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Boursonomics

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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 20:17



InteligenciaArtificial2-copie-1.jpgLe brasseur Scottish & Newcastle attirait les convoitises de longue date, entre autres celles du danois Carlsberg et du néerlandais Heineken
1, mais au printemps 2007 sa capitulation n’était pas encore à l’ordre du jour. La City regrettait le millésime précédent, qui avait été mauvais, et moussait mal. La pression remonta le 29 mars : enivrées par les parfums de rachat, les actions mirent les gaz et le titre flamba de 12% en séance ! Las, cette fureur était infondée : des programmes informatiques, qui lisaient dans le carnet d’ordres boursiers, à l'espère de prémisses d'OPAGourous chartistes

Joseph E. Granville fut un analyste technique très écouté au début des années 1980. Animateur de grands-messes qui évangélisaient des foules convaincues, rédacteur d’une lettre confidentielle et auteur prolixe d’opuscules boursiers et de quelques vade-mecum captivants qui disaient comment gagner au Bingo, il est entré dans l'éternité chartiste en proposant dès 1963, un indicateur technique intitulé On Balance Volume (OBV). Ce repère d'accumulation des volumes, qui percerait les secrets des carnets d’ordres, serait recommandé sur une tendance peu lisible. D’aucuns prédicteurs sauraient y déceler les signes précurseurs d’une OPA (…)
, s’étaient monté la tête et bruissaient de l’imminence d’une redistribution du capital. Ainsi, l’un entraînant l’autre, le gonflement des volumes découlant à l'origine d'achats à bon compte, avérait-il maintenant, avec une année d’avance, la reddition du roi du houblon ! Hé quoi, le réel est secondaire en Bourse : rien n'y compte davantage que d'anticiper l'opinion commune ! Et cette urgence est désormais petitement jaugée, en millisecondes tout au plus, imposant la prégnance d’automates ultrarapides, à la psychologie bionique.   

 

L’évidence informatique s’imposa vite, où que la finance opérât, pour arraisonner les jets ininterrompus d’informations écumant à gros bouillons, de jour et de nuit. En 1987, les logiciels de program trading, qu’on incrimina assez et semble-t-il à tort 2, traquaient déjà les écarts significatifs entre la position au comptant et à terme d’un indice boursier, puis généraient les ordres d’achats et de ventes. D’autres systèmes commençaient à morceler les grosses transactions afin de garantir aux mandants un véritable prix de Marché pour tous les titres négociés. L'essor exponentiel des échanges et la déferlante technologique dopèrent encore la complexité des outils pour camoufler les ordres et maintenir la liquidité des opérationsLa liquidité à tout prix !

(…) La grande affaire des Marchés est de former des prix ; acheteurs et vendeurs se confrontent autour des Bourses électroniques, opinant jusqu’à rendre un verdict collectif, c’est-à-dire un cours, éphémère, infiniment renouvelé, qui tient lieu d’évaluation fédératrice. Une telle estampille, consensuelle à souhait, est indiscutée : elle rassemble les opérateurs, qui la reconnaissent. Cette unanimité sert les échanges et rend les titres liquides, ralliant des investisseurs nouveaux et les capitaux connexes. Ce processus s’autocatalyse jusqu'à accréditer un prix de Marché nombriliste sans rapport avec la vie des sociétés. La croyance commune soutient l'édifice, jusqu'à l'accident (…)
. La banque Dresdner Kleinwort mit au point un programme ad hoc Stealth ; le Crédit Suisse, très actif dans le domaine algorithmique
3, le sien baptisé Guerilla ; Goldman Sachs déploya son Sonar 4. Dans ce jeu du chat et de la souris, des contre-mesures ne tardèrent pas à émerger : des cybernautes renifleurs se mirent à fureter dans les carnets d’ordres à l’encre sympathique, à la recherche de stratégies cachées, assurés qu’un bon coup d’œil valait bien mieux qu’une mauvaise impasse. Des coûts de transaction racornis à l’extrême et des vitesses d’exécution supersoniques introduisirent dans le jeu des hedge funds un nouvel atout maître : le trading haute fréquence.

