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Boursonomics

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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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6 décembre 2006 3 06 /12 /décembre /2006 19:46
 
 
En mai 2001, Pfizer Inc flirtait avec ses plus hauts à Wall Street. Le géant de la pharmacie affichait alors un cours de 45 dollars, et une place parmi les dix premières capitalisations boursières mondiales. Hank McKinnell vint à diriger la firme ; en juillet 2006, les actionnaires le débarquèrent, impatients, qui ne sont jamais à trop s'atermoyer quand l’action fait long feu : le cours de Pfizer avait inexorablement chuté, perdant près de 40% ... Jeffrey Kindler prit les commandes opérationnelles et le titre alla mieux. Fin novembre, devant un parterre d’analystes, le nouveau patron releva la prévision de bénéfice par action à 2,05 dollars pour l’exercice 2006 contre 2 dollars initialement 1. Ce qui fit bon effet à l'entour. 
 
L’occasion fut aussi aux généralités d’usage, et l’on fit cas d’un vaste programme de réduction de coûts, de restructurations ici et là, bref, de rien qui ne dérogeât aux canons de la haute industrie. Interrogé sur son très prometteur anti-cholestérol, le Torcetrapib, Jeffrey Kindler se montra confiant, sous la réserve de pure forme que les tests cliniques fussent favorables 2. On acheva la semaine gaiement, sur une hausse du titre de 3,61%, à 27,86 dollars.
 
Las, le samedi 2 décembre 2006, Pfizer Inc enterrait définitivement le Torcetrapib, sa molécule vedette. Une note auprès de la Food and Drug Administration signait l’arrêt de mort du médicament, coupable du décès de 82 personnes sur les 15000 conviées à l’essai : « Dans l'intérêt des patients et pour leur sécurité, tous les essais cliniques du Torcetrapib, médicament de régulation du cholestérol en cours d'étude, ont été arrêtés. ». Le lundi, les marchés financiers, inflexibles, dirent le reste : vingt milliards de dollars de capitalisation boursière s’envolèrent et le titre dévissa de 12% à Wall Street. On rappellera qu’une même mésaventure avait frappé le laboratoire concurrent, Merck, fin 2004, qui avait dû retirer en urgence son anti-inflammatoire Vioxx, après plusieurs milliers d'accidents cardio-vasculaires, dérobant 10 % du chiffre d'affaires d’un trait de plume 3. Pour Pfizer, le coup est rude : car la firme doit renoncer à un revenu estimé à 15 milliards de dollars par an, supérieur à celui du Lipitor, premier médicament anti-cholestérol du groupe dont les brevets échoiront en 2011 et auquel le Torcetrapib devait succéder. Funeste perspective …
 
Les géants pharmaceutiques sont tous logés à la même enseigne, engagés dans une lutte contre le temps qui n’est jamais gagnée d’avance, celle de la gestation de leurs molécules. Les médicaments qui font leurs rentes sont souvent anciens, et leur retombée dans le domaine public promet des pertes de revenus considérables. Selon les sources, l’industrie du médicament générique devrait priver Pfizer de la moitié de ses 51 milliards de dollars de chiffre d'affaires d'ici à 2011 suite à l'obsolescence des brevets, et déjà 42 milliards entre 2005 et 2008 4. C’est peu dire combien l’abandon en phase III de développement du « blockbuster 5» Torcetrapib, qui avait reçu entre 600 et 800 millions de dollars pour sa conception, promis au jackpot industriel, est un coup dur pour le laboratoire américain. Les six nouveaux médicaments qui seront mis sur le marché d’ici 2010, d’un potentiel commercial moindre, et le pipeline du groupe - 242 molécules en développement dont l’une, anti-obésité, serait aussi efficace que l’Accomplia de Sanofi 6-, ne changent rien à l’affaire : la gestation est longue, incertaine, la route semée d’embûches. Il faudra faire autrement. Pfizer sait.
 
Flash-back. En 1997, le laboratoire Warner-Lambert lance une molécule qui inhibe la production de cholestérol par le foie : une statine, nom de code Lipitor. Un réel succès, et une commercialisation menée tambour battant en partenariat avec … Pfizer. Fin 1999, Warner-Lambert se rapproche d’American Home Products, un autre laboratoire, dans un dessein qui ne fait pas l’affaire de William Steere, alors PDG de Pfizer : quelques 115 milliards de dollars 7 mettront un terme à l’idylle ! Aujourd’hui, près de 52 millions de personnes de par le monde sont traitées au Lipitor, généralement à vie, une véritable tirelire pour Pfizer qui empoche près de 13 milliards de dollars par an. Le fabricant du Viagra ne s’arrêtera pas là, qui rachètera peu après Pharmacia, pour 60 milliards de dollars, faisant main basse sur sa pépite, le Celebrex, anti-inflammatoire le plus vendu au monde. Une molécule défaille, un laboratoire surgit, que l’on rachète : ici comme ailleurs, c’est toujours le lion qui tient le couteau au moment du partage. Or donc, Pfizer Inc va faire ses courses.
 
Et les sociétés de biotechnologies, premières cibles des laboratoires à l'affût, sont concernées au premier chef : leurs cours ont flambé ce lundi 4 décembre 2006, en même temps que celui de Pfizer se consumait. NiCox, la française, se mit notamment en vedette progressant de 9% en séance, fidèle en cela aux chaleurs boursières auxquelles cette perle nous a habitués depuis le début 2006 : le 6 novembre, 12,44%, le 10 novembre 10,62%, après de bonnes nouvelles concernant le Naproxcinod, sa molécule de traitement contre l’arthrose, en phase III de développement, et sa possible commercialisation à l’horizon 2009. On sera à peine surpris que Pfizer Inc soit récemment monté en puissance à la faveur d’une augmentation de capital réservée pour 15 millions d’euros 8. Avec plus de 16 milliards de dollars de cash-flow par an 9, le géant pharmaceutique a les mains libres. Les proies ne manquent pas. NiCox ne serait qu'un hors d'oeuvre. Non, il faut penser plus gros, envisager Wyeth Parmaceuticals par exemple, 9ème groupe mondial, ou Amgen Inc, leader planétaire des biotechnologies devant Genentech ...
 


 
(1) La Tribune de l'Economie, le 01/12/2006
(2) Challenges, le 03/12/2006
(3) Libération, le 05/12/2006

(4) Le Monde, le 04/12/2006
(5) Médicament capable d'engendre un chiffre d'affaires de plusieurs milliards de dollars par an
(6) La Tribune de l'Economie, le 04/12/2006
(7) La Tribune de l'Economie, le 16/07/2002
(8) La Tribune de l'Economie, le 13/11/2006
(9) Les Echos, le 05/12/2006

 
 
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Published by Marc Aragon - dans Vie des sociétés
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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 14:33
 
 
Walker-Bush-copie-6.jpgLe 15 septembre 2001, quatre jours à peine après l’effroyable cataclysme qui bouleversa New York, Paul Wolfowitz, second de Donald Rumsfeld et va-t’en guerre endurci conseilla au président des Etats-Unis d’attaquer l’Irak sans tergiverser 1. C’était une option : Walker Bush préféra l’aventure afghane, qu’il jugea plus urgente, laissant le temps et le soin à ses bellicistes conseillers d’apporter les preuves de connivence entre le régime de Saddam et l’hydre de la terreur, ou de tout autre fait qui vaudrait qu’on s’en émût : des armes de destruction massive par exemple. On ne fera pas dans la demi-mesure. Quelques Etats chicanèrent un peu à l’ONU ; la France tint bon, pas assez ; le 20 mars 2003, l’opération Iraqi Freedom commençait : les missiles se mirent à pleuvoir sur Bagdad, chirurgicaux et filoguidés, les premiers vers 05:35 heure locale. L'armée du Raïs fut mise à vau-de-route en un tournemain : au premier jour de mai 2003, les militaires en avaient déjà terminé. La démocratisation des lieux, éducative et bienveillante, cette vieille antienne de l'Empire du Nouveau-Monde depuis Woodrow Wilson, pouvait s'engager.

La démocratie irakienne peine hélas à émerger, entre deux explosions, qui embourbe les boys à Bagdad et à l’entour. Ils y sont encore : l’addition est corsée. Entre les rives millénaires du Tigre et de l’Euphrate, la pax americana coûte très cher ! Dans une analyse parue le 09 janvier 2006, Joseph Stiglitz, Nobel d’Economie, ancien conseiller de la Banque Mondiale et de Bill Clinton, estima que l’administration Bush avait fortement minoré le prix de la guerre d’Irak. Selon cette étude, l’escapade libératrice pourrait coûter jusqu’à 2.000 milliards de dollars si les troupes américaines restaient jusqu’en 2010 en Irak : tout confondu, c’est-à-dire morts et blessés compris. Pour le Pentagone, le coût des opérations est de l’ordre de 4,5 milliards par mois, hors pertes humaines
2, qui s’accumulent. Côté irakien, les « dommages collatéraux » sont considérables : le 11 octobre dernier, le journal britannique The Lancet estimait à 655.000 le nombre d'Irakiens qui auraient péri depuis l’invasion américaine 3, l'équivalent de la population de New-York toutes proportions gardées. C’est beaucoup pour une guerre arbitraire : le 16 mars 2004, le démocrate Henry Waxman rapporta devant la Chambre des Représentants 237 mensonges officiels ou déclarations trompeuses, dûment répertoriés, tenus par les faucons fédéraux Cheney, Rumsfeld, Rice 4. Et par Walker Bush lui-même, primus inter pares.

Contrairement à Desert Storm, la première guerre du Golfe, qui coûta 62 milliards de dollars, largement financée par l’Arabie Saoudite et le Koweït, où les Etats-Unis ne réglèrent qu’un cinquième de la facture
5, Iraqi Freedom pèsera avant tout sur l’oncle Sam, c’est-à-dire sur le contribuable américain. La dépendance financière extérieure de l’Union s’accroit démesurément, menaçant chaque jour davantage l’équilibre mondial de tant d’emballement. La surchauffe hégémonique de l’ordre américain, aussi bien économique que militaire, a un prix : en 2004, les dépenses militaires des Etats-Unis ont dépassé celles de l’ensemble des 191 autres pays de la planète. Combien de temps encore les déficits abyssaux pourront-ils financer l’american way of life ? En 1952, les épargnants américains appointaient 90% des emprunts du gouvernement fédéral de Dwight Eisenhower. « La dette publique est une créance que nous avons à l'égard de nous-mêmes » professait alors Abba Lerner, keynésien convaincu, qui n'y voyait pas mauvaise politique 6. Un demi-siècle plus tard, cette souscription domestique a été divisée par deux, relayée par les investisseurs étrangers qui financent près d'un bon du Trésor sur deux (45% en 2005) 7. Qu'un doute surgisse sur la capacité, ou la volonté des Etats-Unis de rembourser, et quelques rêves de grandeur pourraient se dissiper. Quelques dettes surtout.

