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Boursonomics

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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 21:12


    
Brown-copie-4.gifNorthern Rock ! Voilà une enseigne qui avait du souffle, oserait-on dire du coffre ! Hélas, la huitième banque du Royaume-Uni est au tapis : la peste du subprimeSubprime : risque majeur ?

Côté cour, des équations, longues comme un jour sans pain, qui s’échinent à décrire des mondes enchantés où l’homme figure à peine, esquissé au crayon et dans la marge ; côté jardin, la haute finance, attentive, qui excelle dans l’art d'animer les équations qu’on aura formulées, c’est-à-dire d’y trouver le prétexte à sa quête incessante du gain. Ainsi irait le Marché, dit-on, univers de papier, empli d'évidences, mené par une mathématique bienveillante ! Las, voilà qu'en son centre étasunien, une affaire envenime toutes les autres : des prêts immobiliers mal garantis - « subprime » -, que l'on se plaît à minorer, dégénèrent, et menacent d'infecter à l'entour (…)

l’a saisie l'été dernier, sans crier gare, et ses humeurs n'en finissent pas d'empoisonner l'air du temps 1, du Northumberland jusqu'à Londres même. La Banque d’Angleterre subventionna copieusement l'affaire fin septembre, déposa vingt-six milliards de livres sterling sur la table, ce qui fit aussitôt déferler des milliers d'épargnants dans les rues de Newcastle, subitement inquiets du train des évènements. Rien n’y fit : la descente aux enfers continua, validée par la City qui divisa la valeur de la belle par six. Richard Branson, patron milliardaire de Virgin, personnage emblématique et généralement providentiel, ambitionna un temps une Virgin Money ! Cerberus, un fonds prédateur américain en embuscade, parut guigner l'affaire, puis jeta l'éponge ; d’autres, notamment le groupe d'investissement Olivant, sont toujours à minauder 2. En sorte que Gordon Brown, premier ministre de sa Très Gracieuse Majesté, n’a pas exclu de socialiser les pertes 3, c'est-à-dire de privatiser. Provisoirement, cela va sans dire.
 
Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, droit dans ses bottes, avait pourtant fait savoir, le 12 septembre, à qui voulait l’entendre qu’il ne volerait au secours de personne, à commencer par Northern Rock, estimant « qu’un apport de liquidité (…) encourage des prises de risque excessives et sème les graines de crises financières futures » 4. On ne suspecte pas l’orthodoxie de ceux qui font le dogme : les naufrageurs de la Barings s’en souviennent encore ! Bah, une semaine plus tard, l'Argentier du Royaume capitulait 5 et cassait sa tirelire sous la pression de ceux qui battaient le pavé. La vanité des théories finit toujours par s’effacer devant la force des réalités : les ménages anglais peuvent s’endetter jusqu’à cinq fois leur revenu brut annuel sur des prêts longs à taux variable 6, en attendant la crise, c’est-à-dire la ruine, prêteurs compris. Le Marché ne dicte sa loi que pour le temps où il trouve encore en son sein quelque main secourable, pour ne point dire prédatrice, qui sauvera la mise. Et l’Angleterre n’est pas l’Amérique ni la Suisse ! Citigroup, la première banque américaine, qui déprécie ses actifs à la pelle, a trouvé quelque salut dans un fonds souverainFonds souverains

(...) La crise du crédit, gloutonne et grande dépréciatrice d'actifs, aura révélé d'ambitieux prétendants aux agapes financières, prédateurs pour les uns, sauveurs pour les autres. Peu visibles jusqu'alors, les fonds souverains ont tout de go accaparé les colonnes des journaux, tirelires régaliennes nourries par un sous-sol généralement bénit aux services d’un nouveau capitalisme d’Etat : diamants du Botswana, cuivre du Chili ... Toutefois, la grande affaire minérale ou fossile est le pétrole venu du Moyen-Orient et d'ailleurs qui fait le gros de la troupe. Et d’autres sources de capitaux, moins géologiques, tapent à la porte, non moins colossales : elles viennent de Chine et de sa banlieue (…)

émirati ; Morgan Stanley, fleuron de la banque d’affaires, sera recapitalisée par un fonds chinois, UBS par des fonds singapourien et moyen-oriental
7. L'anglaise quant à elle ne voit rien venir, sinon l’Echiquier britannique.
 
C
ar le Marché n’a pas toujours un lapin à sortir du chapeau, et ses prétendues vertus autorégulatrices n’ont jamais dispensé les autorités politiques de réfléchir au-delà. Ainsi ne trouva-t-on personne, dans les années 1985, qui vînt de Chine ou d’ailleurs, pour secourir les Caisses d’Epargne américaines, emportées dans la déréglementation financière, sinon le contribuable local qu’on allégea de 200 milliards de dollars 8. Et que dire du sauvetage des banques japonaises, à l’automne 1998, après que la débâcle asiatique eut imposé la loi cruelle des grands équilibres perdus et révélé un capitalisme de compères : à l’heure des mécomptes, toute honte bue, le gouvernement de Keizo Obuchi, au mépris des principes libéraux, délestera le commun de 400 milliards de dollars – 11% du PIB ! - pour renflouer des institutions ruinées par la spéculation, nationalisant de fait quelques-unes des plus grandes banques du pays 9. Enfin, point de dragons ni de tigres ici en France. Le Crédit Lyonnais suffit à apporter notre pierre hexagonale à l’édifice : une médication de quinze milliards d’euros, levée sur fonds publics, permettra d’aseptiser le plus grand scandale financier depuis les emprunts russes. On s’en tint aux méfaits de l’économie mixte 10, oubliant que quelques épées du capitalisme fleurdelisé s’enrichirent assez en rachetant à vil prix les participations de la banque dans leurs propres affaires 11.
 
R
etour aux Etats-Unis. Au sortir des années 1970, la crise de la dette du tiers-monde sévit, l’inflation galope, à deux chiffres, et les plus grandes banques vacillent : en particulier la Continental Illinois 12, septième banque américaine de dépôt, acclamée par la presse, qui agonise : l’administration Reagan, mieux connue pour sa dévotion au Marché, sortira de sa Réserve - près de 5 milliards de dollars, et rallongera l’enveloppe pour désengluer une quarantaine d’autres établissements « too big to fail » - trop gros pour chuter. En 1991, dans un script à la Northern Rock, on vit les rues de Boston s’emplir d’épargnants craignant pour leurs économies, qui firent le siège de Bank of New England et de quelques banques alentours 6. L’aléa de moralité, garantie indéfectible de l'Etat qui prend souvent la forme d’injection d’argent public, fut avancé pour sauver l'affaire. La politique monétaire expansionniste menée par Alan Greenspan dans ces années-là, c'est-à-dire la baisse drastique des taux, concourut également, et plus généralement, à désamorcer l'embarras bancaire du moment. Celle pilotée par son successeur, Benjamin Bernanke, qui a vite ramené le prime rate de 5,25% à 4,25%, tente de limiter l'impact délétère des subprime et le tassement de la croissance. La finance est face à son destin, celui de l’irréparable arrêt des milliards envolés que l’on finira par ne plus jamais retrouver.
 
Les banques restent la clé de voûte du système ; elles sont le maillon fort de marchés financiers plus vastes encore, nourris de capitaux mondialisés et de risques disséminés jusqu’à l'épargnant final : celui de Northern Rock a eu chaud, qui ne savait rien de ce qui se tramait dans son dos ! Au-delà des discours académiques sur la régulation du capital par le capital ou la primauté des Marchés qui font et « savent tout mieux que tout le monde », nous voyons combien la robustesse présumée de l’édifice tient pour l'essentiel, en dernier ressort, à l’habilité des Etats et des Banques centrales à inonder les Marchés d'argent frais, fiscalisé ou régalien. La BCE a récemment alloué 350 milliards d’euros
13 aux banques, incapables de se prêter entre elles, dans un climat de défiance généralisé. Probablement les besoins finiront-ils par submerger les capacités mêmes d'action et de contrôle des autorités qui ont à soutenir la bâtisse. Déjà la finance pèse l'équivalent de quatre fois le produit intérieur brut mondial 14. Quelqu’un, quelque part, un jour, finira bien par présenter l'addition. Sans doute pouvons-nous juger ces faits comme inhérents au système et sous-estimer leurs conséquences sur l'Economie, appliqués nous-mêmes à nos propres affaires, satisfaits ou dépités selon que la Bourse qui dit « tout ce qu’il y a à savoir sur la conjoncture économique 15 » aura gagné ou perdu un demi-point.
 
En 1978, le gouvernement Barre commença à nationaliser la sidérurgie, reprenant au compte de la nation tout entière les 22 milliards de francs de dettes de Sacilor. Les banques ne sont pas seules : on les voit mieux, c’est tout. Le Marché dispense ses grâces, en temps de paix, et ses miasmes morbides quand il faillit : on voit bien alors quelle main dédaignée le secourt. Il ne survit qu'à ce prix.


    

 

(1) Northern Rock est (était) le cinquième prêteur immobilier du Royaume-Uni :

 

Le développement, ces dernières années, des prêts hypothécaires à risque a exposé la banque anglaise aux aléas d'une crise. Néanmoins, contrairement aux banques allemandes IKB et Sachsen, il semble que Northern Rock ait été moins fragilisée par ses engagements dans les secteurs à risque que par sa difficulté à refinancer son activité de prêteur dans le climat de défiance bancaire (Lire Les Echos, le 17/09/2007). Le résultat est égal.

 

(2) Reuters, le 12/12/2007 - « Plus que deux candidats en lice pour la reprise de Northern Rock »

(3) Les Echos, le 06/12/2007 - « Nationalisation possible pour Northern Rock »

(4) La Tribune, le 01/10/2007 - « Repenser notre régulation financière … à Londres »

(5) Depuis 1997, les rôles financiers se répartissent de la sorte au Royaume-Uni :

 

La Banque d'Angleterre est indépendante et centrée sur la politique monétaire ; la Financial Services Authority (FSA) surveille les banques et régule les Marchés. Les crises financières sont gérées de manière tripartite entre le Ministère des Finances, la Banque d'Angleterre et la FSA. Cette approche est aujourd'hui contestée outre-Manche.

 

(6) Le Monde, le 18/09/2007 - « Le sauvetage de Northern Rock est un acte purement politique »

(7) Quelques conséquences de la crise des subprimes débutée à l’été 2007 :

 

Citigroup a annoncé fin novembre une dépréciation d’actifs de 3 milliards de dollars pour le troisième trimestre 2007, suivi de 8 à 11 milliards supplémentaires pour le quatrième ; l’Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), le plus puissant fonds souverain du monde a accepté d’investir 7,5 milliards dans la banque américaine, soit 4,9% du capital de Citigroup. La crise du subprime a coûté à ce jour quelque 9,4 milliards de dollars à la banque Morgan Stanley, en cours de recapitalisation par le fonds chinois CIC (China Investment Corp) à hauteur de 5 milliards de dollars, soit 9,9% du capital de Morgan Stanley. Enfin, face à ses pertes de quelque 15 milliards de francs suisses, UBS a annoncé le 10 décembre dernier qu'elle allait lever 13 milliards grâce à un emprunt convertible, souscrit à hauteur de 11 milliards - 9% du capital d’UBS - par un fonds d'investissement souverain singapourien GIC (Government of Singapore Investment) et un fonds anonyme moyen-oriental.

 

(8) Joseph Stiglitz (2004) - « La Grande Désillusion »

(9) Le Monde Diplomatique, Novembre 1998 - « Le bateau ivre de la finance »

(10) Le Crédit Lyonnais était encore une banque publique au début des années 1990

(11) Le Monde Diplomatique, Décembre 2003 - « Argent public, fortunes privées »

(12) Continental Illinois a été rachetée par Bank of America en 1994 

(13) Challenges.fr, le 15/12/2007 - « Subprime : la BCE a alloué 350 milliards de liquidité »

(14) Alternatives Economiques, Hors-Série N° 75

(15) Peter Bernstein citant Charles Dow (1995) - « Des Idées Capitales » 

 



Illustration : Extraite du New York Times - « The Invisible Hand Is Shaking »
 
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Published by Marc Aragon - dans Mythes et Réalités
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 15:31

 

 
Le bolivar est mort, vive le bolivar ! Au pays du Libérateur, l’or noir est partout, aux abords du lac Maracaibo, sous la ceinture de l’Orénoque jusqu'au tréfonds, qui dégouline et inonde le Venezuela d’une manne céleste. En cinq années, les cours internationaux du pétrole ont bondi, offrant à Caracas, qui en retire 90% de ses recettes d'exportation, les moyens de mener ses affaires. Hélas, ce déferlement de liquidités s’est payé au prix fort, celui d’une inflation à deux chiffres, la plus culminante du Mercosur. En sorte que la monnaie locale, sinistrée, changera de braquet dès janvier prochain : le bolivar nouveau en vaudra mille anciens 1 ! Voilà une partition connue ; elle fut déjà jouée, voici cinq siècles, depuis cette « Terre de Grâce » si prodigue en minéralités de premier aloi. Auri sacra fames 2 : toutes les richesses que les conquistadors kidnappèrentLa planche à billets

Tant de richesses subjuguaient le commun : les perles de Margarita, les émeraudes de Muzo, l’or de Maracaïbo, de Yaracuy, celui des Incas qu’on dépouillait, mais surtout l'argent, à profusion, des mines de Potosi, de Zacatecas et d’ailleurs. Les galions royaux, aux armes de Castille, regorgeaient de richesses, arrachés aux terres d’Amérique, qu’on débarquerait à Séville si peu qu’on échappât aux pirates et aux vagues océanes (…)

 finirent par mettre au tapis l’économie mordorée de la Mère Patrie, l’Espagne. Les aficionados du siècle de Pizarre s'en souviennent encore : l'oedème monétaire est une tradition ancienne.
 
 
Les temps passent, les causalités demeurent. Déconnecté de l’offre, l'embonpoint monétaire, qu’il soit hérité de la planche à billets ou d’un afflux massif de devises, est source d'inflation. Chaque nouveau billet de banque, fût-il de Weimar ou d’ailleurs, amoindrit la valeur du précédent, et augmente celle de tout le reste. Dans les cas graves, la surliquidité entretient l’excitation des marchés, qui papillonnent, et cette volatilité fait le lit de tous les excès. L’instabilité financière rôde, le banquier central se montre prudent : l’augmentation de la masse monétaire eurolandaise au rythme de 12% l’an est à ce titre révélatrice 3. Voyez cependant Alan Greenspan, ex-patron de la Fed, qui fit mieux en ce domaine que tous ses devanciers : durant son mandat, il imprima deux fois de plus de dollars que tous ses prédécesseurs réunis, et tripla la base monétaire 4 tandis que le PIB de l'Union ne s’appréciait que de 50% ! Ce trop-plein imbiba tout : les Bourses flambèrent, l’immobilier étincela, au meilleur de l'intérêt spéculatif. Le maestro 5 eut beau tancer cette exubérance irrationnelleExubérance, conundrum et autres menues incertitudes

Comme toujours, on ne sentit rien venir. Chacun avait l'oeil à ses affaires, et les places financières soufflaient un peu depuis le début de l’automne. En ce jeudi 5 décembre 1996, les bourses du Vieux continent conclurent une séance ordinaire. Tout juste nota-t-on que la Bundesbank avait repoussé la baisse de  ses taux d’intérêt directeurs, sans alarmer personne. Le lendemain, tous les marchés plongeaient : à Francfort, le DAX se replia de 4,05%, et un vent de panique gagna la planète entière. Partout on recula. Mais la Bundesbank n’y était pour rien (…)

 qu’il enivrait lui-même, rien n’y fit : car c’est un fait constant, les investisseurs sont moins regardants lorsque l’inflation concerne leurs actions ! Puis, le réel émerge ; une bulle crève, une autre surgit, sans autre désir pour les Marchés que de changer de stimulus. L’heure est à celle des matières premières : l’inflation n’est jamais en peine de boutefeux.