 

Point d’innovation financière ici, mais du mieux-disant technologique, qui exténue les vieilles plates-formes du New York Stock Exchange et du Nasdaq 5-1. La fulgurance, nouveau filon argentifère, a poussé les institutions vers les jeunes loups de la haute fréquence, comme BATS ou Direct Edge, qui exécutent les transactions en moins de trois millisecondes 5-2 ! Ces informatiques de concours permettent à tous les pistoleros du trading de scanner sans répit la planète numérique, guettant la moindre faille spéculative et le moindre scénario lucratif, au seul avantage de la vélocité des opérations. Les autres opérateurs, distancés, ne manquent pas, quand ils le peuvent, d’observer ces carnets d’ordres jamais en repos, sous la coupe d’algorithmes qui analysent les flux en attente en les bombardant d’ordres éclaireurs, sitôt posés, sitôt annulés, pour tâter le terrain et crocheter quelques centimes 6. Selon un dirigeant de NYSE Euronext, plus de 90% des ordres présentés à la Bourse de New York par les entreprises de haute fréquence seraient ainsi annulés 7, témoignant de cette quête échevelée du meilleur prix. De faibles gains, infiniment réitérés, de l’ordre de 21 milliards de dollars en 2008 8, déclinant 60% du volume des transactions outre-Atlantique, et de grands bénéficiaires, comme Goldman Sachs ou Citigroup : cet enrichissement sans cause mériterait à lui seul une taxe TobinTobin or not Tobin

De tous les lauréats « nobélisés », discipline Economie, James Tobin occupera dans nos mémoires une place qu’il eût assurément préféré plus en rapport avec sa personne. Mal comprise, la taxe éponyme à laquelle il proposa d’astreindre les flux de capitaux, ce serpent de mer de la régulation financière, fit en effet plus pour son renom que ses recherches, quel qu’en fût le mérite. Il suggéra de jeter un peu de sable dans les rouages bien graissés des marchés de devises et d'orienter les revenus dégrippés vers les pays en développement : les altermondialistes s’emparèrent du cas, firent de la taxe un thème et de James Tobin un fer de lance, à son corps défendant (…)
, arrondie à l'entier supérieur.

 
Une botte plus secrète encore, et tout aussi controversée, vint d’une application retorse de la réglementation NMS, que la SEC américaine promulgua en juin 2005 pour moderniser les Bourses domestiques. Le principe de la meilleure exécution, soit de la chasse à la meilleure offre, en est le point central. Au vu de la multiplicité des plates-formes de transactions, chacune d’entre elles fut engagée à rediriger tout ordre qui pût être mieux servi sur une autre place, avec le droit d’en réserver la primeur pendant un temps très court à ses propres clients. Le CBOE 9 et Direct Edge en 2006, puis le NASDAQ et le BATS en 2009, émirent alors des flash orders réservés à quelques clients privilégiés. Voyez par exemple ce fonds de pension, affilié au NASDAQ, qui veut acquérir 5.000 titres de telle société au prix maximum de 21,05 dollars : hélas, le NASDAQ ne peut servir que 1.000 titres à 21,00 dollars, tandis que 4.000 autres sont disponibles sur le BATS à 21,03 dollars ; charité ordonnée commençant par soi-même, le NASDAQ émet pour ses clients huppés, pendant une fraction de seconde, un flash order pour 4.000 titres à 21,02 dollars. Le reste n’est plus que l’affaire d’un système de trading à haute fréquence, qui tentera de ramasser tout ou partie des titres à 21,01, assuré de les revendre à 21,02 dollars
10. Le 17 septembre 2009, la SEC se proposa d’étudier une interdiction des flash orders 11.

 

« Encore une fois, je veux m’enrichir, je ne lâcherai pas un sou » (Ubu roi, acte II, scène 6). Dirait-on mieux ? Voici ces nouveaux Terminators, automates aux nerfs d’acier et aux poches pleines, rapides comme l’éclair dans l’action comme dans la retraite, jouant des frémissements, des déséquilibres fugaces, grattant jusqu’au dernier centime pour n’en faire rien d’autre que le posséder, c’est-à-dire le soustraire. Les dévots du Marché, qui ne sauraient être dessillés pour si peu, ne retiennent de ces foudroiements de la cote que leur impact sur la sainte liquidité des échanges, et leur réduction supposée des écarts de prix entre vendeurs et acheteurs : bah, une hypothèse auxiliaire n’est jamais de trop pour accréditer les pires excès ! D'autres théories souffrent aussi, comme celle de l’efficience des Marchés qui justifie les prix boursiers en présumant qu’ils reflètent constamment toute l’information disponible. Même la rationalité autoréférentielle d’André Orléan est prise de vitesse, où chacun se détermine non à partir de son estimation de la valeur fondamentale mais à partir de ce qu’il pense que les autres vont faire 12. Et que dire à cette aune des pérégrinations chartistesIllusions graphiques

