Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Boursonomics

  • : Boursonomics
  • Boursonomics
  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
  • Contact

Visiteurs



Archives

Indices









22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 15:55
 
 
« Nous nous sommes mis à rire, en nous rappelant les prédictions des économistes en 1914 : la guerre, pas plus de quelques mois, les Etats n’ayant pas les moyens pour plus longtemps ». Ainsi Paul Léautaud se plut-il à brocarder les experts dans son Journal, en 1932, dont sûrement John Keynes qui pensait aussi que le conflit ne dépasserait pas quelques semaines 1 ! Quinze années plus tard, quelques économistes, optimistes résolus, récidivèrent et gâtèrent assez le prestige de la matière. Et le leur jusqu’à la fin des temps. Les Roaring Twenties 2, messagères du krach de 1929, donnèrent lieu à une grande célébration de la grâce qui inondait les marchés financiers du Nouveau Monde. La certitude était si partagée qu’on n’envisageait pas que la cavalcade des cours pût s’interrompre. Kenneth Boulding, qui présidera l’American Economic Association, n’avait pas encore couché cette formule : « Toute personne croyant qu'une croissance exponentielle peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste ». Bah, la Bourse, temple de tous les excès qui n'a d'yeux que pour ses plus-values, n'est pas chiche de vérités d’expertsUn expert est avant tout un homme qui se trompe avec autorité. La vie moderne en est parsemée, où aucune décision ne saurait être prise qui n’ait reçu le sceau bienveillant d’un expert, ou de plusieurs - on parle alors d’un collège d’experts. L’économie recèle la crème des experts, la Bourse, la crème de la crème … qui nous divertissent, ou nous piquent au vif. Petit panel du haut de gamme.

Irving Fisher, professeur réputé de l’université de Yale, s’était lui-même brûlé les ailes et forgé une renommée éternelle avec son « haut plateau permanentQuiconque acheta le Dow Jones ce 3 septembre 1929, fut mal inspiré. L’indice, qui avait pris congé du réel de longue date, culmina ce jour-là en séance à 386,10 points, propulsé par la fascination qu’exerçait déjà la grande opinion financière sur la foule : économistes et experts cautionnaient la hausse, analystes et banquiers rameutaient le ban, et nul n’imaginait qu’un génie si partagé pût faillir … atteint par le cours des actions ». Il est vrai que l’air du temps honnissait déjà ceux qui précisément y trouvaient le goût de l’excès. L'Histoire a toujours été pleine d'épaisses railleries à l’encontre des oiseaux de malheur. Qu’elle a parfois payé grassement de retour 
« Je voudrais bien savoir sur quoi se basent ces Messieurs qui se permettent de critiquer la Bourse, pour affirmer que le marché des valeurs souffre d’inflation ! (…) L’inexpérience, le désir de faire parler d’eux, et la vanité ont probablement dicté à ces soi-disant sages, leurs divagations sur la prétendue exagération des cours ». Edward Henry Simmons, président de la Bourse de New York, le 09/05/1929 3 ;
 
«  Le consensus des millions de gens dont les estimations sont à l’œuvre sur cet admirable marché, la Bourse, c’est que les actions ne sont pas actuellement surévaluées. Où est donc le groupe d’hommes auquel son infinie sagesse donnerait le droit d’opposer son veto au jugement de cette multitude intelligente ». Joseph Stagg Lawrence, professeur d’économie à Princeton, automne 1929 4 ;
Le 19 octobre 1987 fut épouvantable : ce lundi-là, le Dow Jones perdit en séance 508 points (22,6%), soit près de 500 milliards de dollars de capitalisation boursière, et bientôt le double à la fin de la semaine. La Bourse de Paris perdit 34% en trois semaines. Les journaux « krachaient » de la dépression à tout va. Quelques-uns se firent une réputation dans le métier d’expert grâce à l'acuité dont ils avaient fait preuve dans la prédiction du fiasco ; Elaine GarzarelliQui se souvient de William Hamilton ? Ce journaliste écossais rallia les rangs du Wall Street Journal en 1899, comme reporter, où il trouverait matière à entrer dans l'Histoire du chartisme boursier. En 1903, il succéda à la rédaction en chef du journal, à un certain Charles Dow …, « graphomancienne » qui lisait les courbes de prix, fut de ceux-là. Cependant, avant et après, d’autres opinèrent à rebours. Et l’aplomb et l’autorité ont aussi cours de ce côté-ci de l’atlantique !
« Il existe des possibilités de détérioration brutale et dramatique de la situation. Mais les problèmes économiques majeurs ne datent pas d’hier. Et les praticiens de ce métier sont suffisamment avertis pour colmater les brèches. La Bourse reste donc le support d’épargne intelligente à l’heure actuelle ». Thierry Tuffier, agent de Change, en février 1987 5 ;
 