Au cours des vingt-quatre mois qui suivirent la destruction des Tours, les autorités américaines ont accumulé plus de dettes que le pays n’en avait jamais contractées depuis son Indépendance
8. Le lobby militaro-industriel a de gros appétits, qu’il faut nourrir sans cesse, à la hauteur des ambitions supérieures de l’Empire. Le Congrès ne manque jamais, a fortiori lorsqu’il n’est pas consulté comme ce fut le cas par Truman pour la Corée, d’accorder les quitus nécessaires à la défense des intérêts de l'Union, qui sont toujours menacés. Qu’ils viennent à être bien réels, portés sur le sol même de la mère patrie comme on le vit à l’automne 2001, et l’émotion d’un peuple toujours prompt à s’enflammer sous la bannière suffit à éperonner quiconque le brave. L’Afghanistan d’outre-tombe fut de cette eau-là, patriotique, cependant que l’Irak ne fut qu’à poursuivre l’ivresse d’une victoire facile. Las, celle-ci « coûte que coûte » sans discontinuer ! Sans doute se souviendra-t-on mieux de Walker Bush pour sa politique militaire que pour toute autre prouesse économique, lui-même se souvenant peut-être, par atavisme, de l’empire britannique qui ne fut guère économe du sang de ses marins, et encore moins des dettes : et depuis Sir Robert Walpole, premier Lord du Trésor britannique (1721-1742), « ce n’est plus un secret que la dette du gouvernement n’a jamais à être remboursée 9 ».

Pour l’heure, les marchés financiers cotent gaiement ; rien ne semble perturber leur marche en avant, hors quelques trous d’air ici ou là, ce qui ne manque pas de jeter un voile sur leur capacité à embrasser le réel. Le 01 décembre dernier, l’un des indices qui mesure l’activité industrielle outre-Atlantique, l’ISM Manufacturing, passa sous la barrière psychologique des cinquante points : outre le recul sévère du manufacturage, ce signal est ordinairement précurseur d’une récession économique. Les indices de la planète chutèrent : puis le Dow Jones se redressa en séance, regagnant quasiment les 100 points perdus dans les deux dernières heures de cotation. Ainsi Wall Street paraît-elle se moquer comme d’une guigne de l’affaiblissement du dollar, du déficit commercial américain (en moyenne 65 milliards de dollars par mois, un record !), de son déficit budgétaire, que les dépenses notamment militaires cumulées aux réductions d’impôt envoient au trente-sixième dessous, plus généralement de la dette abyssale du pays. A ce stade-là, l’affaissement des créations d’emplois (230.000 en août, 148.000 en septembre, 92.000 en octobre 2006), les tensions inflationnistes qui suivront les augmentations de salaires revendiquées, la remontée des taux, possible, ne sont que des anecdotes.

Bouclons sur le raid irakien. En 2002, une étude de l’Académie américaine des Arts et des Sciences évaluait, au titre des conséquences de la guerre, l’impact d’une flambée des prix du pétrole sur l’économie américaine en cas de conflit prolongé : les dépenses pourraient atteindre 1.200 milliards de dollars
5. Etait-ce bien le moment d’aller faire souffler le vent de la démocratie sur l'antique Babylone ? D’autres démocrates, américains ceux-là, clorons sans doute cette ruineuse aventure. Les marchés financiers sauront-ils attendre ?

 


 

(1) Bob Woodward - « Bush en guerre »
(2) Le Monde Diplomatique, le 18/01/2006 – « Combien coûte la guerre d’Irak »
(3) The Guardian, le 11/10/2006 – « 655.000 Iraqis killed since invasion »
(4) Le Monde Diplomatique, Septembre 2006 – « Une commission parlementaire américaine :237 mensonges officiels »
(5) Le Monde Diplomatique, Avril 2003 – « L’ordre américain, coûte que coûte »
(6) Bernard Landais (1998) – « Leçons de politique budgétaire »
(7) William Bonner (2005) – « L’Empire des dettes »
(8) Site officiel du
Trésor américain
(9) H.A. Scott Trask « Perpetual debt : from the British Empire to the American Hegemon »


 
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Published by Marc Aragon - dans Chroniques
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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 00:23
 
 
 

Nul ne sait réellement comment roulent les Marchés financiers, c'est-à-dire comment s'y forment les prix 1. Rien n'a pourtant été compté qui pût circonscrire l'avenir ou arraisonner le risque. Aucun effort ne fut ménagé ni les chicanes évitées, qui opposent encore praticiens, universitaires, mathématiciens, économistes, analystes de tout poil, sans que rien d'ultime dans l'entendement des cours boursiers n'ait émergé. Un principe recule, une méthode déchoit, qui paraissaient avoir opéré : le furet du bois joli court encore ! Ainsi, dans la floraison de théories que l'effervescence fait éclore, et tandis que le temps nous presse, condamné à l'infinie prolifération de plans sans cesse contredits, finalement, chacun se hasarde ou renonce. Cette vaine quête de l'imprévisible laisse la voie libre à toutes les presciences, au premier rang desquelles figure l'Analyse TechniqueDes moyenne(s) sans mobiles

(...) Le Marché-roi ne manque pas de fidèles convaincus, de la coque au pont, jusqu’à la vigie, qui ne jurent que par son omniscience. Cet animisme a vite célébré force experts, tous passés maîtres dans l’art de conjecturer le passé mais restés à quai dans celui de penser l’avenir. La prévision boursière a ses propres oracles, sur la foi d’un prix qui recèlerait tout ce qu’il y a à savoir sur les cotations futures. Dans leurs boîtes de Pandore, des graphes économiques, monétaires et boursiers, leurs zigzags, leurs abrupts surprise, leurs moyennes mobiles, qui tantôt s'entrecroisent, tantôt s'échappent, mystiques et vaporeuses. En flanc-garde, la clé pour décrypter le tout (…)

, un corpus disparate de stratégies assez doté d'anglicismes pour être pris au sérieux, porté par des hommes de l'art jargonnant leurs prédictions. Quelques gourous en vue font la claque. Et d'autres les écoutent, avec la fureur de se faire dire la bonne aventure en courant après tous les liseurs de graphiques d'Amérique et d'ailleurs, qui ont à dire sur ce sujet.

Qui se souvient de William Peter Hamilton ? Ce journaliste écossais rallia les rangs du Wall Street Journal en 1899 comme reporter, où il trouvera à entrer dans l'histoire du chartisme boursier. En 1903, il succéda à la rédaction en chef du journal à un certain Charles Henry DowLe Maître des Indices

Charles Henry Dow est un homme taciturne. On le dit calme, réfléchi, ne s’emportant guère, un brin conservateur. Il débute sa carrière dans le journalisme en 1872, au Springfield Daily Republican. La finance lui plaît. En 1882, il crée avec un ami journaliste financier, Edward Jones, une agence de presse, la Dow Jones & Company, qui imprime quotidiennement une gazette d'informations boursières, la Customer's Afternoon Letter, l’ancêtre du Wall Street Journal. Le 3 juillet 1884, on y publiera, pour la première fois dans les annales de la finance, un indice supposé refléter les cours d'un panier de titres de l’économie américaine. Un indice planétaire s'éveillait (…)

, créateur de l'indice éponyme new-yorkais, qui deviendra le père spirituel des adeptes de l’Analyse Technique. Son successeur britannique sera son plus grand prosélyte posthume, relayé par un certain Robert Rhea, moins en vue quoiqu'ayant parachevé les idées du primat dans sa « Dow Theory » parue en 1932. Le lundi 21 Octobre 1929, trois jours avant le désastre, William Hamilton publia dans ses colonnes un article stupéfiant au titre fort approprié, « A Turn in the Tide » (Le reflux), qui n'était pas sans rappeler les métaphores océanes conçues par Dow pour caractériser les instants des Marchés : marées, vagues et clapotis. Il y pronostiquait l'imminence d'un krach sur la foi des apprêts graphiques de son maître à penser : on ne pouvait mieux voir ! Hélas, on apprit plus tard qu'Hamilton avait déjà prédit le krach en 1927, puis en 1928 2, ce qui disqualifia la pertinence de l'alarme. Tôt ou tard, tout finit par arriver : mais nous ne savons jamais dans quel ordre ni sous quel délai. Cette infortune fut de mauvais aloi : la graphomancie boursière tomba peu à peu en désuétude. Jusqu’à l’aube des années 1980.

Le Marché fit son grand retour quand vinrent les temps de la hourra-déréglementation. « Et dans les officines, des pythonissesL’art borgne de la divination

Fontenelle dit que Démosthène se plaignait des oracles de Delphes, qu’il jugeait trop conformes aux intérêts de Philippe de Macédoine : « La Pythie philippise » ironisait-il ! Cependant, des siècles durant, rien d’important qui n’eût sa part de doute, ne fut entrepris sans consulter les sibylles. Et en cette gageure, les antiques trépieds de Delphes étaient en possession de l’avenir depuis la nuit des temps : ils dominaient le Marché dirait-on aujourd’hui. Ces pythonisses, aux augures divinement soudoyés, qui montraient bien qu’on avait affaire à des hommes, témoignaient déjà de l'impérieux besoin de l’espèce à dompter son futur. Au décorum près, rien n'a si changé (…)

, des voyantes et des sorciers !
3 ». Joseph Granville fut un analyste technique très écouté au début des années 1980. Animateur de séminaires qui rameutaient toujours une grande presse, rédacteur d’une lettre confidentielle - « Granville Market Letter » -, auteur prolixe d’opuscules boursiers et de quelques autres vade-mecum - « How to win at Bingo » (Comment gagner au Bingo) -, il est entré dans l'éternité chartiste en introduisant, dès 1963, un indicateur technique baptisé On Balance Volume 4. Cet artefact qui, selon les canons de cet art, additionne et soustrait, puis analyse et suppute, serait tout à fait conseillé quand la tendance est peu lisible sur le cours. D’aucuns y décèleraient les prémisses d’une OPA. Comme tous les gourous, Joseph Granville avait le pouvoir de faire bouger le Marché, selon le préjugé commun qu’une réussite passée ne peut naître que d’un génie particulier. Ainsi causa-t-il un début de panique le 6 janvier 1981 à Wall Street en lançant sur les ondes un signal de vente qui fit perdre 23 points au Dow Jones 5 ! Puis, son aura faiblit, au gré de prédictions de moindre veine, et le désastre financier qu’il lut avec constance dans les graphiques de la cote, fit passer ceux dont il avait l’oreille à côté de la formidable hausse des années 1980.

L'influence du précédent déclinait à peine qu’une nouvelle étoile s’annonçait déjà, brillant des mille feux du grand marché haussier de ce temps : Robert Prechter devint la nouvelle référence. Grand vulgarisateur des thèses obscures de Ralph Nelson ElliottLe Maître des Vagues

(...) Ralph Nelson Elliott, estimable comptable du Middle West, conçut dans les années 1930 un système nouveau d’analyse graphique des cours de Bourse s'appuyant sur la psychologie des opérateurs. Selon lui, celle-ci alternait en séquences d’optimisme puis de pessimisme, parfois mâtinées d’extravagance euphorique ou bien de profonde panique. De telles vagues, enfants chéries des chartistes modernes, paraissaient se recommencer à différentes échelles de temps. Un observateur accoutumé les aurait aperçues aisément pour peu que son intuition ne comptât pas plus que le résultat qu’il voudrait y voir et celui que la réalité produirait. Une gageure en somme (…)

dont nul n’avait jamais entendu parler, il soumit les fameuses vagues elliottistes à la question, et ses prédictions furent remarquables. Cet ancien analyste de chez Merrill Lynch, qu'il quitta en 1979, abreuva alors des disciples toujours plus nombreux à voler au secours de la victoire, d'une littérature continûment renouvelée et rééditée, allant même jusqu'à grapher l'Histoire des Etats-Unis 6 sous les ondulations de ces vagues primordiales. Il fut avec Joseph Granville et Henry Kaufman, l'économiste en chef de chez Salomon Brothers à l'époque, l'un des rares gourous locaux à pouvoir réellement influencer Wall Street par ses propos publics. Puis vint le krach d’octobre 1987 qui gâta tout. Robert Prechter devint baissier chronique, et surfa à contre-courant de la hausse triomphale des années 1990. Le flux et le reflux des vagues l'emportèrent. L’explosion de la bulle Internet lui donnera tardivement raison quand les cours finirent de défier la gravitation. Las, les marchés, qui ne font jamais les choses aussitôt qu’on le désirerait, avaient déjà signé la disgrâce de Robert Prechter : les traders, âpres au gain, n’ont pas la patience d’attendre !