(...) Les graphiques boursiers ont envahi la place. Ils sont partout, en tous lieux où l'économie cotée s'affiche, dans nos journaux, sur nos écrans d’ordinateur, sur les chaînes de télévision. Ils dessinent des tendances, recommandent des stratégies, en dénient d’autres, et nul n'opinerait plus sans en avoir examiné les arabesques. Le temps n’est plus à Charles Henry Dow, précurseur du genre à Wall Street. Le presse-bouton est la règle, qui nourrit la planète de diagrammes multicolores, de courbes épurées, et d'autres indicateurs, sculptés et resculptés continûment, dans la fureur des Marchés. Les pistoleros du trading ne sont pas hommes ni femmes à louvoyer outre plus (…)
que chérissent les analystes techniques, emplies de psychologie des traders et de signaux avant-coureurs. Les robots que l’on a dits « ne devinent pas ce qui va se passer, ils ne spéculent pas non plus, ils savent, tout simplement »
7.


Le concours de beauté de John Keynes 13, qui illustrait les ressorts de la décision des opérateurs sur le Marché, faisait encore appel à la substance molle de l’humain. Il n’avait rien de cybernétique, et sûrement pas cet œil de colin froid des robots de la haute fréquence. Ainsi les jurés d’aujourd’hui pourraient-ils finir par voter tous à l’identique, tel le joueur de flûte d’Hamelin, conduisant son troupeau vers le précipice.

 




 

(1) Challenges, le 01/04/2008 - « Scottish & Newcastle : le rachat par Carlsberg et Heineken approuvé »

 

« … Les actionnaires du brasseur britannique Scottish & Newcastle ont approuvé, lundi 31 mars [2008], à une majorité écrasante le rachat du groupe par ses concurrents Carlsberg et Heineken lors d’une assemblée générale extraordinaire à Edimbourg (Ecosse). L’opération, qui s’effectuera au prix de 800 pence par action (soit 7,8 milliards de livres, ou 10 milliards dette incluse) devrait être bouclée le 28 avril prochain … »

 

(3) John Galbraith (1992) - « Brève histoire de l’euphorie financière »

(3) L’Agefi, le 26/07/2007 - « Le trading algorithmique investit les salles de marché »

(4) Daily Telegraph, cité par Courrier International du 03 au 09/05/2007 - « Quand l’informatique affole la Bourse »

(5) Le Monde, le 02/09/2009 - « Les geeks à la conquête de Wall Street »

 

« … Pour répondre à cette demande de vitesse maximale, on a vu apparaître des petites plates-formes de transactions automatisées (…) [dont] certaines sont déjà devenues des concurrentes redoutables pour les Bourses traditionnelles. En juillet 2009, le New York Stock Exchange ne réalisait plus que 28 % des transactions boursières aux Etats-Unis, le Nasdaq 21 %. Deux sociétés inconnues du grand public, le BATS à Kansas City (Missouri) et Direct Edge à Jersey City (New Jersey) rivalisent pour s'imposer au troisième rang des places boursières américaines, avec chacune 10 % à 12 % du marché, selon les modes de calcul »

 

« Le BATS (Better Alternative Trading System) a été créé en 2006 par une quinzaine d'informaticiens et d'ingénieurs du Midwest, comme une petite start-up ordinaire. En un an, la société s'est fait un nom auprès des hedge funds, grâce à ses faibles coûts et à sa vitesse d'exécution : 1 à 3 millisecondes par transaction. Aujourd'hui, le BATS traite plus de 1 milliard d'actions par jour. Pour le mois de juin 2009, la valeur de ses transactions a atteint 540 milliards de dollars … »

 

 (6) Blog anonyme, le 21/02/2010 – « Le trading haute fréquence »

 

« … Pour éviter de signaler leurs intentions au marché, de nombreux investisseurs institutionnels décomposent leurs ordres en petits blocs, souvent en lots de 100 à 500 pièces et cela dans des fourchettes de prix bien définies. Les adeptes du Trading Haute Fréquence tentent de découvrir combien un investisseur est prêt à payer (ou à vendre) une action en envoyant une série de pièces à des prix différents qui sont rapidement annulées dès que l’algorithme obtient la réponse qu’il recherche. Ensuite les traders Haute Fréquence achètent (ou vendent) l’action juste avant l'investisseur, pour la lui revendre ou (la lui acheter) une fraction de seconde plus tard avec un petit profit à la clé … »