«  Je suis convaincu que la Bourse de Paris a de très beaux jours devant elle (…) Bref, je crois à la hausse ». Jean-Claude Trichet, directeur du Trésor – actuel gouverneur de la BCE -, le 21/09/1987 6
 
« Quant au déficit du commerce extérieur [des Etats-Unis], dont le niveau élevé a déclenché le krach d’octobre, il aura disparu en 1989. » Roland Leuschel, conjoncturiste de la Banque Bruxelles Lambert, le 08/10/1988 7 ; les Etats-Unis, dont la balance des paiements est chroniquement déficitaireLe Shanghaï Index faisait ce qu'il avait pris l'habitude de faire : il montait. En 2006, son irrésistible ascension l’avait déjà propulsé de 130% ; n’était-ce un léger repli, il continuait. Le 26 février, l'indice culmina à 3040 points, après dix séances de hausse quasi-continue et un gain de 16% ! Le 27, coup d'arrêt …, n’ont plus connu d’excédent commercial depuis 1975 -  763,6 milliards de dollars en 2006 !
Après le krach de 1987 et sa réplique de 1989, les problèmes vinrent des monnaies. Puis, les technologies de l’information se mirent à fasciner, et toute l’attention se consacra sur la Nouvelle Economie, comme jadis elle s’était focalisée sur des tulipes ou naguère la radio. La spéculation s'aligna, intensément : le Nasdaq Composite est multiplié par 15 entre l’automne 1990 et le printemps 2000 où il culmine à 4732 points. En septembre 1999, James Glassman et Kevin Hassett 8 publient le fameux « Dow 36.000 », Roger Ibbotson, professeur à Yale – un lointain successeur d’Irving Fisher -, voit l’indice phare de Wall Street rallier 120.000 points vers 2025 … L’exubérance irrationnelleComme toujours, on ne vit rien venir. La veille encore, chacun vaquait à ses affaires, et les places financières soufflaient un peu depuis le début de l’automne. En ce jeudi 5 décembre 1996, les bourses du Vieux continent conclurent une séance ordinaire. Tout juste nota-t-on que la Bundesbank avait refusé de baisser ses taux d’intérêt directeurs, sans alarmer personne … dénoncée par Alan Greenspan, s'enfièvre : las, à l’automne 2002, les indices sont au plus bas, le Nasdaq, en rase-mottes, vers 1175 points 9. Décidément, les experts du deuxième millénaire n’ont rien à envier à leurs illustres prédécesseurs : voyez ces glorias, comme il singe les panégyriques de 1929 !
 « Il n’y a pas de bulle : nous sommes tout simplement parvenus à l’économie de la nouvelle ère, celle où les technologies de l’information et une politique monétaire saine alimentent une croissance non inflationniste à long terme ». Wayne Angell, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, alors économiste vedette de Bear StearnsLa réussite, spécialement dans les affaires d'argent, est une source permanente d'émerveillement pour la multitude ; la fascination qu'elle exerce est à l'échelle des capitaux brassés, qui voltigent par milliards, sans relâche, et nul ne saurait se représenter que la magnitude de ce tourbillon financier pût dériver d'individus au génie moins éclatant …, l’un des plus écoutés de Wall Street, le 03/02/1999 10 ;  
 
« Les actions sont aujourd’hui à leurs cours les plus attractifs depuis des années. » Robert Jay Pelosky, responsable de la stratégie sur les marchés émergents chez Morgan Stanley, mars 2001 11 ;
 
