèque (3.705.868 CZK), Danemark (1.739.700 DKK), Allemagne (2.492.000), Estonie (248.149 EEK), Irlande (185.721), Grèce (242.946), Espagne (1.095.163), France (1.951.315), Italie (1.572.243), Chypre (16.949), Lettonie (16.243 LVL), Lituanie (111.499 LTL), Luxembourg (36.662), Hongrie (26.499.999 HUF), Malte (5.665), Pays-Bas (594.608), Autriche (282.202), Pologne (1.271.715 PLN), Portugal (166.197), Roumanie (503.959 RON), Slovénie (37.126), Slovaquie (67.331), Finlande (186.164), Suède (3.157.832 SEK), Royaume-Uni (1.442.921 GBP)

 

Dette publique 2008 rapportée au PIB local : Euroland 16 (69,3%), Union Européenne 27 (61,5%) – Dans l’ordre croissant : Estonie (4,8%), Roumanie (13,6%), Bulgarie (14,1%), Luxembourg (14,7%), Lituanie (15,6%), Lettonie (19,5%), Slovénie (22,8%), Slovaquie (27.6%), République Tchèque (29,8%), Danemark (33,3%), Finlande (33,4%), Suède (38,0%), Espagne (39,5%), Irlande (43,2%), Pologne (47,1%), Chypre (49,1%), Royaume-Uni (52,0%), Pays-Bas (58,2%), Autriche (62,5%), Malte (64,1%), Allemagne (65,9%), Portugal (66.4%), France (68%), Hongrie (73,0%), Belgique (89,6%), Grèce (97,6%), Italie (105,8%)

 

(10) La Tribune, le 11/01/2010 - « Le triple A de la dette des Etats-Unis pourrait être menacé »
(11) Courrier International, du 04 au 10/02/2010, citant Newsweek - « Quand les économistes revoient leurs copies »

 


 
Illustration : Le Parthénon sous la grisaille

 

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Published by Marc Aragon - dans Chroniques
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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 22:20


 

Nassim-Taleb-copie-3.jpgDans l'incessant cheminement vers les cimes que la compétition fait éclore, qui entraîne l’âme d’une émotion vers une autre, rien ne vaut plus dorénavant qui ne stupéfie l’opinion jusque dans les moelles. L’époque n’est pas au sacre de la multitude, sans éclat de gloire et tant éloignée de resplendir : la mode est à magnifier les gagnants, et certains sont de ces chefs-d’œuvre qu’on ne bâcle pas ! Partout, en tout présentoir où se vend du temps de cerveau disponible 1, on loue les success stories, on flatte les lauréats, on propose une tribune à ces conquistadors des temps modernes, et leurs prouesses sont contées par le menu dans des biographies complaisantes. C’est la coutume, et la Bourse n’y échappe pas : rien n’émerveille davantage en effet que l’argent, qui proportionne l'intelligence ! Les virtuoses de la plus-value sont confessés, leurs confidences et le dithyrambe publiés sans languir. S’interrogerait-on sur la clairvoyance de ces divas qu’on s'aviserait bientôt combien le cimetière des traders boursiers est diablement garni. Tant ils étaient nombreux au départ             - Géant casino -
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(…) Dans l’enchaînement chaotique des cours, chacun a sa chance : aucun pronostic n'est irrationnel à court terme tant la cyberplanète boursière paraît n'obéir à aucune règle permanente. Ceci permet à certains, qui opinent avec d'égales chances de réussite que tous les autres, d'obtenir à l'occasion des succès remarqués. Puis à tous les gobe-mouches de s'illusionner sur la vista des précédents. Quelques coups gagnants ne suffisent hélas pas : les traders d’exception sont généralement des survivants issus de la multitude qui trépigne : on se presse de publier leurs exploits, on relate leurs faits et gestes, on explique leurs méthodes. Celles-ci cessent alors de marcher (…)
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     - Boursonomics 05/04/2007 -

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« En trois ans, mon portefeuille est passé de 760 euros à un million d’euros avant impôt. Mon mode de vie n’a pas beaucoup changé pour autant 2 ». Sylvain Duport, ce trader qui remporta deux fois consécutivement les Trophées Capital de la Bourse, en 2004 et 2005, n’a donc pas perdu le goût du pain. Ni son éditeur, celui des affaires, qui fit ses choux gras en éditant chèrement le parcours du champion 3, sans que quiconque retînt quoi que ce fût dudit missel qui l’enrichît à son tour. Rien ne pouvait en effet transpirer d’un art si personnel, que l’auteur résume en peu de mots : « Je continue à penser que les critères de valorisation des actions ne veulent pas dire grand-chose : en Bourse, tout reste possible. Il faut faire appel à l'intuition comme à la technique 2 ». Ainsi en va-t-il de nos réussites, ou de nos plus-values, qui sont autant de preuves de notre discernement ou de notre savoir-faire, tandis que nos échecs relèvent toujours d’une traverse du destin, ou de la part aléatoire des processus boursiers. Face je gagne, pile quelle malchance 4 ! Les Marchés purement haussiers, notamment ceux de l’époque, qui exténuent la probabilité baissière, sont fortement sujets à ce genre d’illusion. Le gain y est connoté de maîtrise de soi, et le talent garanti d’origine. Quelques mirages, plus ou moins éphémères, peuvent alors apparaître en bonne normalité statistique. Puis le temps domine l’écart.

Quelques-uns avancent vers la lumière, et d’autres, les plus nombreux, vers la ruine. L’enthousiasme des rescapés n’a égal que le silence des disparus, qui ne comptent plus dans les statistiques, et se taisent. L’enrôlement de bleus est l’affaire des vestales du temple, qui s’y entendent pour nourrir le feu sacré. Voyez notamment Clickoptions, une filiale de la Société Générale, citée à l’arrière-plan dans l’affaire Kerviel 5, dont on ne sait plus si le métier est le jeu ou bien la finance
, qui ne craint pas d’afficher au jour le jour les gains parfois mirifiques de ses porte-drapeaux : des palmarès hebdomadaires et mensuels 6-1 affriolants attirent les traders comme les miroirs les alouettes. Au printemps 2006, cette Maison organisa sa Trading Cup, richement dotée afin que nul n’en ignore. Cependant, contrairement aux concours du genre dont la gratuité dédramatise l’enjeu, ladite Coupe imposait l’apport personnel d’un capital de 500 euros non garanti. Face au danger et à un CAC plutôt baissier, les résultats et le plan marketing 6-2 piquèrent du nez : sur 406 classés, moins d’un sur dix termina positif ! Tant d’efforts pour arriver nulle part ! Hé quoi, le réel sait montrer la rareté des châteaux en Espagne, aussi bien que le trading hyperactif, gorgé de commissions, sa grande précarité. Quelques survivants que l’imprévisible a placé là surnagent, et leur talent n’est pas établi. On les voit mieux, c’est tout.

Ah l’empire du hasard ! L’Antiquité l’avait pressenti, qui représentait la déesse Fortune les yeux bandés, debout sur une roue, aventurant le sort. Plus tard, Machiavel attribua à la chance 50% du destin des hommes, tenant la ruse et la bravoure pour le solde. Mais l’ère moderne, déterministe, réfute le sort et associe toujours la réussite à la raison : nous n’admettons la part du hasard que dans l’échec, jamais dans le succès. En 1988, des chroniqueurs du Wall Street Journal, puis d’autres, conçurent un portefeuille d’actions en lançant des fléchettes sur la page Bourse : ces fonds fléchettes surent assez battre le Marché  - Peut-on battre le Marché ? -
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(…) Voilà plus d'un quart de siècle que le Hulbert Financial Digest suit les scores des lettres d'information confidentielles proposant d’investir en Bourse. Les avancées ne sont pas évidentes. Son scénario favori consiste à imaginer un épargnant qui, chaque année, réinvestirait son portefeuille en répliquant celui de la lauréate du millésime précédent. En 1982, notre aspirant place 50.000 dollars en s'intéressant à The Zweig Forecast, puis rejoue son tapis en 1983 sur On Markets ... Hélas, fin décembre 2002 son investissement n’équivaut plus qu’à 18,27 dollars ! Tel qui réussit une année faillit les suivantes, voire disparaît tout à fait. La main passe. On ne bat pas durablement le Marché (…)
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     - Boursonomics 14/01/2008 -

! Warren Buffett avait quant à lui imaginé un concours darwiniste d’envergure : 225 millions d’américains engageant un dollar dans un pile ou face éliminatoire, et les gagnants remettant au pot dès le lendemain les gains amassés jusqu'alors. Vingt jours après, il ne resterait probablement plus que 215 joueurs à franchir le cap du million de dollars ! Alors, l’oracle d’Omaha 7 suppose qu’on questionnera ces gens d’exception, leur demandant d’écrire un livre expliquant comment ils ont transformé un dollar en un million en seulement vingt jours 8 ! Et de noter qu’un panel équivalent d’orangs-outangs n’eût pas accouché d’une moindre portée de singes savants. Ainsi, ce qui a l’apparence du talent et de la régularité n’est-il parfois que la conséquence du nombre 9.

Les Marchés boursiers sont l’univers de l’opinion, oublieux invétérés de la rationalité dont la doxa financière ne cesse de les parer. Et l’opinion est changeante ! L’avenir lui-même est imprévisible, et les lendemains boursiers en proie de surcroît aux manœuvres de l’espèce et aux dérapages incontrôlés du système ! Cette addition de paris improbables mène à un truisme : artefacts techniques       - Illusions graphiques -
──────────────────────────
(…) Les graphiques boursiers ont envahi la place. Ils sont partout, en toutes tribunes où l'économie cotée s'affiche, dans nos journaux, sur nos écrans d’ordinateur, sur les chaînes de télévision. Ils dessinent des tendances, recommandent des stratégies, en dénient d’autres, et nul n'opinerait plus sans en avoir examiné les arabesques. Le temps n’est plus à Charles Henry Dow, précurseur du genre à Wall Street. Le presse-bouton est la règle, qui nourrit la planète de diagrammes multicolores, de courbes épurées, et d'autres indicateurs, sculptés et resculptés continûment, dans la fureur des Marchés. Les pistoleros du trading ne sont pas hommes ni femmes à louvoyer outre plus (…)
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     - Boursonomics 15/06/2008 -

ou anxiolytiques fondamentaux à portée, c’est égal, des paris seront perdus 10 ! La mise, continûment risquée, expose alors les gagnants de la veille à l’apologue simiesque de Warren Buffett. De sorte que le profit antérieur d’un magicien des Marchés ou d’une institution, qui intéresse les faiseurs d’argent et les vendeurs de rêve, ne nous apprend rien au premier regard sur ces orfèvres, sauf à connaître la taille de la population dont ils sont issus. Ainsi, à l’instar de Nassim Taleb, philosophe du hasard, lui-même ancien de Wall Street, confierions-nous volontiers la moitié de nos économies au trader d’exception qui émergerait d’un groupe de dix personnes, et sûrement pas le premier centime à tout autre qui fût exfiltré de milliers de ses semblables 11. Car la vérité pourrait tout simplement être que ce survivant a eu de la chance. Quelques Michel-Ange du trading, qu’on peine à apercevoir, sont peut-être tapis ici ou là : le vrai talent ne dépend pas de coups de Bourse ni des caprices de la fortune. Il est durable.

Les temps de crise nous montrent combien les traders d’exception évoluent au même rythme que le nombre de débutants : tous y sont moins nombreux. Tels, encore adulés la veille comme John Meriwether, ou tels autres comme Richard Bierbaum, météores du monopoly financier, qui avaient pu étourdir les foules au gré des épisodes spéculatifs, krachèrent avec les Marchés   - Détournements inaperçus -
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Voici une loi d'airain : les épisodes spéculatifs s’achèvent toujours par la multiplication des scandales, et cette mode trotte crescendo. Ainsi début 2008, Jérôme Kerviel prit-il sûrement une longueur d’avance à l’Internationale des traders fous ! En mars suivant, Bear Stearns fut immolée sur l’autel des pertes du subprime ; à l'automne on se hâta de sauver Freddie Mac et Fannie Mae, dont les cadres qui menaient grand train n’avaient pas eu l'heur de discerner la vraie nature de ces crédits pousse-au-crime ; Lehman Brothers n'eut pas cette chance et quitta urgemment les lieux. La mer s'était retirée : on vit mieux ceux des nageurs qui étaient nus, et on inventoria les détournements (…)
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     - Boursonomics 21/12/2008 -

. Rien n’est pérenne qui repose sur l’imprévisible : la multitude hasarde ses rescapés, puis les remplace ou non. L’avenir nous est définitivement celé.

 

 


 

(1) De Patrick Le Lay, PDG de TF1 en juillet 2004
(2) La Vie Financière, le 03 Novembre 2006 – « Sylvain Duport »
(3) Hervé Asparre, Sylvain Duport (2007) - «  Sylvain Duport : confidences d’un trader »

Sur son site Internet (www.edouardvalys.com/livre-sylvainduport.jsp), l’éditeur ne manque pas de battre le fer tant qu’il est chaud. Voici tel quel « Le quotidien d'un grand trader » dans ses comptes pour le mois de février 2006 (Bénéfices/Pertes exprimés en euros) : 15 février (+23.801) - 16 février (+73.400) - 17 février (+25.458) - 20 février (+51.924) - 21 février (-55.054) - 22 février (+26.504) - 23 février (+24.059) - 24 février (+56.000) - 27 février (+64.000), soit une moyenne de 30.000 euros de bénéfices par séance de Bourse. Qui dit mieux ? Ce virtuose du trading n’a pas a priori choisi de vivre de ses rentes : il semble qu’il ait été recruté peu après par le fonds Boussard & Gavaudan Asset Management LP, dont la holding mère Boussard & Gavaudan Holding Limited (BGHL) est domiciliée sur l’île de Guernesey.

 

(4) Mickaël Mangot (2005) - « Psychologie de l'investisseur et des Marchés financiers »
(5) LCI.fr, le 12/10/2008 - « Affaire Kerviel : que savait la hiérarchie de la SoGé ? »

 

« (…) L’avocate [Caroline Wassermann] cite également le cas des forwards contreparties face à ‘ Clickoptions ’ utilisées par Jérôme Kerviel alors qu'il ne pouvait statutairement le faire en tant que professionnel. Clickoptions est en effet une filiale de la Société Générale qui ne traite qu'avec les particuliers … »

 

(6) Site officiel de Clickoptions (www.clickoptions.com)

 

Rubrique Palmarès – Au cours des douze derniers mois, les dix meilleures performances hebdomadaires répertoriées font état de gains compris entre 27.158 et 66.504 euros ; le record mensuel courant (Février 2009) ressort à 120.372 euros.