Le pétrole, encore lui, mène le bal : le baril de brut frisa récemment les 100 dollars sur le Nymex 6-1, doublant son cours depuis janvier 2007 ! Pourtant, la géopolitique autant que la géologie peinent à expliquer cette subite frénésie ; les spéculateurs semblent plus à l'aise ici qu'ailleurs, notamment sur le marché londonien
où la situation du Brent est inouïe : 60% de la production mondiale y voit son prix fixé par celui du pétrole de la mer du Nord qui ne représente que 0,4% du tout 6-2 ! Au-delà, rien ne résiste à l'incendie : l’indice Reuters/Jefferies CRB, qui agrège des commodités aussi disparates que le cuivre, le coton ou le cacao 7, a forci de 25% entre mi-janvier et novembre 2007. Mieux, octobre aura vu l’indice se hausser de 10%, une rapidité de progression inconnue depuis 25 ans ! Le charbon a vu son prix tripler en trois ans, le plomb a vu le sien doubler en un an 8, dopés par l’aspiration des pays émergents mais aussi par les baisses récentes du prime rate, éloignant le spectre d’une récession et soutenant la demande. Sur leurs marchés à terme, les produits agricoles ne sont pas en reste : le prix du blé et des protéagineux (légumes secs, luzerne, …) a quasiment doublé en un an, celui des oléagineux (tournesol, soja, …) a pris 50%. En France, l’Insee signale que les prix agricoles à la production ont crû de 18% en l’espace d’un an seulement 9. Il faut s'y résoudre : l’inflation frappe à nos portes.
 
De fait, la hausse des prix résonne, et surprend les économistes. Interrogés début septembre au sujet des taux de la BCE, les moins prudents, ou les plus optimistes opinèrent ainsi : « L’inflation ralentit malgré la hausse du prix du pétrole » (Xavier Timbeau, OFCE), « une inflation sous contrôle et qui va le rester » (Christian de Boissieu, CAE), « le risque inflationniste que la BCE disait percevoir ne peut que s’atténuer » (Michel Aglietta, Paris X) 10. Le taux d’inflation de la zone euro fit exactement l’inverse : tandis qu’il se gondolait encore à 1,7% en rythme annuel en août, il atteignit 2,1% en septembre, 2,6% en octobre, puis 3% en novembre, son plus haut niveau depuis mai 2001, signant la « hausse généralisée et durable du niveau général des prix » que nous enseignent les manuels. Cette résurgence, mal prévisible, inquiète : en Allemagne, les prix à la consommation ont fait un bond de 3% sur un an, le plus mauvais chiffre depuis treize ans ; le Japon a connu en octobre sa première hausse des prix depuis dix mois sous l’effet des carburants ; la Chine vient d’établir un nouveau record décennal avec une inflation de 6,5% en août. Ainsi, l’un des thèmes favoris liant la désinflation des quinze dernières années à l’excellence des politiques monétaires de Banques centrales indépendantesLa controverse Nobel

Le choix des lauréats Nobel de l’année 2004, section Economie, fut la goutte qui fit déborder le vase : l’américain Edward Prescott et le norvégien Finn Kydland obtinrent le prix pour un article de 1977, dans lequel ils avaient savamment établi, mathématiques en bandoulière, que les Banques centrales doivent échapper à toute pression des élus. Un pur bijou néoclassique ! La haute finance endimanchée, jamais en reste de baliser son pré carré, salua aussi, Banque de Suède en tête (…)

, montre-t-il ici clairement sa limite : l’inflation marche seule. La mondialisation, sans égale, finira elle-même par se lasser.

Assurément, depuis les années 1990, l’importation massive de produits à bas coût en provenance des pays émergents aura mieux contribué à la modération des prix que toute autre politique. Cette concurrence a imposé son modus vivendi aux entreprises, sommées de ne pas augmenter leurs prix pour rester dans la course, et à leurs salariés, priés de rabattre leurs prétentions pour rester dans la place. Les salaires ont fait montre de stabilité : dans la zone euro, la variation des rémunérations par tête est demeurée proche de 2% entre 1999 et 2006 ; au Japon, les salaires ont même reflué jusqu’en 2005 
11. La donne change : partout, la question du pouvoir d’achat redevient centrale. La Chine n’échappe pas à cet appel : après 14% de hausse des salaires en 2006, les conjoncturistes y prévoient une hausse de 18,6% pour 2007 10 ! Et même si, selon Natixis, le coût du travail par unité produite y reste quatre fois moindre qu’aux Etats-Unis, même si plusieurs centaines de millions de paysans misérables y constituent un réservoir de main d’œuvre bon marché, la désinflation mondialisée a du plomb dans l’aile. Petit à petit, l’opinion fait son chemin, qui n’est à plus à s’encombrer d’idées confuses sur le libre-échangisme compétitif ou le protectionnisme récessif ; la hausse des salaires s'affirme de plus en plus en cause planétaire ; la spirale inflationniste qui s’ensuivra sera l’affaire des autorités qui ont à dire sur ces sujets.
 
Ivresse monétaire, flambée des matières premières, tensions internationales, globalisation désenchantée ? Vieille surchauffe classique prix-salaires ou choc majeur venu du déclin de l'Empire américainDollar : le roi empire

(…) Premier créancier sous Dwight Eisenhower, l’oncle Sam devint le premier débiteur sous Reagan. Le lobby militaro-industriel s'adjugea la mise, et cette sûreté engendra l’indolence ; alors, les vassaux périphériques s'insinuèrent dans le jeu, hâtant la désindustrialisation du maître et son éco-dépendance. La machine à consommer se mit à aimanter la dette privée. Entre réductions d’impôts et bellicisme inspiré, Walker Bush hâta le tout : les déficits explosèrent, le dollar chuta. Le billet vert n’a pas fini de pâtir, et le monde avec : l’Empire n’a plus la cote, ni les moyens (…)

 ? Comme on le voit, l’inflation, protéiforme, n’est pas en reste de ferments ni de théories pour s’inviter au bal des Ardents. On comprendra surtout que la bête, jamais en repos, guettera sa proie jusqu’à la fin des temps.

 
   

 

(1) La Tribune de l'Economie, le 05/09/2007 - « Le carry trade à la vénézuélienne »
(2) Auri sacra fames (Virgile) – L’exécrable faim de l’or …

 

Petite digression picorée chez Edgar Faure (1978) – « La banqueroute de Law » - Page 9 : « Certains auteurs ont attribué à l’or « un pouvoir d’attraction extra-économique, fondé sur les structures mentales et peut-être psychanalytique propres à leur temps » [Pierre Vilar, Or et monnaie]. Dans un célèbre passage, Michel Foucault attribue à la monétisation de l’or un caractère et une origine mystiques : « Les signes de l’échange, parce qu’ils satisfont le désir, s’appuient sur le scintillement noir, dangereux et maudit du métal … Le métal ressemble aux astres, le savoir de tous ces périlleux trésors est en même temps le savoir du monde ».  

 

(3) Ibid La Tribune - Michel Didier, Directeur général de Coe Rexecode
(4) William Bonner (2004)  - « L'inéluctable faillite de l'économie américaine »
(5) Alan Greenspan lui-même, également surnommé « l'économiste des économistes. »
(6) Eric Laurent (2006)  - « La face cachée du pétrole »

 

Page 365 - « Les nationalisations et la prise de contrôle de leurs ressources naturelles par les compagnies nationales des pays producteurs ont modifié la donne : elles ne vendent plus leur pétrole seulement aux principales compagnies, mais à un grand nombre d'indépendants, traders et raffineurs. Ceux-ci transforment l'univers pétrolier en une spéculation permanente. Un tanker quittant le détroit d'Ormuz et qui met quatre-vingt-dix jours pour rallier son port de destination transporte une cargaison de brut qui peut être vendue et revendue plus de cinquante fois tout au long du parcours ».

 

Page 363 - « A Londres, sur le marché IPE, les spéculateurs peuvent opérer avec une mise de fonds représentant seulement 3,8% du montant de leurs achats. 1.000 barils à 40 dollars représentent une valeur de 40.000 dollars sur lesquels les acheteurs ne payent que 1.250 dollars (...) Les transactions accomplies sur ce marché correspondent à plus de cinq fois la production mondiale de toutes les variétés de pétroles. Contrôler les prix mondiaux du pétrole implique donc une mise de fonds dérisoire. Plus surréaliste encore, le Brent, le pétrole de la mer du Nord ne représente plus que 0,4% de la production mondiale : pourtant son prix spot détermine, lui, le prix de 60% de la production mondiale ».

  

(7) Indice de référence des Matières Premières calculé par Reuters/Jefferies depuis 1957

 

Panier de 19 contrats à terme sur 4 familles de matières premières : pétrole et énergie, métaux précieux, métaux et produits agricoles. La composition du panier est la suivante : pétrole brut (WTI), fioul, essence sans plomb, gaz naturel, or, argent, aluminium, cuivre, nickel, sucre, coton, cacao, café, blé, porc maigre, jus d'orange, soja , maïs, bétail.

 

(8) Le Monde, le 05/10/2007 - « Les cours des matières premières flambent ... »
(9) Alternatives Economiques, Décembre 2007 - « Inflation, le retour ? »
(10) La Tribune de l'Economie, le 05/09/2007 - « Ce que les économistes suggèrent à la BCE »
(11) Bulletin de la Banque de France, N° 152, Août 2006


 


Illustration : L'inflation, d'une pièce de monnaie à sa suivante 


 
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Published by Marc Aragon - dans Economics
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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 18:21


Bernie-Ebbers-copie-2.jpgNouveau millénaire, nouvelle ère         - Changement d’ère -
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(...) Certes, le monde social, si peu stationnaire, mal arrangeant, rend l’inférence statistique aventureuse ; les temps changent, les méthodes changent : n’est-ce pas commettre un péché d’anachronisme que de comparer les pratiques anciennes avec la modernité ? Ah, la nouvelle ère ! Elle exténue l’expérience du passé; elle renverse les principes les plus établis jusqu’à en périmer les gouvernes d’évaluation. Rien ne s’apprécie plus selon les canons qui valaient hier encore, l’euphorie s'en mêle, puis anesthésie le tout : dans le domaine financier, les nouveaux auspices ne semblent tenir qu'à la connivence des intérêts solidarisés dans la bulle. Cette habitude au moins semble inébranlable (…)
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     - Boursonomics 13/08/2012 -

. Celle de l’économie vint à l’aube du troisième, après que le Marché eut survécu à la dévastation monétaire des économies asiatiques, à la liquidation financière de la Fédération de Russie et à la déconfiture retentissante de LTCM, le hedge fund le plus fameux de l'écliptique. Les indices boursiers, un rien dédaigneux, qui avaient assez ignoré les déboires du bath thaïlandais, du ringgit malais, de la roupie indonésienne ou du peso philippin, finirent par céder : le CAC 40 perdit un bon tiers de sa valeur entre juin et octobre 1998 1. L’attention se reporta alors sur une innovation technologique qui, disait-on, relèguerait au second plan la vieille industrie, ses hauts-fourneaux, ses laminoirs, la sueur des hommes. La Nouvelle Economie tisserait sa toile sur des réseaux planétaires, des autoroutes de lumière sur lesquelles l’information, ce nouveau graal, circulerait en trombe, et de là, tout procèderait : Internet à tous les étages, comme jadis, l’eau et le gaz. Les Bourses ne se le firent pas dire deux fois, et s'enflammèrent : « Le CAC vaudra 7300 points fin 2000 2 ». Et c’était à qui protestait qu’on l’insultait dès qu’on posait le problème autrement.

Les terres numériques retentirent d'un battage médiatique inouï, porté par les voix les plus ferrées de la planète finance. En février 1999, Wayne Angell, ancien gouverneur de la Fed, décréta fortissimo : « Il n’y a pas de bulle : nous sommes tout simplement parvenus à l’économie de la nouvelle ère 3 ». En avril 2000, Abby Cohen, analyste en vue chez Goldman Sachs, se déclara « enthousiaste devant l’évolution de la bourse américaine ». Les patrons hexagonaux ne furent pas en reste : en mars 2002, Jean-Marie Messier, toiletteur terminator de la séculaire Générale des Eaux, en pleine débâcle, pontifia : « Le groupe [Vivendi Universal] va mieux que bien ! 4 ». Et Serge Tchuruk, mentor d’Alcatel, fut nommé Manager de l’année 2000 parce qu’il avait « su transformer une vieille dame centenaire de l’industrie en un groupe emblématique de la Nouvelle économie 5 ». Point de demi-mesure comme on le voit ! Un épargnant profane, sain de corps et d'esprit, ne pouvait qu'il ignorât longtemps ces maîtres de chœur tant époumoner leurs alléluias ! Ni douter qu’un pareil consensus pût se fourvoyer ! En sorte qu’entre 1999 et 2002, deux millions de français frappés de béatitude rallièrent la Bourse, sur la foi de conseillers financiers leur ayant assuré la suprématie de l’investissement boursier à moyen/long terme sur tous les excellents placements  - La transparence, et après ? -
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(...) En 1999, l’e-Economie se mit à tonner, prometteuse de lendemains qui chantent, sans usines et nez au vent. Les rabatteurs financiers, qui ne traitent jamais par l’indifférence les folles embardées des places boursières, rivalisèrent de slogans ravageurs pour rameuter le ban. La Poste, généralement peu suspecte d’inclination spéculative, se mit au diapason, claironnant un « Donnez un nouveau souffle à votre épargne », ou bien « Restez gagnant même si le CAC baisse ». Bénéfic, l’un de ses produits à promesse, fit florès. Hélas, la garantie en capital de ce fonds confusément délimitée, partit avec l’eau du bain quand le CAC chancela, vaporisant plus du tiers des économies de ses preneurs (…)
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     - Boursonomics 07/12/2008 -

qu’ils leur proposaient l’année passée encore.

La suite est notoire : l’euphorie catalysa l’indice tricolore, à l’instar de tous les autres. L’heure n’était pas aux sceptiques, et la spéculation haussa mieux la cote que toute autre vue. Le CAC progressa continûment entre l’automne 1998 et l’automne 2000 où il culmina à 6.944 points, gagnant près de 140% en deux ans ! Puis la bulle éclata ; en mai 2003, l'indice parisien touchait le fond, à 2.401 points. Depuis lors, on n’a plus reproduit ces niveaux records, et nul ne peut sérieusement prédire s'ils seront revus un jour. Les actionnaires d'Alcatel ne s’en remettront apparemment jamais, qui peuvent encore échanger le titre vers cinq euros cependant qu’il s’illustrait à 95 euros en septembre 2000 ! Par pudeur, on ne s’étendra pas sur les investisseurs américains de Worldcom, Global Crossing, Adelphia            - Bancanalystes -
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(…) Jack Grubman était du clan des analystes financiers les plus en vue de l'e-Economie. Stratège télécoms dans une filiale du banquosaure Citigroup, pour qui l’on détricota le Glass-Steagall Act, il se signala par ses conseils sur WorldCom : le 6 janvier 2000, tandis que la valeur cotait 47,87 dollars, il recommanda d'acheter le titre, et refit le même appel à la cantonade quatorze fois durant les mois suivants malgré la chute du titre, et encore le 11 avril 2002 alors que la valeur ne cotait plus que 4,64 dollars. Quinze jours après, le cours hoqueta sous les 4 dollars, et l'intéressé dut capituler non sans s'être déclaré neutre sur sa chère pépite ! WorldCom tira sa révérence le 21 juillet 2002 (…)
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     - Boursonomics 23/02/2007 -

, ces étoiles déconfites à jamais, souvent brutalement, parfois même sous les recommandations d’achat jusqu’au-boutistes de banques d’affaires comparses. La Nouvelle Economie fossoya beaucoup, et ceux qui survécurent ne sont pas près de récupérer l'argent qu'ils y investirent. Ceux-là, à qui l’on conseilla le « buy and hold » comme règle de gestion, le « wait and see » comme assurance tous risques, se repentiront de n’avoir pas quitté les affaires quand il n’y en avait plus. Et seront surpris d’entendre que les mêmes antiennes roulent toujours : le placement boursier moyen/long terme est le meilleur qui soit.