« L’indice S&P 500 est maintenant remarquablement sous-évalué. Le recul des cours est allé bien au-delà que ce que suggéraient les fondamentaux. » Abby Joseph Cohen, responsable de la stratégie d’investissement Goldman Sachs, le 04/04/2001 12 ; ce jour-là, l’indice ferme à 1103 points : après un rebond en mai, le S&P 500 ciblera son plus bas en octobre 2002, à 775 points.
Des intérêts à profusion se collisionnent, tantôt consensuels, tantôt contraires, extrêmement changeants, qui forment les cours boursiers. Géopolitique instable et macroéconomie contingente nourrissent à l’occasion des marchés nombrilisés, toujours candidats au grand frisson spéculatifLes vives variations des prix boursiers heurtent le bon sens : des entreprises sont portées au pinacle, clouées au pilori, parfois sans raison apparente, au gré d'errances désordonnées qui défient assez l’entendement commun et nous surprennent toujours …. Ici comme ailleurs, l’avenir nous est définitivement celé. L’incertitude domine, le risque rôde : le krach Internet nous rappelle à la réalité. Un danger écarté, un autre surgit. Les experts ont encore de quoi faire. Et de quoi dire.  
 
  

 
(1) Bernard Maris (2005) - « Antimanuel d'Economie »
(2) Expression désignant les fantastiques années 1920 aux Etats-Unis (1921-1929)
(3) Bertrand de Jouvenel (1932) - « La Crise du Capitalisme Américain »
(4) John Galbraith (1992) - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »
(5) François Camé & Frédéric Filloux (1988) - « Le Jour le Plus Bas »

(6) Le Point, le 21/09/1987
(7) Bernard Maris (1990) - « Des Economistes Au-dessus de Tout Soupçon »
(8) Hassett est expert auprès de l'American Economic Association, qui fut présidée par ... Boulding
(9) Le Nasdaq Composite a clôturé à 2526 points et le Dow Jones à 12.961 points le 20/04/2007
(10) The Wall Street Journal, le 03/02/1999 - « The Bubble Won't Burst »
(11) La Tribune de l'Economie, le 07/03/2001 - « Les Gourous New-Yorkais ... »
(12) Les Echos, le 05/04/2001 -  « Le Nasdaq Poursuit sa Descente aux Enfers »




Illustration
: Paul Anthony Samuelson, Prix de la Banque de Suède en 1970



Repost 0
Published by Marc Aragon - dans Bric-à-brac
commenter cet article
4 octobre 2006 3 04 /10 /octobre /2006 06:00
 
 
Les ténors du bel canto boursier jargonnent et serinent en choeur : économistes, analystes, journalistes, et, plus généralement, experts, sont passés maîtres dans l'art de ne rien dire. Une conviction forte, un bel aplomb et un bel espéranto suffisent en effet pour ânonner en boucle ou hurler en meute les mêmes opinions et les mêmes ritournelles. Ils ont cet air affecté et cette manière savante qui vont à ceux qui ne savent rien mais sont payés pour l'écrire, tout aussi capables de justifier le lendemain ce qu'ils avaient nié la veille. Les exemples sont à ce point nombreux qu’on ne sait où donner de la tête ! « La désinflation conduit à une chute de l'activité économique, soit à cause d'une hausse des salaires réels, soit à cause d'une baisse des taux d'intérêt réels » 1. A moins que ce ne soit l'inverse ! Hourra ou haro ?
 
L'économie n'est pas le seul lieu où la rhétorique embarrassée nous divertit à défaut de nous renseigner sur la marche des entreprises et des nations. Pour quelques-uns, maîtres enchanteurs, l'inintelligible tient lieu de monopole du savoir ; et, pour les cas les plus altérés, de viatique pour maisons de repos. Voici deux perles pêchées en eaux troubles, qu'on n'hésitera à relire tant on aura de peine à conclure d'emblée ; 
 
« Le changement est sain dans les conditions spécifiques de la ségrégation des parties matérielles, et dans la négation de cette condition ; c’est simplement l’idéalité idéale ou abstraite, pour ainsi dire de cette spécificité. Mais ce changement, par conséquent, devient immédiatement la négation de la subsistance matérielle spécifique, qui se trouve donc être la véritable idéalité de la gravité et de la cohésion spécifiques, c’est-à-dire la chaleur. Chauffer les corps sonnants, comme les corps battus ou frottés, donne l’apparence de la chaleur, qui trouve son origine conceptuelle en même temps que le son 2 ».
 