On adouba alors Elaine Garzarelli, enfant chérie de Wall Street, docteur en Economie, vice-présidente de la banque d’affaires Lehman Brothers et spécialiste de l’Analyse Technique, qui fit la une de magazines en vogue comme Fortune ou Cosmopolitan après avoir prédit le krach de 1987. Sacrée « Gourou du lundi noir », sans exemple connu depuis Roger Babson 7, un économiste qui alerta du Grand Krach de 1929 sous les huées générales - notamment celles de l'illustre Irving FisherLes Maîtres enchanteurs

« En 1929, avoir un économiste à soi était l’une des possibilités. On assista à une concurrence sévère pour enrôler ceux qui possédaient le renom et le talent adéquats. Ce fut l’âge d’or des professeurs ». Bah, l’afflux des savants dans les affaires privées, tel que le rappelle John Galbraith, n’a jamais signifié la fin des vicissitudes. Et seul le temps nous a fait oublier qu’un tel engouement pour les hommes de savoir s’était ainsi produit avant la Grande Dépression. Le plus réputé d’entre eux, Irving Fisher, de Yale, gagna une réputation éternelle en pontifiant : « Les cours des actions ont atteint ce qui semble devoir être un haut plateau permanent ». Peu après, le krach majeur (…)

, la belle Elaine survécut assez mal à sa guerre de Troie. Car si nul qui n’ait annoncé un extrême boursier ne peut prétendre aux honneurs de l’influence, aussi bien quiconque y a réussi se montre-t-il souvent en peine de rééditer. En sorte qu’Elaine Garzarelli, qui lisait le marché en combinant une bonne douzaine d’indicateurs techniques, entrelaçant toutes sortes de données du maquis économique dans un fatras de chiffres et de ratios, perdit rapidement de son prestige en même temps que ses prophéties faillaient. Elle rata le rebond au sortir du krach et le fonds de placement qu’elle avait créé, tout entier dévolu à sa gloire naissante, ne battit jamais le Marché. En 1994, elle quitta Lehman Brothers et, peu après, créa sa propre société Garzarelli Research Inc 8. Consumée par la baisse qui avait fait son nom, elle pronostiqua une baisse des indices de 15 à 25% pour fin 1996 9. Laquelle baisse se fit désirer deux ans ...

Gageons que d'autres épées chartistes émergeront des ébranlements qui balaieront les futurs rallyes spéculatifs. Mais quelques coups de Bourse ne font l'orfèvre que dans les médias pressés. La survivance d'une poignée d'experts a ceci de commun avec l'inconstance de leurs augures qu'elle pourrait n'être que le fait du nombre et du hasardHasard et multitude

(...) Le profit antérieur d’un prince des Marchés ou d’une institution, qui intéresse les faiseurs d’argent et les vendeurs de rêve, ne nous apprend rien de prime sur ces as de la plus-value, sauf à connaître l'épaisseur de la population dont ils ressortent. Ainsi, à l’instar de Nassim Nicholas Taleb, philosophe du hasard, confierions-nous assez la moitié de nos économies au trader d’exception qui émergerait d’un groupe de dix personnes, et pas le premier cent à tout autre qui fût exfiltré de milliers de ses semblables. Car la vérité pourrait être que ce survivant a eu de la chance. Le talent ne doit rien aux coups de Bourse ni aux caprices de la fortune. Il est durable (…)

. L'art est donc de repérer les gourous avant leurs exploits. Après c’est souvent trop tard.





 

(1) Gérard Sauvage (1999) - « Les marchés financiers - Entre hasard et raison : le facteur humain »

(2) Peter Bernstein (2000) - « Des Idées Capitales »

(3) Citation de Georges Huymans (1848-1907), rapportée par le Littré 1970

(4) L'OBV s'intéresse aux volumes de transactions

 

Source Edubourse - « Les volumes d'un titre permettent de valider la tendance que suit le cours ou au contraire l'invalider. L'OBV ou On Balance Volume est un indicateur d'accumulation des volumes. Son mode de calcul est d'une relative simplicité. Si le cours du titre est en baisse, il suffit de retrancher de l'OBV le nombre de titres échangés. Dans le cas d'une hausse du cours, il suffit de l'ajouter à l'OBV ... »
 

(5) Max Gunther (2005) - « The Zürich Axioms  »

 

« Such was the case with Joseph Granville (...) That is, when he said the market would go down, the prediction scared buyers out of the market - and it went down (...) This happened early in 1981, when Granville told his disciples to sell everything. The day after this famous warning was issued, the stock market fell out of bed - 23 points on the Dow. All of Wall Street said ooh and ah. What a powerful prophet was this Granville ! The plunge was brief but impressive while it lasted (...) Later in 1981, Granville launched another test of his prophetic power. His crystal ball told him the market would plunge again on Monday September 28 (...) Instead, the New York Stock Exchange that day scored one of the biggest price gains in its history, and a day later, markets in Europ and Japan followed suit » »
 

(6) Robert Prechter/Alfred Frost (1998) - « Elliott wave principle : key to market behavior »

 

Pages 177 - « Le cycle de 50 à 60 ans (54 en moyenne) de catastrophe et de renaissance était connu et avait été observé par les Mayas d’Amérique Centrale et par les anciens israélites. L'expression moderne de ce cycle est la ' grande vague ' des tendances économique et sociale, observée en 1920 par Nikolaï Kondratieff, un économiste russe. Kondratieff rapporta, dans la limite des données dont il disposait, que les cycles économiques des pays capitalistes modernes tendaient à répéter un cycle d’expansion et de contraction d’environ un demi-siècle. Ces cycles correspondent en taille à des vagues de Supercycle …»

 

Dans les pages qui suivent, les auteurs reconnaissent la Guerre Révolutionnaire de 1812, la dépression américaine de 1830, celle de 1840, la première et la seconde Guerre Mondiale, les Roaring Twenties (les Années Folles), la Guerre du Viet Nam, la récession pétrolière (1974-1975), ... parsemant leur propos de Cycles d'Elliott (Grand Supercycle, Supercycle, Cycle, ...)

 

(7) John Galbraith (1992) - « Brève histoire de l’euphorie financière »

 

Page 14 - « Plus tard dans l’année, en septembre [1929], Roger Babson, une personnalité en vue de l’époque, dont les multiples centres d’intérêt comprenaient la statistique, la prévision des marchés, l’économie, la théologie et la loi de la gravité, prédit expressément un krach et précisa : ‘ Il pourrait être terrifiant (…), les usines vont fermer (…) les ouvriers vont être jetés à la rue (…) le cercle vicieux va jouer à plein et le résultat sera une grave dépression économique ’ (…) La revue Barron’s écrivit qu’il ne pouvait être pris au sérieux par personne, vu l’inexactitude notoire de ses déclarations passées. La grande maison de Bourse de New York Hornblover and Weeks dit à ses clients dans une phrase qui sonnait fier : ‘ Nous n’allons pas vendre précipitamment nos actions à cause d’une prévision gratuite de forte chute du Marché par un statisticien connu ’. Même le professeur Irving Fisher de l’université Yale, le pionnier de la confection des indices, l’économiste le plus novateur de sont temps, se livra à de vives sorties contre Babson. Cela servit de leçon à tout le monde : il fallait se tenir tranquille et soutenir tacitement ceux qui se complaisaient dans leurs vues euphoriques »

 

(8) Burton Malkiel (édition 2005) - « Une Marche au Hasard à travers la Bourse »

(9) L'Expansion, le 21/11/1996 - « Pariez sur la mondialisation »

 

« Après deux très belles années, les marchés internationaux d'actions donnent maintenant quelques signes d'inquiétude. A Wall Street, l'analyste vedette Elaine Garzarelli qui avait prédit le krach de 1987 et su mesurer l'ampleur de la dernière hausse prévoit une chute de 15 à 25% avant la fin de l'année 1996. Selon elle, ' une légère augmentation des taux d'intérêt par la Banque Centrale suffirait à déclencher cette baisse ' (…) De plus, lorsque l'Amérique, par le passé à reconduit des présidents sortants, la Bourse est restée relativement morose. ' Quand un président est réélu, les cours sont orientés à la baisse dans 90% des cas pendant la première année de son nouveau mandat ' souligne Elaine Garzarelli … »

 

Ndla : de novembre 1996, où il ouvrit à 6.029,38, jusqu'en juillet 1998, ou il clôtura à 8.883,29, l'indice Dow Jones connut une période de hausse homogène pendant laquelle il progressa de ... 47,33% ! 

 




Illustration - Trader à ses graphiques


 
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18 novembre 2006 6 18 /11 /novembre /2006 17:18
 
 
Milton Friedman, pape de l’ultra-libéralisme est mort. Ses proches, ses élèves, économistes de Chicago et d’ailleurs, honorés sur la scène planétaire, choyés sous les lambris les plus prestigieux, ont l’âme en peine. D’autres, moins excessifs, plus tournés vers l’humain, se borneront à respecter le sommeil éternel de l’icône. Car l'antienne qu'il défendit, d’un Marché omnipotent, dont la dynamique propre, non entravée, conduirait à coup sûr au bien-être général ne fait plus l’unanimité : quarante années d’efforts opiniâtres à démontrer mathématiquement la primauté du marché souverain, c’est-à-dire du libéralisme, des bibliothèques entières de formules absconses, comme une épitaphe sans fin. Et tant d’amis qui ont abjuré après tant de batailles, boutant hors les régulateurs keynésiens, célébrant enfin, dans les années 1970, le triomphe du Marché-roi, le désaveu de l’Etat et la victoire des politiques néolibérales anglo-saxonnes, bannières déployées et couronnes Nobel pour Milton Friedman et les siens.

Ce libéralisme ancrera l'idéologie capitale des dernières décennies, bien après l'historique « laissez faire, laissez passer » 1 des physiocrates : au plus visible, il sous-tendra les politiques de
Ronald Reagan et Margaret ThatcherLe 25 janvier 1948, le gouvernement de Robert Schuman n’y alla pas de main morte : le franc fut dévalué de 80% ! Dix années plus tard, l'adoption du nouveau franc s'accompagnera d'une dévaluation de 17,5%, perpétuant une pratique onze fois répliquée entre 1945 et 1969, qui répondait à la politique inflationniste d’après-guerre : on sacrifia la monnaie aux priorités de la reconstruction …, dictera aussi celles de dérégulation du FMI avec les résultats désastreux que l'on sait, notamment en Asie 2. L’école du maître de Chicago aura su imposer la prégnance de l’économie mathématique pure, raflant non seulement nombre des couronnes suédoises, mais aussi les moyens de financement octroyés par ceux dont l’intérêt à la dérégulation était le plus manifeste : les banques. Car c’est bien parce que l’on contrarie sa quête incessante du gain que l'âme financière se montre si rétive aux contraintes ; et que de là vient son atavisme à primer des lois économiques qui assurent que le bien-être général et le progrès social dépendent des profits en général, donc des siens propres en particulier 3. Ainsi comprend-on mieux que le latin mathématique de cette nouvelle théologie sert les intérêts d'une caste universitaire dominante, tout entière dévouée à l’idéologie du Marché, pour l’influence qu’elle y gagne auprès des élites : la politique pour les uns, les portefeuilles boursiers pour les autres. L’économie savante est convaincante parce qu’elle avance masquée ; nul ne lui reproche jamais ses échecs. Hélas, les docteurs de la foi néoclassique les plus éminents ont déjà tourné casaque.