 

Rubrique ClickReview - Le bulletin mensuel qui cornait la Trading Cup (N°28, Mai 2006), dotée d’un Boxster Porsche d’une valeur de 45.411 euros TTC, et de 10.000 euros aux vainqueurs mensuels, ne reparut plus avant mars 2007 où il reprit sa périodicité mensuelle. Nulle trace des résultats du jeu ne fut consignée dans aucun exemplaire de ce bulletin. Pour mémoire, sur 406 traders classés, 38 seulement affichèrent un gain (et encore le 38ème termina-t-il à +0,11%). Le 25ème réalisa une plus-value de 6,95%.

 

(7) Surnom de Warren Buffett, investisseur boursier qui compte parmi les hommes les plus riches du monde
(8) Warren Buffet (1984) - « The SuperInvestors of Graham-and-Doddsville »
(9) Peter Bernstein (2000) - «  Des idées capitales »)  
(10) L’Expansion, du 15/02 au 01/03/2001 – Interview de Pierre-Noël Giraud – « Les Marchés financiers sont devenus ...»
(11) Nassim Nicholas Taleb (2005) – « Le hasard sauvage »

 


 


Illustration
: Dés qui roulent extrait du site Gambling Planet

 

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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 19:37

 

 

La crise financière, qui couvait de longue date, n’en finissait pas d’échauffer les esprits et bâtait mal pour les banques de Wall Street. Les masques tombèrent au printemps 2008 : en mars, on perdit Bear StearnsBear Stearns ou le génie financier

(…) Comme toujours, la rapidité de la chute surprit l'opinion ; en juin 2007, la banque d'affaires Bear Stearns avait certes publié des résultats détestables, mais sa communication fut assez obscure pour qu'on n'y discernât pas les relents délétères d'une crise plus profonde. James Cayne lui-même, maître des lieux, assez détaché du réel, ignora le danger, continuant d'alterner le golf et le bridge selon les humeurs du ciel. Le banquier de Madison Avenue, l'un des plus gros acteurs du moment sur le marché des prêts hypothécaires, fit alors l'objet d'importants appels de marge sur les positions de deux de ses fonds (…)

, en juillet Indymac, d’autres aussi, de moindre épaisseur mais du même sang. La haute finance éclairée, à qui une si longue habitude de l’affairisme et du pouvoir tenaient désormais lieu de lumière, vit les meilleurs des siens rendre l'âme. Lehman Brothers, que l’on soupçonnait d’insolvabilité, le souffle court, raide de dettes et de créances toxiques, périclita bientôt après, menaçant longuement d’une fin prochaine. En septembre, la messe bancaire étasunienne était dite, et ses miasmes se répandirent partout à l’entour. L’asphyxie qui avait exténué la finance étouffa l’économie en cinq sec. Car le crédit est aux affaires ce que le fer est au béton : il arme ses châteaux de sable et les tient debout. Les banques au tapis, le Marché prit le relais quand il apparut qu’il n’y avait plus rien à attendre des bailleurs de fonds. Les obligations corporate 1-1 refirent surface. Mais ce domaine est hautement réservé. No trespassing !

Voici la première banque du monde, le Marché ! Les capitaux, indécis et versatiles, y cherchent une allocation optimale, tourbillonnent ici et là, plus ou moins aguichés, hésitent encore puis fixent enfin leur dévolu sur telle ou telle autre destination. En se substituant aux institutions financières et en démultipliant les capacités de financement, le Marché participe ainsi à la marche des entreprises et des nations. N’étaient-ce ses déviances, cette désintermédiation mettrait dans le mille. Les agences de notation, qui, rappelons-le, cotèrent à l’unisson les dérivés de créditABS, CDO et consorts

(...) Ziggy Stardust mourut à l'été 1973. Mi-homme mi-femme, icône androgyne au visage d’ange, cet esthète du show façonna la gloire de son créateur, un certain David Bowie, qui l’incarnait avec force dans ses grand-messes musicales. La poussière d’étoile étincela de mille feux, jusqu'à pâlir l’éclat du maître, qui s'en défit. Un quart de siècle plus tard, David Bowie, artiste aux revenus inavoués, fit une entrée en fanfare sur la scène financière : tout à ses comptes, il s’avisa d’en réclamer d’avance, à hauteur de 55 millions de dollars ! En janvier 1997, il fit titriser dix années d’exploitation de son catalogue. Les titres de la rock star avaient changé de nature (…)

 à l’égal des Etats les plus solvables 2, règlent le ballet de cette dette. Le risque de défaut ainsi calibré 1-2 produit alors un taux d’intérêt que l’emprunteur soumet aux prêteurs selon la qualité de sa propre signature et la conjoncture générale du moment. Le 13 novembre 2008, BMW Finance accepta de payer six points de pourcentage de plus que le rendement des emprunts d’Etat allemands : 8,875% ! Dans la foulée Metro Finance, noté BBB chez Standard & Poors, allongea le tir en lançant le 20 suivant, un emprunt rémunéré 9,375% ! Pour un peu, Finmeccanica Finance paraîtrait chiche, qui leva 750 millions d’euros en concédant seulement … 8,125% 3 ! Hélas, ces rendements somptuaires demeurent inaccessibles à l'épargnant : seuls les membres du sérail, et ceux de leur lignage, se partagent ces prébendes. Le commun est abonné à l’ordinaire.

La Bourse, peu ou prou ragaillardie, reprit du moral aux beaux jours, offrant aux investisseurs des perspectives attractives quoique risquées sur les actions, plus-values et rendements compris. Le marché primaire obligataire à destination des promoteurs institutionnels ne baissa cependant pas le niveau du service de la dette. Peugeot plaça le 10 juillet une émission de 750 millions d’euros portant un coupon annuel de 8,375%, « dans le cadre du renforcement de la liquidité du groupe et de l'étalement de sa dette 4 ». Trois semaines auparavant, les britanniques avaient fait mieux, renouant avec des obligations perpétuelles à fort rendement : Standard Chartered s’était fendu d’un 9,50% ! Mais le Crédit Agricole les surpassa tous : la banque verte annonça le 19 juin dernier un emprunt de 850 millions d’euros rémunéré à hauteur de 9,75%, porté via des banques privées en Asie et, « dans une moindre mesure, en Europe, auprès de particuliers fortunés qui apprécient un tel niveau de rémunération et privilégient le long terme 5 ». L’épargnant lambda appréciera, assez connu comme chacun sait pour mépriser de pareilles offres ! Et lui préférer mille fois l’émission obligataire de l’électricien tricolore EDF, cornée urbi et orbi par toute une armée de conseillers financiers aux ordres, chargés de vendre l’emprunt comme d’autres chantent le Salut : en chœur et allegretto. Un rendement de 4,50% valait bien cela.

Et la fête battit tant son plein qu’on amputa les agapes d’une semaine Quel spectacle ! Le ban et l’arrière-ban en brassières 6, convoqués pour la cause afin de ne rien hasarder, survendirent l’emprunt EDF qui butina trois fois le pot : 3,2 milliards d’euros collectés auprès de 251.000 souscripteurs ! Ce qui n'empêcha pas l'émetteur, réaliste et peut-être moins incité, de lever 822 millions d’euros au Japon 7 en obligations « samouraï » à des taux plus bas encore, quoique non publiés, tels que l'Archipel les subitYen carry trade

(…) Dans les années 1980, les experts applaudissent au miracle japonais. Zéro délai, zéro défaut, et zéro stock : le toyotisme et d'autres recettes ont fait du Japon un modèle envié. Et bientôt craint. L'Amérique s’alarme : la valse des monnaies par rapport au dollar brutalise le yen ; les taux nippons s'en ressentent, qui bringuebalent. Des bulles enflent, puis éclatent, tout à l'envi : le miracle agonise. La Banque du Japon relâche la pression : en avril 1995, les taux sont au « zéro effectif ». Rien n’y fait, la déflation se poursuit. En février 2007, elle portait son taux directeur à 0,5%, son plus haut niveau depuis 1998 (…)

 à ses dépens depuis la Grande Déflation. La Banque Postale elle-même, insinuée jusque dans les arrière-cours, attaqua en piqué : « de toute façon, en ce moment, il n’y a rien qui rapporte plus » entendit-on dans un bureau parisien. Pour ne pas être en reste, un banquier de chez HSBC, regardant ailleurs, rappela que « les épargnants français cherchent des rendements corrects sur des placements de courte durée 8 ». Hum ! A maturité équivalente, l’émission BMW Finance que l’on a dite paie le double ! Ainsi la grande opinion financière et ses sherpas se payent-ils le luxe de faire accroire, une main sur le coeur, l’autre dans la poche, que la multitude est bien servie. Bah, fiscalité oblige, sans abattement possible, l’obligation EDF rétribuera de l’ordre de 3,15% net 9. Et pour peu que l’inflation ressurgisse, chacun gardera son pactole jusqu’à l’échéance. Les mains tremblantes.

Pour le particulier, le seyant se jauge à la rémunération du Livret A, laquelle, terrassée en même temps que les prix, ne vaut guère plus qu’un compte courant, c’est-à-dire rien. A 1,25% au premier août prochain, cet annapurna de rendement n’est pas en peine de faire considérer le tout-venant comme exceptionnel : quel qu’emprunt de circonstance fait donc l’affaire et déchaîne tous les alléluias du cénacle. Mais l’inflation a ceci de remarquable qu’elle grimpe dans la même position qu’elle rampe 10, et le Livret A ceci d’utile qu’il suivra le rythme. Rien de tel bien sûr pour le rase-mottes obligataire à taux fixe que l’on sert pêle-mêle. Que dire alors du futur emprunt d’Etat évoqué dernièrement au château du Roi-Soleil ? L’agence France Trésor emprunte aujourd’hui à 5 ans au taux de 2,8% auprès des investisseurs institutionnels, qui, dit-on, pourraient se lasser. Il faudrait donc déployer des appels vibrants à la citoyenneté, à la solidarité nationale, bref, à la France, pour que de tels rendements, quoiqu’au mieux notés, pussent rallier la meute des épargnants. A moins de l’imposer comme naguère le firent Pierre Mauroy et Raymond Barre 11-2. C’est précisément ce que suggère Philippe Marini, rapporteur du Budget au Sénat : à défaut d’un intérêt de 2 à 2,5%, méprisant un retour de l'inflationL’inflation, invitée surprise

(…) Depuis les années 1990, l’importation massive de produits à bas coût débarqués des pays émergents aura mieux contribué à la modération des prix que toute autre politique. Cette concurrence a imposé son modus vivendi aux entreprises, sommées de ne pas augmenter leurs prix pour rester dans la course, et à leurs salariés, priés de rabattre leurs prétentions pour rester dans la place. Petit à petit, l’opinion fait son chemin, qui n’est à plus à s’encombrer d’idées sur le libre-échangisme compétitif ou le protectionnisme récessif ; la hausse des salaires devient une cause planétaire, avec les prix en conséquence de deuxième rang. L'inflation est embusquée (…)

, un emprunt à taux zéro ou très faible imposé aux ménages les plus aisés 11-1. Une véritable obligation en somme.

Adroite à gouverner pour soi, remise d’aplomb et fuyant comme la peste la contrainte administrative, réintégrée dans ses bonus, bientôt dans ses manèges, voici le grand retour de la finance. Le désordre et l’embarras dans le quotidien de l'espèce ne sont rien face aux intérêts de caste. Les affaires d’abord : plus de 22 milliards d’euros de dette corporate auront été collectés en novembre 2008, avec les pics de rendement que l’on a vus. Celui qui tient le couteau partage le gâteau. Les ramasse-miettes suivent. C’est la règle.

 

 


 

(1) Obligations et notation des émetteurs - Source Wikipédia

 

Une obligation peut être émise par  : un État dans sa propre devise (Emprunt d’Etat), un Etat dans une autre devise que la sienne (Obligation Souveraine), une société du secteur public, un organisme public, une collectivité locale (Obligation du Secteur Public), une entreprise privée, une association, ou tout autre personne morale (Obligation Corporate)

 

Echelle de notation de la dette à long terme (maturités équivalentes à un an ou plus) selon l’agence Standard & Poor’s - Catégorie investissement : (AAA) Valeurs de tout premier ordre (« gilt edged ») – (AA) Fourchette haute (« high-grade ») – (A) Notation intermédiaire (« upper-medium grade ») – (BBB) Fourchette basse, pouvant comporter des aspects spéculatifs (« medium grade ») - Catégorie spéculative : (BB & B) Eléments dits spéculatifs – (CCC, CC, C et au-delà) Absence de caractéristiques d’investissement souhaitables (« junk bond ») – Description complète des notations des agences au lien suivant : http://fr.wikipedia.org/wiki/Obligation_(finance)

 

 (2) Frédéric Lordon (2008) – Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières »

 

Page 46 - « Cette distorsion du jugement par les intérêts commerciaux est spectaculairement visible dans la distribution statistique des notes respectivement données aux dettes d’entreprise [ndla corporate] et aux titres de la finance structurée [ndla titrisation des crédits]. Alors que, en bonne normalité statistique, les dettes d’entreprise de cotation moyenne sont les plus nombreuses, les dérivés de crédit reçoivent la note maximale pour 60% d’entre eux – contre 2,5% en moyenne pour les entreprises - et le segment le mieux noté (notations supérieures ou égales à A) représente à lui seul près de 80% du total. Ainsi, les dérivés de crédit vus avec les lunettes des agences de notation présentent-ils cette bizarrerie statistique que les produits exceptionnels y sont les plus nombreux … »  

 

(3) La Tribune, le 28/11/2008 - «  Afflux d’émissions sur le marché du crédit »

 

Principales émissions corporate sur le marché de l’euro en novembre 2008. Echéance de l’emprunt entre parenthèses :

 