Comprenne qui pourra ! Même la simulation aléatoire de Monte-Carlo ne réussirait pas à donner une impression de texte profond aussi puissante. Pourtant, nous avons tous joué à ce jeu : quelques sujets, quelques verbes et quelques compléments pour former des phrases au petit bonheur la chance qui peuvent être signifiantes. Et ce sentiment que certains pourraient parler des heures et ne rien dire ... Dans la même veine, voici encore, mais plus court :
 
« Retraduit dans l’idiome weberien, le théorème de Downs peut s’énoncer : dans une situation complexe, la rationalité axiologique se substitue aux défaillances de la rationalité instrumentale ou, plus simplement, les bonnes raisons aux inaccessibles raisons - objectivement - valides 3 ».
 
Soyons assurés qu'avec assez de latin, ou de grec, nos témoins eussent tout aussi bien pu rimer leurs confusions en vers asclépiades ! Les économistes, moins lyriques mais tout aussi extrêmes, ont plutôt choisi les iambes mathématiques pour éloigner le « vulgum pecus » ; cependant, les plus nombreux préfèrent encore l'expertisme, sorte d'oraison idéologique qui utilise une langue d'apparence scientifique comme argument d'autorité 4. Enfin les boursiers, plus au contact du réel mais tout aussi éloignés de son parler, parsèment leurs propos de scories technocratiques, franglaises ou abréviatives. Et les plus anciens, ceux qui criaient à la Corbeille, gesticulaient de surcroît ! A chaque corporation son langage et ses codes : les employés du gaz, les bouilleurs de cru et les cambrioleurs ont aussi les leurs, pour protéger le clan.

En matière financière, on dispose de centaines de sujets, de verbes, de compléments et de formules toutes faites que l’on peut resservir à l’envi, dans un sens ou dans un autre. Nous pouvons écrire astucieusement des phrases savantes qui n’ont aucun sens sans être jamais pris en flagrant délit de contradiction ou de pronostic erroné. Ainsi, sous une apparence sérieuse et une rhétorique adaptée, nous pouvons duper notre monde. Nous pouvons pronostiquer la hausse et la baisse avec la même humeur, les mêmes mots et la même impression de maîtrise du sujet. Et nous ne serons jamais en peine de trouver les arguments ad hoc, en citant à comparaître des économistes ou des mathématiciens qui nous serviront de caution. Nous pouvons abonder ou contredire n’importe quelle analyse : au royaume des opinions, l’éloquence prime.




(1) Libération, le 05/10/1998, cité par Bernard Maris - « Lettre ouverte aux gourous ... »
(2) Georg Hegel, cité par Nassim Taleb - « Le Hasard Sauvage »
(3) Raymond Boudon - « L'Art de se persuader des idées fausses, fragiles ou douteuses »
(4) Alternatives Economiques, Mars 2003 - Interview de Jacques Sapir
 

 
Illustration: Karl Marx (1818-1883)
 
Repost 0
Published by Marc Aragon - dans Bric-à-brac
commenter cet article
25 septembre 2006 1 25 /09 /septembre /2006 01:43
 
 
Un expert est avant tout un homme qui se trompe avec autorité. La vie moderne en est parsemée, où aucune décision ne saurait être prise qui n’ait reçu le sceau bienveillant d’un expert, ou de plusieurs - on parle alors d’un collège d’experts. L’économie recèle la crème des experts, la Bourse, la crème de la crème. Curieusement c’est aussi en ces sujets où la capacité de pardon et d’oubli est la plus grande, avatar supplétif de la brièveté de la mémoire financière chère à John Galbraith ...
 
« Sultane favorite » des médias branchés,  l'expert boursier, grand connaisseur des lendemains imprévisibles qu'il conjecture grâce à un impressionnant corpus de lois économiques, généralement  invérifiables mais tenues pour vrai. Est-ce l'interminable défilé des cotations Bloomberg ou bien l'ineffable rhétorique de cet homme de l'art qui nous assoupit tant ? Que dit-il ? Qui l'écoute ? Las, sans doute finira-t-on par croire que nul n’accorde plus de deux minutes de son attention à son pronostic, puisque nul ne le montre du doigt une fois déconfit ... D'aucuns de ses collègues peinent cependant davantage : les experts du SCPRI, expliquant doctement que le nuage de Tchernobyl avait longé la frontière française, sont quant à eux discrédités aux yeux de l’opinion pour quelques générations 2 Mais laissons ici nos experts modernes. Voici un florilège divertissant, extrait de « Multipliez vos Idées » de Brice Challamel, petit opuscule se lisant sans effort, où l’auteur conclut par quelques sentences autoritaires d’experts. Ces citations savoureuses égaieront nos dîners en ville.
  