Le temps est-il le meilleur ami de l'investisseur ?
« Achetez de bons titres, mettez-les en portefeuille et oubliez-les » : telle était l’hygiène actionnariale de Timothy Bancroft, un investisseur américain qui s'enrichit en Bourse au milieu du XIXe siècle en thésaurisant des actions « représentant le négoce de marchandises essentielles dont l’Union et le reste du monde auront toujours besoin en grande quantité 6 ». Bancroft recommandait déjà le long terme et la sélectivité, autant de pieux cantiques qui font encore florès dans toutes les chapelles de la finance. Hélas, son portefeuille ne résista pas à l’usure du temps, qui fondit comme la cire molle au soleil. Et lorsqu’il fallut réaliser les actifs, à la mort du maître, ses héritiers ne touchèrent rien des richesses qu’il avait accumulées. Un demi-siècle passa, parsemé d'une dizaine de crises financières 7 ; voici 1929, la catastrophe d'octobre : Wall Street se mit alors à « kracher », et l'Amérique à déprimer durablement, ruinant l’activisme des uns et le bas de laine de tous les autres. Abasourdis, les cours ne retrouveront leur niveau de cet automne-là    - Les Maîtres enchanteurs -
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(…) Quiconque acheta le Dow Jones ce 3 septembre 1929, fut mal inspiré. L’indice, qui avait congédié le réel de longue date, culmina en séance à 386,10 points, propulsé par la forte fascination qu’exerçait la grande opinion financière sur le commun : économistes et experts de tout poil avalisaient le boom, analystes et banquiers rameutaient les troupes, et nul ne s'imaginait qu’un génie si partagé pût faillir. Ce qui se produisit est dans toutes les bouches : le krach emporta tout. A l’aube des années cinquante, Wall Street n’avait repris que les deux tiers du terrain abandonné. Enfin, le 24 novembre 1954, soit vingt-cinq ans après le choc, Wall Street retrouvait le niveau qu’on a dit (…)
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     - Boursonomics 31/03/2007 -

que le 24 novembre 1954, vingt-cinq années plus tard ! Beaucoup, qui eurent de la patience, n'eurent hélas pas la vitalité qui convenait à ce challenge de longue haleine. Les investisseurs de notre temps ont donc un avantage incomparable sur leurs devanciers : leur espérance de vie a augmenté.

Qu'importe le siècle, l'avenir des entreprises et des nations demeure celé ; les faiseurs d’argent continuent d'opiner à l’indicatif, ignorant la grammaire du subjonctif, celle du doute ; et le refrain du placement boursier dominateur continue de plaire, quoique continûment retoqué. L'Histoire balbutie        - Les dieux d’Epicure -
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(…) L’époque moderne décline une noire fascination pour le carnage financier : et cette constance est admirable ! Qu’on en juge à l'aune des vingt dernières années : 1987, krach des marchés d’actions ; 1990, krach des junk bonds, crise des caisses d’épargne américaines et chute du Nikkei ; 1994, krach obligataire aux Etats-Unis ; 1995, banqueroute de la Barings ; 1997, premier volet de la crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième volet (Russie, Brésil) et faillite du hedge fund LTCM ; 2001-2003, apoplexie de la Nouvelle Economie ; 2007-2008, asphyxie du crédit ! Pauvre Epicure, nos Marchés ne sont pas à l’effigie de vos dieux apaisés (…)
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     - Boursonomics 27/12/2008 -

. Voyez ce détenteur de titres Ericsson, une société bien en cour, qui les vit sombrer de 25% le 16 octobre dernier. Les conserva-t-il, les mains tremblantes ? Le 20 novembre, le titre rechutait de 11% ! L'échec forge l'expérience : les actionnaires individuels comptent désormais plus court. En France, ils ont divisé par deux leur durée moyenne de détention d’actions entre 2003 et 2006, la ramenant à quatre années 8. Aux Etats-Unis, plus généralement, les titres qui restaient détenus sept ans en moyenne en 1960 ne demeurent plus dans les portefeuilles que sept mois et demi 9. L’art nouveau est aux esthètes de la finance, ces nouveaux prodiges de la science du risque et de l’arbitrage qui sculptent et resculptent indéfiniment leurs positions et celles de leurs clients sur les marchés optionnels de la couverture. L’horizon temporel est un optimum de second rang, la matière première, c’est-à-dire les titres, une réalité désincarnée, mieux, une abstraction : 80% des fonds placés dans le monde restent en moyenne une semaine sur un placement 10. L'allocation optimale du capital, haletante, est à l'oeuvre.
 
« Rien ne s’arrange comme l’on veut ; et on passe sa vie à la remettre ; tout est pour demain » (Talleyrand). Les épées de la finance ne décident plus, pragmatiques, qui logent l’imprévu dans la technique et disséminent le risque sur la multitude      - La fièvre emprunteuse -
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(…) Le marché du LBO se nourrit d’endettement pour deux dollars sur trois, laquelle dette est ensuite syndiquée c’est-à-dire découpée en tranches, en rondelles, auprès de tiers qui assumeront le risque. Il en va aussi pour les prêts immobiliers, y compris les moins assurés d'entre eux, les subprimes, que l’industrie financière titrise à outrance (ABS, CDO, etc.). Les thuriféraires des Marchés efficients, autorégulateurs et sans âme, nous affirment que la dissémination des risques protège la planète d’une crise systémique. Tant mieux, mais c’est à voir ! Car ces liquidités, venues du levier, se coalisent dans des bulles : la fièvre acheteuse s’autocatalyse, le danger rôde, et bientôt la damnation (…)
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     - Boursonomics 29/07/2007 -

. Le long terme est une mer sans fond, une nuit sans lune ... Oceano nox !
 
    

   

(1) Plus haut à 4404,94 points en Juillet 1998 - Plus bas à 2881,21 en Octobre 1998

(2) L’Expansion, le 14/09/2000 - « Petit guide de rentrée pour actionnaire désorienté »

 

La prédiction est de Yannick Tatibouët, responsable à l’époque de la gestion des actions à la CPR. Le CAC 40 n’a à ce jour jamais encore franchi les 7.000 points. Il a touché son plus haut historique à 6.922,33 points en clôture le 09/09/2000. Il terminera l’année 2000 à 5.926,42 points.

 

(3) The Wall Street Journal, le 03/12/1999 - « The Bubble Won't Burst »

(4) Libération, le 06/03/2002

 

« Alors que Vivendi Universal annonce la plus grosse perte jamais réalisée par une entreprise française (près de 14 milliards d’euros en 2001), J2M prend tout le monde à revers avec cette annonce. Mais la magie des formules "choc" ne fonctionne plus, et Jean-Marie Messier quittera Vivendi Universal trois mois plus tard. »

 

(5) Le Nouvel Economiste, Décembre 2000

(6) Lars Tvede (2001) - « La Psychologie des Marchés Financiers »

 

Page 7 - « Dans The Money Game en 1967, Adam Smith (pseudonyme de George Goodman) décrit comment Timothy Bancroft, un spéculateur américain, gagna une fortune en Bourse au milieu d’un 19eme siècle. La philosophie de Bancroft était la suivante : ‘Achetez de bons titres, mettez-les en portefeuille et oubliez-les ‘. Par de ‘bons titres’, il entendait des titres représentant ‘le négoce de marchandises essentielles dont l’Union et le reste du monde auront toujours besoin en grande quantité’. Ainsi, Bancroft était-il un fondamentaliste. Il laissa une fortune de 1.355.250 dollars sur le papier, une somme colossale pour l’époque. Mais lorsque son actif fut réalisé, ses titres Gold Belt Mining, Carell Company of New Hampshire et American Alarm Clock ne valaient plus rien. Tout son patrimoine n’avait plus aucune valeur. Les temps changent et ce qui peut sembler sain et prometteur aujourd’hui peut perdre toute sa valeur alors même que l’investisseur fondamentaliste attend avec patience. »

 

(7) Charles Kindleberger (1978) - « Histoire mondiale de la spéculation financière »

 

Crises financières entre 1860 et 1929 – 1864 (France), 1866 (Angleterre/Italie), 1876 (Allemagne/Autriche, Etats-Unis), 1882 (France), 1890 (Angleterre, Etats-Unis), 1893 (Etats-Unis, Australie), 1907 (Etats-Unis, France/Italie), 1920-21 (Grande-Bretagne/Etats-Unis)

 

 (8) http://www.senat.fr/rap/r07-060-2/r07-060-221.html

 

Durée de détention apparente des actions françaises par les ménages (Source Sénat français)

 

2003 (T1) 7 années 8 mois (T2) 5 années 4 mois (T3) 4 années 6 mois (T4) 4 années 9 mois

2004 (T1) 4 années 2 mois (T2) 4 années 9 mois (T3) 5 années 2 mois (T4) 5 années 9 mois

2005 – (T1) 6 années 3 mois (T2) 6 années 3 mois (T3) 5 années 6 mois (T4) 5 années 1 mois

2006 – (T1) 4 années 7 mois (T2) 3 années 11 mois) (T3) 4 années 3 mois) (T4) 4 années

 

(9) http://igopp.org/fr/News/13_Allaire-Politique.pdf

(10) Jean De Kervasdoué (2007) - « Les Prêcheurs de l'Apocalypse »

    

 

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Published by Marc Aragon - dans Mythes et Réalités
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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 15:25
 
 
Historiens et économistes traquent inlassablement ces cycles qui paveraient la vie des hommes. Au fil du temps, des mouvements périodiquesCycles économiques : la main de l'homme

Depuis les temps immémoriaux de l'antique Phénicie, dont les peuples navigateurs tracèrent les premiers sillons commerciaux du pourtour méditerranéen, l'Economie-Monde chère à Fernand Braudel n'a cessé de s'étendre et d'universaliser ses ricochets. Civilisations, cités-Etats, nations et empires ont prospéré, puis lâché prise, supplanté par de nouveaux arrivants, puis d'autres encore, plus ou moins glorieux, et les affaires des uns impliquèrent bientôt les intérêts de tous les autres. On connut des hauts et des bas, des jours filés de soie et des mauvais lendemains. Un éternel recommencement paraissait vibrer dans l'espace et le temps (…)
ont été repérés, ici ou là, vibrant au diapason ou en totale discordance, jusqu'à faire émerger un son, un sens, une tendance. Ainsi, une fois l'écheveau démêlé, tous ces cycles qui s'entrelacent nous donnent-ils le sentiment rassurant d'un ordre supérieur. Mais l'art est facile de tourner les données au seul bénéfice d'une vibration qu'on voudrait signaler. Voyez Charles Dow, père du phare de Wall Street : persuadé que les cours boursiers celaient une vérité cachée, il étudia leurs tracés, et figea six axiomes qui fondèrent l'Analyse Technique. L'un d'entre eux dicte que le Marché est sous l'emprise constante de trois cycles d'inégale durée : le premier, de long terme, rythme l'élan principal, pluriannuel ; le deuxième, de moyen terme, corrige cette dominance et dure de trois semaines à plusieurs mois ; un cycle de court terme, inférieur à trois semaines reflète enfin ses troubles locaux. Charles Dow y assimilait l'agitation océane, où se chevauchent marées, vagues et ondulations, qui fluent et refluent. Cette allégorie tint lieu de credo chartiste.

Au sortir des Roaring Twenties 1, un certain Ralph Elliott
- Le Maître des Vagues -

(...) Ralph Nelson Elliott, estimable comptable du Middle West, conçut dans les années 1930 un système nouveau d’analyse graphique des cours de Bourse s'appuyant sur la psychologie des opérateurs. Selon lui, celle-ci alternait en séquences d’optimisme puis de pessimisme, parfois accomodées d’extravagance euphorique, d'autres fois de stress ravageur. De telles vagues, enfants chéries des chartistes d'aujourd'hui, semblaient se rejouer à différentes échelles de temps. Un observateur accoutumé les aurait aperçues sans effort pour peu que son intuition ne comptât pas plus que le résultat qu’il voudrait y voir et celui que le réel commettrait. A l'arrangement près bien sûr. Une gageure (...)

- Boursonomics 06/09/2006 -
, supputant à son tour quelque logique dans l'errance des cours, s’empara de la question, opina assez et proposa une théorie qui tomba aussitôt dans l’oubli 2. On exhuma le tout dans les années 1990 quand les arènes financières s’ouvrirent au monde par la grâce des autoroutes électroniques. Ces chartistes de l'An II s'échinèrent à épousseter les anciennes méthodes et à en promouvoir de nouvelles, à grand renfort de rotatives. On en fit beaucoup sur le sujet des cycles, avec cette promptitude suspecte de toujours vouloir se saisir des théories mieux paraphées pour en faire valoir de plus opportunistes. On explicita derechef les cycles que la grande sœur, l’Economie, avait cru apercevoir dans sa quête d'un monde organisé. « Le Dow Jones est suffisant en lui-même pour révéler tout ce qu’il y a à savoir sur la conjoncture économique 3 ». On distingua vite des régularités dans le lacis des chroniques boursières, et d'autres, qu’on extirpa de vastes banques de données. On sut discerner autant de cycles que l’inclination personnelle et la puissance informatique qu’on y mit poussa à le faire, tenant pour peu la force du hasard, ses structures erratiques, ses constructions stylistiques aléatoirement répétées, qui donnent elles aussi l’illusion de régularités. Les justifications a posteriori pouvaient suivre, dans la plus pure tradition narrative.

En 1923, au terme d'une étude de la fluctuation des taux d’intérêt et des prix de gros entre 1890 et 1922 aux États-Unis et en Angleterre, le statisticien anglais Joseph Kitchin publia un article dans la Review of Economic Statistics où il décrivait un cycle de 40 mois, lié au rythme de fluctuation des stocks. Ce cycle court rendait compte, selon lui, des ajustements dans la gestion des stocks des entreprises, qui produisent et stockent en vue de la demande croissante qu’elles anticipent, puis, sont contraintes de réduire la production pour écouler les surplus lorsque la conjoncture se retourne. Hélas, le concept dépérit avec la part grandissante des services dans les économies modernes. Et finit même par disparaître tout à fait. Qu'importe, les chartistes boursiers distinguèrent longuement des cycles de Kitchin, sans justifier ce que les graphiques des cours
- Illusions graphiques -

(…) Les graphiques boursiers ont envahi la place. Ils sont partout, en toutes tribunes où l'économie cotée s'affiche, dans nos journaux, sur nos écrans d’ordinateur, sur les chaînes de télévision. Ils dessinent des tendances, recommandent des stratégies, en dénient d’autres, et nul n'opinerait plus sans en avoir examiné les arabesques. Le temps n’est plus à Charles Henry Dow, précurseur du genre à Wall Street. Le presse-bouton est la règle, qui nourrit la planète de diagrammes multicolores, de courbes épurées, et d'autres indicateurs, sculptés et resculptés continuellement, dans la fureur des Marchés. Les pistoleros du trading ne sont pas hommes ni femmes à louvoyer outre plus (...)

- Boursonomics 15/06/2008 -
d’une banque ou d'une société de conseils auraient à voir avec les variations des stocks. Une parenté toute théorique valida les sinusoïdes des Marchés. « Tout aussi intéressant, on peut également observer un cycle de Kitchin sur le marché boursier américain tout au long de ce siècle, cycle interrompu seulement par un déplacement de deux ans en 1946 et 1947 qui inverse celui-ci. Depuis lors, le cycle fonctionne jusqu’au milieu des années 1980 lorsqu’il est à nouveau interrompu 4 ». Rien n'est plus étranger à un trader que la vie des entreprises.