BP Capital : 500 M€ à 4.25 % (10 janvier 2011) - BASF : 1250 M€ à 6 % (4 décembre 2013) - Centrica : 750 M€ à 7.125 % (9 décembre 2013) - Vodafone : 1000 M€ à 6.875 % (4 décembre 2013) - Finméccanica Finance : 750 M€ à 8.125 % (12 mars 2013) - Total : 1000 M€ à 4.75 % (12 octobre 2013) - Ventenfall Treas : 650 M€ à 6.75 % (31 janvier 2019) - Ventenfall Treas : 850 M€ à 5.75 % (12 mai 2013) - Danone Finance : 1000 M€ à 6.375 % (2 avril 2014) - Carrefour : 700 M€ à 6.625 % (12 février 2013) - Metro Finance : 500 M€ à 9.375 % ( 28 novembre 2013) - Electricité de France : 2000 M€ à 5.625 % ( 23 janvier 2013) - ENI : 1250 M€ à 5.875 % (20 janvier 2014) - Air Liquide Finance : 600 M€ à 6.125 % (28 novembre 2012) - ADP : 500 M€ à 6.375 % (24 janvier 2014) - E.ON Int Finance : 1000 M€ à 4.75 % (25 novembre 2010) - Belgacom : 200 M€ à 4.375 % (23 novembre 2016) - Belgacom : 175 M€ à 4.125 % (23 novembre 2011) - Iberdrola Finance : 600 M€ à 7.50 % (25 novembre 2015) - Iberdrola Finance : 1000 M€ à 6.375 % (25 novembre 2011) - West LB : 50 M€ à 5 % (18 novembre 2013) -  BMW Finance : 750 M€ à 8.875 % (19 septembre 2013) - ENBW : 750 M€ à 8.875 % (20 novembre 2018) - ENBW : 750 M€ à 6.875 % (20 novembre 2013) - RWE Finance : 1000 M€ à 6.625 % (31 janvier 2019) - RWE Finance : 1000 M€ à 5.75 % (20 novembre 2013) - Shipol : 700 M€ à 6.625 % ( 23 janvier 2014)

 

(4) Capital.fr, le 10/07/2009 - «  PEUGEOT confirme son émission obligataire »
(5) La Tribune, le 19/06/2009 - «  Crédit Agricole renforce ses fonds propres »
(6) Vieilli : directions par lesquelles on ôte à quelqu’un la liberté de sa propre conduite (Littré 1970)
(7) CercleFinance.com, le 03/07/2009 – «  EDF a vendu des obligations ‘ samurai ’ au Japon »
(8) Le Monde, le 08/07/2009 - « 251.000 souscripteurs à l’emprunt EDF »

 

« Le premier grand emprunt mobilisant l'épargne populaire des Français a connu un grand succès. L'émission obligataire lancée par EDF (...) a permis à l'électricien de collecter 3,2 milliards d'euros : c'est trois fois plus que le milliard d'euro initialement envisagé (...)  Au guichet d’une agence de la Banque Postale du 13ème arrondissement de Paris, on indique avoir ‘ eu tout type de clientèle, du petit épargnant au client fortuné. De toute façon, en ce moment, il n’y a rien qui rapporte plus ’ (…) Chez HSBC France, le compte sur livret et le Livret A sont les placements qui ont le plus souffert. ‘ Les épargnants français cherchent des rendements corrects sur des placements de courte durée ’, indique un banquier »

 

(9) Quelques compléments sur le placement obligataire :

 

Fiscalité : 11% pour la Contribution Sociale Généralisée (CSG), plus 1,1% pour le Revenu de Solidarité Active (RSA) soit 12,10% de prélèvement immédiat. Les coupons sont ensuite soumis à l’Impôt sur le Revenu (IR) ou au prélèvement libératoire de 18%, selon l’arbitrage du contribuable. Dans ce dernier cas, l’obligation se trouve donc imposé au taux de 30,1%, soit pour l’emprunt EDF, un rapport net de 3,15%. Contrairement aux dividendes d’actions, les coupons obligataires ne bénéficient d’aucun abattement. Opportunité : le prix des obligations à taux fixe sur le marché secondaire de la revente évolue en sens contraire du taux. Ainsi, si l’inflation venait à reparaître, l’augmentation des taux (ou tout également une augmentation du taux des emprunts d’Etat pour mieux motiver les acheteurs) amoindrirait le prix du titre à la revente, faisant subir à son souscripteur une perte en capital. D’où la stratégie possible de conserver l’emprunt jusqu’à son terme avec dans tous les cas un nominal de remboursement plus ou moins rogné par l’inflation.

 

(10) Citation détournée de Jonathan Swift concernant l’ambition
(11) Les Echos, le 25/06/2009 - « Interview de Philippe Marini »

 

Philippe Marini – « Pour être raisonnable, l’emprunt de l’Etat auprès des particuliers devrait donc être proposé au taux de 2% ou 2,5%. J’ai pour ma part une autre proposition : l’Etat pourrait imposer un emprunt à taux zéro, ou à taux très faible, aux ménages les plus aisés. Cet emprunt, qui pourrait être souscrit sur cinq ans rapporterait entre 5 et 10 milliards d’euros »

Philippe Marini – « L’idée n’est pas nouvelle. Pierre Mauroy avait imposé un emprunt égal à 10% de l’impôt dû, pour tous les ménages payant plus de 5.000 francs d’impôt. Raymond Barre avait mis en place un prélèvement remboursable de 8,8% qui avait rapporté 8 milliards de francs »

 

 




Illustration
 : Image extraite du site Diagnostic & Expertise

 

 

 
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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 18:39



James Tobin (1918-2002)De tous les lauréats du prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques 1, James Tobin occupera à jamais dans la mémoire des hommes une place qu’il eût assurément préféré lui-même mieux en rapport avec ses recherches. Mal comprise, la taxe dont il préconisa d’assujettir les mouvements de capitaux, ce serpent de mer de la régulation financière, fit en effet davantage pour sa réputation que ses travaux théoriques, quels qu’en fussent les mérites. Economiste libéral, c’est-à-dire démocrate de gauche au sens américain du terme, fervent admirateur de John Maynard Keynes dont il défendit les thèses contre l'école néoclassique de Milton Friedman, ce professeur de Yale imagina en 1972 « jeter un peu de sable dans les rouages bien graissés des marchés de devises 2 », afin de limiter la volatilité des changes après que Richard Nixon eut rompu la parité dollar-or. Il suggéra d'imposer les transactions et de consacrer les capitaux recueillis à l'aide aux pays en développement : les altermondialistes s’emparèrent bientôt de l’affaire, firent de la taxe un cheval de bataille et de James Tobin un porte-drapeau, à son corps défendant 3.

La fin des accords de Bretton Woods en 1971, qui consacra une monnaie de papier as good as gold, le dollar, donna du grain à moudre aux cambistes et de l’entrain aux financiers : affranchi de sa tutelle métallique, sans autre frein que son nominalisme impérial       - Dollar : le roi empire -
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(…) Voyez ce monarque : il grave la pièce de monnaie de son sceau, se figure sur le billet de banque, et cette majesté garantit la paix des affaires. Aussi longtemps que sa loi irradiera les territoires, ses signes monétaires brilleront de mille feux. Qu'elle vienne à pâlir, et aussitôt la suspicion surgira. Cette conception nominaliste, qui ne reconnaît à la monnaie aucune valeur en soi, est la marque d'un mâle alpha : que la valeur du dollar souverain tienne à la diplomatie aéroportée américaine ne surprendra donc personne ! Au début du XXe siècle, c’était une vision substantialiste de la monnaie qui prévalait encore : l’étalon-or y établissait la valeur du change, au grand dam des princes (…)
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     - Boursonomics 13/03/2008 -

, le billet vert libéra d’un coup l’hédonisme vibrionnant des Marchés chargés d’équarrir le flottement des changes autour des politiques monétaires des Etats. James Tobin, flairant l’instabilité dangereuse d’un système privé d’étalon, ouvert à tous les vents, recommanda une taxation des transactions, entre 0,1% à 0,5% selon les formules
4, pour arraisonner la frénésie court-termiste et favoriser l’expression des fondamentaux économiques. C’est égal, ce qui valait naguère vaut encore, pour la monnaie comme pour le reste : sans corseter les usages, tout actif marchandisé est difficile à débarrasser du relent spéculatif. En freinant par la taxe la mobilité des capitaux, l’économiste souhaitait aussi redonner des latitudes aux autorités monétaires nationales, pour lesquelles la stabilité des devises nécessitait quelque alignement. Et puisqu’il en résulterait des revenus, autant qu’on en pourvût les pays en développement 5 ! Ce projet suscita un silence poli : on l’exhumera tout aussi poliment à chaque hoquet des Marchés des changes, pour l’oublier sitôt le souffle retrouvé, notamment en 1992 quand George Soros joua la dévaluation de la livre sterling 6.

Les dernières décennies ne furent guère celles de la contrainte. Partout l’ardeur dérégulatrice prospéra sous la houlette des nouveaux maîtres à penser de l'ultralibéralisme. Haro donc sur quiconque prétendait promouvoir une dîme qui s’opposerait à ce que le Marché pourvût au bien commun. La spéculation elle-même        - Persona non grata  -
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(…) La théorie financière fit du mieux qu'elle pût pour accréditer la nécessaire rationalité des Marchés ; efficients, concurrentiels, filoguidés vers la valorisation absolue de tout ce qui sonne et trébuche peu après, ces dieux de l'Olympe eurent les honneurs des plus grands esprits de nos temps : on nobélisa autant qu'on sût les travaux sur le sujet ! L'économie, la finance, la Bourse, qui cristallise le tout, trinquèrent avec la mathématique des savants fêtés en Suède. L'image ruineuse d'un casino planétaire valait bien en effet qu'un tel cénacle tranquillisât son monde. La fièvre spéculative n'eut jamais d'autre place dans cet ordo que celle de faire-valoir dans l'allocation optimale du capital (…)
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     - Boursonomics 05/11/2006 -

, pour qui l’on avait beaucoup pendu jadis, fut ainsi réhabilitée par Milton Friedman en personne, pape de ces temps et primat nobélisé de l’Ecole de Chicago, qui vit en elle la messagère virginale d’un interventionnisme étatique toujours mal avisé, empêcheur de tourner en rond et principal responsable du délire des Marchés
7. La taxe était mal partie ! D’autres raisonnements techniques furent avancés pour se hâter de ne rien faire : comment différencier par exemple le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire l'ordinaire de la spéculation, sans effilocher la dynamique régulatrice ? Comment ne pas briser la liquidité des échanges et maintenir le rendement d’une telle taxe sans ruiner les opérations d’arbitrage qui prédominent sur ces Marchés ? On fit aussi grand cas du génie financier, toujours capable de contournement des traverses qu’on lui oppose. En 2000, le Parlement européen rapporta que « la faisabilité de la taxe Tobin dépend en fait moins de facteurs techniques que des développements politiques au niveau international 8 ». Et fit l’euro qui n’était pas matière moins compliquée.

La crise bancaire ambiante ne manqua pas de remettre la vieille taxe à l'avant-scène. D’aucuns s’émurent que le contribuable fût encore quêté pour faire face à l’impécuniosité d’un système apoplectique           - Schuss bancaire -
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(…) L’apoplexie bancaire est une tradition américaine ancienne. La crise de 1907, baptisée « Panique des banquiers », étrenna peu ou prou la constance de la profession à escamoter le filon argentifère. Le collapsus de 1929 se montra ainsi exemplaire, qui expédia près de dix mille banques privées outre-tombe, parmi lesquelles beaucoup avaient jeté de l’huile sur le feu en prêtant à qui désirait. La Reaganomics ne fut pas non plus chiche de traumas bancaires, tel celui de Continental Illinois en 1984, celui des Caisses d’Epargne quelques années après qui coûta quelque 200 milliards de dollars au contribuable américain. La tradition est vivace ; la magie opère, encore et toujours (…)
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     - Boursonomics 28/02/2009 -

, las pour finir que la survie de la multitude impliquât toujours celle de ses naufrageurs sans que ceux-ci n’aient jamais de comptes à rendre ni à donner. Des milliards, additionnés par centaines, parfois par milliers, en quelle qu'unité de compte qu’on les soupèse, qui perfusent un système financier centré sur lui-même, sont ainsi détournés de l’économie réelle pour servir un jour la camarilla financière, et le lendemain éviter sa chute. En France, Bernard Kouchner relança l’idée de James Tobin dans sa forme originale : une taxe de 0,005% sur chaque transaction monétaire pour financer des projets de développement dans les pays pauvres, susceptible de rapporter entre 30 et 60 milliards de dollars
9. Rien de plus, car au-delà eût commencé le socialisme ! C’était pourtant assez pour encourir la raillerie de Christine Lagarde, la haute main sur des finances publiques déliquescentes, qui moqua « la boîte à idées finances 10 » de son collègue. La même ministre se souvint moins de l’augmentation de 1,1% de la fiscalité sur l’épargne 11, qui porta à 49,42% le prélèvement sur la richesse nationale (particuliers et sociétés) 12. La stratégie du déluge convient toujours aux gouvernants de passage.

Une autre offensive vint d’Autriche, dont l’Ecole de pensée fit jaillir nombre d’économistes, tel Friedrich Hayek, qui inspirèrent le renouveau classique. Un certain Stephan Schulmeister de l’Institut de recherche économique local (WIFO), à contresens de ces devanciers, donna en avril 2008 un nouvel élan à la taxe Tobin, semble-t-il mieux entendu des autorités, du Bundestag à la Commission de Bruxelles en passant par la Banque centrale européenne et l’OCDE. Après avoir noté la domination croissante de la finance sur l’économie, le chercheur fit remarquer que « l’hyperliquidité alliée à la croissance extrême des transactions à court terme est devenue le principal instrument de déstabilisation des Marchés ». Et de suggérer une dîme universelle sur l’ensemble des flux financiers, plus faible – de 0,01% à 0,1% - mais plus étendue que la base Tobin, qui aurait produit entre 0,59% et 1,52% du PIB mondial, soit entre 376 et 969 milliards d’euros pour l’année 2008
13. S’appuyant sur les leçons de la titrisationABS, CDO et consorts

(...) Ziggy Stardust mourut à l'été 1973. Mi-homme mi-femme, icône androgyne au visage d’ange, cet esthète du show façonna la gloire de son créateur, un certain David Bowie, qui l’incarnait avec force dans ses grand-messes musicales. La poussière d’étoile étincela de mille feux, jusqu'à pâlir l’éclat du maître, qui s'en défit. Un quart de siècle plus tard, David Bowie, artiste aux revenus inavoués, fit une entrée en fanfare sur la scène financière : tout à ses comptes, il s’avisa d’en réclamer d’avance, à hauteur de 55 millions de dollars ! En janvier 1997, il fit titriser dix années d’exploitation de son catalogue. Les titres de la rock star avaient changé de nature (…)

, réfutant le bréviaire des fidèles de l’équilibre général et du laisser-fairisme mais sans nier l’impact sur la fluidité des échanges, Stephan Schulmeister sut surfer sur la seule vague capable de faire bouger les lignes : le réel au pied du mur. Car seule une stratégie du choc saura arraisonner la finance et rediriger les capitaux vers leur utilité première : l’économie au service des hommes, et non l’inverse.