Voici sir John Hicks, l'économiste des économistes, initiateur en 1937 d’une synthèse qui entendait réconcilier John Keynes et Léon Walras, aussi distants l'un de l'autre que la carpe l'est du lapin. Cette transcription de la Théorie Générale en termes néoclassiques fera long feu aux yeux mêmes de son auteur qui en deviendra le premier détracteur, à l’instar des nombreuses volte-face qui paveront sa vie, et dont l'une sera de récuser son premier livre « Valeur et capital » qui lui valut le prix NobelLe choix des lauréats Nobel de l’année 2004, section Economie, fut la goutte qui fit déborder le vase : l’américain Edward Prescott et le norvégien Finn Kydland obtinrent le prix pour un article de 1977, dans lequel ils avaient établi, mathématiques à l'appui, que les banques centrales doivent échapper à toute pression des élus. Lors de la cérémonie de remise, sous le patronage du roi de Suède, les orateurs exaltèrent le … 1972 ! Une erreur de jeunesse qu’il qualifiera de « piece of rubbish » - un tissu de « conneries » -, glorifiant la théorie de l’équilibre général à laquelle il ne croyait plus 4. Mieux, il regrettera de partager le haut de l’affiche avec Kenneth Arrow, prix Nobel conjoint, qui avait démontré dans les années 1950, en compagnie de Gérard Debreu, lui-même Nobel 1983, l’existence d’une forme d’équilibre général des marchés concurrentiels ... dont les conditions si restrictives ne se rencontrent en nul point de l’écliptique. Dans un opuscule paru en 1974, à peine deux ans après - « Limites de l’Organisation » -, Arrow signera sa reddition en énumérant trois variables supplémentaires, ayant à voir avec l’action de la puissance publique, les valeurs morales et les règles internes des sociétés, reconnaissant ainsi que le Marché seul, à vau-l'eau et à l'air libre, ne conduit à aucun équilibre. La puissance publique, quelle horreur !

Voici Robert Solow, à qui le modèle mathématique 5 sur la croissance, élaboré en 1956, valut une couronne en 1987, proche collaborateur de Paul Samuelson, lui-même nobélisé en 1970 et co-auteur avec John Hicks de cette fameuse synthèse néoclassique, qui ramènera « l'économie à une science sociale, inexacte dans laquelle il faut tenir compte des institutions, des structures sociales et de l'histoire ». Cet ardent polémiste observera également, goguenard, que « la prison est l’allocation chômage américaine 6 ».
Enfin, voici Maurice Allais, à travers l’œuvre duquel le déjà cité Gérard Debreu s’initia à la théorie de l'équilibre général, récompensé en 1988 pour son apport à la théorie des marchés, qui, peu après, stigmatisera un demi-siècle d'errance dogmatique, et ramènera l’économie à une simple affaire de psychologie 7. Et d’autres encore, qu’on lasserait à tous citer. Mais où est donc passé le Marché ! Joseph Stiglitz, Nobel 2001, l'un des fondateurs du nouveau keynésianisme, un résistant en somme, ancien économiste de la Banque Mondiale et conseiller de Bill Clinton, rappellera que l’efficience des marchés est une chimère, et, qu’à défaut de régulation, leur inefficacité patente n’est pas prête d'aller en s'améliorant. Ce même Joseph Stiglitz crucifiera peu après le FMI 2 pour l'ensemble de son oeuvre, dérégulatrice, généralement assassine. La perception du fait économique serait-elle à revirer de bord ?

Tous les néoclassiques, convaincus sur le tard, finiront par reconnaître, que l’économie a davantage à voir avec la politique, l’Histoire, la culture d’un peuple, plutôt qu’avec le programme des business schools, exégèse des marchés efficients, rationnels et concurrentiels. Tous, sauf quelques enragés proches de Milton Friedman, comme Georges Stigler, pour qui l'économie mathématique « conduit nécessairement à de la bonne théorie économique
  8 », et qui, piqué au vif sur le paradoxe de Allais, ne craignit pas de déclarer : « Eh bien, ce n’est pas la science économique qui est fausse, c’est la réalité 6 ! ». Tous, sauf Milton Friedman lui-même, fervent défenseur jusqu’à son ultime souffle d’un Marché d’essence divine, objet de tabous et de devoirs particuliers, protecteur du clan et grand ordonnateur du bien social, de qui tout procèderait, jusqu’à la fin des temps. Aux dernières nouvelles, Myron Scholes et Robert Merton, émules d’un Harry Markowitz taquiné par Milton Friedman lors de sa soutenance de thèse, apôtres des marchés lisses et de la fameuse courbe en clocheLe 21 octobre 1929 commença la fin : le lundi qui suivit, le Dow Jones perdit 13%, le lendemain 12% à nouveau, dans un désordre indescriptible, préludant une crise au long cours de l'économie américaine. On croyait avoir tout vu ; pourtant, le 19 octobre 1987, le Dow Jones fera mieux encore, c’est-à-dire pire, qui dévissera de 22,6% en une seule journée …, ridiculisés au dernier degré dans la faillite retentissante de LTCM, ne s’étaient pas non plus repentis. Tous Nobel d’Economie ... Sans doute regardera-t-on, d'ici quelques décennies, ces lauriers avec ce même œil amusé que nous jetons aux académies médiévales pour lesquelles la circulation du sang était nuisible à l'homme !

Finalement, les deux seuls économistes qui n’auront jamais été couronnés, fût-ce à titre posthume, auront été les deux seuls à avoir donné leur nom à une théorie économique : John Keynes et Karl Marx. Milton Friedman, funestement devancé de six mois par John Galbraith, autre grand de la discipline, les a maintenant rejoints au paradis des économistes : déjà leurs délibérations ont repris. S'accorderont-ils pour finir ?
 

 

 

(1) De Jacques Vincent, marquis de Gournay (1712-1759), prononcé dans un autre contexte
(2) Joseph Stiglitz (2002) - « La grande désillusion » 
(3) Jacques Généreux (2005) - « Les vraies lois de l'économie »
(4) Alternatives Economiques N°225 (Mai 2004) - « John Richard Hicks, l'économiste des économistes »
(5) Jean-Baptiste Say (1803) - « Traité d'économie politique »
 
Des économistes renommés, quelle que soit la survie de leurs propres assertions, ont régulièrement dénoncé le penchant mathématique de la discipline. « Ces personnes [...] n'ont pu énoncer ces problèmes en langage analytique sans les dépouiller de leur complexité naturelle, au moyen de simplifications et de suppressions arbitraires, avec les conséquences, insuffisamment appréciées, qu'ils changeaient toujours la condition du problème et viciaient tous ses résultats ; cela fait qu'on ne peut déduire de tels calculs aucune autre inférence que celles qui se dégagent de la formule arbitrairement supposée » - Jean-Baptiste Say

(6) Bernard Maris (2003)- « Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles »
(7) Le Monde, le 29/06/1989 - « Le désarroi de la pensée économique »
 
« Ces quarante-cinq dernières années ont été dominées par toute une succession de théories dogmatiques, toujours soutenues avec la même assurance, mais tout à fait contradictoires les unes avec les autres, tout aussi irréalistes, et abandonnées les unes à la suite des autres sous la pression des faits. A l'étude de l'histoire, à l'analyse approfondie des erreurs passées, on n'a eu que trop tendance à substituer de simples affirmations, trop souvent appuyées sur de purs sophismes, sur des modèles mathématiques irréalistes et sur des analyses superficielles du moment » - Maurice Allais

 (8) « L'économie politique contre l'économie mathématique  » - L'encyclopédie libérale
 


 
Illustration : Milton Friedman (1912-2006)
 
 
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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 13:16


Les vives variations des prix boursiers heurtent l'entendement : des entreprises sont portées au pinacle, clouées au pilori, parfois sans raison apparente, au rythme d'errances décousues qui défient le sens commun et nous ébahissent. L'épisode spéculatif        - Le bal des patineurs -
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(…) Dans le Wall Street des roaring twenties, la spéculation à la hausse était si intense qu'on avait meilleur compte à emprunter pour acheter des actions. Ce calcul paraissait si assuré que beaucoup de candidats, alléchés, firent mouvement vers ce nouvel eldorado de promesses : les achats, qui alimentaient la montée des prix cautionnaient la solvabilité des impétrants à l'enrichissement facile, et ainsi de suite. Personne n'envisageait que cette cavalerie infernale pût s'interrompre un jour. L'immobilier n'était pas à la traîne, la Floride flambait littéralement : tout s'avançait à merveille. L’argent bon marché est toujours propice à de telles contagions d'euphorie, et cette pathologie est mortifère (…)
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     - Boursonomics 02/10/2006 -

est le témoin ultime de ces liesses, et le krach, leurs points d’orgue : les cours prennent alors congé du réel avec une constance admirable. Ainsi, à l’aube du millénaire, l’air du temps commença-t-il par expédier des étoiles technologiques vers des culminations dont on disait qu’elles seraient bientôt dépassées, mais qu’on vit aussi bien s’effondrer à grand fracas. Alcatel évita le pire, c’est-à-dire le zéro absolu : après avoir fait afficher un plus haut à 97,15 euros le 05 septembre 2000, le titre dégringola à 2,05 euros le 24 septembre 2002 ! La nouvelle ère s'annonçait mal. Nous comprenons mal cette distance entre les Bourses, où l’opinion moutonnière domine, et la réalité du terrain, plus lente, plus besogneuse, plus concrète aussi. Alors, nous nous rendons à l’évidence : telle l’épée de Charlemagne, qui avait la réputation d’être longue, lourde et mal affûtée, la Bourse est un baromètre grossier, qui jauge la marche des entreprises comme le monarque conquit l’Europe : à grandes enjambées !