En 1862, l'économiste-médecin français Clément Juglar détailla les affaires du temps dans un ouvrage au titre indigeste 5. S’appuyant sur des données relatant les prix et les échanges commerciaux, les flux financiers, les mouvements de population et les revenus fiscaux en France, en Angleterre et aux États-Unis au XIXème siècle, il observa des vagues récurrentes d'une durée de neuf ans. Selon lui, ce cycle était lié aux variations des investissements des entreprises que les profits en hausse stimulent, encourageant la consommation et le gonflement du crédit, jusqu'à ce qu’un surplus de production apparaisse et engendre une décroissance de l'investissement. Cette belle construction aussi résistera mal à l’épreuve du temps et tombera dans l'oubli de l'e-Economie 6. Tony Plummer, auteur chartiste prolixe, n'en fut pas ému, qui écrivit :
« Le premier point est que le krach de Wall Street en 1929 ainsi que le krach des actions en 1987 sont tous deux intervenus au bas de la vague de rétablissement d’un cycle de Juglar. Mieux, ces deux évènements survinrent après un plus haut majeur de Kondratieff. Ce qui nous contraint à reconnaître la justesse du modèle … 7 ». Un archétype d'opportunisme rétrospectif, qui se déroba cependant aux trois cent cinquante analystes boursiers
- Convictions acheteuses -

(...) Vers la fin de l’été 1929, les quotidiens ne se contentaient plus de citer quels titres monteraient en séance, et de combien, mais bien l’heure à laquelle tel qu'on nommait serait travaillé ! En ces jours filés de soie, quiconque pouvait s’ériger en analyste, cireurs de chaussures compris, qui présageât la hausse avec des chances réelles de succès. Soixante ans plus tard, en octobre 1987, la vista des éditeurs de huit cents lettres confidentielles fut du même tonneau : six à peine, des gâte-sauces, suggérèrent un krach, à mi-voix. Les analystes financiers sont de ce genre, inoxydablement positifs: ils bannissent la baisse et répugnent mordicus à conseiller quoi que ce soit à la vente (...)

- Boursonomics 05/01/2008 -
du consensus du Dick Davis Digest : 5% seulement d'entre eux prédirent le krach de 1987 4. Juglar leur avait échappé.

Voici enfin Nikolaï Kondratieff, qui postula, en 1925, de longues vagues de croissance et de déclin dans les économies occidentales, discernant un cycle de 54 ans dans les taux d’intérêt, l'épargne, la production de plomb en Angleterre, etc. Ses motifs convainquirent peu. Joseph Schumpeter y discernera les innovations qui pavent la marche de l’économie, d’autres, le cycle de vie de l'humain, inflationniste et consommateur dans ses vertes années, déflationniste et conservateur en ses vieux jours, balisant le Kondratieff selon la suprématie des générations. Les économistes délibèrent. La conviction des chartistes est faite : voici ce qu’écrit l'elliottiste Robert Prechter
- Gourous chartistes -

(...) Grand vulgarisateur des thèses obscures de Ralph Elliot demeurées celées, Robert Prechter soumit les fameuses vagues elliottistes à la question, et ses prédictions furent remarquables. Cet ancien analyste de chez Merrill Lynch abreuva alors des élèves toujours plus nombreux d'une littérature scientiste, sans cesse renouvelée et rééditée, allant même jusqu'à considérer l'Histoire des Etats-Unis sous les ondulations de ces vagues primordiales. Puis vint l'embardée d’octobre 1987 qui gâta tout. Prechter devint baissier chronique et surfa à contre-courant de la hausse triomphale des années 1990. Bah, un gourou en chasse un autre ! A la fin, le flux et le reflux des vagues emporte tout (…)

- Boursonomics 26/11/2006 -
: « Le cycle de 50 à 60 ans de catastrophe et de renaissance était connu et avait été observé par les Mayas d’Amérique Centrale et par les anciens israélites (...) Nikolaï Kondratieff rapporta, dans la limite des données dont il disposait, que les cycles économiques des pays capitalistes modernes tendaient à répéter un cycle d’expansion et de contraction d’environ un demi-siècle. Ces cycles correspondent en taille à des vagues de Supercycle … 8 ». S’ensuit un laïus que seuls les fans d’Elliott entendront, embrassant la guerre de 1812 contre le blocus britannique, les deux guerres mondiales, celle du Vietnam et d'autres faits. Un tel expert eût disposé de tablettes cunéiformes qu'il nous aurait graphé la civilisation depuis Nabuchodonosor !

 
L'Histoire retient aussi les cycles saisonniers de très court terme, les cycles séculaires de Fernand Braudel 9, et les cycles intermédiaires de vingt ans de Simon Kuznets. Les chartistes ont encore à dire ! Mais sans doute négligeront-ils le plus trivial de tous les cycles, celui de Charles Kindleberger
- Le bal des patineurs -

(...) Rien ne sert de maudire les Parques, les jours filés de soie ne durent jamais. Le désastre survint à l’automne 1929, précipitant le monde dans une crise économique qui durera quinze ans avant que le pire n'ouvre un retour à meilleure fortune. Au plus tôt, le trauma fut si vif qu’on décida de corseter les usages, quitte à ruiner le système. Les banques, qui payèrent le prix fort d'avoir tant prêté à qui voulait spéculer, furent arraisonnées par un Glass Banking Act extrêmement strict. Puis, la mémoire s'estompa. Le cycle de Charles Kindleberger tendait encore à se vérifier, selon lequel un élan spéculatif ne peut reprendre tant que le souvenir des désillusions persiste (…)

- Boursonomics 02/10/2006 -
, qui rappela qu'un certain temps est toujours nécessaire aux boursiers ruinés pour oublier leurs désillusions et nourrir de nouvelles vélléités 10.

 

 

 


 

(1) Roaring twenties ou Années Folles (les années 1920)
(2) Ralph Nelson Elliott (1939) - " The Wave Principle"

(3) William Peter Hamilton en 1903, rédacteur en chef du Wall Street Journal
(4) Lars Tvede (2001) - « Psychologie des Marchés Financiers »
(5) Clément Juglar (1862) - « Des crises commerciales et leur retour en France .... »
(6) Alternatives Economiques N°178 - Denis Clerc : « Nouvelle Economie, le retour des Trente Glorieuses »
(7) Tony Plummer (1991) - « Forecasting Financial Markets » (4ème édition)
(8) Robert Prechter (1990) - « Elliott Wave Principle  » (6ème édition)
(9) Fernand Braudel (1979) - « Civilisation Matérielle, Economie et Capitalisme ... »

(10) Charles Kindleberger (1978) - « Histoire mondiale de la spéculation financière  »

 

Page 15 - « (…) Et enfin le cycle le plus flou, et le plus incertain, le Kondratieff, coïncidant avec des inventions majeures comme le chemin de fer et l’automobile. Nous pouvons noter l’espacement des crises de dix ans en dix ans dans la première moitié du XIXè siècle (…) avant que la périodicité ne devienne plus irrégulière. Nous ne cherchons pas à expliquer cette périodicité sinon pour dire qu’un temps – plus ou moins long – est nécessaire aux investisseurs après une crise pour qu’ils récupèrent suffisamment de leurs pertes et désillusions et soient à nouveau tentés par l’aventure spéculative … »

 



Illustration : Nikolaï Dimitrievitch Kondratieff (1892-1938)
 
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Published by Marc Aragon - dans Méthodologie
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9 septembre 2007 7 09 /09 /septembre /2007 23:11


Statistiques-copie-1.jpgEn ce 5 mai 1789, une grande presse accourut à l’hôtel des Menus Plaisirs : les Etats Généraux, qui n’avaient plus été réunis depuis 1614, siégeaient à nouveau, avec ce désir de conjurer le marasme financier et la dégradation des affaires de France. Le roi, monarque brouillon et indécis, discourut le premier, malhabilement. Le Garde des Sceaux marmonna ensuite les intentions du souverain, qui n’en avait aucune. Puis vint le tour de Jacques Necker, Directeur Général des Finances, banquier talentueux à la réputation bien établie ; on attendait qu’il dévoilât un vaste dessein, un plan ambitieux qui eût sorti la nation de l’ornière et qu’on pût appliquer sur l’heure : las, on eut des chiffres à n'en plus finir, jusqu’à la nausée, trois heures durant ! L'assemblée décrocha ; Louis XVI lui-même, bercé par la transe statistique, finit, dit-on, par s’endormir. Les Etats souhaitaient un homme d’action, un Bonaparte avant l’heure, ils avaient un comptable. Et entendaient mal que des chiffres pussent tenir lieu de politique.
  
Ironie de l'Histoire, ceux de Necker étaient justes, ajoutant au désarroi du ministre qui n’avait pas compris qu’aucune statistique ne vaut à l’heure des mécomptes. La révolution emporta tout, bons comme mauvais chiffres. On se chercha de nouveaux maîtres, sans autre désir que de changer de tyran. L’affairisme refit surface : de nouveaux venus, qui philosophaient naguère, se mirent à l’économie. Les chiffres revinrent à l'affiche, entre deux bordées d’axiomes imparables qu’on commentait dans une langue inconnue. Bien vite la question ne fut plus de savoir si ces chiffres étaient bons ou mauvais, mais s’ils étaient justes ou faux : car c’est un art facile que de patiner les indicateurs au bénéfice des vues que l’on veut favoriser. Winston ChurchillEconomie pure

Winston Churchill est moins connu pour son prix Nobel de littérature que pour le renom qu’il se forgea en occupant cinquante ans durant le devant de la scène britannique. Homme d’Etat de premier plan, il se plaisait à dire que l’économie surpassait son entendement, et celle-ci le lui rendit bien : en 1925, alors qu’il occupait la Chancellerie de l’Echiquier, il fit rattacher à nouveau la livre sterling à l’or, à son niveau d’avant-guerre. Las, dix années d’inflation de guerre et d’après-guerre avaient laminé la monnaie : cette parité gâta tout, le chômage augmenta, la récession s’installa, laissant à persifler John Keynes sur les « Conséquences économiques de M. Churchill » (…)

, qui prétendait ne rien entendre à l’économie, ne serait pas dupe : « Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées ». Charles de Gaulle, dans un autre contexte, réputa le fameux « l’intendance suivra » - peut-être apocryphe -, montrant tout son éloignement pour les chiffres, n’abdiquant rien à ceux qui les produisaient ni à ceux qui les commentaient savamment. Quelques-uns se hissèrent ainsi au rang d’hommes d’Etat, cependant que tous les autres, politiciens de passage, subirent, complaisamment ou non, la loi des chiffres débités au kilomètre, élevés en sainte vérité. Et, pour ne point mentir tout à fait, on les trafiqua un peu, parfois au centième près, jusqu’à l’obsession : un chiffre doit être précis, surtout s’il est faux !

L’avènement d’un modèle économique implique d’abord de surpasser le précédent, ce qui invite à des premières statistiques flatteuses. Puis, par habitude, on maintient les coutumes. Les soviétiques ne furent pas les derniers à dissimuler leurs bilans, quoiqu’ils fussent plus enclins à rationner leur communication qu’à répandre de fausses données
1. Nul n’a oublié Stackhanov et ses records truqués, ni les chiffres étonnants qu’on corna pour célébrer le communisme : ainsi l’économie des Soviets aurait-elle été multipliée par 36 entre 1913 et 1959 quand celle de l'oncle Sam doublait seulement 2 ! L’OCDE révisera : le PIB qui affichait 1501 dollars par tête en 1913 ahanait à ... 2601 en 1950 3. L’Amérique n’est pas en reste, notamment sur le front symbolique de l’emploi et de la productivité. Celle des Etats-Unis végétait : en 1995, la productivité de la main d’œuvre plafonnait à 1% en rythme annuel de croissance. Le Bureau des Statistiques de l’Emploi changea alors sa jauge : il rapporta la puissance informatique 4, doublant tous les 18 mois selon la loi de Moore, au prix du matériel, augmentant en proportion la production de chaque heure de travail effectué. Cette magie transforma 2,4 milliards de dollars de débours informatiques en 14 milliards de production et fit bondir de 20% le PIB du troisième trimestre ! Au quatrième trimestre 1995, la productivité croissait de 6,9% en rythme annuel 2 ! Voici que « le PNB américain commence à ressembler, pour la fiabilité statistique à celui de l’Union soviétique 5 » (Emmanuel Todd).
 
L'Europe ne déroge pas. Voyez l’Angleterre, Margaret Thatcher, sa dame de fer, son renouveau libéral des années 1970 ; la thérapie de choc exige des résultats à l’unisson, surtout sur la question centrale du chômage. On hésite, on louvoie : entre 1979 et 1988, le mode de calcul est changé vingt-deux fois 6 ! Le chômage baisse. En France, on s’écharpe encore sur les chiffres : fin juin 2007, l’INSEE proposait un taux de chômage moyen de 9,4% pour le premier trimestre tandis que les autorités se flattaient de 8,5% 7. Ainsi le principe axiomatique est-il que les chiffres sont justes jusqu’à ce qu’ils deviennent faux, selon le temps et l’énergie que les instituts qui les émettent mettront à les réexaminer. L’empire soviétique révisait peu, le géant américain révise beaucoup tant il se trompe dans sa hâte à produire de bonnes nouvelles, ou de moins mauvaises. Que vaut ce décompte récent du chômage outre-atlantique qui dénombra en première instance 4.000 suppressions d’emplois 8 pour le mois d’août 2007 quand on visait 110.000 créations de postes ? Outre qu’il soit décevant, quel crédit lui accorder quand le même jour on révisa les chiffres de juillet à 68.000 emplois générés contre 92.000 annoncés, pis encore, ceux de juin, ramenés de 126.000 à 69.000 7 ? La prévision est faussePresque toujours fausses

(…) Six milliards d’individus jamais en repos s’agitent et grouillent ; ce charivari planétaire défait chaque jour les vérités apprêtées la veille. Et de cette fièvre tourbillonnante, imprévisible, surgit la marche du monde, inopinée et confuse : on aimerait bien sûr que celle-ci fût plus ordonnée, mieux disciplinée, surtout, qu’elle fût plus calculable ! Mille variables, mille équations, mille ordinateurs, arc-boutés vers un chiffre magique, un seul, qui embrasserait d’un seul regard le réel tout entier : le marquis de Laplace en rêvait ! Deux siècles après, L’INSEE confessait pourtant que « les progrès de la prévision n’étaient pas manifestes » (…)

, le comptage est faux, les chiffres définitifs sont à la merci de celui qui tient le couteau et partage le gâteau. C’est la règle.
 
Nous ne savons rien des mensonges qui auront été versés dans des tableaux de bord complices, et la part frauduleuse que l’on aura su rendre miscible dans les indicateurs majeurs comme le PIB, les balances des paiements, les budgets. Coincés entre les grands équilibres, la contrainte extérieure, l’opinion qui vote et les marchés financiers qui chutent ou grimpent selon qui parle en dernier, les Etats manient la statistique en raffinant l’opaque. La prévision est un cordeau lâche qui délimite mal. Les économistes opinent, éclairés et sûrs d’eux, décodant doctement cet air du temps, jamais empêchés de commenter des chiffres parfois tout à fait faux. Et ce volapuk embarrassé éblouit autant qu’il dispense le maître de s’expliquer davantage. « Laissez trois économistes ensemble et vous êtes sûr d’avoir au moins quatre avis sur la politique à suivre 9 » raillait Milton Friedman, économiste lui-même, Nobel de surcroît. Les sociétés ne sont pas en reste : Enron, Parmalat, Worldcom et tant d’autres qui n’y allèrent pas à moitié, le cœur sur la main et la main dans la poche, déversant continûment leurs chiffres frelatés sous l’œil comparse des meilleures enseignes, banques d’affaires et auditeurs de haut vol. Hé quoi, les bancanalystesBancanalystes

(...) Ceux d’autrefois étincelaient moins. A l'écart, loin des parquets, coincés entre la comptabilité et le contrôle de gestion, on les imagine trois-pièces strict, plutôt sombre, chemise blanche contractuelle, à décrypter d’infinies chroniques de chiffres et de perspectives. Les analystes financiers de l’ancienne époque étaient sûrement de cette sorte, à s’échiner pour le roi de Prusse, décortiquant sans relâche les communiqués des sociétés afin de chiffrer les belles. Puis vinrent les années 1990, pleines d’excès et d'abus. Les commis industrieux déposèrent les bilans : la nouvelle génération sonna le carillon des roadshows, du marketing boursier et de la création de valeur (…)

 connivents ne sont jamais loin ! Aux USA, pour une recommandation à la vente, il y en avait six à l’achat en 1991 et … cent en 2000
10 ! Peu après, l'e-Economie kracha le surplus.
 