Les sommes pharaoniques vouées aux plans de relance laissent à supposer des lendemains qui déchantent. L’hypertrophie monétaire, qui encre les rotatives des planches à billetsLa planche à billets

Tant de richesses subjuguaient le commun : les perles de Margarita, les émeraudes de Muzo, l’or de Maracaïbo, de Yaracuy, celui des Incas qu’on dépouillait, mais surtout l'argent, à profusion, des mines de Potosi, de Zacatecas et d’ailleurs. Les galions royaux, aux armes de Castille, regorgeaient de richesses, arrachés aux terres d’Amérique, qu’on débarquerait à Séville si peu qu’on échappât aux pirates et aux vagues océanes. Au XVIè siècle, le port andalou verra accoster 7.390 tonnes d’argent et 155 tonnes d’or ! Sitôt déchargé, le métal est fondu, on bat monnaie à rompre. L'eau du Guadalquivir se mordore, l'indolence gagne, et les prix triplent au pied levé (…)

, est pour le moins lourde de menaces, porteuse d’une inflation galopante à laquelle les Etats sauront mal résister pour rembourser leurs dettes faramineuses. Voilà qui justifierait assez que l’on jetât enfin quelques grains de sable dans les rouages du Marché, afin que l’espèce, moins bringuebalée, reconquît les moyens de maîtriser son futur.

 

 


 

(1) Abusivement qualifiées de Prix Nobel d’Economie ; James Tobin obtint ce prix en 1981 ;
(2) James Tobin, juillet-octobre 1978, Estearn Economic Journal - « A proposal for international monetary reform »

 

« Ceux qui pensent que le système de taux de changes fixes d’avant 1971 aurait causé moins de désordres aux marchés internationaux ont la mémoire courte. Mon message n’est pas de dire que le flottement des monnaies est un moins bon système, mais de souligner que le flottement ne peut pas résoudre de manière satisfaisante tous les problèmes. La raison principale en est que les marchés des changes vont obligatoirement à la dérive sans avoir de repères … [et que] les signaux que donnent ces marchés non amarrés ne peuvent pas guider les économies vers leurs véritables avantages comparatifs, le capital vers son allocation internationale efficiente, ni les gouvernements vers des politiques macroéconomiques correctes. C’est pour cela que je pense que nous devons jeter un peu de sable dans les rouages bien graissés et incroyablement efficients des marchés des changes ... »

 

(3) Gérard-Marie Henry (2002) – «  A quoi sert le FMI »

 

Page 26 - « (…) James Tobin (...) expliquait à qui voulait l’entendre : 1) qu’il aimerait bien que les anticapitalistes français qui préconisent l’instauration de taxes sur les transactions financières lui trouvent un autre nom que le sien ; 2) que, contrairement à eux, il est un chaud partisan de la liberté des échanges et du commerce international ; 3) qu’il estime que la mondialisation est une chance historique positive pour le développement des pays émergents ; 4) que la taxe qu’il a préconisée dans son article de 1978 n’est qu’une mesure de gestion technique des marchés financiers visant à en diminuer la volatilité ; 5) que la spéculation – le pari sur l’avenir – est inhérente aux marchés libres dont les avantages dépassent évidemment de beaucoup les inconvénients … »

 

(4) Jacques Fontanel (2005) – «  La globalisation en analyse – Géo économie et stratégie des acteurs »
(5) Jean-Luc Bailly (2006) - « Economie monétaire et financière »
(6) George Soros, source Wikipédia 

 

« (…) Le 16 septembre 1992 (mercredi noir), George Soros vendit à découvert dix milliards de livres, pariant donc à la baisse sur cette monnaie. Il provoqua, par cette opération, une pression telle sur la livre que la Banque d’Angleterre sortit sa devise du Système Monétaire Européen (…) Durant la crise financière asiatique de 1997, dans des circonstances similaires, le premier ministre malais de l'époque accusa Soros de spéculer sur le ringgit (…). A l'inverse, il se trompa dans d'autres circonstances et reperdit des montants importants dans la spéculation contre d'autres monnaies – notamment le rouble. George Soros a été critiqué pour avoir spéculé contre les bandes de fluctuation du SME (Système Monétaire Européen), qu'il critiquait comme enrichissant mécaniquement la spéculation et l'encourageant. Les bandes de fluctuations ont été élargies en juillet 1993, à 15% contre 2,25% … »

 

(7) Frédéric Mertz (2005) – «  Ethique et commerce – Réalités et illusions »

 

Page 50 - « (…) L’argument économique de fond contre la taxe Tobin, exprimé notamment par l’économiste libéral Milton Friedman, est que la spéculation est davantage facteur d’équilibre que de déséquilibre. Elle fait apparaître les erreurs des politiques gouvernementales, erreurs dont elle ne porte pas la responsabilité. Elle n’accroît pas les déséquilibres, mais ne fait que les révéler, jouant ainsi un rôle essentiel d’information qu’il serait dangereux  de lui retirer (…) Cette position (…) refuse de voir que certaines spéculations ont des effets déstabilisateurs dans la mesure où elles ne correspondent en rien à l’évolution des facteurs fondamentaux de l’économie, tandis qu’elle suit les mouvements de prix, indépendamment de ces données de base que sont la croissance de la production, le taux d’inflation et le volume du chômage … »

 

(8) Parlement européen, Direction générale des études, 2000, 34 pages - « La faisabilité d’une taxe Tobin internationale »

 

Ledit texte soumis au Parlement européen, demandant à la Commission européenne « un rapport sur la faisabilité de la taxe Tobin » a été rejeté par six voix d’écart. (Le Monde, le 29/05/2009 - « Lagarde contredit Kouchner et précise que la taxe Tobin n'est pas à l'étude »)

 

(9) Libération, le 29/05/2009 - « La mini-taxe Tobin de Kouchner »
(10) JDD.fr, le 29/05/2009 - « Kouchner reprend la taxe Tobin »
(11) On ne remet pas ici en question la noblesse de la cause (RSA), seulement son mode de financement
(12) L’Expansion, juin 2009 - « La richesse nationale prélevée pour moitié »

 

Taxes sociales et fiscales rapportées en pourcents au PIB en 2009 : Suède (52,83) – France (49,42) – Allemagne (43,05) – Royaume-Uni (42,42) – Espagne (37,72) – Irlande (34,40) – Japon (33,89) – Etats-Unis (33,02)

 

(13) Courrier International, du 7 au 13/05/2009 - « Le retour de la taxe Tobin »

 

«  (…) Stephan Schulmeister, un économiste de l’Institut de recherche économique autrichien (WIFO) (…) constatait dans un article d’avril 2008 que les volumes de transactions sur les devises sont devenus 70 fois plus importants que les volumes du commerce mondial de biens et de services. De même, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, les volumes d’échanges d’actions et d’obligations sont désormais 100 fois plus importants que les investissements des entreprises (…) Schulmeister ne nie pas que l’introduction d’une telle taxe réduirait le volume des transactions et, en conséquence, la liquidité du marché. Mais il réfute l’argument selon lequel une telle baisse pourrait réduire l’efficacité des marchés en ce qui concerne la fixation des prix »

 

 

 



 
Illustration : Image extraite du site Baby Boomer Care


 

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Published by Marc Aragon - dans Economics
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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 02:04

   

Phil-Gramm-copie-7.jpgD'abord les banques, épicentres de la dévastation, sans qui rien n’est possible ! Une fois de plus, les maîtres-artificiers de la haute finance, qui n’ignorent rien des règles de l’assaut mais tout de celles de la retraite, mirent le feu aux affaires, jusque sous leurs propres pieds, et la planète s’empoisonna bientôt d’actifs toxiques devenus fumées. Le secours aux incendiaires mobilisa les autorités publiques, c’est-à-dire le contribuable après que les fonds souverains          - Fonds souverains -
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(...) La crise du crédit, gloutonne et grande dépréciatrice d'actifs, aura révélé d'ambitieux prétendants aux agapes financières, prédateurs pour les uns, sauveurs pour les autres. Peu visibles jusqu'alors, les fonds souverains ont tout de go accaparé les colonnes des journaux, tirelires régaliennes gavées par un sous-sol fréquemment bénit, au service d’un capitalisme d’Etat : diamants du Botswana, cuivre chilien ... Mais la grande affaire minérale ou fossile est ce cher pétrole venu du Moyen-Orient et d'ailleurs qui fait le gros de la troupe. Et d’autres sources de capitaux moins géologiques tapent à la porte, non moins colossales : elles s'annoncent en provenance de Chine et de sa banlieue (…)
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     - Boursonomics 05/02/2008 -
, un temps alléchés et qui avaient déjà mis lourd, eurent minaudé leur participation : nationalisations à l’anglaise, garanties à la française, recapitalisations à l’américaine, vice-versa et réciproquement. La puissance étasunienne notamment se déchaîna : le 19 septembre 2008, après avoir lâché Lehman Brothers et déclenché la foudre, « Janus » Paulson, en fin de contrat au Trésor, annonça de toute urgence un plan républicain de rédemption : 700 milliards de dollars, en guise de hors-d'œuvre 1 ! Le Fonds Monétaire International, reconverti à la statistique, avait opportunément remémoré celle-ci quelques semaines plus tôt : depuis 1970, quarante-deux crises financières avaient coûté en moyenne 16% de PIB aux trente-sept pays tentant de contenir les crises bancaires systémiques
2 Une ancienne tradition, en somme.

La panique des banquiers en 1907 étrenna l'instinct de mort des argentiers de Wall Street, et ce biais devint chronique. John Pierpont Morgan, figure de la banque universelle apaisa, dit-on, cette première ruine financière de l’ère moderne en invoquant le clergé local
3 : il ne dénoua cependant pas, à supposer même qu’il l’eût désiré, les multiples conflits d’intérêt            - Bancanalystes -
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(…) L'exaltation dérégulatrice des années 1980 vaincra finalement le vieux Glass-Banking Act qui avait jadis séparé les banques de dépôt des banques d’investissement. Ce vent de modernité renversera une autre muraille de Chine qui séparait les analystes des chargés d’affaires d’une même banque, les premiers évaluant les sociétés pour inspirer la clientèle fortunée, les seconds négociant des projets financiers. Pas facile dès lors de décrier une entreprise à même de confier une juteuse opération de Marché ! Le décloisonnement rendit tout plus possible. La planète média rendit tout plus facile. Ainsi tout devint-il plus probable, y compris le pire, qui n'allait évidemment plus tarder (…)
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     - Boursonomics 23/02/2007 -
qui gangrénaient déjà ces supermarchés de la finance. En 1927, le Mac Fadden Act tenta bien de limiter les premiers scandales en interdisant aux banques américaines de créer des filiales hors de leur Etat d’origine. Mais rien ne put retenir le torrent d’euphorie qui baignait ces temps. Quelques milliers de banques au tapis plus tard, le Glass Banking Act de 1933 séparera les établissements commerciaux, spécialisés dans les activités de crédit et de dépôts, des banques d’affaires, destinées aux activités financières. Morgan Stanley, firme d’investissement, naquit ainsi de JP Morgan en 1935. Vingt années passèrent. En 1956, les autorités américaines crurent bon de renforcer la réglementation avec le Bank Holding Company Act afin de colmater les fissures que la modernité juridique faisait naître. Mais un banquosaure centenaire veillait : en 1961, Citibank promouvra un instrument financier nouveau, le certificat de dépôt négociable, qui dans les faits contournait le Glass Banking Act
4. Le ver revenait dans la pomme.

De nouveaux produits firent alors florès
4-1, qui surent se rendre essentiels, et cette veine irrigua bientôt de nouveaux marchés, qui s’interconnectèrent. Nécessité fit loi : petit à petit, le mikado financier s’éleva, et nul n’imagina plus rien débâtir qui ne risquât de tout ébranler. En mai 1975, New York décloisonna Wall Street, imité dix ans plus tard par Londres. En 1980, la Bankers Trust obtint de la Fed le droit de garantir des titres d’emprunt à court terme. En 1987, Alan Greenspan se laissa pieusement convaincre par JP Morgan d’une faille dans le Glass Banking Act pour autoriser les banques commerciales à participer à des émissions d’actions 5. Alors, d’exemptions en dérogations, ces dernières finirent par regagner le terrain concédé- Déréglementation financière -
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(…) Le retour au premier plan des théories néoclassiques de Chicago fouetta l'élan de déréglementation financière. Richard Nixon harnacha les Etats-Unis à ce paradigme, que la Reaganomics et le thatchérisme porteront aux nues. Ces usages suscitèrent des marchés financiers mieux établis pour contourner les oligopoles du secteur bancaire, souvent publics, qui traînaient les pieds ; la City de Londres fit son Big Bang en 1986, Paris suivit. L’instabilité des marchés, née du retrait des Etats, fit émerger des innovations pour arraisonner les risques : la religion vint à ce que chaque nouveau risque procédât d’un nouveau marché et non d’une nouvelle réglementation (…)
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     - Boursonomics 22/07/2008 -
au législateur, selon la conception élastique de l’expression « exerçant principalement ». Les maisons de titres devinrent la proie des gros mangeurs de l’espèce : en avril 1998, le mâle alpha Citibank, filiale de Citicorp depuis 1974, devint Citigroup au prix d’une fusion avec Travelers évaluée à 83 milliards de dollars
6. La vieille résolution n’y survécut pas : dès l’année suivante, le Gramm-Leach-Bliley Act acheva d’ouvrir les portes de Wall Street aux banques de dépôts. Comble d’ironie, Phil Gramm, cosignataire de la loi, vice-présida peu après UBS 7, la rolls des banques suisses, qui aura déprécié quelque 47 milliards de dollars d’actifs depuis le début de la crise 8 !