La valeur, le prix ? Hum ! Des bibliothèques entières ont été consacrées au sujet, mais entre académisme et idéologie, les penseurs s'accordent mal sur cette question et délibèrent encore. Friedrich Nietzsche, plus philosophe, fit dire à Zarathoustra que « ce qui a son prix a peu de valeur
1 ». Rien n'est en effet net entre le prix et la valeur, notamment en Bourse, où le Marché, imperméable aux théories, dicte sa loi. Comme Alcatel, le titre France Telecom ne valait pas plus 219,00 euros le 03/03/2000 que 6,75 euros le 24/09/2002, journée des trente sixièmes dessous. Yahoo, qui déboursa 5,7 milliards de dollars en 1998 pour Broadcast.com, une société au chiffre d’affaires de 22 millions de dollars et dont les pertes s’élevaient à 16 millions de dollars 2, vit son cours multiplié par 250 en un an, se haussant à 119,24 dollars le 03/01/2000, avant de retomber, comme un soufflé, vers 4 dollars en septembre 2001. Mieux, entre 1921 et 1929, RCA passa de 1 à 573 dollars 3, outre-sacrant le progrès technique sur l'autel des corbeilles. La Bourse, elle-même dopée par l'innovation financière, est un théâtre antique     - Bulls & Bears en Bourse -
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(…) Voici un conte qui valait mieux du temps des cotations à la criée, quand toute une populace ruait et vociférait autour de la corbeille, à l'image de celle qui jadis se pressait à la tribune de combats antiques. La scène est celle d’un vaste enclos où l’on lâche une meute de chiens assez excités sur des ours et des taureaux. Dans la furia qui suit, les taureaux foncent et projettent les mâtins en l’air. Les ours donnent de vifs coups de pattes et plaquent les molosses aux sols. Ainsi, bêtement, en tout lieu de la planète finance, les taureaux - bulls -, sont-ils les fanions des marchés qui montent, alors que les ours - bears -, restent à jamais les tristes porte-drapeaux des marchés qui baissent (…)
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     - Boursonomics 02/09/2006 -

où s'affrontent les spéculateurs et les investisseurs. L'attitude des premiers affecte les intérêts des seconds, en sorte que les fondamentaux de l’économie, surpassés par les effets de levier, sonnés par le court-termisme, ne fondent plus les prix du Marché. De longue date et sans rémission !

La spéculation désoriente l’investissement. Les traders, dont l’attention est focalisée sur le marché, misent sur une variation des prix, non sur l'économie des entreprises et des nations. L’agitation artificielle qui enflamme quelques titres, au détour d’un évènement quelconque, d’une déclaration d’un banquier central, parfois d’un simple faiseur d’opinion, aimante les liquidités      - La liquidité à tout prix -
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(...) La spéculation est l’ébullition de la liquidité ; se nourrissant des variations de cours, elle disparaît avec elles dans le tarissement des cotations. La valeur fondamentale des titres redevient alors le point central d’estimation des sociétés ; ragaillardi, le long terme redonne aux analystes du grain à moudre, dans l’accablement de tableaux de chiffres interminables, dépiautés en tirant la langue. Cette comptabilité laborieuse, ne fait pas hélas l'éclat de la finance contemporaine voulue par ses chantres libéraux. Haro sur les vieux barbons, comme Keynes, qui, observant déjà le lien entre liquidité et spéculation, préconisait qu’on imposât aux Marchés des coûts de transaction élevés (…)
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     - Boursonomics 22/03/2009 -

: alors celles-ci ne s’allouent plus avec l’efficacité des dogmes libéraux. Et le gonflement de certaines actions assèche les disponibilités pour d’autres, qui cherchent en vain du capital à bon prix. A son comble, l’affaire dérape, des bulles se forment, qu’on nie jusqu’au bout pour préserver la théorie du marché souverain, autorégulateur de naissance et rationnel jusqu’au dernier transport. Quelques économistes se prirent les pieds dans ce tapis, comme Irving Fisher en 1929, ou plus récemment Wayne Angell, ex-gouverneur de la Réserve Fédérale, qui déclara le 03 février 1999 : « Il n’y a pas de bulle : nous sommes tout simplement parvenus à l’économie de la nouvelle ère, celle où les technologies de l’information et une politique monétaire saine alimentent une croissance non inflationniste à long terme. Les bulles sont causées non par les investisseurs mais par les politiques gouvernementales 4 ». La spéculation ne fut pas évoquée, ni montrée du doigt, encore moins mise à l'index. Galbraith nous avait déjà averti 5-1.

La théorie financière fit du mieux qu'elle pût pour accréditer la nécessaire rationalité des Marchés ; efficients et concurrentiels, filoguidés par une main invisible vers l'optimisation de tout ce qui sonne, et trébuche sitôt après, ces dieux de l'Olympe reçurent l'attention des plus grands. On nobélisa autant qu'on sût les travaux de l'Ecole de Chicago 6 et d'ailleurs ; l'économie, la finance, et enfin la Bourse, qui cristallise le tout, trinquèrent avec la mathématique des savants célébrés à Stockholm. L'image ruineuse d'un casino planétaire             - Géant casino -
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(…) Un îlot de solennité surnageait malgré le désordre à l'entour. La corbeille du palais Brongniart, où se négociait le gotha de l’industrie hexagonale, Aquitaine, Peugeot, Citroën, Wendel … maintenait une étiquette et un protocole sévères : l’atmosphère raréfiée du parquet, que seuls les Agents de Change foulaient, semblait étouffer les cris des courtiers qui s'échinaient plus loin, et cette gravité dissipait une retenue très aristocratique. Puis le théâtre antique, en noir et blanc, se mua en arène colorée, braillarde. Bientôt, les machines vrombiraient les cotations, sécrétant leur propre logique, fulgurante ; des graphes miroiteraient, rouges, verts. Impair et manque, et rien n'irait mieux (…)
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     - Boursonomics 05/04/2007 -

 valait bien en effet qu'un tel aréopage se penchât sur la question des Marchés pour trancher en sa faveur et rassurer son monde. La spéculation n'eut jamais d'autre place dans cet ordo que celle de faire-valoir dans l'allocation optimale du capital. L'antienne du spéculateur assumant le risque à la place de l'investisseur scella l'affaire. La marchandisation de ce risque libéra les âmes les moins éprises de beauté scientifique, incidemment les plus sensibles à l'aplomb de leurs plus-values. Néanmoins, n'eût-on pas eu meilleur compte, et aujourd'hui encore, à circonvenir les risques réels par l'assurance, qui gagne à la stabilité, plutôt que par la spéculation, qui ne prospère que dans la tempête ? Bah, l'évangile libéral poursuit cette idée fixe que tous les risques peuvent faire l'objet d'un marché ! Et la spéculation est comme la marine à voile : elle n'aime pas le calme plat.

Persona non grata. Au bal des Marchés, la spéculation surgit masquée, afin que nul ne la désigne. Mais, c’est avec persévérance qu’on la vit s’inviter à tous les désastres qui jalonnent l’histoire boursière depuis les tulipes hollandaises. Les marchés dérivés          - Marchés dérivés  -
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(…) Thalès de Milet, mathématicien et philosophe grec, avait une très bonne connaissance des étoiles. Il aperçut un jour dans l’épais cosmos les auspices d’une récolte d’olives de bonne facture ; il réserva tous les pressoirs à huile des environs, à bon prix : il était le seul client. La récolte d’olives ne déçut pas : les pressoirs furent si recherchés qu’il put les sous-louer avec un copieux bénéfice à la clé. Aristote, qui conta cette anecdote, nous apprend que les contrats d’options étaient déjà utilisés à Athènes, connus à Rome et dans les colonies de marchands phocéens. Les produits dérivés ont aujourd’hui vampirisé les Marchés des promesses, sous la férule d'un génie financier inextinguible (…)
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     - Boursonomics 19/08/2006 -

, conçus pour répartir les risques financiers à défaut de les annihiler, sont ses terrains de jeu de prédilection. Ainsi certains en viennent-ils à cumuler l’effet de levier traditionnel, relatif à l’emprunt de capitaux, avec celui propre aux produits dérivés, qui démultiplie les variations de l’actif sous-jacent, c’est-à-dire les gains aussi bien que les pertes. France Telecom, Vivendi aussi, n’hésitèrent pas un seul instant à vilipender les hedge funds scélérats, adeptes de cette gestion alternative, dans la descente aux enfers de leurs titres. On les avait moins entendus lorsque les spéculateurs poussaient les cours vers le haut, qui flattaient mieux ces dirigeants à la gouvernance éclairée. Et dans ces ambiances de fête, les banques ne sont jamais les dernières à alimenter les buffets, soit en investissant directement en compte propre, soit en prêtant à quiconque le demande, comme jadis en 1929 5-2. La régulation du capital par le capital se délite alors à grande vitesse dans le vague des assertions originelles, priée de céder le pas au frisson spéculatif. Les économistes cautionnent comme on l’a dit. Tout ce beau monde en apnée, en équilibre au-dessus du vide.

Le temps ne suspend jamais son vol, ni ne nous ménage ses aléas : un évènement, un autre, que l’on n’avait pas prévus et la face du monde en est changée. L'avenir nous est celé, aussi bien le futur des entreprises que la marche des nations. Alors on suppute, on calcule, on hypothèse car il faut bien opiner, établir une norme, fixer un prix, penser un objectif : finalement on se hasarde        - Hasard et multitude -
──────────────────────────
(…) Ah, le vaste empire du hasard ! L’Antiquité l’avait assez pensé, qui représentait la déesse Fortune les yeux bandés, debout sur une roue, aventurant le sort ! La modernité déterministe, réfute quant à elle le sort et associe toujours la réussite à la raison. Nous n’agréons la part du hasard que dans l’échec, jamais dans le succès. Ainsi en va-t-il de nos réussites et de nos plus-values, qui sont autant de preuves de notre discernement ou de notre habileté, cependant que nos échecs relèvent toujours d’une traverse du destin, ou du pernicieux des progressions boursières. Face, la belle analyse ! Pile, quelle insigne malchance ! Et rien entre les deux sinon le hasard, qui domine et surpasse tout (…)
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     - Boursonomics 31/07/2009 -

ou on renonce. Généralement on spécule !



 


(1) Friedrich Nietzsche (1884) -« Ainsi parlait Zarathoustra »

 

Page 301 - « Ô mes frères ! Je vous investis d’une nouvelle noblesse que je vous révèle : vous devez être pour moi des créateurs et des éducateurs, - des semeurs de l’avenir, - en vérité, non d’une noblesse que vous puissiez acheter comme des épiciers avec de l’or d’épicier : car ce qui a son prix a peu de valeur ».

 

(2) Vincent Almond (2003) -« Les mensonges de la bourse »
(3) John Galbraith - « La crise économique de 1929 »
(4) Wayne Angell, The Wall Street Journal, le 03/02/1999 - « The Bubble Won't Burst »
(5) John Galbraith (1992) - « Brève histoire de l’euphorie financière »

 

Page 98, à propos du krach de 1987 - « Puis vint une série de rapports – de la Bourse de new York, de la SEC et d’un groupe de réflexion de haut niveau réuni par la Maison-Blanche. Ils se situent diversement entre l’intérêt marginal et le ridicule achevé (…) Que la spéculation et ses retombées sont de regrettables caractéristiques intrinsèques des marchés dont on constate le retour périodique depuis des siècles, on n’en faisait pour l’essentiel aucune mention ».

 

Page 76 - « Tous les traits du grand épisode spéculatif, déjà parfaitement prévisibles à l’époque, étaient là encore une fois, bien évidents. Les cours montaient parce que les investisseurs privés, les institutions et leurs conseils étaient convaincus qu’ils allaient monter davantage, et cette conviction produisit la hausse. Le levier était partout, magnifique, c’était vraiment une merveille spéciale du temps. Sous sa forme la plus courante, il permettait l’achat d’actions avec une couverture de 10% - 10% fourni par l’aspirant acheteur, 90% par l’obligeant prêteur ».

 

(6) Université - privée - de Chicago

 

Fondée notamment par Frank Knight, théoricien du risque et de l'incertitude, l'Ecole dite de Chicago a fourni de nombreux lauréats du Prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques à la mémoire d'Alfred Nobel. La liste ci-après décline un appariement possible des professeurs, doctorants, et/ou proches de cette Ecole : Milton Friedman (1976), Théodore Schultz (1979), George Stigler (1982), Gérard Debreu (1983) James Buchanan (1986), Harry Markowitz (1990), William Sharpe, (1990), Merton Miller (1990), Ronald Coase (1991), Gary Becker (1992), Robert Fogel (1993), Robert Lucas (1995), Robert Merton (1997), Myron Scholes (1997), James Heckman (2000) - Depuis 1969, la Banque de Suède a récompensé 55 économistes.