Finalement, les chiffres ne paraissent avoir de constance que dans l’excès, faisant de ceux qui s’en méfient les plus ardents défenseurs. Car il faudra bien continuer de jauger, peser, calibrer, même « si beaucoup de choses non chiffrables nous donnent une satisfaction plus grande que ce qui peut être mesuré 11 »  (John Galbraith).

 
    

 
(1) Jacques Sapir (1998) - « Le Krach Russe »
(2) William Bonner (2004) - « L'Inéluctable Faillite de l'Economie Américaine »
(3) Angus Maddison (2001) - « L'Economie Mondiale : Une Perspective Millénaire / OCDE »
 
PIB par habitant en dollars internationaux de 1990 - Pays d'immigration européenne (Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) 1913 (5257) - 1950 (9288) - Europe de l'Est et ex-URSS 1913 (1501) 1950 (2601)
 
(4) Michel Aglietta - Antoine Rebérioux (2004) - « Dérives du Capitalisme Financier »
 
Dès 1987, Robert Solow, prix Nobel d'Economie, s'était ému qu'on ne considérât pas la contribution de l'informatique dans les indicateurs de productivité. Il souleva alors le fameux paradoxe suivant : « You can see the computer age everywhere but not in the productivity statistics », que l'on peut traduire ainsi :« L'âge des ordinateurs est perceptible partout sauf dans les statistiques de productivité ».
 
(5) Emmanuel Todd (2002) - « Après l'Empire »
(6) Libération, le 27/06/1988 / Bernard Maris (1990) - « Des Economistes Au-dessus de Tout ... »
(7) Les Echos, le 29/06/2007 - « Le chômage sous la barre des deux millions »
(8) Reuters, le 07/09/2007 - « Première baisse depuis 2003 pour le marché du travail américain »
(9) Milton Friedman (1969) - « Inflation et Système Monétaire »
(10) Michel Aglietta / Antoine Rebérioux (2004) - « Dérives du Capitalisme Financier »
(11) John Galbraith (1981) – « Tout Savoir ou Presque sur l'Economie »
    

 

Illustration : Extrait du site http://www.dreams-cars.net/images/Design?D=A

 
 
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Published by Marc Aragon - dans Mythes et Réalités
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28 août 2007 2 28 /08 /août /2007 23:13
 
 
     
bernanke2-copie-5.jpgCôté cour, des équations, longues comme un jour sans pain, qui s’échinent à décrire des mondes enchantés où l’homme figure à peine, esquissé au crayon et dans la marge ; côté jardin, la haute finance, appliquée, consentante jusqu’au dernier transport, qui excelle dans l’art d'animer les équations qu’on a dites, c’est-à-dire d’y trouver le prétexte à sa quête incessante du gain. Ainsi irait le Marché, dit-on, univers de papier, empli d'évidences, mené par une mathématique bienveillante ! Hélas, voilà qu'en son épicentre étasunien, une affaire envenime toutes les autres : autocatalysée par la flambée de l'immobilier, la titrisation à outrance     - ABS, CDO et consorts -
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(…) Les crédits hypothécaires, aussitôt accordés, aussitôt titrisés mirent le feu aux poudres quand l’immobilier américain s’effondra. Les créances subprimes, consenties à des ménages insolvables offraient des taux de grande conséquence à une cavalcade d'investisseurs peu regardants, mieux étreints par les rentabilités princières que par les réalités sociales. Ainsi, alléchés par le juteux des rendements, vit-on au comble, des banquiers récupérer sous forme d’investissement les prêts qu’ils avaient pu eux-mêmes consentir, distillés dans leur propre alambic financier, quoique à l'acide. Le mistigri ne manqua pas de leur revenir comme un boomerang : on se mit à déprécier des actifs (…)
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     - Boursonomics 22/07/2008 -

de prêts à l'accession au logement, mal garantis, jusqu'à très en-deçà même des facultés de remboursement d'emprunteurs quasi-insolvables, est à l'article de dégénèrer, et menace d'empoisonner partout à l'entour. Ces crédits hypothécaires, attribués sans vergogne à des familles sous la ligne de flottaison - subprimes, laissent pressentir un armaggedon socio-financier. Quelques centaines de milliers de ménages américains, pour ne point les citer tous, sont au tapis.

Le scénario était cousu de fil blanc : la Fed, gardienne du temple, jura d’abord que le problème était sous contrôle. Mi-juin, son mentor, Ben Bernanke, déclara « qu'il n'y avait pas de signes de contagion importante de la crise du logement à d'autres secteurs de l'économie américaine » 1. Mi-juillet, le même concéda que « la croissance américaine devrait rester modérée d'ici à la fin de l'année en raison du ralentissement immobilier, qui devrait continuer à peser sur l'économie » 2. Enfin il chiffra l’aléa : « Certains estiment que ces pertes s'élèvent entre 50 et 100 milliards de dollars » 3. C’est peu dire qu'il faut craindre davantage, hors les faux-frais, c’est-à-dire l’impact humain qui, aux Etats-Unis est l’affaire de chacun et compte pour rien. N'importe: des subprime, le Marché ne retiendra que les pertes des banques, les faillites des fonds empêtrés dans les gluaux de l'ingénierie de la dette  - Les alchimistes de la dette -
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(...) L’innovation financière tourne toujours autour de l’endettement et des formes dont le génie humain le nantit pour étancher expressément sa soif de capitaux. Qu’il s’agisse de papier-monnaie, garanti par des pouvoirs volages ou des richesses présumées, d’options sur l'avenir, de montages siphonnant l’épargne, de titres étranges aux rendements impossibles, empaquetés, titrisés, l’ingénierie de l’argent n’est jamais chiche de capitaliser son insatiété. La dette qui en résulte ne manque pas d'ouailles, parfois de simples gogos, anonymes sans visage, pour être redistribuée à l'envi. L’Histoire dévide cependant le fil de la ruine pathétique qui scella toujours ces meccanos alambiqués (…)
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     - Boursonomics 07/05/2007 -

, puis louera l’acuité de quelques-uns qui auront prospéré en tirant parti de la ruine de tous les autres. Les rebuts sont inhérents au système, comme la sciure l’est au bois : seul le résultat compte, ici un meuble Empire et là un modèle économique, pour ne pas dire social. Qui tombe meurt 4. Walker Bush jugea l’économie du pays vigoureuse. Henry Paulson admit que l'Union pourrrait légèrement pâtir de la crise. Chacun dans son rôle, méjugeant des statistiques communément tenues pour mauvaises.

Souvenons-nous d’Enron, qui éleva avec constance le mensonge au rang de méthode de gestion, à l'égal d'un art de vivre. La faillite mit du temps à dégorger le passif, pointer les salaires et retraites dévastés, les pertes collatérales des complices, mais aussi à citer la haute finance qui cautionna cette cavalerie. A commencer par Goldman Sachs, banque d’affaires réputée de Wall Street, alors aux mains d'Henry Paulson, qui se couvrit de ridicule en célébrant encore l'électricien     - Take the money Enron -
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(...) « Nous jugeons que la période actuelle offre une opportunité très rare d'acheter les actions d'une firme qui demeure extrêmement bien positionnée pour croître à un rythme substantiel. Nous sommes sûrs que les on-dit négatifs autour de l'a compagnie sont faux, non fondés sur des éléments concrets (...) Nous estimons que les cours actuels intègrent les pires craintes des investisseurs ». Cette apologie titrée « Still the best of the best », rendue publique le 9 octobre 2001, fut l'édifiante contribution de la banque Goldman Sachs à la gloire de la société Enron, deux mois avant sa chute. Arthur Andersen, qui expertisait les comptes, n'avait rien trouvé à y redire (…)
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     - Boursonomics 17/08/2006 -

 peu avant sa chute. La brièveté de la mémoire financière permet aux mêmes de demeurer à la Une, et d’y renouveler leur commerce avec une égale crédibilité. Le serpent fascine la proie. Alors rien ne surprend moins que cette enquête de la SEC, le gendarme américain de la Bourse, qui soupçonne certains brokers américains, dont Goldman Sachs et Merrill Lynch d'avoir celé des pertes après avoir publié des semestriels flatteurs 5. Hé quoi, le Marché n’a d’yeux que pour ses fils prodiges, et d’oreilles que pour les bonnes nouvelles ! De ce côté-ci de l'océan, BNP Paribas, fleuron de la banque tricolore, afficha fin juillet de solides trimestriels, assurant sa faible exposition au subprime. Pourtant, dès le 10 août, l’établissement dut se résoudre à geler trois fonds
6
engagés dans le crédit à risque après avoir constaté une aggravation de l’illiquidité de certains segments de marché. Ce qui acheva de mettre le feu aux poudres.

Voyons les chiffres : Calyon, filiale du Crédit Agricole, jauge le fiasco du subprime à 150 milliards de dollars
7. D'autres, appliquant un taux de dépréciation de 10% sur les crédits accordés ces dernières années arrivent à un montant plus élevé, proche de 250 milliards de dollars 8. Le cabinet MacroMavens, sur d'autres bases, publia en juillet le chiffre de 352 milliards de dollars dans Barron’s 9. Enfin BNP Paribas estima le 24 août qu’il était trop tôt pour évaluer quoi que ce fût. Ainsi les banquiers, économistes et stratèges, cuirassés de savoir, peinent-ils à évaluer un risque qu’ils nous assurent pourtant sous tutelle. Un frisson nous gagne : la stabilité des marchés, considérée généralement comme le fruit d'une intelligence supérieure, d'une prudence avérée des acteurs et de leur grande acuité à distinguer les soubresauts macrofinanciers, ne relèverait-elle donc que d'un ballottement favorable des évènements ? Les accords prudentiels de Bâle, qui visent à assurer la sûreté du système bancaire mondial, ne seraient-ils qu’un piètre pare-feu face à la foudre d’une crise systémique en maraude ? Bah, hormis l'américaine Bear Stearns, l'australienne Macquarie, la britannique HSBC et les allemandes IKB et Sachsen, la crise du subprime n'affecte aucun autre groupe bancaire ! Que les Banques Centrales aient à abonder le marché interbancaire    - LIBOR : en avant toute ! -
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(…) Distribanques à sec, cartes de crédit hors-jeu, factures impayées, contrats commerciaux au grabat, bref, rien ne va plus ! Particuliers et entreprises ne sauraient supporter tranquillement que leur commerce défaillît d’un manque de liquidités ! Pour éviter pareille thrombose, les banques organisent le drainage en s'échangeant des capitaux au jour le jour, à plus ou moins court terme et intérêt en contrepartie. Ainsi, ce marché interbancaire, étendu aux grandes devises de la planète, qui donne licence aux unes de prêter provisoirement aux autres les fonds qui leur font défaut, préserve-t-il la fluidité de l’économie. Bien sûr, il arrive que le système dérape quand la défiance devient généralisée (…)
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     - Boursonomics 06/08/2012 -

à coup de milliards est secondaire : tout est sous contrôle.

Les Bourses ont quant à elles accusé le coup. Le 19 juillet dernier, le Dow Jones triomphait des 14.000 points, poursuivant un raid qui l’avait vu déborder les 13.000 points trois mois auparavant. On attendait qu’il s’attaquât aux 15.000 points. Alors, tout s'étiola, et l’indice se mit à dépérir, touchant un plus bas à 12.518 points le 15 août. Le CAC poussa les feux jusqu'à refluer de près de 15%, chutant de quelque mille points ! La volatilité secoua les marchés : le 08 août, une rumeur enfla selon laquelle un fonds subprime de Goldman Sachs serait en difficulté ; le Dow perdit 250 points, mais les reprit vite, en fin de séance, lorsque la rumeur fut éventée. Un mauvais geste, un mot de trop suffirait à dynamiter le tout. Alors, on se tourne vers Ben Bernanke, lui enjoignant qu’il sauve le système, pour ne pas parler des plus-values. On le presse de baisser le prime rate, au mépris des suites économiques et de la fonction d'une banque centrale qui est de s'assurer que les marchés fonctionnent, non d'intervenir pour soutenir le prix des actifs. Christopher Dodd, qui préside les Finances au Sénat, tranquillisa son monde, déclarant que Ben Bernanke serait prêt à utiliser « tous les outils à sa disposition » pour rassurer les Marchés          - Explicationnisme -
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(…) Hé, ces sacrés Marchés ! Tantôt plombés, tantôt dopés, ils saluent ou sanctionnent, sont déçus, puis dégringolent ou s'enflamment, dans le sillage de Wall Street ou Tokyo. Les investisseurs sont inquiets, puis rassurés et à nouveau inquiets ; ils prennent leurs gains (jamais leurs pertes), ils achètent à bon compte (jamais à contresens), ils ancrent leurs positions ! Ah, braves soldats inconnus de la jaserie libérale, qui n'ont ni nom, ni adresse, ni boîte postale pour nous raconter ce qu'ils voient, ce qu'ils entendent, ce qu’ils arbitrent ! Voilà qui vaut bien tous les jeux de raquettes, et tous les discours filamenteux, bref, toutes les compromissions pour ne jamais déjuger le Marché. Ni le gripper (…)
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     - Boursonomics 06/05/2009 -

. Du coup, Jean-Claude Trichet, qui dirige la BCE et envisage de hausser les taux européens passe-t-il pour un pestiféré. Les boursiers n’ont d’yeux que pour leur portefeuille !

Qui ose un pronostic court le risque de se tromper. Gageons cependant que la crise du subprime n’a pas fini de démêler son lacis : les places boursières, nettoyées de la spéculation, y gagneraient. « Un temps plus ou moins long est nécessaire aux investisseurs après une crise pour qu’ils récupèrent suffisamment de leurs pertes et désillusions et soient à nouveau tentés par l’aventure spéculative » 10. Dont acte.
  