Banquosaurus rex ! Voici donc Citigroup, fille ainée d’un lobbying bancaire chantant les louanges du Marché, garantissant l’efficience du guichet unique et la réduction des coûts à tous les étages des bureaux de Park Avenue, magnifiant la concurrence faiseuse du bien social, dispersant le risque grâce à la diversification des activités. Ce bel canto, repris en chœur par des ténors endimanchés oublieux de l’Histoire, amena le génie du titan américain à la première capitalisation boursière mondiale, à près de 300 milliards de dollars : quelque 200 millions de clients dans le monde, 352.000 salariés dans ses livres, présente dans 106 pays – dont 427 filiales dans des paradis fiscaux       - Pirates des Caraïbes -
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(…) La grande prestidigitation entra en scène quand le fordisme se mit à décliner, dans les années 1960. L’évaporation capitale prit aussitôt la mer, dans le sillage des corsaires d’autrefois, vers ces îlots au statut juridique très obligeant, petitement cadastrés, quoique la surface n’y manquât jamais pour accueillir tant de sociétés. Ainsi Ugland House, un immeuble de bureau de cinq étages à George Town, la capitale confetti des Caïmans, est-il un de ces hauts lieux du miracle immobilier : selon le Tax Justice Network, ce bâtiment hébergeait mi-2008 quelque 18.857 firmes ! Mieux, en 2004, 619.916 sociétés nichaient aux îles Vierges britanniques, un chapelet d’îlettes de 153 kilomètres carrés (…)
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     - Boursonomics 21/02/2010 -
9 -, et ainsi de suite. Un tel maquis ne favorisa cependant pas l’avènement de la bonne pratique, mais renouvela plus sûrement les errements passés de la banque universelle, notamment les conflits d’intérêt
10. La malepeste hypothécaire knock-outa le géant, remit les pendules à l’heure et les bénéfices au trente-sixième dessous : les premières recapitalisations privées, fin 2007, à hauteur de 20 milliards de dollars ne suffirent pas ; le 23 novembre 2008, le gouvernement américain annonça un plan d’ampleur pour soutenir le Nabucco de la banque : 306 milliards de dollars de garantie sur des actifs risqués, et 20 milliards supplémentaires en capital. Soit autant que sa valeur boursière du moment 11 ! Le roi était nu.

« Infectious greed
», le contagieux appât du gain, de la bouche même d’Alan Greenspan ! Ainsi n’aura-t-il pas fallu dix ans pour que l’Histoire rappelle aux brillants idéologues du Marché quelques constantes universelles sur la nature humaine et leurs effets pratiques sur le terrain. Tant d’acharnement pour déconstruire le Glass Banking Act, ce vestige vermoulu 12, et moins d’une décennie pour que sa figure de proue, Citigroup, revienne téter la mamma étatique      - Les Etats, les banques -
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(…) Les évangiles économiques ne résistent jamais durablement à la force des réalités. Ainsi le Marché, qui n’a pas constamment un lapin à sortir du chapeau est-il toujours démuni sous la mitraille, quand les milliards des épisodes spéculatifs s’évaporent à gros bouillons. Ses prétendues vertus autorégulatrices n’ont jamais dispensé les autorités politiques d’être quêtées, citoyens compris, après chaque embardée. Sauvegardé par l’aléa de moralité, cette garantie indéfectible qui naît du secours miraculeux de l’Etat, le Marché-Roi peut ainsi dispenser ses libéralités, sans coup férir, jusqu'à l'accident : on voit bien quelle main dédaignée et honnie le tire alors d'affaire et sauve la mise (…)
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     - Boursonomics 24/12/2007 -
et tâter sa main invisible. Retour au point zéro : le banquosaure redevient Citicorp et s’invente une Citi Holdings pour optimiser sa structure
13, c’est-à-dire brouiller sa piste. D’autres banques américaines, moins chanceuses quoiqu’admirables 14, burent aussi le calice jusqu'à la lie, toutes allaitées à la déréglementation des systèmes financiers, exonérées des contrôles les plus communs, jusqu’à l’accident. Tout semble se passer comme si la pensée monozygote des grands clercs de la finance n’avait retenu de la crise de 1929 que la nécessité d’injecter des liquidités quand le système dérape 15, au mépris de toute autre vue. Bah, une poignée d’hommes hors du commun mènent le bal : John Thain, Henry Paulson, Stephen Friedman, Robert Rubin, Duncan Niederauer, tous anciens et/ou futurs dirigeants de Goldman Sachs ou de Bank Of America, de Citigroup ou Merrill Lynch, présidents du Nyse ou secrétaires d’Etat au Trésor. Ayez confiance !
 
« Il y a seulement une quinzaine d'années, l'économie américaine, menacée d'asphyxie financière, semblait condamnée à une croissance médiocre. Elle est aujourd'hui, de toutes les grandes économies développées, celle dont le potentiel de croissance est le plus élevé et le système financier le plus solide : l'Europe a, peut-être, des enseignements à en tirer 
16 ». D’Anton Brender (2004), grand admirateur semble-t-il du libéralisme américain, scientifique de la cause - L’art borgne de la divination -
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(...) Voici les économistes, ceux qui savent, un pied dans l'argent et l'autre dans la science ; ils ont une réputation à défendre, la leur, et s’y appliquent avec précaution, où qu’on les apostrophe, mi-doctoraux mi-bonhomme, pour servir le point de vue de l’expert. Leurs dires sont assez constellés de graphiques pour être considérés, leurs hypothèses, quoique d'école, rassurantes, leurs allégations, à l'aplomb. On les cite à comparaître partout où se joue l’allegro de la doxa libérale et celui de la motivation des troupes. Ils professent avec autorité comme d’autres prêchent avec conviction. Il est néanmoins commun qu’ils se trompent avec constance, oubliant généralement de s'en repentir (…)
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     - Boursonomics 25/05/2009 -
, lui-même chef économiste chez Dexia Asset Management, laquelle banque ne dut son salut qu’à l’action des Etats, européens ceux-là. Et les nouveaux banquosaures sont de Chine.

 

 


 

(1) Le Monde, le 20/09/2008 - « Crise financière : Washington met 700 milliardsde dollars sur la table »
(2) Courrier International, du 25/09 au 01/10/2008, rapportant The Economist - « Sauvetage : l’exception suédoise »

 

« Une étude de deux économistes du FMI, Luc Laeven et Fabian Valencia, montre que, après les mesures d’urgence, les USA finissent toujours par mettre en œuvre un plan global financé par les fonds publics. Selon cette étude portant sur 42 crises financières dans 37 pays depuis 1970, ‘ ces tentatives gouvernementales de contenir les crises bancaires systémiques au cours des trois dernières décennies ont coûté en moyenne 16% du PIB ‘, rapporte The Economist … »

Laeven-Valencia (01/09/2008) - « Systemic Banking Crises : a new database » - Exemples compulsés par le Centre d'Economie de l'Université Paris Nord (Document de travail N° 2009-03). Coût fiscal en % du PIB sur la crise asiatique 1997-1998 : Chine (19) - Corée (31,2) - Indonésie (56,8) - Japon (24)- Malaisie (16,4) - Philippines (13,2)- Thaïlande (43,8) ;

 

(3) John Galbraith (1992) - « Brève histoire de l’euphorie financière »
(4) Textes réunis par Martine Azuelos (1995) - « La déréglementation des économies anglo-saxonnes »

 

NOWs - Negotiable Order of Withdrawal
MMFs – Money Market Funds
RUFs – Revolving Underwriting Facilities
MOFs – Multiple Option Facilities

 

(5) Les Echos, le 20/09/2008 - « Splendeurs et misères des établissements d’investissement »

 

« (…) Après la Seconde Guerre mondiale, la frontière devint plus poreuse. Et en 1987, la Fed se laisse convaincre de s’appuyer sur une lacune de la section 20 du Glass Steagall Act pour permettre aux grandes banques commerciales (...) de participer à des émissions de titres. ‘ Ces banques souhaitaient rentre dans ce métier de l’underwriting. En juillet 1988, la Cour suprême a validé cette décision ’ (…). Cela profitera à des groupes comme Citigroup ou JP Morgan … »

 

(6) Etudes économiques de l’OCDE (1999)
(7) Le Devoir.com, le 04/06/2008 - « Visite d’Alan Greenspan à Montréal. Est-ce la fin des banques centrales ? »
(8) MoneyWeek, le 19/03/2009 - « UBS, grandeur et décadence »

 

« Dans sa stratégie offensive, UBS s'était ruée sur les produits titrisés sans même avoir pris le temps, apparemment, de lire la notice. (…) La note est lourde (…) portant le total des dépréciations depuis le début de la crise financière à 46,9 milliards de dollars (…) A l'automne 2008, UBS dut affronter un scandale venant des Etats-Unis. L'un des cadres de la banque, Bradley Charles Birkenfeld, a dénoncé 19.000 noms de clients aux autorités américaines qui le poursuivaient pour des délits fiscaux. Le fisc américain s'estime lésé de la bagatelle de 20 milliards de dollars (…) La réputation de la banque en a irrémédiablement souffert : les clients ont retiré pour l'équivalent de 226 milliards de francs suisses de dépôts (…). Enfin, UBS se retrouve au coeur de l'affaire Madoff, étant dépositaire de trois fonds luxembourgeois investis auprès du voleur le plus célèbre de la planète (…) Malgré les protestations légitimes de la classe politique, des actionnaires et des clients, la banque suisse, qui vient de publier une perte nette annuelle 2008 de 13 milliards d’euros, va malgré tout verser un bonus de 1,8 milliard de francs suisses à ses salariés ».

 

(9) La Tribune, le 04/03/2009 - « Quelques chiffres clés »
(10) Le Monde, le 25/11/2008 - « Washington sauve dans l’urgence le géant Citigroup »

 

« (…) La structure hétéroclite et dispersée permet [à l’équipe dirigeante] de cacher aux contrôleurs de risques l’ampleur des positions de Citigroup aux dérivés de crédit. L’organisation est une machine à gaz cauchemardesque et ramifiée, dotée par exemple d’une douzaine de systèmes informatiques différents. Les conflits d’intérêt abondent. Le responsable du trading et son collègue chargé du contrôle des risques sont des inséparables qui, chaque week-end, vont pêcher à la mouche dans le même club du New Jersey. Pas étonnant dans ces conditions que les rappels à l’ordre du régulateur sur les lacunes des systèmes internes de supervision restent lettre morte ».

 

(11) Le 05/03/2009, Citigroup passa sous la barre du dollar en séance, ne capitalisant plus que ... 5 milliards de dollars !
(12) La Tribune, le 09/10/2008 - « Alan Greenspan en procès »
(13) Yahoo Finance, le 16/01/2009 -
« Citigroup se redresse un peu après les pertes et l’annonce de la scission »

 

« (…) Citigroup, dans un contexte d'aversion au risque exacerbé, va se séparer en deux entités distinctes, Citicorp et Citi Holdings, afin d'optimiser sa structure. Alors que Citi Holdings s'affiche comme un regroupement d'activités sans liens directs évidents, Citicorp isole pour l'essentiel le métier de banque universelle, au travers de deux sous-segments, la banque institutionnelle globale (avec de la banque d'investissement recentrée et affichant un moindre profil de risque, les services transactionnels et la banque privée), et le segment banque de détail (activités cartes, banque régionale consommateurs et commerciale en US, Asie, Amérique Latine...) ». Ndla : retour donc au Glass Steagall Act !

 

(14) Le magazine Fortune désigna Bear Stearns en 2005 et Lehman Brothers en 2007 comme World’s Most Admired Companies
(15) Didier Saint-Georges (2008) -
« Le libéralisme est une chose morale »
(16) Anton Brender / Florence Pisani (2004) -
« La nouvelle économie américaine »

 

 



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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 00:47

 

 

Explicationnisme.jpgQuatre fois l’an, la grand-messe des trimestriels d'entreprises nous donne à entendre le prêchi-prêcha des vestales du temple, chargées d’éclairer les consciences sur ce que le Marché aura pensé des derniers comptes d’exploitation. La lessiveuse tourne à plein, au son du tambour, pour élucider les écarts de cours qui s'ensuivent ; les missi dominici sont à la manœuvre, analystes d’abord qui ont arrêté le consensus     - Convictions acheteuses -
──────────────────────────
(…) Euphorie, calme plat, crise, c'est égal : les cabinets d’analystes, banques corporate et courtiers ont des affaires à mener, de l’épargne à recycler, du papier à placer. De tels atours ne sont pas à méjuger à l’heure des recommandations ! On louvoie, de Renforcer, Conserver, à Alléger ; on mitige de Neutre Allégé à Performance en Ligne Relative ; on qualifie, d'Attrayant. Surtout, on raffine l’opaque. Puis, on rédige la note. Edouard Tétreau, l’analyste qui fusilla Vivendi en 2002, décrit à merveille la confection de ces chefs d’œuvre sans contenu, connivents, d'ordinaire de simples copiés-collés barbouillés de formules d’autorité passe-partout. De cet exercice de style, biaisé, naît le consensus (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 02/05/2007 -

, répétiteurs ensuite qui l’ont copié-collé, et enfin, primats du jour d’après, parfois de simples saute-ruisseau, qui relatent sans désemparer la sentence. Dans ce concert de justifications adroites, nul ne comprendrait qu’une conséquence ne dépendît pas d’une cause, ni qu’on n’identifiât pas quelque prétexte à l’échappée d’une cotation à contresens. Le Marché a toujours raison, dit-on : il ne rend pas compte, il fait signe, et d'aucuns décryptent. Ceux-là, explicationnistes, discourront de tout et ne démordront de rien, fût-ce au prix de contorsions cérébrales qui n’interpellent plus personne de tant de manquements au bon sens commun. Aucun intéressé ne saurait si facilement vendre la poule au renard
1.

Voici Dow Chemical, un géant de la chimie américaine : le 30 avril dernier, le groupe annonce ses résultats du premier trimestre : ils sont mauvais. Les recettes ont plongé de 39%, le bénéfice est symbolique, à 24 millions de dollars contre 941 millions un an auparavant. Ces comptes succèdent à un bilan plus médiocre encore du trimestre précédent, qui avait vu le chimiste y essuyer une perte de 1,55 milliards de dollars. Dans son rôle, la Direction pointe « des signes d’un ralentissement du rythme de contraction de l’activité globale », mais dit aussi ne pas prévoir de mieux à court terme
2. Un esprit normalement conformé eût apprécié ce panorama avec circonspection, sinon avec déploration, et qui sait, porté son regard ailleurs. Wall Street joua une autre partition : le titre bondit de 18,43% dans un volume record ! Emporté dans la danse, le chroniqueur d’une radio économique, rompu au bavardage, justifia cet élan au motif que « les investisseurs s’attendaient à pire 3-1 » ! Le même, décidément sous la mitraille, sua d’absoudre Renault d’une hausse de 9,64% après que le constructeur eut annoncé une baisse de 30,8% de ses recettes pour le premier trimestre, pire qu’attendue, dans un contexte de recul de ses ventes mondiales de 22,4%. « Renault voit le bout du tunnel (…) avec l’objectif d’un flux de trésorerie positif pour le groupe cette année 3-2 ». Une raison, une autre, c’est égal.