 

 



Illustration : Gravure sur cuivre de Pierre Delvincourt - « Corane »  

 
 
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29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 00:00
 
 
OLDABE-copie-1.jpgLes Bourses mondiales ont cédé aux effluves tiédis et indolents de la douceur automnale. Un genre d’optimisme tranquille semble avoir gagné les investisseurs, et le calme est apparent qui règne sur les marchés financiers. Octobre ne sera pas rouge ! Tant mieux ! Voici le Dow Jones, phare de Wall Street, baromètre de l'air du temps, qui enjamba récemment les 12.000 points, et semble d’humeur à s’y maintenir ; et là, le CAC, élève appliqué, qui flâne sur ses plus hauts depuis le krach Internet, vers 5.400 points. Partout on taquine les sommets : la tendance paraît haussière et nul n’envisage qu’elle s’inverse sous peu. Petit à petit, une délicieuse euphorie s’installe, et nous nous plaisons à penser que cela durera encore. Il y a peu pourtant, les marchés s'étaient enfiévrés, au détour d’une inflation soudaine. Ce prétexte en valait un autre. Mais on confond toujours l’étincelle et la cause : les déséquilibres qui menacent la stabilité financière internationale ont leur source dans la dette américaine. Et de ce côté-là, rien n’a changé. L'ombre plane de l'aigle ravisseur.
 
La première puissance économique et militaire du monde, les Etats-Unis, est le pays le plus endetté de la planète. Quelques chiffres ébouriffent : en 2005, la dette extérieure de l’Union, qui avoisinait déjà les 3.000 milliards de dollars, dépassa celle de tous les pays en développement réunis, évaluée aux alentours de 2.600 milliards de dollars par la Banque Mondiale 1. D’aucuns, les plus optimistes, pensent que cette dette pourrait doubler d’ici la fin du mandat de Walker Bush, entre abandons économiques, aventures guerrières et budgets aliénés. Ceci ne laisse pas d'inquiéter car ces flots continus et jaillissants d’instruments libellés en dollars, comme les bons du Trésor, qui financent ces déficits abyssaux, sont désormais désertés par les ménages américains, occupés à consommer, et majoritairement parrainés par  les acheteurs étrangers. Le futur candidat démocrate aura là un thème de campagne fort : il est d’ailleurs assez probable, s'il advenait bien sûr qu'il fût élu, que ses premiers cassements de tête seront plus économiques que géopolitiques, tel Bill Clinton qui, en 1992, relégua les affaires internationales, nord-coréennesLa balafre court sur 250 kilomètres, d’est en ouest à travers la péninsule ; défenses antichars, batteries camouflées, sentinelles prêtes à tirer, et barbelés sur lesquels s’agrippent d’effrayants panneaux aux têtes de mort signalant les champs de mine à l’entour : près de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corée, rien n’a vraiment changé depuis l’armistice de 1953 … notamment, à l'arrière-plan. Et le déficit commercial, témoin du délitement de l'industrie locale, n'est pas moins inquiétant, qui file également comme l’éclair : 618 milliards de dollars en 2004, 726 en 2005, et déjà 523 milliards après les huit premiers mois de l'exercice 2006 2.
 
« La grande affaire, c’est les affaires ! » concédait le peu loquace Calvin Coolidge (1923-1929), lointain devancier républicain de Walker Bush. Adepte convaincu du laisser-faire, partisan de la non intervention du gouvernement fédéral sauf en cas d’absolue nécessité, il put tirer parti de ces années folles de forte croissance pour diminuer les impôts. Las, les historiens lui accordèrent une lourde responsabilité dans la crise de 1929 et la Grande Dépression qui suivirent son mandat ; pour ces motifs, on retira son portrait de la Maison-Blanche, jusqu’à ce que Ronald Reagan, autre républicain bon teint, abrégeât la disgrâce 3. Cette brève mise en perspective de l’Histoire n’est pas anodine, qui nous rappelle quelques causalités (1929, 1987) et quelques constantes : le credo de l’ultra-libéralisme Milton Friedman, pape de l’ultra-libéralisme est mort. Ses proches, ses élèves, économistes de Chicago et d’ailleurs, honorés sur la scène planétaire, choyés sous les lambris les plus prestigieux, ont l’âme en peine. D’autres, moins excessifs, plus tournés vers l’humain, se borneront à respecter le sommeil éternel de l’icône … est le retrait des Etats des affaires économiques, à commencer par la baisse des impôts, cette « charge obscène » qui stérilise la créativité et la liberté d’entreprendre. En 2004, à la fin du premier mandat de Walker Bush, les recettes fiscales étaient inférieures de 145 milliards de dollars à ce qu’elles étaient en 2000, au terme de l’administration Clinton, tandis que les dépenses en 2004 dépassaient de 503 milliards de dollars leur niveau de l'année 2000 4. Rien d'alarmant cependant aux yeux de l'actuel locataire de la Maison Blanche, qui déclara, le 11 octobre dernier : « Je crois que notre économie prospère 5 ». On se gardera assez de s'en remettre à la seule opinion de l'autorité présidentielle, sur ce sujet et bien d'autres. 
 
En septembre 2005, Alan Greenspan admit en privé que l’administration américaine ne maîtrisait plus son déficit budgétaire 6. Une pompe à finance est en marche, qui siphonne près de 75% de l’épargne mondiale nette : près de 3 milliards de dollars par jour 7 ! Entre juin 2004 et janvier 2006, Alan Greenspan aura relevé de 3,5 points le prime rate de la Fed, en partie pour maintenir les flux étrangers aux Etats-Unis et éviter la sécession des banques centrales, asiatiques notamment. On entendit mieux les causeries sur les pressions inflationnistes, la surchauffe de l’économie, et autres prétextes de cette eau-là, justifiés sûrement, mais qui avaient l’avantage de celer l’essentiel : car on s’inquiétait beaucoup outre-atlantique que l’investissement étranger ne désertât la place pour des questions de risque et de diversification et, qu’il se lassât de financer les déficits records des Etats-Unis. La Banque des Règlements Internationaux nota que les gouvernements asiatiques avaient réduit la proportion de leurs réserves en dollars par rapport à d’autres monnaies, passant de 81% au troisième trimestre de 2001 à 67% en septembre 2004 8. Ce désamour pourrait s'accélérer selon l'arbitrage que la Fed opèrera entre récession et inflation, également à l'affût : une politique monétaire plus expansionniste, qui affaiblirait le dollar, rendant les taux moins attractifs aux yeux des prêteurs, pourrait alors précipiter une crise majeure.
  
Le Japon est au premier rang de ces investisseurs, qui accepte de payer le tribut de la protection militaire des Etats-Unis pour son commerce et ses affaires extérieures. La Chine est juste derrière : un tiers du déficit commercial américain lui est imputable et la menace de représailles, notamment protectionnistes, la convie à financer les déficits. Dans ce lacis d'intérêts croisés, un équilibre de la terreur s’est peu à peu installé : un doute sur la capacité des Etats-Unis à tenir ses engagements financiers, une dégringolade du dollar, une remontée brutale des taux d’intérêt américains et mondiaux, des ménages étranglés par le poids de leur dette, une consommation en panne, bref tous les ingrédients d'une apoplexie planétaire sont en place. Tout le monde à intérêt à éviter une crise financière : car tout le monde peut faire faillite. Le dollar, étendard de la puissance étasunienne, qui pave l'ordre économique depuis un siècle, est la clé du système : des conséquences imprévisibles, qu'aucune théorie n'a jamais actées, découleront de la perte de son statut de monnaie de référence s'il venait à trop glisser. N'oublions pas non plus que les ménages américains ont emprunté 1.600 milliards de dollars sur la valeur de leurs maisons. Et qu’à fin 2004, l’endettement des sociétés non financières de l'Union atteignait 2.900 milliards de dollars. Tant de dettes, tant de milliards, jusqu'à la nausée !
 
Gare aux effluves tiédis et indolents de la douceur automnale, aux partitions apaisées de ceux qui font l'opinion, aux ronrons langoureux de ceux qui la jouent, aux lendemains qui chantent, et à la fin, aux sanglots longs des violons, les couvrant tous.

 

 

 


 

(1) Global Development Finance 2005 - Rapport de la Banque Mondiale
(2) Yahoo Finance, le 12/10/2006
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Calvin_Coolidge
(4) John Dillon - « La dette américaine conduira-t-elle à une crise financière ? »
(5) Discours du 11/10/2006 de George W. Bush : « Remarks by the President on the Economy and Budget »

 

« I believe that our economy prospers when we trust the people to make the decisions on how to save, spend, or invest ... I hope you're optimistic about this country's future, because I sure am ... I want to thank you all for coming to hear this proclamation of good news ». George W. Bush

 

(6) The Globe and the Mail, Toronto, le 26/09/2005
(7) Alternatives Economiques, Hors Série N° 66
(8) Le Monde Diplomatique, Mars 2005 - « Le sort du dollar se joue à Pékin »

 



Illustration : « Old Abe », l'oiseau soldat

 

 

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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 02:12
 
 
L’économie fut longtemps dominée par la question de la survie : l’agriculture demeura la règle des siècles durant, qui noua les équilibres démographiques selon des théories et des cycles chers à Thomas Malthus. Puis l’industrie fit son chemin, le tissage d’abord, et la notion de profit apparut, rompant avec les préceptes de l’Eglise qui enseignait qu’« aucun chrétien ne devait se faire marchand ». Plus tard, les services apparurent, et, de proche en proche, l’information. Cette marchandise intangible de nos temps s’imposera comme une déferlante : aujourd'hui ses flux quadrillent l’espace-temps sur des autoroutes de cuivre ou de lumière, visibles ou invisibles, et sa valeur intrinsèque dépasse celle des biens.
 
Au cœur de cette économie immatérielle, la finance occupe une place centrale : sans monnaie, sans intermédiaires financiers, rien n’est plus possible. En 2001, le volume des transactions financières internationales fut de plus de 1300 milliards de dollars par jour, soit près de cent fois supérieur au volume du commerce mondial quotidien des marchandises, quinze fois supérieur au produit intérieur brut mondial 1, et les services financiers contribuèrent pour 5 à 7% du PIB des pays industrialisés.
 
La nouvelle monnaie est informationnelle. Walter Wriston, patron de Citicorp, ne s’y trompa pas dans les années 1980, qui déclara : « L'information sur l'argent est devenue aussi précieuse que l'argent lui-même ». De l’information à l’informatique, il n’y a qu’un pas, une seule syllabe, la dernière, qui donne toute la dynamique au mot : la qualité et la richesse de l’information sur l’économie et les marchés financiers constituent aujourd’hui l’étalon de la valeur, et les ordinateurs, qui la traitent et la propulsent sur la toile planétaire, le vrai moteur. Ces machines obscures – que des hommes avaient pourtant animées -, furent incriminées dans le krach boursier d’octobre 1987, et les programmes informatiques d'arbitrage entre le marché au comptant de New York et les marchés à terme de Chicago montrés du doigt. Bah, ces boucs émissaires désignés et l’émoi oublié, on continua : car on ne pouvait faire marche arrière ; les banquiers lombards avaient transformé les pièces d’or en billets à ordre pour sécuriser les transactions dès le Moyen-Âge, l’époque moderne allait muter ces derniers en messages digitaux. Les coffres-forts ont été remplacés par les ordinateurs. La finance se confond désormais avec l'information.
 