 
    

   
(1) Les Echos, le 06/06/2007 - « Marché immobilier américain : Ben Bernanke prudent »
(2) Les Echos, le 19/07/2007 - « Les craintes sur l'immobilier américain secouent les marchés »
(3) Les Echos, le 20/07/2007 - « Les déclarations de Ben Bernanke n'inquiètent pas les marchés »
(4) François Mitterrand - « Lettre à tous les français »
(5) EasyBourse, le 10/08/2007 - « Subprime : les brokers soupçonnés de dissimulations de pertes »
(6) Les Echos, le 10/08/2007 - « BNP Paribas gèle trois fonds »
 
Il s'agit des fonds Parvest Dynamic ABS, BNP Paribas ABS Euribor et BNP Paribas ABS Eonia
 
(7) AFP, le 16/08/2007
(8) La Tribune, le 16/08/2007 - « Subprime et CDO : quel impact pour les banques ...»
(10) Charles Kindleberger (1978) – « Histoire Mondiale de la Spéculation Financière »
 

 
Illustration : La crise immobilière : image extraite du site  Blogizmo 
 
 
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Published by Marc Aragon - dans Chroniques
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29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 15:34
  
 
L'automne 1929 porta un rude coup au génie financier. La ruine de la multitude fit le lit d’un génocide bancaire sans précédent 1 qui abîma pour longtemps les velléités innovatrices des uns aussi bien que les illusions de tous les autres. Un demi-siècle s’écoula et rien ne brusqua plus les corbeilles. Les âmes s’apaisèrent ; l’ordinaire gouverna les places, s'échauffant ici ou là, autour par exemple des monnaies durant les Trente Glorieuses, puis pavant l’effondrement de Bretton Woods 2, mais tout parut mieux rouler. Las, les marchés financiers ne sont pas à biaiser indéfiniment, ni les hommes qui les pensent à opiner sans fin lorsque l’argent est si près. L’occasion survint à la fin des années 1970, quand on préféra le Marché aux vues keynésiennes : la déréglementation devint le nouveau credo. Un vent de modernisation souffla sur Wall Street et ses dépendances : l’heure des tycoons, raiders et autres magiciens de la financeMagie financière aux Caïmans

(…) Rien ne fixe mieux les hedge funds que l'exotisme pénétrant de leurs domiciliations : 80% d'entre eux sont enregistrés dans les îles Caïmans, un caillou caribéen de 262 km2, sous tutelle britannique, à la législation libérale, où nichent quelque 30.000 établissements dont 544 banques et 350 sociétés d’assurance ; 45 à 65% des fonds éliraient la charmante opacité de cet éden fiscal ! Point de laminoirs ou de hauts-fourneaux sur l'île, ni davantage d'angélisme : le credo des hedge funds, électrons libres de la finance offshore, est celui de la quête absolue du gain. Alors la magie financière entre en jeu, qui excelle à trancher une dette en cubes ou en rondelles (…)

 avait sonné. On se mit au meccano.

Michael Milken écrivit les premières pages de l’Histoire moderne. Dès 1972, il se piqua de titres de second plan, snobés par le sérail, dont il fera un élément clé du financement industriel : les junk bonds - obligations pourries. Ces titres à fort rendement et à haut risque, émis par des sociétés en déclin, les « anges déchus » (fallen angels), bouleverseront la face de l’économie américaine. En 1977, la banque Lehmann Brothers lance ses premières émissions d'obligations de pacotille, notamment pour le compte de Pan Am, auprès de ses clients habituels, qui s’en débarrassent vite : il n’y a alors qu’un seul preneur, Michael Milken, qui les replace aussitôt avec brio. Dès lors, l’homme lige de Drexel 3 n’aura de cesse de talonner les grosses mains de Wall Street afin de créer un véritable marché, c’est-à-dire une liquidité suffisante pour aider les échanges de junk bonds. Il y réussira mieux que bien, et bientôt sa banque dirigera des émissions massives pour les « étoiles montantes » (rising stars). Puis le jeu dérape : de délits d’initié en fraudes diverses, Michael Milken finira par être serré en geôle. Mais son principe demeure, dans la plus pure tradition des alchimistes de la detteLes alchimistes de la dette

(…) L’innovation financière tourne avec constance autour du pouvoir démultiplicateur de l’endettement, en réponse au besoin exprès de capitaux. Qu’il s’agisse de papier-monnaie, garanti par des pouvoirs volages ou des actifs présumés, d’options hypothétiques, de légos siphonnant l’épargne, ou de titres étranges aux rendements inouïs, l’ingénierie de l’argent n’est jamais chiche de capitaliser son insatiété. La dette qui en résulte ne manque pas de bras pour être revendue à l’envi. Néanmoins, l’Histoire nous conte assez la fin pathétique des architectes de la finance ; chaque fois, ce génie fut rattrapé par la turpitude banale des contreparties occultes et des délits d’initiés (…)

. Il montre comment un marché peut toujours s’organiser autour d’un mauvais papier : les prêts hypothécaires accordés à des ménages quasi-insolvables (subprime) sont de cette filiation, qui menacent aujourd’hui la sphère financière américaine.
 
A la même époque, trois virtuoses de Bear StearnsLa réussite, spécialement dans les affaires d'argent, est une source permanente d'émerveillement pour la multitude ; la fascination qu'elle exerce est à l'échelle des capitaux brassés, qui voltigent par milliards, sans relâche, et nul ne saurait se représenter que la magnitude de ce tourbillon financier pût dériver d'individus au génie moins éclatant. Ainsi le succès, en cette matière et d'autres, secrète-t-il une race d'hommes loués pour l'acuité de leurs vues, la fulgurance de leurs jugements et leur capacité à embrasser le réel d'un coup d'œil …, une banque d’affaires embourbée dans le subprime 4, se lancent avec 120.000 dollars en poche : en 1976, Jérôme Kohlberg 5, Henry Kravis et George Roberts forment KKR, le premier fonds d’investissement. Au menu : rachat de sociétés non cotées (private equity) grâce au levier de l'endettement (LBO), une technique consistant à gager l’emprunt sur les revenus futurs de la proie, sans scrupule pour les entreprises, qu’on dépècera au besoin, et les salariés, qu’on licenciera s’il y a lieu 6. Au fil du temps, le fonds peaufine son style, étageant mieux ses financements entre cash, junk bonds et recours bancaires. Et n’était-ce le raid hostile sur RJR Nabisco en 1988, qui se solda par un désastre, le bilan ébouriffe : en trente ans, KKR aura mené 145 opérations pour un montant de 274 milliards de dollars 7 ! Aujourd’hui assagi, le fonds n’agit plus sabre au clair, ni seul pour les plus grandes affaires : à l’été 2006, un ensemble de fonds 8, KKR en tête, déboursa 33 milliards de dollars pour acquérir HCA, une chaîne de cliniques, et fit mieux en février 2007 en enlevant l’électricien texan TXU pour 45 milliards de dollars. L’endettement est toujours la clé de voûte de l’édifice : la reprise en cours du britannique Alliance Boots n’y fait pas exception, qui prévoit un emprunt de 18,3 milliards de dollars pour une acquisition de 22 milliards de dollars. Mais c’est devenu un problème.
 
Car en ces temps de doute sur la croissance américaine, et sur fond d’une crise immobilière qui menace de contaminer tous azimuts, les dernières opérations de LBO peinent à se dessiner. Plusieurs transactions ont dû être annulées, reportées ou renchéries : le fonds Carlyle s'évertue à lever 1,2 milliard de dollars pour s’offrir Zodiac, Cerberus éprouve les pires difficultés à réunir les 12 milliards de dollars du rachat de Chrysler. Et bien sûr KKR, qui paraît embourbé dans son guêpier britannique : les banques chargées de financer Alliance Boots 9 sont à revoir leur offre. Les conditions de prêt se tendent, fidèles reflets de la nervosité d'un marché immobilier surchargé de subprime. Le leader du crédit hypothécaire américain, Countrywide Financial, a publié de mauvais chiffres : les carences de ménages insolvables à qui l’on prêta éhontément s’ajoutant à l’embarras de revendre convenablement les maisons saisies ne manquent pas d’impacter les prêteurs qui encaissent des pertes. Et avec eux, la cohorte d’investisseurs qui leur aura acheté des titres financiers adossés à ces prêts immobiliers et qui demande aujourd’hui plus de garanties et une meilleure rémunération. En somme des taux d’intérêt plus élevés. Cette tension affecte la finance d’entreprise, notamment le secteur impétueux du LBO qui dynamite de longue date la cavalerie des fusions-acquisitionsLe PIB entier du Pérou n’eût pas suffi à prendre l'affaire ; ni mieux les recettes cumulées des dix entreprises les moins argentifères du CAC : en mars 2006, AT&T, géant américain des télécoms, initiait un projet de fusion-acquisition monstre sur BellSouth Corp, une Baby Bell née de sa scission en 1984. Coût de l'opération : 89,432 milliards de dollars … et porte littéralement la Bourse vers des plus hauts héroïques.
  
Selon Thomson Financial, les fonds d’investissement ont versé 11 milliards de dollars aux banques d’affaires en 2006. Le marché du LBO qu’ils animent se nourrit d’endettement pour deux dollars sur trois, laquelle dette est ensuite syndiquée, c’est-à-dire coupée en tranches, en rondelles, auprès de tiers qui assumeront le risque. D’ici fin 2007, quelque 300 milliards de dollars de dettes LBO devront trouver preneurs 10 ! Il en va de même pour ces prêts immobiliers risqués, les subprime, que l’industrie financière titrise à outrance (ABS, CDO, ...), dont les hedge funds sont très friands, jusqu’à l’étouffement : l’australien Absolute Capital, détenu pour moitié par ABN AMRO, a d’ores et déjà annoncé la débâcle de deux de ses fonds ; tout comme Bear Stearns, déjà cité. On attend la suite. Car en réalité tous ces produits ne font qu’un et lient toutes choses ensemble : en disséminant le risque à l’infini plutôt qu’en le confinant sur des prêteurs précisément payés pour l’assumer, la titrisation de la dette aura mieux inondé la planète de liquidités que tous les yens du carry tradeVoici l'Islande : ses Hautes Terres, au centre de l’île, inhospitalières, trouées de sources thermales et de geysers d’où l’eau bouillante jaillit ; à l’entour, ses côtes, perlées de fjords, peuplées de 300.000 âmes, au mieux. En 1991, le cabillaud se raréfie, les pêcheries déclinent, l’économie s'étiole. Le parti de l’Indépendance, qui vient au pouvoir, met fin à l’Etat providence et dicte une thérapie de choc …. Et ce flot continu d’argent facile aura fouetté la fièvre acheteuse de marchés financiers peu enclins à se préoccuper de l’intendance pourvu que l’ivresse les maintînt hors du temps, en apnée, suspendus au-dessus du vide. Signe avant-coureur ou simple correction : le Dow Jones vient de rendre 750 points d’indice en peu de jours …
 
Les thuriféraires des marchés efficients, autorégulateurs et sans âme, nous affirment que la dispersion des risques protège la planète d’une crise systémique. Tant mieux. Stephen Schwarzman, cofondateur et PDG de Blackstone, un titan du LBO, vient quant à lui de disséminer les siens en s’introduisant en Bourse. Juste à temps ? Qui sait ! « C’est un château de cartes quelle que soit la manière dont vous les empilez. Elles tiennent ensemble et tombent ensemble » (Harry D. Schultz). C'est à voir.
 

  
   

  
(1) Historical Statistics of the United States : 25568 banques en 1929, 14772 en 1993
(2) Charles Kindleberger (1978) – « Histoire Mondiale de la Spéculation Financière »
(3) Dominique Nora (1989) - « Les Possédés de Wall Street »
 

L'histoire de la banque Drexel Burnham Lambert commence en 1935 quand Tobby Burnham crée la maison Burnham & Co. Le vent de modernisation qui souffle sur Wall Street  dans les années 1970 pousse la banque à s'agrandir : en 1973, elle absorbe la firme Drexel Firestone, réputée mais en perte de vitesse, où officie le jeune Michael Milken. En 1976, elle rachète la « boutique de recherche » Lambert Brussels Witter. La banque prendra alors le nom de Drexel Burnham Lambert. Sa déconfiture finale sera actée le 13 Février 1990 à la suite de nombreuses enquêtes pour fraudes et délit d'initiés autour de Michal Milken, Ivan Boesky et Dennis Levine. En particulier, Michael Milken fut inculpé pour 98 chefs de fraude en 1989, dont délit d'initié. Il fut condamné à dix ans de prison mais n'en fit que moins de deux. 


 
(4) Le Figaro, le 26/07/2007 - « Le subprime coule Wall Street »
(5) Jérôme Kohlberg quittera KKR en 1987 ; il créera peu après son propre fonds Kohlberg & Co
(6) Les Affaires.com, le 17/04/2007 - « Qui est KKR ? »
 

« Le distributeur de jouets Toys' R' Us, racheté en mars 2005 par  KKR et Bain Capital, a supprimé depuis plus de 75 magasins et quelque 3000 emplois, soit 11% des effectifs. »
  
(8) KKR, Bain Capital, Merrill Lynch Global Private Equity et Thomas First Jr fondateur de HCA
(9) Deutsche Bank, JP Morgan, Unicredit
(10) Les Echos, le 26/07/2007 - « Les Fonds LBO et leurs Banques Victimes du Subprime »
 

 
 
Illustration : Image extraite du site Alan Walsh, MBA 
 
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17 juin 2007 7 17 /06 /juin /2007 01:49
 
 
 
On aurait tort de se déclarer surpris. Encore moins de se plaindre. Les marchés financiers, capricieux, qui vagabondent depuis l’apparition des sociétés de capitaux 1, alternant à l’envi bulles et krachs, nous ont montré ces derniers jours toute l'ampleur de leur irrésolution. Juin partit à l'envers, signant un premier quart affreux : un temps, on crut même l’heure venue d’une sévère correction quand toutes les places mondiales vacillèrent. Paris rendit 4,62%, c’est-à-dire tous ses gains depuis mi-avril, Francfort dérapa de 4,97% ; Wall Street, maître du jeu, parut moins affecté, qui vit le Dow Jones reculer de 1,78%. Comme toujours, on qualifia la saignée de saine, voire de salutaire : quelques milliards, pas davantage, changèrent de mains. Puis le temps revint aux affaires par la grâce d'un homme, un seul, qui apaisa les foules. Les marchés se relevèrent, partout, unanimes et haussiers : le printemps 2007 se porterait beau. Ainsi, un seul homme parla, Ben Bernanke, sherpa de la finance mondiale et grand ordonnateur de l’économie planétaire, qui remit les pendules à l’heure américaine sur la question de l’inflationLe grand public est attentif à l’inflation, et singulièrement depuis le premier choc pétrolier, en 1973, qui marqua les esprits. Les pays de l’OCDE durent alors affronter des taux très supérieurs aux 4,9% annuels qui roulaient en moyenne depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Un pic survint en 1974, « l’année d’après », qui afficha un sinistre 13%, bientôt suivi, en 1980, d’un à peine meilleur 11,5% … et divers sujets. Les faiseurs d’argent et autres pistoleros du fait boursier, qui ont un commerce à défendre, firent le reste. Les indices bondirent : le DAX allemand remporta la palme, qui refit 5,80% du 11 au 15 juin. Flash-back.

  
Mercredi 13 juin 2007, 20 :00. Benjamin Bernanke se livre à un exercice de style de haute voltige, digne successeur d’un Alan Greenspan qui avait fait de la rhétorique ampoulée un élément à part entière de sa politique. Comme la pythie de Delphes, un patron de la Réserve Fédérale ne dit pas : il fait signe 2 ... Commentant le « Beige Book » qui rassemble les opinions des douze banques fédérales régionales sur l’état de leurs territoires, Ben Bernanke accréditera brillamment une résorption graduelle de l’inflation et un rebond de l’économie au second trimestre après la croissance chétive du premier. « Sept districts ont décrit leur croissance économique comme modeste ou modérée, tandis que les autres l’ont qualifiée de modérément vigoureuse, en légère hausse ou un peu plus rapide qu’au cours des mois passés » 3. On ne saurait être plus évasif. Bah, la croissance de l'Union, qui n’aura crû que de 0,6% au premier trimestre – la plus faible progression depuis le dernier trimestre 2002 après une expansion de 2,5% au quatrième trimestre 2006 -, n'était-elle pas annoncée à hauteur de 1,3% fin avril 2007, un mois avant sa parution définitive 4 ? L’erreur économique est désormais admise, et l’on a peu de peine à comprendre combien elle est enchaînée à l’air du temps. Des hommes importants parlent et nous les croyons : les marchés financiers, amnésiques et peu regardants, confirmèrent. Le CAC enfla de 1,90% dès le lendemain, sa meilleure performance de l’année 5. On fit jouer la clique.
 