D’autres compagnies, au parcours industriel plus glorieux, dévissent paradoxalement, sans émouvoir l’aplomb du sérail. Ainsi, le 12 mars dernier, tandis que l’on apprenait l’amputation d’un bon tiers des profits des majors du CAC
4, le groupe Lagardère termina lanterne rouge des prestigieuses, chutant de 15% en séance, non sans avoir quant à lui annoncé … une hausse de son bénéfice annuel de 11,1% ! « Le Marché attendait mieux (…) Hors contribution du groupe aéronautique EADS, le bénéfice recule de 0,8% (…) Les investisseurs s’inquiètent du manque de perspectives 3-3 (…) Un plan d’économie dans le pôle presse et audiovisuel 5 (…) » entendit-on du côté des abstracteurs de quintessence 6, passés maîtres dans l’art de patiner le réel selon la thèse qu’ils désirent instruire après coup. L’estocade décisive vint cependant des épées de la rationalité financière, Citigroup le banquosaure        - Banquosaurus Rex -
──────────────────────────
(…) Voici Citigroup, fille aînée d’un monde bancaire louant le Marché, garantissant l’efficience du guichet unique et la réduction des coûts à tous les étages de Park Avenue. Cet allegro propulsa le goliath à la première capitalisation mondiale, près de 300 milliards de dollars, et quelque 200 millions de clients sur Terre, à l'ouvrage dans 106 pays, 352.000 salariés appointés ... La peste hypothécaire knock-outa le géant ; le 23 novembre 2008, la Maison Blanche annonça un plan d’ampleur pour épauler le Nabucco de la banque : 306 milliards de dollars de garantie sur des actifs risqués, et vingt autres encore en capital. Soit autant que sa valeur boursière du moment (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 25/05/2009 -

et UBS, qui cisaillèrent assez leurs objectifs de cours sur le titre au vu « de prévisions pires que prévu
7 ». Hé quoi ! Le Marché anticipe, le Marché sanctionne, et certains, payés pour, boivent son calice jusqu’à la lie en esquissant un signe de croix ! Hélas, le lendemain tout est oublié : le titre Lagardère a désormais retrouvé ses niveaux du printemps, dans la fureur des indices ; la suite est à l’évidence imprévisible. Car l’avenir nous est définitivement celé, n’en déplaise aux pressés de conclure.

Point de déterminisme dans le grouillement de l’espèce. Nonobstant, la réalité sait aussi se montrer bonne fille, ici et là, en validant le jus des commentateurs. Gare ! La minute suivante, un fait nouveau se présente, qui remet le travail sur le métier et l’expertise à l’épreuve. Micro-économie, macro-économie, les occasions ne manquent pas de dévider les affaires du monde, ni les faux-fuyants pour circonstancier un jugement. Veut-on expliquer la marche des entreprises ? Croissance organique, chiffre d’affaires, résultat brut d’exploitation, profit, endettement, réduction des coûts, perspectives d’avenir, …, autant d’indicateurs qui n'avancent pas nécessairement du même pas, dont on saura retenir le plus causal. Veut-on expliquer la marche des indices, c’est-à-dire des nations ? Confiance des consommateursL’indice du Michigan

(...) George Katona (1901-1981), chercheur et professeur à Ann Harbor, l’université du Michigan, défendit âprement la thèse que les processus économiques étaient des révélations du comportement humain. En plaçant ainsi l’espèce au cœur du problème, notamment sa substance molle, indocile et volage, il récusait par avance la transfiguration programmée par les Chicago Boys du vulgum pecus en un homo oeconomicus froid et calculateur, insensible au milieu, n'ayant d'autre intérêt que le sien propre. Son étude psychologique du comportement économique des agents l'amena à étudier le moral des consommateurs : il en fit un indice couru, celui du Michigan (…)

, balance commerciale, prix à la production, ventes de détail, stocks de pétrole, inscriptions au chômage, moral des fermiers de l’Ohio, …, autant de chiffres, plus ou moins biaisés, souvent contradictoires, dont on se fera un mérite de citer le plus résonant. Dans le roulis économique, une statistique chasse l’autre, une illusion domine l’autre : la page ne doit pas rester blanche, ni le parler silencieux. Le même 12 mars, on apprenait aussi qu’un tiers des entreprises du CAC avaient vu leurs bénéfices s’accroître en 2008
4. Le réel n'a pas son pareil pour donner à tricoter et à détricoter.

L’explicationnisme, art de l’à-peu-près et du vite dit, a ses resucées comme la chansonnette a ses rengaines. Les Marchés, tantôt plombés, tantôt dopés, sanctionnent ou saluent, sont déçus, puis frémissent ou flambent, dans le sillage de Wall Street. Les investisseurs sont inquiets, puis rassurés, puis à nouveau inquiets ; ils prennent leurs bénéfices (jamais leurs pertes), ils achètent à bon compteBear Stearns ou le génie financier

(…) La maestria financière se jauge généralement à l'outrance des chiffres et prospère dans la brièveté des mémoires oublieuses. La complaisance des médias fait ensuite la claque. Voyez Joseph Lewis, infortuné sujet britannique habitant l'île de New Providence, actionnaire alpha de Bear Stearns par son fonds Tavistock, qui, en septembre 2007, s'offrit 7% du capital de ladite banque via cinq sociétés bahaméennes ! D'aucuns, toujours prompts à louer la vista des tycoons ressortirent aussitôt le refrain de l'achat à bon compte : à 105 dollars l'action, le milliardaire offshore et défiscalisé n'est pas près de revoir sa mise (…)

(jamais à contre-courant), ils consolident leurs positions … Ah, braves soldats inconnus de la doxa libérale, qui n'ont ni nom, ni adresse, ni boîte postale pour nous dire ce qu'ils voient, ce qu'ils entendent, ce qu’ils arbitrent ! Voyez combien ils sont toujours en ordre de marche, combien cette multitude qui grouille, à l’affût du moindre battement d’ailes
8, fait preuve d’une rationalité irréfragable, et force le respect ! Voilà qui vaut bien tous les jeux de raquettes, tous les discours filamenteux, bref, toutes les compromissions pour ne jamais déjuger le sacro-saint Marché ! Et que celui-ci change d’avis tous les jours, sinon plusieurs fois par jour, sous le feu de statistiques toujours capitales, ne montre que plus la nature rituelle du babil des professionnels. Du reste, ceux-ci ne sont pas imprudemment à livrer bataille et risquer d’être tués dès le commencement de l’action 9 : leurs opinions demeurent suspendues au verdict du Marché. Elles ne le précèdent jamais, elles lui succèdent. C’est plus sûr.

Le 05 mai, Alstom publia un excellent bilan 10. Dès l’ouverture, le cours du groupe se cabra, puis chuta jusqu’à finir en queue du CAC (-4,46%). « Alstom présente des perspectives assez floues (…) et navigue à
vue : ses perspectives de marge ne dépassent pas un an 3-4 (…) ». Eh oui ! La bourse a horreur de l’incertitude, qui est le propre de l’avenir, et l'horizon temporelLa transparence : et après ?

(…) Voici le Tout supraconducteur où l’information circule à grande vitesse et sans résistance. Noyés sous des jets continus de données, les points de vue individuels sont parfaitement établis, et les traders merveilleusement cohérents. Las, les Marchés krachent à tout va ! Le délire efficient des idéologues, qui pensent une information quasi-quantique, boulimique, source de rationalité prodigieuse, raccourcit l'horizon temporel des opérateurs. Tandis que les entrepreneurs sont à se projeter sur plusieurs années, le boursier est hanté par l'extrême présent, sous le feu de signaux contradictoires. Cette instantanéité dit le fossé qui sépare l’économie réelle de la sphère financière (…)

 des traders, myopes et suivistes, travaillés par le stress, est toujours celui du court terme ! Il y a donc peu à attendre de l’instant du Marché. Et encore moins à expliquer.

 

 


 

(1) Vendre la poule au renard : trahir les intérêts qui nous sont confiés (Littré 1970)
(2) Cercle Finance, le 30/04/2009) - « Dow Chemical : le bénéfice chute à 24 M$ au T1 2009 »
(3) BFM Radio, le 30/04/2009 - « Le grand journal » (17:45 puis 19 :15)

 

- Emission « Le Grand Journal », le 30/04/2009 vers 17:15 ;
- Emission « Le Grand Journal », le 30/04/2009 vers 19:15 ;
- Emission « Intégrale Bourse », le 12/03/2009 vers 15:15 ;
- Emission « Intégrale Bourse », le 05/05/2009 vers 15:15 ;
 

« Hé oui, Alstom risque de dépenser beaucoup d’argent ces prochaines semaines. Il confirme son intérêt pour une grosse filiale d’Areva (…) estimée par certains entre 3 et 5 milliards d’euros. ‘ Nous avons les moyens financiers de financer cet achat et nous ferions une offre en cash ‘ a déclaré Patrick Kron, le PDG d’Alstom (…) Une offre en cash pour montrer sa force de frappe, pourtant Alstom présente des perspectives assez floues (…) Alstom prêt à dépenser navigue en fait à vue : ses perspectives de marge ne dépassent pas un an. La crise devrait rogner les commandes de centrales électriques. Donc le paquebot ne sait pas où il vogue, mais une bonne nouvelle, il flotte de mieux en mieux : pas de craintes fondamentalement sur ALSTOM qui a encore publié ce matin des bénéfices en forte hausse de 30%, plus de 1,1 milliard d’euros ». Un peu plus tard (vers 17:30), on entendra également au sujet d’Alstom : « La Bourse a horreur de l’incertitude » 

 

(4) Le Monde, le13/03/2009 - « Les profits du CAC 40 ont chuté de 39% en 2008 »

 

« Les entreprises du CAC 40 ont (...) beaucoup plus souffert de la crise en 2008 que prévu. Elles ont globalement dégagé 59,153 milliards d'euros de résultat net, en chute de 39 % par rapport à 2007 (…) Leur chiffre d'affaires progresse toutefois de 5,41 % (…) Les financières voient leurs résultats chuter de 88 % (…) La valeur boursière des entreprises [est] actuellement souvent inférieure à la valeur réelle (…) Un bon tiers des entreprises du CAC 40 voient néanmoins leurs bénéfices augmenter en 2008. Globalement, les groupes qui proposent d'augmenter leur dividende sont plus nombreux que ceux qui proposent de le baisser, mais les montants des hausses proposées sont bien inférieurs à celui des baisses »

 

(5) Le Figaro.fr, le 12/03/2009 - « Le bénéfice de Lagardère a progressé de 11% en 2008 »

« Le groupe annonce un nouveau plan d'économies de 70 millions d'euros dans le pôle presse et audiovisuel, qui prévoit 250 suppressions de postes en Espagne, en Italie et aux Etats-Unis. Didier Quillot, président du directoire de Lagardère Active, précise que la Russie sera également touchée, ainsi que la France mais « très légèrement ». Un gel des salaires « au-dessus d'un certain niveau, dans tous les pays dont la France » et des mesures de baisse des frais généraux, des dépenses marketing et de promotion sont également au programme. Ce plan s'ajoute à celui engagé en 2007 dans le but de dégager 86 millions d'économies en 2009 ». [Ndla] A ce propos, chacun se remémorera le théorème de Michelin sur la nature généralement haussière des plans d’économie, et supputera à cette aune que celui de Lagardère fut trop timoré pour lui valoir quelque faveur boursière immédiate.

 

(6) Pierre Balley (1985) - « Mythes et réalités »
(7) Cercle Finance, le 13/03/2009 - « Lagardère : UBS toujours acheteur, objectif abaissé »
(8) L'effet papillon, du météorologue Edward Lorenz, résume une métaphore en théorie du chaos
(9) Talleyrand parlant du général Joubert à la bataille de Novi (Mémoires - Tome I)
(10) Boursier.com, le 05/05/2009 - « Alstom : comptes annuels solides, coupon en hausse de 40% »

 
« Alstom a dégagé un bénéfice net de 1,1 milliard d’euros au terme de son exercice clos le 31 mars dernier, en croissance de 30% par rapport au précédent exercice, et en ligne avec les projections médianes des analystes. Le résultat opérationnel ressort à 1,53 milliard d’euros, en progression de 19%, matérialisant une marge de 8,2% contre 7,7% un an avant. Les commandes reçues progressent de 5% à 24,58 milliards d’euros, pour un carnet qui a atteint 45,67 milliards d’euros. Seul indicateur principal dans le rouge, la génération de cash-flow recule de 10% à 1,48 milliards d’euros. ».

 




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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 16:54



L’Angleterre eut toujours pour ses vaisseaux et ses matelots les yeux transis de Chimène. Son empire s'étendait jusqu’aux Indes magnifiques, par-delà même les continents et les caps qu’on doublait au prix de longs périples, parfois héroïques, sous l'aile protectrice de la Royal Navy. Moins épique était cependant l’intérêt de la Couronne, qui commanda vite que ce ballet naval fût réglé à son meilleur profit. Dès 1651, les Actes de Navigation réservèrent le transport marchand aux bateaux anglais par des prohibitions absolues ou des taxes dissuasives sur l’affrètement étranger ; les cotonnades indiennes restèrent à quai quand les filatures du Lancashire se mirent à en découdre sur les nouveaux métiers à étoffes ; entre 1774 et 1842, les biens d’équipement furent interdits de sortie du territoire 1. C'est étonnamment dans ce climat de protectionnisme fort, celui de l’essor économique de leur propre nation, qu’Adam Smith et David Ricardo théorisèrent le libre-échange : en 1846, l’abolition des Corn Laws 2 consacra les temps modernes, ceux des vents porteurs du grand large, de la mondialisation toutes voiles dehors, et du Marché partout.