La finance est la première cliente de l’industrie informatique. En 1995, les dépenses liées à la technologie représentèrent de 15 et 20% des coûts d'exploitation des établissements financiers. A cette époque, réunies, les banques américaines dépensaient planétairement 26 milliards de dollars par an pour la technologie de l'information ; en Europe, l'effort n’était pas moindre et de grandes banques  comme la B.N.P., la Société Générale, la Barclays ou la NatWest, y consacraient 2 à 3 milliards de francs français par an 2. On ne doute pas que cet effort originel ait été maintenu, sinon accentué, pour accompagner l’innovation financière et la quête incessante du gain. Les nouveaux instruments financiers - options, swaps, instruments hybrides, exotiques - ne pourraient exister sans l’informatique, qui a suscité l'essor de nouvelles stratégies d'investissement, fondées sur l'énorme capacité de calcul des ordinateurs. Des métiers sont apparus, ou se sont transformés, tels l'arbitrage qui permet de jouer des écarts sur des marchés en tout point de l’écliptique. L’information est électronique, les marchés le sont devenus. Et l’hydre financier de se développer, comme le papillon dans sa chrysalide : car aujourd’hui, les entreprises et les particuliers sont entrés dans la danse.
 
L’information financière et économique est aujourd’hui pléthorique et mondiale. Elle croît de manière exponentielle. Elle est immédiate et instantanée, et l’on n’a pas le temps de la vérifier ou de la contrôler. Elle peut engendrer des rumeurs, des manipulations, voire des mensonges. Cette instantanéité ne permet pas de trier l’information ni de la hiérarchiser. Le futile prend le pas sur l’essentiel. L’information devient fugace : une information donnée un jour est déjà oubliée ou dépassée le lendemain. Facile d’accès, elle est multiplie, émise de plusieurs sources, parfois contradictoire. Le continuum est total : et quand bien même le voudrait-on, il est impossible de revenir en arrière … On ne peut plus fermer les frontières, déconnecter les ordinateurs. La contrepartie ultime de la nouvelle monnaie n’est plus la marchandise physique, facile à identifier et à manipuler, mais l’information, insaisissable, impalpable, abondante, volatile. C’est inquiétant.
 


 
(1) Paul Dembinski - « Finance : la déferlante du XXème siècle »
(2) Le Temps Stratégique, Avril 1996
 
 
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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 01:12
 
 
Greenwich Village, Connecticut, cité maudite pour les hedge funds : déjà en 1994, LTCM, le fond spéculatif le plus fameux au monde y avait élu domicile, et sa faillite exemplaire demeure dans les mémoires. Bis repetita placent : Amaranth Advisors, autre hedge chéri à qui tous les gestionnaires désiraient confier leurs capitaux, s’est écroulé en septembre, effaçant six milliards de dollars d'un trait de plume détonant.
 
Pourtant l'outrance de la perte n'inquiéta pas la planète finance, ni ne rameuta le ban et l'arrière-ban des autorités régulatrices comme naguère : car si la débâcle de LTCM fit courir un risque majeur au système financier mondial, il n’en sera rien pour la déconfiture d’Amaranth ; aussi bien, Brian Hunter, cet arbitragiste de 32 ans, surpayé 1 et rompu à la négociation des contrats à terme, qui a plombé le fonds, n’a rien de comparable avec l’armée de « rocket scientists » qui paraient LTCM. On se souviendra cependant, dans un autre registre, d’un certain Nick Leeson, trader génial qui naufragea la Barings à l’identique en 1995. L'un fut balayé par un séisme inattendu, qui détruisit Kobé, l'autre, par un ouragan attendu, qui ne s’abattit jamais sur le golfe du Mexique. La nature est moins calculable. Parfois, c'est agaçant.
  
Or donc, les temps sont mauvais pour les fonds spécialisés dans les ressources naturelles ; après la reddition d’Ospraie Management, qui avait parié sur la baisse de matières minérales, à contre-courant, ce fut au tour de MotherRock 2, en août, de cesser le feu pour la raison précisément inverse 3 : on espérait la hausse du gaz naturel, on eut la baisse. Amaranth, illustre inconnue de ce côté-ci de l’atlantique, allait suivre, prise dans la même tourmente, et sa notoriété sur le vieux continent irait de pair avec l’ampleur des pertes : selon Nicolas Maounis, son fondateur, 65% de la valorisation des fonds Amaranth International et Amaranth Partners s'est évaporée en moins d’un mois, soit la bagatelle de 6 milliards de dollars. L’opération de survie qui s’ensuivit a obligé les dirigeants à des cessions précipitées afin d’endiguer les pertes et de répondre aux appels de marge propres aux marchés dérivés : ainsi l’ensemble des intérêts d’Amaranth dans l’énergie a-t-il été cédé au rabais à un autre fonds spéculatif, Citadel Investment, et à la banque JP Morgan Chase. Les actifs restants, soit 3 milliards de dollars sont en vente 4. D’ici là, les demandes importantes de retrait de fonds de la part des investisseurs sont gelées.
 
L’affaire marchait pourtant rondement. En 2005, les profits retirés de l’énergie et des matières premières avaient totalisé 1,26 milliards de dollars ; ils atteignirent 2,17 milliards de dollars au terme des huit premiers mois de cette année 2006, suscitant l’enthousiasme auprès des ayants-droit d'Amaranth. Se souvient-on, qu’en pareille circonstance, treize années auparavant, les résultats ahurissants qu’obtenaient Nick Leeson, firent dire au très britannique sir Peter Baring : « Les bénéfices sont devenus spectaculaires après la restructuration : la Barings en a conclu qu’en fait il n’était pas très difficile de gagner beaucoup d’argent avec des titres » 5. Les résultats d’Amaranth sur le gaz naturel sont comparables, et le fait d’un seul homme, Brian Hunter … Alors, on s’enflamme ; les capitaux alloués aux positions sur le gaz naturel sont augmentés au détriment des positions de diversification ; l’euphorie fait perdre la mesure ; on surpondère le gaz, et les gros paris deviennent directionnels. Au début la machine à gagner fonctionne : durant l’été, le secteur énergie engrange un profit de 1,35 milliard de dollars, dans un marché liquide, notamment en août 6. En septembre, tout s'écroule : le gaz naturel s’effondre sur le Nymex, passant de 8,50 dollars l’unité de compte (MBTU 7) à 4,87 dollars mi-septembre ; surtout, la liquidité est devenue inexistante : Amaranth ne peut que matérialiser des pertes et n'arrive même à pas vendre son portefeuille à d'autres fonds. On liquide.
 
Comment en est-on arrivé là ? Certes, le prix du gaz naturel a pris le contre-pied des anticipations : sa trajectoire accompagna celle du pétrole dans une décrue à la géopolitique impensable ; on fit également le pari de l’ouragan qui affecterait les installations dans le golfe du Mexique, à l’image des cyclones dévastateurs de l’année précédente, Rita, et surtout Katrina. Las, les aléas tempétueux firent défaut aussi bien que les relations internationales demeurèrent globalement apaisées. On fit aussi une mauvaise évaluation de la liquidité du marché des contrats à terme, et l’on se trouva prisonnier de positions perdantes indénouables. Voilà le tableau officiel que dressa Nick Maounis, le fondateur d'Amaranth 8. Comme à l’accoutumée, on se garda bien de montrer du doigt les raisons moins avouables qui firent imploser l’ensemble à grand fracas : la spéculation, grisée par l’euphorie de gains antérieurs, faciles et opulents, et l’absence de back-office, c’est-à-dire de contrôle des opérations. Brian Hunter avait les mains libres, comme les avait Nick Leeson : les profits mirifiques qu’ils généraient ne valaient-ils pas qu’on se montrât moins regardant sur leurs façons de faire ?  Dans les deux cas, la réputation de ces virtuoses aura sûrement rendu impossible l'application des mesures de contrôle. La recherche du lucre, puis la course échevelée contre les pertes auront fait le reste. Ce scénario se reproduira.
 
Sur les marchés à terme, les pertes des uns sont les gains des autres. Les rumeurs veulent que Goldman Sachs, un des grands courtiers de Wall Street, soit un des principaux gagnants de la chute du prix du gaz naturel, car il détiendrait la contrepartie de plusieurs des positions d'Amaranth 9. Mais on dit aussi que Goldman Sachs serait affecté par ses propres « fonds de fonds » : on dit beaucoup de choses … Pour le reste, quelques grands noms de la finance auront laissé quelques plumes dans l’affaire, comme le Crédit Agricole, les AGF, Morgan Stanley, les retraites de l’industriel 3M et de la fonction publique de San Diego, l’Union Bancaire Privée genevoise 10, et sûrement quelques autres. La planète finance, enchevêtrée et mondialisée, « est un château de cartes : quelle que soit la manière dont vous les empilez, elles tiennent ensemble et tombent ensemble » (Harry D. Schultz).
 
Le pari d'Amaranth et de Brian Hunter a échoué : sans doute ont-ils manqué d'un peu de temps. Tôt ou tard, le prix du gaz naturel remontera … A qui le tour ?



 
(1) Le chiffre de 100 millions de dollars de rémunération en 2005 a été avancé par le journal canadien Les Affaires, le 03/10/2006 - Brian Hunter officiait dans les bureaux d' Amaranth à Calgary, Canada
(2) Le fonds MotherRock, qui périclita fin juillet 2006, était dirigé par Robert Collins, ex-président du Nymex
(3) Les Echos, le 11/10/2006
(4) Le Monde, le 02/10/2006

(5) Nick Leeson - « Trader Fou »
(6) La Tribune de l'Economie, le 22/09/2006
(7) Million British Thermal Unit
(8) La Tribune de l'Economie, le 05/10/2006
(9) Les Affaires, le 03/10/2006
(10) La Tribune de l'Economie, le 23/09/2006
 
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Published by Marc Aragon - dans Le sérail
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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 00:00
 
 
Lorsqu’elle a réalisé de bonnes affaires, une entreprise finance son essor en utilisant une part des profits issus de son activité : elle s’autofinance. Selon le cas, elle peut également choisir de s’endetter, soit auprès d'institutions financières, soit, pour les plus en vue, en émettant des obligations. Elle peut aussi saisir ses actionnaires pour qu'ils remettent au pot. Ainsi va le quotidien de milliers de sociétés, sans autres options pour activer leur croissance. Une voie alternative s’offre cependant à celles qui sont cotées en Bourse : augmenter leur capital en vendant de nouvelles actions sur les marchés boursiers. Cette option est réservée à la minorité du genre : en 2002, l’INSEE dénombrait 1.241.208 sociétés immatriculées en France, et seulement 936 cotées en Bourse sur environ 175.000 éligibles (sociétés anonymes, par actions simplifiées et une partie des sociétés en commandite) 1. Le paradoxe est que ces sociétés redonnent davantage à leurs actionnaires qu’elles ne lèvent de capitaux ! Et cela ne date pas d’aujourd’hui, en France comme ailleurs …
 
Aux Etats-Unis, pays du libéralisme triomphant, la Bourse détruit du capital depuis 1985 : chaque année, les sociétés américaines cotées auront retiré plus de capital qu’elles n’en ont émis, sauf sur la période 1991-1994 où le solde fut excédentaire de près de 50 milliards de dollars par an. En 2001 par exemple, les émissions d’actions ont été contrebalancées par des destructions de titres bien supérieures en volume, accusant un moins perçu d'environ 330 milliards de dollars 2 : ainsi les capitaux ne se dirigent-ils pas vers la Bourse pour financer l'économie, mais bien au contraire, s’en échappent-ils pour rémunérer les actionnaires. C’est le monde à l’envers : les entreprises reçoivent moins de capitaux nouveaux des émissions d'actions qu’elles ne s’en délestent en rachetant leurs propres actions et en versant les dividendes à leurs mandants. Les chiffres sont têtus, n’en déplaise aux zélateurs libéraux : la Bourse n’apporte globalement pas de recettes supplémentaires aux entreprises ; sa vraie nature est celle d’un marché spéculatif, livré aux profits rapides.
 