Vendredi 15 juin 2007, 14:30 : le monde éveillé n’a d’oreilles que pour les statistiques américaines qui cadencent quotidiennement la sismographie boursière. Les annonces attendues sur l’heure n’ont rien du subalterne qui parsème l’ordo des marchés : rien sur les commandes des entreprises de la région de Chicago ou sur le moral des fermiers de l’Ohio … Non, en ce jour des Sorcières, où se dénouent contrats à terme et options, on sert un menu grand siècle. Première salve : les prix à la consommation outre-atlantique pour le mois de mai : ils sont mauvais, c’est-à-dire moins bons que prévus. L’inflation affiche un triste 0,7% contre 0,6% attendu, le pire chiffre mensuel depuis septembre 2005. Cependant, hors alimentation et énergie 6, les prix n’ont augmenté que de 0,1% : on tablait sur 0,2%. Ce qui change tout ! « Y a-t-il une satisfaction à être le peuple le plus gras de la planète » s’interrogeait récemment George W. Bush, quand son père, quelques années plus tôt décrétait que « le mode de vie des américains [n’était] pas négociable ». Ainsi, hormis l’essentiel qui nourrit son homme, le transporte et l’éclaire, les prix refluent au pays le plus goulu des terres habitées. Cet habile tour de passe-passe éloigna le spectre d’une hausse du prime rate de la Fed qui hantait encore la planète peu de jours auparavant : les marchés, myopes et court-termistes, s'enflammèrent aussitôt. En une demi-heure, le CAC se haussa de 50 points, soit près de 0,8%, fifres et tambourins à la tribune.
 
Même jour, 16 :00. Le deuxième acte s’annonce. Entre-temps, les traders ont pris acte de la stagnation de la production industrielle, et de l’augmentation du déficit de la balance courante des Etats-Unis pour le premier trimestre 2007, à 192,6 milliards de dollars contre 187,9 au quatrième trimestre 2006, « pas autant que l’avaient craint les analystes » : on redoutait 195,8 milliards de dollars 7. Mauvais mais moins mauvais, c’est bon, comme l’avait été ce même déficit en avril, à 58,495 milliards de dollars 8, inquiétant mais meilleur que prévu. A l’heure dite, l’université du Michigan publie son indice de confiance des consommateurs. Hélas, le moral des ménages s’est détérioré, de façon inattendue, ressortant à 83,7 contre 88,3 en mai. Davantage, les économistes d’Ann Harbor incriminent le prix élevé de l’essence qui précisément ne figure pas dans le core PCE 6. Et les anticipations d’inflation à un an apparaissent en hausse, à 3,5%, au plus haut depuis dix mois, bien au-delà des 2,5% ciblés par la Fed 9. Les marchés ne s'en émurent pas, qui craignent pourtant l’inflation, la hausse de taux, la raréfaction de l’argent, le ralentissement de la croissance et autres conséquences néfastes aux affaires. Il n’en sera rien, nulle part : ainsi, pour le temps indéterminé où leur intérêt le leur commandera, les investisseurs demeureront convaincu de lendemains qui chantent. Jouez hautbois, résonnez musettes !
 
Deux jours suffirent pour refaire le chemin perdu. L’euphorie surmonta la morosité avec un zèle égal, l’une et l’autre attisée par toutes sortes de commentateurs, rompus au bavardage et à l’idée que les marchés font l’opinion et non l’inverse. L’ascendant qu’exercent la haute finance éclairée et ses obligés sur les investisseurs déroute le commun du réel, comme le serpent fascine la proie. Alors, rien de ce qui se trame à l’entour n’a plus de prise, le consensus organisé éteint l’esprit critique et chacun n’a plus d’intelligence que ce qu’il voit faire ou entend dire. Exit la croissance, modeste, modérée, modérément vigoureuse mais pour l’heure en berne, les déficits jumeaux américains, abyssaux, l’inflation que les ménages pressentent, l’endettement massif des uns, les 4x4 énergivores des autres, bref, rien que l’on ne sache déjà et que l’on a assez dit ici et ailleurs. Quand les chiffres déçoivent, on biaise, on louvoie, on cite à comparaître les mâles alpha qui ont à dire sur ces sujets : Henry Paulson, secrétaire au Trésor qui « suit attentivement la croissance et croit que l’économie américaine est en bonne santé » 10, Ben Bernanke, bien sûr, qui sauva la mise en dernier lieu au prix des acrobaties que l’on sait. Alan Greenspan, ex-maestro, disserte parfois, éconoclaste, qui dit l’inverse, c’est-à-dire le vrai et incendie la plaine. Bah, c’est un vieillard : lui servira-t-on enfin son requiem !?
 
Et puisqu’il fut beaucoup question de fanfare, concluons sur une parabole militaire du général français Michel Roquejoffre qui commandait l’opération Daguet lors de la première guerre du Golfe. Cependant qu’un journaliste lui demandait quand l’offensive terrestre interviendrait, il répondit : « Les troupes au sol interviendront quand elles interviendront si elles interviennent ». Il en va de même du retour aux réalités des marchés financiers. Impossible d’être plus précis.
 
    

  
 
 
Vers 1250, des bourgeois de la ville de Toulouse créent «  la société des Moulins du Bazacle » dont les 96 parts, appelées « Uchaux », voient leur prix varier en fonction de la conjoncture économique et du bon fonctionnement des moulins établis sur la Garonne (cette société figurera à la cote de Toulouse jusqu’en 1946).
 
(2) « L’oracle n’approuve ni ne désapprouve, il fait signe » - Héraclite, dit l’Ancien ou l’Obscur
(3) Reuters, le 13/06/2007
(4) Reuters, le 31/05/2007 - La croissance est exprimée en rythme annualisé
 
(5) La hausse quotidienne la plus importante en 2007 (à ce jour) intervint le 11/01 avec +1,96%
(6) Personal Consumption Expenditures (PCE) - Cet indice central est dit « core »
 
En France, l'indice des prix à la consommation (IPC) est l'instrument de mesure, entre deux périodes données, de la variation du niveau général des prix des biens et des services proposés aux consommateurs sur l'ensemble du territoire. Une faible part, moins de 5 %, des biens et services ne sont pas couverts par l'indice : il s'agit principalement des services hospitaliers privés, de l'assurance vie et des jeux de hasard.
 
Les prix sont pondérés selon la structure de la consommation de l’ensemble des ménages. Pour 2007, la pondération est la suivante : Produits alimentaires et boissons non alcoolisées (15%) – Boissons alcoolisées et tabac (3,3%) – Habillement et chaussures (5,2%) - Logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles (13,7%) – Ameublement, équipement ménager et entretien courant de la maison (6%) - Santé (10%) – Transport (16,5%) – Communications (3%) – Loisirs et culture (9,1%) – Education (0,2%) – Hôtellerie, cafés, restauration (6,6%) – Autres biens et services (11,4%)
 
(7) Dow Jones, le 15/06/2007
(8) http://www.census.gov/foreign-trade/statistics/historical/gandsbal.pdf
(9) Reuters, le 15/06/2007
(10) Les Echos, le 02/03/2007
 
 
 
 
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21 mai 2007 1 21 /05 /mai /2007 23:42


Economie pureWinston Churchill est moins connu pour le prix Nobel de littérature, qui lui fut décerné en 1953, que pour la réputation éternelle qu’il se forgea en demeurant cinquante années durant sur le devant de la scène politique britannique, s’opposant notamment aux desseins nazis avec le courage que l’on sait. Homme d’Etat de premier plan, controversé un temps, adulé un autre, il se plaisait à dire que l’économie dépassait son entendement, et celle-ci lui rendit bien la monnaie de sa pièce : en 1925, cependant qu’il occupait la Chancellerie de l’Echiquier, il prit la décision de rattacher à nouveau la livre à la relique barbare, l’or. Il la fixa à son niveau d’avant-guerre. Malheureusement, une décennie d'inflationL'inflation, mi-ange mi-démon

(…) Le grand public est attentif à l’inflation, et singulièrement depuis le premier choc pétrolier, en 1973, qui marqua les esprits. Les pays de l’OCDE durent alors affronter des taux très supérieurs aux 4,9% annuels qui roulaient depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Un pic à 13% survint en 1974, bientôt suivi, en 1980, d’un à peine meilleur 11,5%. Dès le premier choc, l’inflation se mit à accélérer en même temps que le chômage croissait, forgeant cette idée que la santé d’une nation se mesure à son taux d’inflation. Ainsi, depuis lors, l’opinion perçoit-elle un taux élevé comme un signe de désordre économique, tandis qu’elle assimile un taux faible à la prospérité (…)

 traumatique avait laminé le sterling : cette parité gâta l'affaire, le chômage augmenta, la récession s’installa : John Keynes persifla sur les « Conséquences économiques de M. Churchill ». Mais l'homme avait de la bouteille ; à son tour, il vilipenda bientôt qu’il en connaissait assez sur l’économie pour estimer salutaire le départ de Sir Montagu Norman 1, rien de moins que le gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui professait la primauté des marchés et le besoin de « sortir les problèmes économiques du champ politique » 2. Une vieille antienne que chanteront en chœur tous les théoriciens libéraux.
 
  
L'Etat ou le Marché, le pouvoir de régenter ou la liberté d'entreprendre ? Cette valse-hésitation demeure entière depuis le crépuscule de l'Ancien Régime, quand les Lumières éveillèrent les esprits et soufflèrent ce vent d'indépendance, hors des fers, qui ventila les places. La philosophie de l'abbé CondillacLes dieux d’Epicure

(…) Dès 1776, Etienne Bonnot de Condillac, un abbé qui se piquait d’économie, comprit qu’il faudrait changer de braquet et de langage. Son entrain littéraire, pour autant qu’il pût convaincre, manquait en effet des démonstrations formelles qui auraient assermenté les thèses assurant la contre-productivité des taxes et des réglementations. La philosophie se muta en « science économique », sans alors d’autre répit que de troquer ses oripeaux de simple matière narrative contre les habits de lumière de la vraie science La mathématique absolue allait déferler sans partage : elle assignerait d'ici peu à résidence toute la rhétorique sociale des pères fondateurs (…)

 s’empara bientôt de la question, jusqu'à insinuer du calcul dans la rhétorique pour mieux fixer les esprits : l'économie prit goût à la science, et s'enfla d'en remontrer. Assez vite, les mathématiques furent citées à comparaître, sur ce sujet et d’autres, affirmant en force la nature quantitative des lois économiques, c’est-à-dire leur filiation à la famille scientifique. Après l’intermède keynésien, les néo-classiques reprirent la main, et raffinèrent l'algèbre du siècle précédent, sous la houlette de Milton Friedman, l’un de ceux qui imprégna le plus la pensée du XXème siècle. D'aucuns, libertariens 4, opineront d'emblée que l’Etat n’est en rien nécessaire à la vie du Marché, quand il ne l'entrave pas de surcroît. Chacun s’échina à démontrer ses vues, alignant équations et inconnues, desquelles émergeraient, du moins le souhaitait-on, une loi d’airain qui installerait le Marché à sa véritable place, la première. Rien de probant n’émergea de cette forge. Car le temps ne se fige jamais, et la nature humaine, changeante, ignore souvent l’attitude que les théories lui vouent. Toute la grandeur des hommes d'Etat est là.
 
Universitaires et gouvernants s'aiment, eux non plus ! Voyez ces banques centrales : en 2004, la Banque de Suède nobélisa Finn Kydland et Edward PrescottLa controverse Nobel

Le choix des lauréats Nobel de l’année 2004, section Economie, fut la goutte qui fit déborder le vase : l’américain Edward Prescott et le norvégien Finn E. Kydland obtinrent le prix pour un article de 1977, dans lequel ils avaient savamment établi, mathématiques en bandoulière, que les Banques centrales doivent échapper à toute pression des élus. Un pur bijou néoclassique ! Le libéralisme y gagnait un supplément d'âme, et les écomathématiciens, un surplus d'empire sur les élites dirigeantes. La haute finance endimanchée, jamais en reste de baliser son pré carré, salua aussi, Banque de Suède en tête. D’aucuns, épris de scientificité, se crispèrent (…)

 pour des travaux de 1977 qui fondaient la nécessité de protéger les banques centrales de la pression des élus. C’est-à-dire qui théorisaient l’indépendance des grands argentiers. Dans leur discours, les lauréats prirent à témoin la situation britannique, néo-zélandaise, mais aussi … suédoise ! D'aucuns trouvèrent la potion amère ; un vent de fronde souffla alors sur la planète scientifique, qui écorna le renom des nominés et celui de leurs travaux : la question continua de diviser. L'Histoire elle-même bégayait : en 1946, après deux cent cinquante années d'indépendance, la Banque d’Angleterre fut nationalisée, sûrement au grand dam de Sir Montagu Norman ; puis vint le néo-libéralisme thatchérien, qui, curieusement, ne trouva rien à redire à cette soumission de la Banque au pouvoir politique ; enfin, en 1997, les travaillistes rendirent à la vielle Dame sa liberté, satisfaisant à l’occasion aux conditions du traité de Maastricht pour une éventuelle entrée dans la zone Euro.
On vit en France, à l’occasion des présidentielles 2007, les deux principaux candidats émettre des opinions critiques sur le rôle de la Banque Centrale européenne. Sans doute n’avaient-ils pas entendu Kydland et Prescott. Ils en entendront d’autres, peut-être, selon l’intérêt qu’ils auront à le faire.
 
Au fond, les uns semblent avoir besoin des autres : les économistes, peu recherchés par les entreprises privées qui goûteraient mieux des prévisions plus fiablesPresque toujours fausses

(…) Six milliards d’individus jamais en repos s’agitent et grouillent ; ce charivari planétaire défait chaque jour les vérités apprêtées la veille. Et de cette fièvre tourbillonnante, imprévisible, surgit la marche du monde, inopinée et confuse : on aimerait bien sûr que celle-ci fût plus ordonnée, mieux disciplinée, surtout, qu’elle fût plus calculable ! Mille variables, mille équations, mille ordinateurs, arc-boutés vers un chiffre magique, un seul, qui embrasserait d’un seul regard le réel tout entier : le marquis de Laplace en rêvait ! Deux siècles après, L’INSEE confessait pourtant que « les progrès de la prévision n’étaient pas manifestes » (…)

, prospèrent auprès des gouvernants. La source de revenu et le prestige qu’ils en retirent dépendent assez de l’empathie de leurs théories avec l’air du temps, c’est-à-dire de la capacité des hommes politiques à s’en prévaloir. Quant à ces derniers, ils y trouvent le confort de pouvoir justifier leurs options à l’aune d'obscures vérités, invérifiables, généralement invérifiées. On vit cela aux Etats-Unis, dans les années 1970, quand la Reaganomics, c’est-à-dire la politique ultra-libérale de l’Union, roulait de concert avec l’école de Chicago 5, sans que l’on sache bien laquelle des deux entraînait l’autre. La tradition française est plus à la méfiance : Charles de Gaulle ergotait moins - « L’intendance suivra » (formule peut-être apocryphe) - ; François Mitterrand, plus irrité, lâcha, en 1975 : « L’économie n’est qu’une ébauche des sciences humaines, c’est-à-dire une discipline dont l’approche des méthodes échappe à la rigueur des sciences exactes, en ce que l’expérience essentielle qui permet de conclure qu’une hypothèse émise est vraie ou fausse n’existe pas » 6. Ainsi certains ne s'en laissent-ils pas compter, et décident. Quoiqu’on pense d’eux.