« Tant de siècles après la Création, il est improbable que quiconque trouve dans l'Océan, des terres de la moindre valeur dans cette direction » - Comité d'évaluation du projet de Christophe Colomb pour Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, 1490.
 
« L'idée que le Soleil puisse être au centre et non pas tourner autour de la terre est farfelue, absurde, fausse et hérétique » - Extrait du jugement de l'Inquisition contre Galilée, 1632.
 
« La circulation du sang est paradoxale, inutile à la Médecine, fausse, impossible, inintelligible, absurde et nuisible à la vie de l'Homme » - Guy Papin, doyen de la Faculté de Médecine, 1628.
 
« Un bateau propulsé par l'arrière à l'aide d'un moteur serait impossible à diriger » - Sir Symonds, Ingénieur en chef de la Royal Navy, 1837.
 
« Personne ne paiera jamais pour se rendre de Berlin à Postdam en une heure alors qu'on peut faire le trajet en moins d'un jour à cheval » - Guillaume I de Prusse, s'exprimant au sujet des trains, 1864.
 
« Nul ne peut faire voler des machines plus lourdes que l'air » - Lord Kelvin, Président de la Royal Society, 1895.
 
« Les avions sont des gadgets amusants mais sans aucun intérêt militaire » - Maréchal Foch, 1911.
 
« Si l'Europe perdait ses colonies, la dépression économique et sociale qui en résulterait la ramènerait plusieurs siècles en arrière et provoquerait la paralysie de sa civilisation » - Albert Serraut, Président du Conseil, 1931.
 
« Nous n'avons aucune raison de penser que l'énergie nucléaire devienne un jour accessible. Cela supposerait que l'atome puisse être brisé à volonté ! » - Albert Einstein, 1932.
 
« L'énergie nucléaire pourrait être aussi efficace que nos explosifs actuels, mais il est peu vraisemblable qu'elle puisse produire une arme plus dangereuse » - Winston Churchill, 1939.
 
« Il y a un marché mondial d'environ cinq ordinateurs » - Thomas Watson, président d'IBM, 1958.
 
Depuis la nuit des temps, et probablement jusqu’à leur fin, le futur est resté celé aux yeux des hommes ; aucun effort, aucune intelligence n’ont cependant été ménagés pour tenter d’apprivoiser l’avenir, à tout le moins pour en circonscrire les aléas. Nous avons beau jeu de sourire aujourd’hui à ces assertions, après que la réalité a livré son verdict : sommes-nous si assurés que nous n’aurions pas parlé ou agi autrement en l’état des connaissances au moment des faits ? Rien n’est moins sûr ; pourtant, bien davantage que l’air pénétré ou la mâle assurance, c’est l’autorité de celui qui parle, son pouvoir moral, intellectuel ou politique, qui valent d'être stigmatisés : car, c'est selon, les esprits se trouveront plus ou moins marqués, les opinions plus ou moins orientées et les progrès plus ou moins stoppés. L’expert est péremptoire, qui se renierait à douter. C’est pire encore s'il est un personnage important.



 
(1) John Kenneth Galbraith - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »
(2) Bernard Maris - « Lettre ouverte aux gourous de l'économie ... »

 

 
 
 
Repost 0
Published by Marc Aragon - dans Bric-à-brac
commenter cet article
20 août 2006 7 20 /08 /août /2006 14:52
 
 
Le CAC 40 fit du mieux qu’il put pour achever l’exercice 1999 en fanfare, c’est-à-dire au-delà des 6000 points. Un plus haut en séance à 5979,54 points laissa supposer le fait : las, on se replia pour clôturer finalement à 5958,32 points. Mais les boursiers ne sont pas hommes à paresser : dès le 03 janvier de l’année nouvelle, on débordait en trombe cette barre symbolique à l’ouverture, et même, sans musarder, celle des 6100 points en séance, avant de retomber à 5917,37 points. Pour autant, ce lundi-là fut-il une journée exceptionnelle à la Bourse de Paris, qui vit l’indice produire une différence de plus de 200 points entre son plus haut et son plus bas, soit un écart en séance de 3,39% ? La réponse est non : sur les 1694 séances qui s’écoulèrent ensuite, jusqu’au 18 août 2006, 177 firent afficher un écart supérieur à 3%. Les zigzags sont de mise en Bourse, aussi bien que l’humeur des traders est changeante.
 