Ce qui prévaut aux Etats-Unis ne fait pas exception en France, a fortiori en Europe. Il y a beau temps que les sociétés du continent croissent par l’autofinancement ou l’endettement : « Sur l’ensemble des marchés européens, les émissions nettes d’actions, les montants bruts d’actions émis corrigés des rachats d’actions et des dividendes versés aux actionnaires, sont négatives depuis de nombreuses années. Les dividendes atteignent un montant voisin de celui des émissions d’actions, ce qui revient à dire que les sociétés émettent des actions pour rémunérer leurs actionnaires » 3. Selon la Société Générale, les entreprises européennes ont versé, en 2004, 199 milliards d'euros de dividendes, soit 10 % de plus qu'en 2003, à leurs actionnaires. Elles ont dépensé en plus 30 milliards dans le rachat de leurs actions. Dans le même temps, les augmentations de capital, les introductions en Bourse, les placements se sont élevés à 110 milliards d'euros. Les groupes ont ainsi distribué 120 milliards d'euros de plus qu'ils n'ont obtenu de capital des marchés financiers. Le rapport est comparable en France : en 2004, le Marché a reçu 18 milliards d'euros de plus qu'il n'en a apporté aux groupes 4. Sans compter que l’essentiel des levées de capitaux est venu de la poursuite des privatisations des grands groupes d’Etat …
 
Le temps boursier n’est pas celui des opérations de terrain, lent et besogneux. La stratégie de développement d’une entreprise n'a de sens que dans le temps : las, les opérateurs boursiers ne sont jamais à tergiverser, qui réagissent sur le court terme, voire le très court terme. Que les résultats trimestriels ne soient pas au rendez-vous et le titre est lourdement sanctionné par les investisseurs avec la vente massive et immédiate de titres : la valorisation boursière de l'entreprise s'effondre, le coût des emprunts augmente, diminuant la capacité de l'entreprise à s'endetter pour avancer. Les marchés financiers entraînent la domination de la logique financière : c’est un inconvénient majeur qui amène désormais de nombreuses entreprises, et non des moindres, à déserter la cote (Marionnaud, Mannesman, Rexel, …) 5. Ainsi, face à des règles de gestion de plus en plus lourdes, des exigences de plus en plus élevées de rendement, certaines ont le sentiment de ne pas être payées de retour, qui ne trouvent pas les capitaux nécessaires quand elles le souhaitent. On les comprend.
 
La contrainte actionnariale est disproportionnée. Les entreprises rachètent souvent leurs actions pour faire apparaître un meilleur taux de profit sur les capitaux propres. Les actionnaires majeurs, fonds de pension notamment, exigent des entreprises des rendements et des plus-values souvent incompatibles avec leur propre croissance : celles-ci doivent en permanence enflammer le Marché en lui donnant des signaux forts 6, en rachetant notamment leurs propres actions pour soutenir le cours. Mais les capitaux consacrés aux rachats d'actions sont autant qui n'est pas déposé dans l'investissement productif. Le développement industriel n'accapare plus l'intégralité des capitaux utiles à la création de richesses. La prudence s’impose, les entreprises investissent moins, caressent leurs actionnaires : le Marché applaudit … Ces mécanismes ne peuvent que conduire à un développement plus lent de l'économie.
 
Au terme des huit premiers mois de l’année 2006, Total, fleuron des entreprises hexagonales, avait consacré 2,72 milliards d’euros au rachat de ses propres actions. Au mois d’août dernier, ExxonMobil, première capitalisation boursière mondiale annonçait quant à elle un programme de rachat pour 7 milliards de dollars de ses propres actions au troisième trimestre, « afin de soutenir son cours et d'augmenter le bénéfice net par action pour les titres restant en circulation » 7. Les marchés participent-ils encore au financement de l'économie réelle ? 

 


(1) http://www.france.attac.org/spip.php?article1721
(2) Patrick Artus, Problèmes Economiques, le 10/04/2002 -« Le pouvoir des actionnaires »
(3) Le Monde Diplomatique, le 04/09/1999 (Dominique Plihon)
(4) Le Monde, le 01/02/2005
(5) Investir, le 15/09/2005
(6) Bernard Maris – « Antimanuel d’Economie »

(7) Communication institutionnelle du groupe ExxonMobil lui-même
 
 
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Published by Marc Aragon - dans Chroniques
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8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 02:38
 
 
La balafre court sur 250 kilomètres, d’est en ouest à travers la péninsule ; défenses antichars, batteries camouflées, sentinelles prêtes à tirer, et barbelés sur lesquels s’agrippent d’effrayants panneaux aux têtes de mort signalant les champs de mine à l’entour : près de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corée, rien n’a vraiment changé depuis l’armistice de 1953. Dans ce corridor de quatre kilomètres de large, les deux camps s’observent ; ici, le temps s’est figé. A peine 60 kilomètres au nord, les orgues de Staline de Pyongyang visent Séoul. Une armée d’un million de soldats dont 70% massés aux abords de la DMZ, demeure l’arme au pied, nantie de dix mille pièces d’artillerie et lance-missiles dirigés sur la capitale adverse où se presse 40% de la population sud-coréenne ...
 
Selon les estimations américaines, un conflit fraternel pourrait faire plus d’un million de morts dans les premières semaines 1. La puissance nucléaire ne ferait pas mieux. Sinistre constat ! Aux pays des matins calmes, la sérénité se porte crispée.
 
Dès 1991, l’administration américaine s’inquiéta des activités du complexe de Yongbyon, et de son réacteur à graphite. Le traité de non-prolifération (TNP), qui autorise l’atome civil, accorde des droits d’autodéfense aux pays non détenteurs d’armes nucléaires qui seraient sous la menace de ce type d’armement. Précisément, les Etats-Unis en possédaient en Corée du Sud, qu’ils retirèrent à l’initiative de Georges Bush senior au soir de son mandat. Dès janvier 1992, Bill Clinton cessa cette diplomatie, axant toute son action vers l’économie, sans un oeil pour Pyongyang. Six semaines plus tard, Kim Il-Sung intrigua, et annonça son retrait du TNP au motif que les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) étaient aux ordres de la CIA. La crise ainsi déclenchée, envenimée par une formidable propagande allait durer dix-huit mois et s’aggraver dramatiquement quand, en mai 1994, la Corée du Nord déchargea du réacteur de Yongbyon 8 000 barres de combustible irradié contenant assez de plutonium pour fabriquer cinq ou six bombes atomiques 2. Fin juin, Bill Clinton s’apprêtait à frapper en Corée du Nord. L’ancien président Carter s’envola pour Pyongyang, où il obtint de Kim Il-Sung l’engagement d’un gel total du complexe de Yongbyon. On l’avait échappé belle.
 
La diplomatie prit alors la main, et l’on joua au chat et à la souris jusqu’en 2002 : les services de renseignement américains, qui détenaient la preuve que la Corée du Nord avait commencé en 1998 à importer des technologies concernant un nouveau programme nucléaire d’enrichissement de l’uranium, crevèrent l’abcès. Le nouveau maître de Washington traça l’Axe du Mal ; les nord-coréens en étaient, qui admirent qu’ils auraient conclu avec Islamabad un accord prévoyant le transfert de missiles nord-coréens au Pakistan contre de la technologie pakistanaise d’enrichissement de l’uranium. De quoi fabriquer une ou deux très grosses bombes atomiques par an, sur le modèle de celles du Pakistan 3. L’accord-cadre de 1994 sur le gel du réacteur de Yongbyon était nul et non avenu. Selon la méthode de son père, Kim Jong-Il expulsa fin 2002, les inspecteurs de l’AIEA, dénonçant comme lui des instruments de Washington, et commença ensuite à charger de nouvelles barres de combustible à Yongbyon. Le 10 janvier 2003, elle annonçait qu’elle se retirait du TNP et que toute sanction prise à son encontre par le Conseil de sécurité de l’ONU serait considérée comme une « déclaration de guerre ». Depuis, on se menace.
 
Jusqu’à présent, les missiles nord-coréens ont fait pschitt … ce qui évidemment ne signifie pas que les prochains ne feront pas boum ! Souvenons-nous des Scud Irakiens de la première guerre du Golfe qui nous promettaient l'apocalypse et dont nul ne se souvient plus, à brûle-pourpoint, s'ils ont fait le moindre blessé. Comme d'habitude, quelques dictateurs font monter la mayonnaise pour exister sur la scène internationale. Dans ce chantage à la terreur, la Corée du Nord refait régulièrement surface. En dernier lieu, au mois de juillet, Pyongyang avait tiré une salve de missiles qui avait inquiété ; Shinzo Abe, alors simple porte-parole du gouvernement japonais, aujourd’hui premier ministre, avait évoqué la possibilité pour le Japon de recourir à une frappe préventive contre son voisin nord-coréen – précisant peu après que Tokyo n’en avait pas l’intention 4. En réalité, Pyongyang recherche la manne internationale, sans autres moyens de l’attirer sur son sol que par l'épouvante que ses dirigeants font régner en surfant sur les oppositions des grandes puissances (Chine et Russie d'un côté, le reste de l'autre). Souvenons-nous que Bill Clinton tenta, après l’accord de 1994, de parvenir à un accord global en offrant une aide économique contre le gel du programme nucléaire. C’est le cœur du problème.  
 
La Corée du Nord recherche de l'argent pour nourrir - un peu - son peuple affamé par un stalinisme plus stalinien que le stalinisme pensé par Staline lui-même, ce qui est peu dire ! Mais qui peut bien en vouloir à la Corée du Nord ? Qui peut bien menacer des intérêts quelconques de la Corée du Nord qui précisément n'en a aucun ? Personne bien sûr ! Les oligarques népotiques de Pyongyang ont donc le jeu facile : gesticuler, menacer la paix mondiale pour survivre et grappiller les capitaux qui entretiendront ce système préhumain. Mi-juillet, des inondations monstres auraient fait 10000 morts, navré une part importante des récoltes 5 … Pendant ce temps, on parade et on agite les drapeaux dans des défilés ubuesques multicolores. L’affaire peut durer un certain temps : mais qui a vu l'impensable effondrement de l'Union Soviétique ne doutera pas de l'implosion programmée de la Corée du Nord. Car, inéluctablement, viendra le temps, où le système s'autodétruira, asphyxié par ses propres sécrétions Et le monde sera alors pris de nausée ...




 
(1) Le Monde, le 07/02/2003
(2) Le Monde Diplomatique, Février 2003

(3) Cyberscopie, Juillet 2004
(4) Le Monde, le 14/07/2006
(5) La Dépêche du Midi, le 03/08/2006

  
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Published by Marc Aragon - dans Géopolitique
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