L’expansion coloniale, qui fit la gloire de la vieille Europe, jette néanmoins le doute sur la pureté des concepts ricardiens et leur application au réel. En effet, la préférence impériale britannique, mais aussi celle de toutes les grandes puissances, biaise les vertus libre-échangistes d'un système ramené à sa sphère de sujétion. Le suzerain s’enrichit toujours aux dépens du vassal qui lui-même asservit ses gens. Quand cette domination n’existe pas, jusqu’aux conditions de son exercice gommées, l’Histoire se montre plus sévère. Ainsi Ricardo, qui postula les avantages comparatifs du commerce international, fut-il assez mal avisé d’illustrer sa théorie en vantant les échanges du vin portugais contre le textile anglais. Car si l’on voit bien l’éclat britannique, on perçoit moins celui du Portugal déclinant, qui barbota dans le sous-développement deux siècles durant. Bah, la nouvelle pensée économique, prônée par le Political Economy Club de David Ricardo, canonisa le libre-échange : l’Angleterre négligea les nations qui affleuraient, plus sensibles à leur intérêt qu’à celui des principes. Le décollage industriel des Etats-Unis, au lendemain de la guerre de Sécession, tint beaucoup à des barrières douanières qui tutoyaient les 50% - 44% en 1913 ! En 1879, la Realpolitik protectionniste d'Otto von Bismarck redonna vie à l’Allemagne
3. Bientôt après, le Royaume-Uni perdait son leadership mondial.

De ce côté-ci de la Manche, le Grand Siècle mercantiliste et colbertiste avait abdiqué. « Vers 1750, la nation, rassasiée de vers, de tragédies (…) se mit à raisonner sur les blés
4 ». On rallia les vues anglaises, libérant ici le négoce des grains en 1774, abolissant là les corporations, jusqu’à signer un traité de commerce, quoique funeste, avec l’ennemi juré en 1786. Le blocus napoléonienLe naufrage de la Barings

(…) Prospérant grâce aux affaires maritimes, comme sur le terrain politique, la Baring Brothers ne redoute pas l’ambivalence : elle financera les Américains en guerre contre les Français et, tout à la fois, le corps expéditionnaire de Napoléon contre ces mêmes Américains. A l’issue de ce conflit, en 1802, la banque organisera la vente de la Louisiane, versant à Bonaparte des fonds qui lui seront bien utiles pour mener ses propres guerres … notamment contre l'Angleterre, cet ennemi juré (…)

mit fin à l’idylle : le protectionnisme fit son retour sur la scène nationale, prorogé par une Restauration soucieuse des privilèges de caste. Le libre-échangisme regagna l’Europe continentale vers 1860, hexagone compris, puis reflua à partir de 1879 comme on l’a vu. La France se claquemura en 1892 avec les « tarifs Méline », qui visaient à protéger l’agriculture tricolore de la concurrence extérieure. Plus rien ne bougea jusqu’à la Grande Guerre : la croissance économique, éreintée par la grande dépression de 1869-1873, reprit son cours, les exportations européennes s’accrurent, cependant que le Royaume-Uni peinait à suivre
5. Les Etats-Unis, qui avaient à rattraper le Vieux Continent et n’avaient jamais cédé aux sirènes libre-échangistes, connurent l’une des périodes plus prospères de leur Histoire. Le monde industrialisé de 1915 ressemblait alors à s’y méprendre à celui qui l’avait précédé un siècle plus tôt 6, quand le parlement anglais votait les Corn Laws. Les idées neuves n’avaient pas fait un pas.

Une mode chasse l'autre, puis s'en revient après qu’on l'a abjurée. Les années folles virent le retour du libre-échangisme, hormis aux Etats-Unis où s’orchestrait encore une marche impériale à l’anglaise conforme à la prédiction d’Ulysses Grant 7
. La dépression de 1929 remit les compteurs à zéro : le protectionnisme fut l’une des réponses à la crise et d’aucuns y virent l’une des causes de la Seconde Guerre Mondiale, quoiqu’à la veille du conflit le chômage eût diminué à peu près partout. D’un pas de danse au suivant, la valse hésitation nous amène à la modernité des temps globalisés, parrainée par Friedrich Hayek et les Chicago Boys 8. Ronald Reagan et Margaret Thatcher furent les chantres de cette école devenue mondialisatrice après coup, fortune faite, une fois l’échelle tirée ainsi que le décrivit si bien Friedrich List 9. Mais le réalisme n’est jamais loin, toute hypocrisie bue. Bien que tempêtant contre le protectionnisme, Ronald Reagan contingenta les importations étasuniennes d’automobiles et d’acier, de sucre et de textiles ; son administration multiplia par onze les droits de douane sur les grosses cylindrées nippones qui contrariaient Harley-Davidson 10, talonnant sans relâche, jusqu’aux accords du PlazaYen carry trade

(…) L'Amérique, inondée de biens japonais, s’alarme : à l'automne 1985, on apprécie le yen, surtout face au dollar. Les exportations nippones vers les USA chutent : début 1986, la croissance de l’archipel est divisée par deux. Tokyo baisse ses taux, jusqu’à 3% : l’argent submerge le Kabuto Cho. Mais le dollar, qui valait 259 yens en 1985, est tombé trop bas, à 122 yens, et l’on craint encore. En 1987, les argentiers du G5 décident d'affaiblir leurs devises par rapport au billet vert (…)

, le Japon, deuxième puissance économique mondiale, protectionniste au-delà de son décollage, pour qu’il réévalue son yen. Sur cette question monétaire, la Chine a pis que pris le relais.

Dans la hâte qu’on mit à ne retenir des premiers penseurs que les atouts du libéralisme, on vit moins les restrictions que ceux-ci posèrent. Adam Smith remarqua notamment « qu’il pourrait se faire que le marché intérieur fût inondé de marchandises étrangères à plus bas prix, tellement que plusieurs milliers de nos concitoyens se trouvassent tout à la fois privés de leur occupation ordinaire et dépourvus de tout moyen de subsistance » et recommanda aussi « que le coût du travail fût le même chez les partenaires commerciaux et la stabilité monétaire réalisée entre eux
11 ». Quelle actualité ! Car ainsi va le libre-échange à la chinoise, qui se nourrit de misère sociale, de salaires racornis dans le non-droit permanent – 80% des salariés n’ont pas de contrat de travail 12 -, mais aussi de signes monétaires déloyaux, tels le yuan faible qui désindustrialise à la dure les partenaires commerciaux, jusqu’aux Etats-Unis, exportant une désinflation de dupesL’inflation, invitée surprise

(…) Depuis les années 1990, l’importation massive de produits à bas coût débarqués des pays émergents aura mieux contribué à la modération des prix que toute autre politique. Cette concurrence a imposé son modus vivendi aux entreprises, sommées de ne pas augmenter leurs prix pour rester dans la course, et à leurs salariés, priés de rabattre leurs prétentions pour rester dans la place. Petit à petit, l’opinion fait son chemin, qui n’est à plus à s’encombrer d’idées sur le libre-échangisme compétitif ou le protectionnisme récessif ; la hausse des salaires devient une cause planétaire, avec les prix en conséquence de deuxième rang. L’inflation est embusquée (…)

 qui casse les prix autant que l’outil productif, les revenus autant que le lien social. L’endettement supplante les rémunérations, la consommation faiblit, la croissance capote, la crise couve : celle-ci ne ménagera pas la Chine, par capillarité, tant sa demande intérieure pâtit de l’absence d’amortisseurs sociaux, qui conduit ses résidents à épargner 40% de leurs maigres gains. Le libre-échange équitable et équilibré n’est pas pour demain.

« Le droit du travail et la protection de l’environnement sont devenus excessifs dans la plupart des pays développés. Le libre-échange va réprimer certains de ces excès en obligeant chacun à rester concurrentiel face aux importations des pays en voie de développement
13 ». Moquons cette Banque de SuèdeLa controverse Nobel

Le choix des lauréats Nobel de l’année 2004, section Economie, fut la goutte qui fit déborder le vase : l’américain Edward Prescott et le norvégien Finn Kydland obtinrent le prix pour un article de 1977, dans lequel ils avaient savamment établi, mathématiques en bandoulière, que les Banques centrales doivent échapper à toute pression des élus. Un pur bijou néoclassique ! Le libéralisme y gagnait un supplément d'âme, et les écomathématiciens, un surplus d'empire sur les élites dirigeantes. La haute finance endimanchée, jamais en reste de baliser son pré carré, salua aussi, Banque de Suède en tête. D’aucuns, épris de scientificité, se crispèrent (…)

qui couronna en 1992 l’ultralibéral Gary Becker 14, comme on rit de ces académies médiévales qui assuraient que le coeur était la chaudière du corps. Aucun prêchi-prêcha, fût-il nobélisé, n’a jamais résisté à la pression des faits. Ni l'avance technologique, acclamée par les dévots du libre-échange, au pragmatisme du Levant et d'ailleurs.
 

 


 

(1) Paul Bairoch (1976) - « Commerce extérieur et développement économique de l’Europe au XIXe siècle »
(2) Source Wikipédia

 

« Les Corn Laws ou lois sur le blé étaient une série de lois protectionnistes appliquées au Royaume-Uni entre 1815 et 1846. Elles encourageaient l'exportation et décourageaient l'importation de blé lorsque son cours passait en-dessous de 54 shillings le quarter (soit l'équivalent de 291 litres de blé), ce qui abritait les producteurs britanniques (souvent issus de la gentry) de la concurrence extérieure, en particulier des colonies (comme l'Irlande) (..). Confrontés à l'augmentation du prix du pain engendrée par l'adoption des Corn Laws, les ouvriers se trouvèrent réduits à la misère. (…). Les exportations furent affectées par ces lois, car les bateaux quittant le Royaume-Uni chargés de fer, de houille ou de machines, ne pouvaient y revenir chargés de céréales comme auparavant, ce qui provoqua un renchérissement des coûts du transport. (…). Les propriétaires terriens, très influents au parlement, s'opposaient naturellement à toute réforme. Suite (…) à la terrible famine en Irlande de 1845, les Corn Laws furent abolies (…) le 15 mai 1846. L'abolition de ces lois est symbolique dans la mesure où elles constituaient une des principales entraves au libre-échange qui s'établit par la suite de manière durable au Royaume-Uni ».

 

(3) Emmanuel Todd (2005) - « L’illusion économique »
(4) Voltaire (1835) - « Œuvres complètes : Dictionnaire philosophique »

 

Page 269 - « Vers l’an 1750, la nation, rassasiée de vers, de tragédies, de comédies, d’opéra, de romans, d’histoires romanesques, de réflexions morales plus romanesques encore, et de disputes théologiques sur la grâce et les convulsions, se mit enfin à raisonner sur les blés. On oublia même les vignes pour ne parler que de froment et de seigle. On écrivit des choses utiles sur l’agriculture : tout le monde les lut, excepté les laboureurs. On supposa au sortir de l’Opéra-comique, que la France avait prodigieusement de blé à vendre. Enfin le cri de la nation obtint du gouvernement, en 1764, la liberté d’exportation ».

 

(5) Paul Bairoch (1997) - « Victoires et déboires : histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours »
(6) Pierre Leconte (2008) - « Les faux-monnayeurs »
(7) Le Monde Diplomatique, juin 2003 -« Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste »

 

De Ulysses Grant, héros de la Guerre de Sécession, président des Etats-Unis de 1768 à 1876 : « Pendant des siècles, l’Angleterre s’est appuyée sur la protection, l’a pratiquée jusqu’à ses plus extrêmes limites, et en a obtenu des résultats satisfaisants. Après deux siècles, elle a jugé commode d’adopter le libre-échange, car elle pense que la protection n’a plus rien à lui offrir. Eh, Messieurs, la connaissance que j’ai de notre pays me conduit à penser que dans moins de deux cents ans lorsque l’Amérique aura tiré tout ce qu’elle a à offrir, elle adoptera aussi le libre-échange ». 

 

(8) Université privée de Chicago, épicentre américain de l'Ecole néoclassique libérale 

 

Fondée notamment par Frank Knight, théoricien du risque et de l'incertitude, l'Ecole dite de Chicago a fourni de nombreux lauréats du Prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques à la mémoire d'Alfred Nobel. La liste ci-après décline un appariement possible des professeurs, doctorants, et/ou proches de cette Ecole : Milton Friedman (1976), Théodore Schultz (1979), George Stigler (1982), Gérard Debreu (1983) James Buchanan (1986), Harry Markowitz (1990), William Sharpe, (1990), Merton Miller (1990), Ronald Coase (1991), Gary Becker (1992), Robert Fogel (1993), Robert Lucas (1995), Robert Merton (1997), Myron Scholes (1997), James Heckman (2000) - Depuis 1969, la Banque de Suède a récompensé 55 économistes.


(9) Friedrich List (1841) « Système national d’économie politique » (Traduction Henri Richelot, 1857)

 

Page 490 - « C'est une règle de prudence vulgaire, lorsqu’on est parvenu au faîte de la grandeur, de rejeter l'échelle avec laquelle on l’a atteint, afin d’ôter aux autres le moyen d’y monter après nous. Là est le secret de la doctrine cosmopolite d'Adam Smith et des tendances cosmopolites de son illustre contemporain William Pitt, ainsi que de tous ses successeurs dans le gouvernement de la Grande-Bretagne. Une nation qui, par des droits protecteurs et des restrictions maritimes, a perfectionné son industrie manufacturière et sa marine marchande au point de ne craindre la concurrence d’aucune autre, n'a pas de plus sage parti à prendre que de repousser loin d’elles ces moyens de son élévation, de prêcher aux autres peuples les avantages de la liberté du commerce et d’exprimer tout haut son repentir d’avoir marché jusqu’ici dans les voies de l’erreur et de n’être arrivée que tardivement à la connaissance de la vérité »

 

(10) Le Monde Diplomatique, avril 2008 - « Protectionnisme »
(11) Extraits compulsés dans Philippe Leconte (2008) - « Les faux-monnayeurs »
(12) Hakim El Karoui (2006) - « L’avenir d’une exception »
(13) Le Monde Diplomatique, Novembre 2008 - « Penser l’impensable »




Illustration : Extraite du blog de Nicolas Cadène

 

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 16:22

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Le passé regorge d'évidences dont nous aimons à penser après-coup qu’elles étaient prévisibles. Dès les faits connus, la réalité s’éclaire, et il nous plaît à concevoir que ce déterminisme règlera nos lendemains. Le commun nous donne assez à contempler le spectacle de théories plus ou moins avérées qui présument avec persistance que toute séquence d’évènements cadastre l’ordre à venir. Dans cet univers enchanté des mathématiques linéaires, le passé et le futur jouent le même rôle, symétrique par rapport au temps
1. Hélas, des incongruités surgissent, soudaines, et tout chavire. Ainsi les sciences humaines, submergées par l’incertitude et la subjectivité, restent-elles mal calculables sous les feux du risque ; l’économie, ravagée par le chiffre et ses fantasmes extrapolés, généralement fauxPresque toujours fausses

(…) Six milliards d’individus jamais en repos s’agitent et grouillent ; ce charivari planétaire défait chaque jour les vérités apprêtées la veille. Et de cette fièvre tourbillonnante, imprévisible, surgit la marche du monde, inopinée et confuse : on aimerait bien sûr que celle-ci fût plus ordonnée, mieux disciplinée, surtout, qu’elle fût plus calculable ! Mille variables, mille équations, mille ordinateurs, arc-boutés vers un chiffre magique, un seul, qui embrasserait d’un seul regard le réel tout entier : le marquis de Laplace en rêvait éveillé ! Deux siècles et tant de pieds de nez après, l’INSEE confessait pourtant que « les progrès de la prévision n'étaient pas manifestes » (…)

, est un laboratoire à ciel ouvert, et la Bourse, son autel. Des analystes y scrutent des moyennes mobiles à la loupe : ils ont leurs fidèles.