Si l’on regarde de plus près ces chiffres, on observe que la médiane des variations en séance pour le CAC est de 1,39%, ce qui signifie que 847 séances se sont achevées sur une moindre variation intra-quotidienne de l’indice, et tout autant ont clôturé au-delà. La palme revient au mardi 06 août 2002 où le CAC signa un écart « intraday » de 9,13%, avec un plus bas à 3013,80 points et un plus haut à 3288,97 points. Cette journée-là fut haussière : +5,44% par rapport à la veille, ce qui ne constitue pas le record de variation d’une séance à l’autre, détenu par le vendredi 14 mars 2003 avec une hausse de 7,25% ! Ces chiffres sont vertigineux : ils donnent à penser que tous les produits boursiers à forts effets de levier, apanage des marchés dérivés exotiques, sont hautement dangereux, exceptionnels aussi bien que mortifères, qui peuvent ruiner les investisseurs en une seule journée.
 
Dans l’infinie variété des produits optionnels, quelques-uns permettent de jouer la stabilité, c’est-à-dire le principe que le cours de l’actif contingent restera confiné dans un intervalle sans jamais le franchir avant une échéance convenue d’avance. Ce sont des « tunnels » 1 chez les uns, des « corridors » chez les autres, des produits natifs ou de synthèse  : on le voit, l’ingénierie financière n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de rameuter le ban et l’arrière-ban des traders. Et il lui faut déployer des trésors de conviction, car l’espérance de vie de ces produits est ténue, et les plus-values envisagées moins rutilantes que prévu. Les faits sont têtus tout autant que les chiffres : les jours de ces objets ludiques sont toujours petitement comptés.
 
Imaginons qu’au soir du 30 décembre 1999, nous soyons convaincus que le CAC va entrer dans une période de stabilité, qu’il va « consolider » selon les termes idoines. Nous choisissons de miser sur un tunnel avec des bornes à +/- 2,5% autour de la clôture à 5958 points, c’est-à-dire [5810–6105]. L’affaire fait long feu : le 4 janvier, soit deux séances entières après la pose, le CAC dynamite le pari en terminant à 5672,02 points. Fait exceptionnel ? Sûrement pas ! En analysant cette hypothèse de construction de tunnel sur le CAC jusqu’au 30/06/2006, c’est-à-dire sur 1659 observations, on constate que 50% des tunnels sont annihilés en 4 séances, 75% en 9 séances, 90% en 17 séances ! Ces chiffres sont analogues sur tous les indices boursiers (DAX, NASDAQ, …), que l’on a ici préférés aux valeurs actions pour éviter l’évènementiel trop causal (résultats, dividendes, rachat d’actions, …).
 
A contrario, voyons l’hypothèse des produits récompensant les variations, à la hausse ou à la baisse : si nous avions choisi le repli des cours, le marché nous aurait effectivement donné raison dès le 04 janvier comme on l’a vu. Cependant, en cas de choix inverse, il aurait fallu attendre le 03 février, soit 24 séances avant de voir le pari se réaliser (clôture à 6149,67 points). Et tout le monde n’a pas le temps d’attendre : car dans l’entre-deux, le prix de l’option dérive vite, aux prises avec la volatilité, la valeur-temps et d’autres paramètres plus obscurs. Au total, sur les 1659 séances de référence, il faut en moyenne 12 séances, à la hausse comme à la baisse, pour remplir l’objectif une fois sur deux. Autrement dit, chacun a une chance sur deux qu’un pari de cette nature réussisse en moins de 12 séances ; et tout autant, que ce pari réussisse au-delà, ou non, avant l’échéance convenue.
 