On n’opinera pas ici sur l’efficacité des politiques menées par les uns et les autres, tant c’est un art facile de tirer la flèche du Parthe quand la pièce est jouée et les faits connus. Winston Churchill s’égara en 1925 sur la parité livre-or, avec les séquelles que l’on a dites ; en 1945, Charles de Gaulle, alors chef du gouvernement provisoire, privilégia l’inflation, à tort ; François Mitterrand dut faire machine arrière dès 1982 sur le plan de relance qu’il avait engagé, à peine élu. Ainsi le poids des réalités s’impose-t-il aux dirigeants, renversant toujours les modèles économiques les plus huilés que l’on voudrait à l’égal des phénomènes physiques : prévisibles et permanents. Rien ne fut pourtant négligé, depuis Léon Walras et ses « Eléments d’économie politique pure », jusqu’à Maurice Allais et son « Traité d’économie pure » ou encore Milton Friedman et ses « Essais d’économie positive », qui œuvrèrent tous à ce que l’économie accédât au rang suprême de Science. La pureté devint une obsession, incantatoire, jusqu'à l'absolu, c'est-à-dire le vide 7 ! Et l'essentiel se perdit dans le flou des assertions originelles, sous la mitraille mathématique.
« De longues années au service de l’économie pure et une carrière prestigieuse d’économiste peuvent laisser assez ignorant de l’économie réelle » 8. Quelques politiques feraient bien de s’en souvenir, qui penseraient se hausser au niveau d'homme d’Etat.
 
John Keynes continuait « d’espérer et de croire que le jour [n’était] pas éloigné où le problème économique [serait] refoulé à la place qui lui revient : l’arrière-plan » 9. Il n’est pourtant pas vain de chercher encore ; plus désintéressés, moins idéologues, les économistes courraient moins le dénouement unique. Il y aurait à gagner.

 



(1) John Galbraith (1981) – « Tout savoir ou presque sur l’économie »
(2) Revue d'Economie politique, Juillet/Août 1999 - « L'Etat, la City et l'euromarché »

Gary Burne, l’auteur de l’article, cite ici Emile Moreau, gouverneur de la Banque de France de 1926 à 1930. Montagu Norman dirigea la Banque d’Angleterre pendant 25 ans, de 1919 à 1944. Dès 1922, il appuya les milieux d’affaires de la City de Londres pour opposer une résistance aux forces politiques appelant l’Etat à intervenir sur les marchés.  

 

(3) Etienne Bonnot de Condillac (1776) – « Le commerce et le gouvernement »
(4) Le Monde DIplomatique, Février 2005  – « L'imposture »
(5) Université privée de Chicago et Ecole de pensée néo-classique

 

Fondée notamment par Frank Knight, théoricien du risque et de l'incertitude, l'Ecole dite de Chicago a fourni de nombreux lauréats du Prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques à la mémoire d'Alfred Nobel. La liste ci-après décline un appariement possible des professeurs, doctorants, et/ou proches de cette Ecole : Milton Friedman (1976), Théodore Schultz (1979), George Stigler (1982), Gérard Debreu (1983) James Buchanan (1986), Harry Markowitz (1990), William Sharpe, (1990), Merton Miller (1990), Ronald Coase (1991), Gary Becker (1992), Robert Fogel (1993), Robert Lucas (1995), Robert Merton (1997), Myron Scholes (1997), James Heckman (2000) - Depuis 1969, la Banque de Suède a récompensé 55 économistes.

 

(6) François Mitterrand () - « L'abeille et l'architecte »

(7) Cité par Bernard Maris (1990) - « Des économistes au-dessus de tout Soupçon »

(8) Autisme-economie.org citant Jean-Yves Caro (Association Française de Science Economique=

(9) John Keynes - « Théorie Générale de l'Emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie »

 

 


 

Illustration : Vilfredo Pareto (1848-1923)

 

 
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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 00:16
 
 
 
Place aux jeunes ! Voici venu le temps des quinquagénaires, celui de la modernité, du renouveau, porté par des hommes et des femmes, leaders politiques ou chefs d’entreprises, étreints par l’enthousiasme et la volonté d’agir ; cet air du temps nous comble, et nous sommes pressés de croire tout ce que l’on nous dit aussi bien qu’impatients de faire tout ce que l’on nous conseille. Parfois même au mépris des leçons de l’Histoire. Une mode passe, une autre surgit, au gré des générations qui se succèdent, chacune plus assurée que la précédente de l’acuité de ses vues et de l’ardeur de ses prescriptions. Quelques idées, délaissées pour ce qu’elles avaient failli, refont surface après que celles qui les avaient supplantées, plus en vogue ou mieux en cour, n’eurent pas mieux réussi. Ainsi naît cet inextinguible recommencement des usages, entre progrès et conservatisme, selon la pensée du moment et le prestige de ceux et celles qui l’incarnent. « Les seules limites sont celles de la vision » (James Broughton). Et rajoutera-t-on, celles de l’esprit sont celles de la mémoire. En économie notamment, et dans ses alentours politico-financiers, où la brièveté du souvenir chère à John Kenneth Galbraith a généralement force de loi.
 
Henri de Castries est l’une des étoiles de la nouvelle génération. Enarque bon teint qui migra du Trésor à la présidence d’Axa, il luit aujourd’hui au firmament des patrons les mieux payés 1. C'est un homme au contact, qui connaît l’Etat et la libre entreprise, dont la réussite personnelle imprègne les avis du sceau de l’autorité. Que nous dit-il au sujet des résultats des majors du CAC40, qui croissent nettement ? « Nous devrions nous réjouir du niveau de ces profits parce que ce sont eux qui financeront les investissements, donc la croissance et les emplois de demain » 2. En effet, les profits sont grosLa Bourse fit la fine bouche ce 15 février 2006 : BNP Paribas qui venait pourtant d’annoncer un bénéfice record pour le millésime 2005 recula de -2,50% ; TOTAL qui afficha le meilleur résultat annuel jamais enregistré par une entreprise française - 12 milliards d’euros -, se replia d’un demi point. Seul Danone, qui tripla ses bénéfices, vit son cours croître (+1,4%) … : 88 milliards d’euros en 2005, 96 en 2006 pour l'élite tricolore 3, consubstantiels, si l’on entend bien, de lendemains de plein emploi. Las, un doute s’insinue, malicieux, qui nous rappelle que les trente dernières années actèrent précisément l’inverse ! Car ce qu’énonce notre héraut n’est rien que le théorème de Schmidt, du nom du chancelier allemand, contemporain de Valéry Giscard d’Estaing, qui déclara gaiement un jour de 1978 : « La compétitivité d'aujourd'hui génère les profits d’aujourd’hui ; les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain ; les investissements de demain font les emplois d’après-demain ». Certains refrains sont vivaces, qui n’ont été démontrés par personne ni avérés au réel, mais restent tenus pour authentiques par l’establishment, contre vents et marchés.
 
A la même époque, Michel Albert, alors Commissaire au Plan, brillant quinquagénaire qui dirigera ensuite les AGF, autre haut lieu de l’assurance, complètera l'édifice d'un diktat définitif : « L’emploi est lié à la croissance. La croissance est liée à l’équilibre extérieur. L’équilibre extérieur est lié à l’adaptation de l’industrie » 4. Quelques oukases de cette sorte pavèrent la renaissance libérale des années 1970, parant l’économie de lois d’airain, fatidiques, qui consacraient la victoire du Marché et la reddition de l’Etat. Michel Albert y gagna en notoriété ce que la rigueur scientifique y perdit en netteté 5 : d'interminables causeries d’experts, parfois de simples idéologues, tinrent lieu de démonstration mieux que le réel, moins permanent, qui défia tout. En sorte que l’on délibère encore des « théorèmes » de Schmidt et d’Albert, dans la plus pure tradition jésuitique. Les mieux écoutés donnent le ton, comme Henri de Castries, récemment adoubé « stratège de l’année 2006 » 6, lointain descendant de Xavier Dupont, financier de l’année 1987Le 25 janvier 1948, le gouvernement de Robert Schuman n’y alla pas de main morte : le franc fut dévalué de 80% ! Dix années plus tard, l'adoption du nouveau franc s'accompagnera d'une dévaluation de 17,5%, perpétuant une pratique onze fois répliquée entre 1945 et 1969, qui répondait à la politique inflationniste d’après-guerre …, grand théoricien du syndrome égyptien, dont la Compagnie des Agents de Change qu’il dirigeait se fit plumer de 600 millions de francs. Allons, « rien n’est impossible dans une science aussi inexacte que l’économie » ainsi que le confessa Paul Samuelson, prix Nobel d’Economie, un jour de grande lassitude 7. Chacun peut donc se permettre d’opiner à bon compte.
 
Souvenons-nous pourtant : les Trente Glorieuses (1945/1975) s'accompagnèrent d'une croissance forte, de quelque 4,5% l'an. Nos entreprises, assujetties à un impôt de 50% sur les sociétés, étaient florissantes, qui réinvestissaient alors l'essentiel de leurs profits, et leurs capacités d’autofinancement étaient très élevées. Les salaires suivaient, inscrivant le pouvoir d’achat dans les pas de la croissance ; les emplois étaient à l’unisson et Pierre Mendès France s’égosillait que le chômage frappât 300.000 personnes ! A contrario, les actionnaires n’avaient pas la part belle, à l’image d’une Bourse atoneLe choc pétrolier de 1973 mit fin à l'embellie des Trente Glorieuses. Durant cette période (1945/1975), la croissance française fut sans précédent, exceptionnelle et constante, de l'ordre de 4,5% par an. La logique eût voulu que la Bourse escortât cet élan de prospérité sur des marchés financiers à l'unisson … ; entre 1962 et 1978, Paris connut seize ans de marasme, et l'indice baissa de 75% en francs constants tandis que le PIB doublait en volume 8. Puis les choses changèrent ; on libéralisa, on déréglementa. Les profits s'apprécièrent, les marchés financiers flambèrent ; le chômage fit de même, qui s’accrut partout : Helmut Schmidt n’avait-il pas dit qu’il était déjà contredit ! Au point que vingt années après, quelques perfides estimèrent utile de débaptiser son postulat en « théorème de Michelin » : en septembre 1999, l’équipementier publia des résultats semestriels en hausse de 20% en même temps qu’il annonçait 7.500 licenciements ; le titre bondit aussi sec de 12% ! Ce qu'on put traduire : « Les profits d'aujourd'hui font les licenciements de demain et les dividendes d'après-demain ».
 
Ainsi le capitalisme financier, c’est-à-dire la primauté de l'actionnaire sur les autres acteurs, a-t-il grignoté peu à peu le gâteau des profits pour s’en octroyer la plus grosse part. En 2006, les actionnaires du CAC se sont vus reverser 45% des bénéfices de leurs favorites - 35% en 2005 -, quelque 40 milliards d’euros, entre dividendes et rachat d’actions 9. Total surperforme, Mittal se distingue, qui versera cette année 1,8 milliards d’euros à ses mandants malgré un bénéfice en baisse 10. Investit-on au moins ? Non : l’investissement des majors est passé de 120 milliards d’euros en 1999 à 77 en 2005 11. La financiarisation a tout chamboulé et distrait les capitaux de l'entreprise elle-même : les circuits de l'argent ont détourné l’essentiel des gains de productivité, asséchant tout le reste. On voit mal comment ce système pourrait fonctionner de lui-même à l’envers, dominé par des logiques patrimoniales et des acteurs tout-puissants, rétifs à toute réglementation. L'actionnaire-roi
- Les actionnaires ont la cote -

(…) Les actionnaires majeurs, avant tout les fonds d’investissement sont à la baguette ; la gouvernance des sociétés, qui les relie aux dirigeants et aux conseils d’administration, où ils siègent, a mis fin au modèle des patrons intouchables et redistribué les cartes. La modernité commande le rendement absolu des capitaux propres, aux alentours de 15%. Les rachats d’actions font partie de la panoplie du créateur de valeur : en raréfiant le titre, son prix court à la hausse, ce qui permet de contenter les détenteurs, particulièrement en période de turbulences. Les cours tourbillonnent, puis fléchissent, les actionnaires, qu’on choie, vont et viennent, pendant que les capitaux quant à eux, désertent (...)

- Boursonomics 07/07/2008 -
n’est pas à dételer, n’en déplaise aux tenants du théorème de Schmidt, oublieux qu’en 1978 l’actionnaire en question n’était qu’une pièce rapportée. Quant au théorème d’Albert, on fera remarquer que l’équilibre extérieur des Etats-Unis – 763,6 milliards de dollars de déficit commercial en 2006 -, dans le rouge depuis 1971, n’a que rarement écorné l'élan américain. Tout peut toujours changer, tôt ou tard.
 
Ah, l’économie ! Ses théorèmes, bringuebalant, autoritaires, qui sonnent comme des slogans et nous donnent tout loisir d'ergoter en savantes conjectures, d’exemples contredits en contre-exemples récusés, scellés à l’autorité de celui qui les dicte et de ceux qui les clament. Oyez ! Sonnez trompettes, résonnez carillons !
 
  


(1) Les Echos, le 24/04/2007 - « Le Hit Parade des Salaires des Patrons du CAC » 

 

Les rémunérations en 2006 (salaire fixe, bonus, avantages en nature et le cas échéant, jetons de présence) établissent comme suit le classement des patrons du CAC les mieux payés : (1) Bernard Arnault (LVMH) 4,06 millions d'euros (2) Henri de Castries (Axa) 3,76 millions d'euros (3) Jean-François Dehecq (Sanofi-Aventis) 3;,36 millions d'euros ; en outre, Lindsay Owen-Jones (L'Oréal) est le patron non exécutif le mieux payé avec un revenu de 4 millions d'euros. On notera qu'Henri de Castries a annoncé qu'il renoncerait à ses stock-options pour l'année 2007, estimant en avoir reçu un nombre suffisant.  A ce jour, le patron d'Axa possède environ 900.000 actions en direct et près de 6 millions d'options, soit une plus-value potentielle de quelque 70 millions d'euros (La Tribune, le 15/05/2007)

 

(2) Le Nouvel Economiste, 19/25 avril 2007, citant Le Figaro Economie
(3) Les Echos, le 24/04/2007 - « Le Hit Parade des Salaires des Patrons du CAC »

 

Les bénéfices des entreprises du CAC 40 se sont établis en milliards d'euros à : (2006) 96,3 (2005) 88 (2004) 57 (2003) 37. L'exercice 2007 s'annonce sous les meilleurs auspices : les profits des 40 entreprises emblématiques de « l'hexagone » pourraient encore progresser de 6,7% et atteindre un total de 101,7 milliards d'euros selon Thomson Financial (Le Monde, 23/02/2007). L'économiste Marc Touati rappelle cependant qu'en moyenne 80% des profits des entreprises du CAC sont réalisés à l'étranger.

 

(4) Le Monde Diplomatique, Avril 1998 - « Le Bout du Tunnel »
(5) La réalité défit avec obstination les prescriptions de Michel Albert ...

 

Le VIIème Plan qu'il concocta avec Jean Ripert fut un chef d'œuvre d'erreur économique. On y prévoyait une croissance de 6% et le plein emploi pour l'exercice 1980 : hélas, la croissance se fixa cette année-là à 3,4% et le chômage à plus d'un million et demi d'unités ...

 

 (6) La Tribune de l'Economie, le 29/03/2007 - « Jean-Louis Borloo a remis à Henri de Castries ... »
(7) Bernard Maris (1990) - « Des Economistes au-dessus de Tout Soupçon »
(8) André Orléan (2005) - « Le Pouvoir de la Finance »
(9) Les Echos de l'Economie, le 07/02/2006 - « Les Entreprises de l'indice CAC soignent ... »

 

Les sommes reversées aux actionnaires ont atteint, en milliards d'euros : (2006) 39,9 (2005) 30,3 (2004) 25 (2003) 22. Ces flux sont l'addition de dividendes et de rachats d'actions. Particulièrement, les dividendes payés ont été, en milliards d'euros : (2006) 32 (2005) 24 (2004) 16 (2003) 14,1. Les rachats d'actions se sont élevés, toujours en milliards d'euros : (2006) 7,9 (2005) 6,3 (2004) 9 (2003) 7,9.

 

(10) Le Monde, le 21/02/2007 - « En 2006, les groupes du CAC 40 ont reversé ... »
(11) Le blog de Bernard Maris
  

 


Illustration : Image extraite du blog Dark Passions (Jeudi 27 Décembre 2007)

 
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