Le Marché-roi ne manque pas de partisans convaincus, de la coque au pont, jusqu’à la vigie, qui ne jurent que par son omniscience. Cet animisme a vite trouvé ses trépieds
2, experts ici, économètres là, tous passés maîtres dans l’art de prédire le passé mais restés à quai dans celui de penser l’avenir. La prévision boursière a ses propres oracles, assurés depuis Charles Dow que les courbes de prix recèlent tout ce qu’il y a à savoir pour cibler les cotations futures. Les cours stockent toute l’information, aussi bien la stratégie de l’entreprise que ses perspectives industrielles, la conjoncture économique que la psychologie des traders. Bref, le Marché connaît lui-même son avenir : le lapin est dans le chapeau, et les magiciens nombreux, baguette graphique en main, pour l’en faire sortir. Cet évangile du chartisme fut celui de John Magee 3, un analyste technique des origines qui opérait depuis un bureau dont il avait condamné les fenêtres 4-1 afin que rien d'extérieur ne vînt troubler sa chirurgie du Grand Tout. Celui aussi d’Elaine Garzarelli, enfant chérie de Wall Street, qui prédisait le Marché selon treize indicateurs différents 4-2 : elle fit sa gloire en augurant le krach de 1987, puis déchut sitôt après. Dans le fourre-tout de la belle Elaine, des sismogrammes économiques, monétaires et boursiers, leurs zigzags inattendus, leurs moyennes mobiles, superposées, entrecroisées, mystiques et vaporeuses.

De quoi s'agit-il ? La moyenne mobile d'une variable, c'est d'abord une moyenne : pour un titre boursier c’est par exemple celle de ses cinquante derniers cours (MM50). Calculée hier, cette moyenne aurait produit un résultat différent, et la veille, un autre encore, de sorte que cette moyenne est qualifiée de « mobile ». Mises bout à bout, ses occurrences dessinent une courbe lisse, grossièrement apurée des excès
5, débarrassée de la prégnance du court terme, qui paraît tracer correctement l'antériorité des cours. En soi, cette courbe charme peu les amateurs, qui pistent plutôt ses intersections avec la marche du titre. Que son cours vienne à franchir telle moyenne mobile, dans un sens ou dans un autre, et c'est le branle : hâtons-nous d'acheter ou pressons-nous de vendre 6 ! Hé, connaissez-vous la dinde de Nassim Taleb 7, nourrie, choyée, dont la courbe de bien-être est radieuse, et ses moyennes mobiles tout autant ? L'illusion graphiqueIllusions graphiques

Les graphiques boursiers ont envahi la place. Ils sont partout, en tous lieux où l'économie cotée s'affiche, dans nos journaux, sur nos écrans d’ordinateur, sur les chaînes de télévision. Ils dessinent des tendances, recommandent des stratégies, en dénient d’autres, et nul n'opinerait plus sans en avoir examiné les arabesques. Le temps est loin de Charles Henry Dow, précurseur du genre à Wall Street. Le presse-bouton est la règle, qui nourrit la planète de diagrammes multicolores, de courbes épurées, et d'autres indicateurs, sculptés et resculptés continûment, dans la fureur des Marchés (…)

du bonheur est parfaite. La dinde ne se sent plus de joie, bien aise de sa fortune, sous l’œil approbateur des dindons conjoncturistes, qui seront bientôt de la farce. Car, la veille de Noël, on la saigne. Le tracé hédoniste pique du nez, enfonce toutes les moyennes mobiles. Il faut vendre. Trop tard, la dinde est déjà rôtie. Le passé n’engendre pas nécessairement le futur, et le passé lissé, oserait-on dire moyenné, encore moins le futur brut et non décoffré.

La dynamique boursière n’échappe pas à l’arithmétique : l’inertie d’une moyenne longue l’éloignera d’autant plus des cours que leurs errements seront hors ligne, contrairement à une moyenne courte qui colle mieux à leurs arabesques : à chaque opérateur sa moyenne mobile, courte pour les swing-traders (inférieure à 20 jours), longue pour les investisseurs (plus de 100 jours), avec toute une gamme de durées intermédiaires, de pure convention. Las, les cours, souvent facétieux, hésitent, oscillent, encourageant tantôt l'achat, tantôt la vente, parfois d'une marque à l'autre, pour ne rien dire des enjambées que l’on vit sur Volkswagen dans un corner mémorable Corners boursiers

(…) Les Marchés boursiers nous donnent à voir toutes les dérives lucratives du genre humain, entre grosses mains, escrocs initiés ou carambouilleurs, qui n’ont d’autres vues libérales que celles de la profondeur de leurs poches. Gare par exemple aux élans boursiers, dont l'actualité ne serait pas la pierre de touche ! La manipulation n’est jamais loin d’opérateurs qui assèchent le marché dans le but d’acculer les vendeurs à découvert pressés de liquider au plus vite leurs positions. De l’antique Thalès à Porsche récemment, les corners boursiers ne manquent pas (…)

5. L’attente s’installe du prochain prix qui confirmera, ou non, l’option de tir. Puis du suivant, et ainsi de suite, jusqu’à ne rien décider : il faut croiser le fer avec d’autres sources, d’autres moyennes mobiles par exemple. Un certain Brian Marber, méthodiste anglais, inventa les croix dorées et les croix de la mort, censées induire des signaux d’achat et de vente à la survenue d'aucunes de ces intersections. Nul ne se demanda dans quel univers on aurait vu des moyennes mobiles de périodicité et d'amplitude différentes aller forcément à l'unisson, sans se démentir dans leurs prescriptions : tandis que l'une monte et dit d'acheter, l'autre descend et recommande de vendre ! Quelques cours, une addition, une division, une théorie
.

Les capacités prédictives et le contenu informationnel des moyennes mobiles sont indiscutés : aucun média boursier n’y échappe, tenant pour acquis la pertinence de leurs signaux précurseurs. On broda davantage pour muscler cette écholalie : les moyennes mobiles pondérées virent le jour pour donner plus de poids aux cours récents, puis les moyennes exponentielles (?), en attendant les moyennes géométriques, harmoniques, quadratiques, ou encore les moments d’ordre q, centrés ou non. D’autres opportunistes s’invitèrent aux agapes, c’est-à-dire aux droits d’auteur, comme John Bollinger, géniteur de bandes éponymes très à la mode, qui capta tous les gobe-mouches de la planète boursière avec son tunnel de variation centré sur une moyenne mobile à 20 jours 8. Que cet édifice s'appuyât sur la normalité gaussienneLa courbe en cloche sonne Wall Street

(…) Au début du XXe siècle, Louis Bachelier, un jeune mathématicien français qui étudiait les variations de prix des bons du Trésor, nota que celles-ci se dispersaient avec régularité autour d’une occurrence centrale. L’histogramme qu’il traça prit la forme de la fameuse courbe de Gauss-Laplace, dont la forme est celle d’une cloche renversée. Il postula que les cours baissaient ou montaient à égale probabilité, tels un dé qui roule. Ce modèle, dit de « marche aléatoire », dormira un demi-siècle avant d'être exhumé par Paul Samuelson en 1954. La science du risque s'en empara (…)

des variations de cours, hypothèse fausse mais longtemps admirée, n’émut personne. Bah, la vraie science est mauvaise compagne dans les domaines où le narratif prédomine, surtout lorsque des intérêts financiers maraudent. On s’accommoda de la réalité sur la foi d’une convention partagée, toujours plus prompte à évoquer des hypothèses auxiliaires de second ordre qu’à saper ses propres fondations. Le consensus anesthésie le libre-arbitre, qui fait d’une fiction une vérité, et de vessies des lanternes. Seul un esprit retors pourrait y voir un arrangement avec le réel.

John Magee, isolé du bruit, n’avait d’oreille que pour ses acouphènes atéistes
9 ; sans doute avait-il lu Ralph Elliott, lui-même isolé du monde, consumé par sa foi en une loi divine qui orchestrerait le concert boursier. Tous peu ou prou touchés par la main invisible, hantés par la prescience des Marchés celée dans les chiffres. C’est à voir ! Notons qu’un indice est une moyenne, pondérée ou non, d’un panier d'actifs. Sa moyenne mobile est donc la moyenne d’une moyenne. Qu'incarne la moyenne mobile d’un indice ? Rien sûrement, sinon la possibilité d’une conspiration chartiste qui justifierait ici ou là qu’elle fût opérante.
 

 


 

(1) Ilya Prigogyne (1993) - « Les lois du chaos »

 

Page 8 - « Le XIXe siècle nous a légué un double héritage. D’un côté nous avons les lois classiques de la nature dont les lois de Newton nous fournissent l’exemple suprême. Ces lois sont déterministes : une fois les conditions initiales données, nous pouvons prédire tout évènement passé ou futur : elles nous parlent donc de certitudes. De plus ces lois sont symétriques par rapport au temps. Futur et passé y jouent le même rôle. Mais le XIXe siècle nous a aussi légué une vision évolutive temporelle, de l’univers, et cela à travers le second principe de la thermodynamique. Ce principe exprime la croissance de l’entropie au cours du temps et introduit la flèche du temps. Dès lors, passé et futur ne jouent plus de rôle symétrique ». Ilya Prigogyne a été couronné prix Nobel de chimie en 1977.

 

(2) Le trépied de Delphes était une sorte de siège sur lequel la prêtresse rendait ses oracles ;
(3) John Magee (1948) - « Analyse technique des tendances des actions »
(4) Burton Malkiel (2003) -« Une marche au hasard à travers la Bourse »

 

Page 131: « L’un des chartistes les plus originaux, John Magee, opère à partir d’un petit bureau installé à Springfield (...) dans lequel même les fenêtres sont condamnées, ceci pour prévenir toute influence extérieure susceptible de distraire les analystes. Magee aurait même déclaré un jour : «  Quand j’entre dans mon bureau, je laisse le reste du monde à la porte et je me concentre exclusivement sur mes graphes. Cette pièce reste parfaitement identique quel que soit le temps qu’il fait dehors – en plein blizzard comme par un clair de lune de juin. Ce qui m’évite de me tromper et de tromper mes clients en leur disant : « Achetez ou vendez », juste parce qu’il fait beau ou qu’il pleut ».

 

Page 169: « Elaine Garzarelli, un des vice-présidents de la banque Lehman Brothers (…) n’était pas femme à se contenter d’un seul indicateur de marché. Elle plongeait dans un océan de données financières et n’utilisait pas moins de treize indicateurs différents pour prédire l’évolution du Marché (…) Garzarelli fut le Roger Babson du krach de 1987. Au moment précis où les médias la sacrèrent « Gourou du lundi noir » et où parurent des articles dithyrambiques sur son compte dans des magazines comme Cosmopolitan ou Fortune, elle perdit brutalement sa prescience et sa notoriété ».  

 

(5) De la moyenne et la médiane :

 

Si nous calculons la moyenne des trois notes suivantes 0-14-16, nous obtenons une moyenne de 10 ; si en revanche nous retenons la médiane, qui partage l’effectif en deux parties égales, nous obtenons 14. La médiane retranscrit plus fidèlement la série statistique et propose une synthèse plus conforme à la réalité. La moyenne est comme on peut le voir beaucoup plus sensible aux valeurs extrêmes : sa capacité de lissage est moindre. Les cours de Volkswagen, en proie au délire en octobre 2008, nous donnent à appréhender la faiblesse d’induction d’une moyenne mobile : ceux–ci varièrent entre 290 euros et 1005 en moins de trois semaines.

 

 (6) Lars Tvede (1994) - « La psychologie des marchés financiers »

 

Page 192 - « La moyenne mobile est une expression de la tendance sous-jacente de l’offre et de la demande, après lissage des turbulences à court terme (…) Une des règles les plus utilisées pour cette moyenne mobile consiste à sélectionner une moyenne spécifique et acheter ensuite chaque fois que le cours dépasse cette moyenne et vendre chaque fois qu’il passe en-dessous. La meilleure chose à faire avec cette règle est de l’oublier : elle ne marche pas ».

 

(7) Nassim Nicholas Taleb (2008) - « Le cygne noir »
(8) Philippe Cahen (2002) - « Comprendre l’Analyse Technique Dynamique »

 

Page 71/72 - « Le modèle est composé de trois bandes appelées respectivement bande supérieure, moyenne mobile et bande inférieure de Bollinger. Lorsque les cours se situent au-dessous d’une ou plusieurs bandes, celles-ci servent de résistance. Dans le cas contraire les bandes servent de support. Les bandes ont trois fonctions différentes : servir d’objectifs (supports et résistances), déterminer le seuil critique de volatilité, mesurer la volatilité (écart entre la bande supérieure et la bande inférieure). Les trois courbes sont : une moyenne mobile sur 20 périodes (…), une courbe supérieure (…) équivalente à la moyenne mobile plus deux fois un écart-type, une courbe inférieure (…) équivalente à la moyenne mobile moins deux fois un écart-type. Les lois de la statistique indiquent que historiquement (…) on observerait que 95% des cours se situent entre la bande inférieure et la bande supérieure (…) Benoît Gérardin a montré qu’en réalité ce sont 86% des cours qui se situent à l’intérieur des bandes ».

 

Ndla : on reconnaît ici l’usurpation de la loi normale de Gauss-Laplace avec sa dispersion théorique : 68% à +/- 1 Ecart-Type, 95% à +/- 2 Ecarts-Type, 98% à +/- 3 Ecarts-Type. Sauf que la normalité gaussienne ne décrit pas les variations des cours boursiers. Une approximation qui ne gêne personne dans l’interprétation de ces pseudo-théories.

 

(9) Néologisme venant d’AT (Analyse Technique) : les tenants de l’AT sont appelés atéistes ;



 

Illustration : Image extraite du site Currency Trading Strategies
 
 


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