La solution la plus efficace serait donc de jouer l’exact contraire d’un tunnel, c’est-à-dire l’hypothèse de sortie du cours par le haut ou par le bas de la fourchette : cette construction, appelée « strangle » correspond à l'achat simultané d'un « call » (pari à la hausse) et d'un « put » (pari à la baisse) de même échéance et à des prix d'exercice différents. Une telle figure, contre-pied du tunnel, remporterait donc la mise en moins de 4 séances dans 50% des cas, en 9 séances au plus dans 75% du temps, et dans 90% des cas en 17 séances ! C’est bien sûr sans compter sur l’intérêt propre des fournisseurs d’options, qui ont compris de longue date que le calme plat n’était pas le pain quotidien des Bourses : aucun d’entre eux ne propose ce type de produit à ce jour. Les aficionados n’auront d’autre choix que de les confectionner eux-mêmes, dans des conditions de réalisation détestables : objectifs (« strikes ») inaccessibles, primes démesurées et évaluations impénétrables. A vous de jouer !



 
(1) ClickOptions, filiale de second rang de la Société Générale
 
 
Repost 0
Published by Marc Aragon - dans Bric-à-brac
commenter cet article

Articles Récents

  • Nos chers emprunts russes !
    Alexandre III, tsar de toutes les Russies (1881-1894), ne goûtait guère l’influence étrangère, notamment allemande, que son père avait laissé tapir jusqu’aux confins de l’Empire. Cette germanophilie avait été en outre mal payée de retour lors du Congrès...
  • Le Glass Banking Act
    A partir de 1924, Wall Street se mit à flamber, et, sinon l’accalmie de 1926, la hausse ne cessa plus de galoper, jusqu’aux culminations que l’on sait. En mars 1929 cependant, la jeune Federal Reserve, sur qui pleuvaient quinze années de critiques depuis...
  • Ces Messieurs du Conseil
    Polytechnicien de haut parage ainsi qu’il convenait après que Napoléon eut estimé « dangereux de donner une scolarité avancée à des gens qui ne sont pas issus de familles riches 1 », le baron Louis Charles Georges Brincard (1871-1953) ne gâta aucunement...
  • Changement d'ère
    Le krach des krachs, qui expédia Wall Street au tréfonds à l’automne 1929, marqua durablement les consciences et stérilisa l'initiative financière pendant un bon quart de siècle. Puis, de nouveaux professeurs - Les Maîtres enchanteurs - (...) Au printemps...
  • LIBOR : en avant toute !
    La finance ne connaît ni répit ni paix des braves, et, de la coque au pont, chacun fourbit ses armes comme jadis les Cyclopes forgeaient les foudres. Point de bonace ici, ni davantage d’esthètes : la trombe et le branle sont la clé quand l’action est...
  • La science lugubre
    En 1834, toute opposition au pouvoir du Roi des Français avait été muselée, et mise hors d’état d’ourdir. La subversion politique était guettée partout, où qu’elle pût manigancer, jusqu’au Bas-Languedoc du fieffé Charles Teste, un citoyen poursuivi pour...
  • Hors du temps
    Louis-Philippe de France, né d’Orléans aura été le second 1 , et donc le dernier roi des Français, dirait-on-mieux, de quelques Français. Certes, mille ans de monarchie héréditaire avaient montré combien l’Ancien Régime considérait peu ceux qui n'étaient...
  • Fallaces et trompe-l'oeil
    Isaac Newton fit cette admirable promesse que le monde suivait une trajectoire déterministe, puis se fit ironiquement plumer dans le naufrage de la Compagnie des Mers du Sud en 1720. N’importe, cette fièvre de l’absolu étreignit les meilleurs esprits,...
  • Le cyber-concours de beauté
    Le brasseur Scottish & Newcastle attirait les convoitises de longue date, entre autres celles du danois Carlsberg et du néerlandais Heineken 1 , mais au printemps 2007 sa capitulation n’était pas encore à l’ordre du jour. La City regrettait le millésime...
  • Fat Cat Bankers
    Tim Geithner fut adoubé sans veillée d’armes et séance tenante : sitôt connue, sa nomination au Secrétariat au Trésor fouetta le Dow Jones, qui s'enchérit de 11,8%, sa plus forte marche en avant sur deux jours depuis 1987 ! Les banques, sévèrement éprouvées,...