 

(7) François Leclerc, le 07/12/2009 – « Le High Frequency Trading, expression de la modernité financière » (blog de Paul Jorion)

(8) TABB Group, le 10/08/2009 - « High Frequency Trading Technology: A TABB Anthology »

(9) Chicago Board Option Exchange : bourse de Chicago dévolue aux options sur un grand nombre d'actifs financiers ou non

(10) The New York Times, le 24/07/2009 - « The Thirty-Millisecond Advantage »

(11) Wall Street Journal, le 18/09/2009 - « SEC looks to prohibit Flash Trade, Curb Raters »

 

« …La SEC, le gendarme boursier américain, envisage d’interdire les « flash orders », au motif qu’ils permettraient à certains investisseurs importants d’avoir une vue instantanée du marché leur conférant un avantage sur leurs concurrents. Les « flash orders » permettent à un trader de voir les ordres émis sur un titre une demi-seconde avant que le public n’y ait accès. Selon certains experts, cette pratique donne à un cercle restreint de spécialistes du trading de haute fréquence une vue précoce de l’orientation du marché et leur permettent de lancer des transactions instantanées très lucratives. (…).La proposition d’étudier une interdiction éventuelle des « flash orders », approuvée à 5 voix contre 0 par la SEC, est la première d’une série de possibles révisions réglementaires que l’autorité boursière entend examiner. La SEC doit notamment se pencher à l’automne sur les « dark pools », des réseaux électroniques privés où les transactions se font hors cotation… »

 

(12) La Recherche, Mai 2003, André Orléan - « Les marchés financiers sont-ils rationnels »

(13) John Maynard Keynes - « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » (Editions Payot, 2005)

 

Page 171 - « …Ou encore, pour varier légèrement la métaphore, la technique du placement peut être comparée à ces concours organisés par les journaux où les participants ont à choisir les six plus jolis visages parmi une centaine de photographies, le prix étant attribué à celui dont les préférences s’approchent le plus de la sélection moyenne opérée par l’ensemble des concurrents. Chaque concurrent doit donc choisir non les visages qu’il juge lui-même les plus jolis, mais ceux qu’il estime les plus propres à obtenir le suffrage des autres concurrents, lesquels examinent tous le problème sous le même angle. Il ne s’agit pas pour chacun de choisir les visages qui, autant qu’il peut en juger, sont réellement les plus jolis, ni même ceux que l’opinion moyenne considèrera réellement comme tels. Au troisième degré où nous sommes déjà rendus, on emploie ses facultés à découvrir l’idée que l’opinion moyenne se fera à l’avance de son propre jugement. Et il y a des personnes qui vont jusqu’au quatrième ou cinquième degré ou plus loin encore … »

 



 



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Published by Marc Aragon - dans Chroniques
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 15:43

Fat Cat BankersTim Geithner fut adoubé sans veillée d’armes et séance tenante : sitôt connue, sa nomination au Secrétariat au Trésor fouetta le Dow Jones, qui s'enchérit de 11,8%, sa plus forte marche en avant sur deux jours depuis 1987 ! Les banques, sévèrement éprouvées, et plus encore depuis la déconfiture de Lehman, hissèrent le grand pavois, et certaines hausses furent à l'aplomb : Citigroup flamba de 58% en une journée, JP Morgan, Merrill Lynch, Morgan Stanley reprirent 20% ! Les barons de Wall Street respiraient et leurs affaires avec, de ce surcroît de fortune. Quelques jours plus tard, Barack Obama nomma Paul Volcker, un vieux barbon, à la tête d’une équipe d'experts ès économie. Mal endimanché, mâchouillant de mauvais cigares, cet ancien président de la Fed s’était ouvert les portes de l’Histoire en vainquant l’inflation à deux chiffres des années 1980, mais fermé sitôt après celles de l’Administration quand la Reaganomics dérégula. La main invisibleLa main (in)visible

(…) Au sortir des années 1970, la crise de la dette du tiers-monde sévit, l’inflation galope, et les plus grandes banques fléchissent : en particulier la Continental Illinois, septième banque américaine de dépôt, acclamée par la presse, qui agonise ; l’administration Reagan, mieux connue pour sa fascination du Marché, sortira de sa Réserve près de 5 milliards de dollars, et remettra au pot pour désengluer une quarantaine d’établissements. L’aléa de moralité, garantie qui procède du secours miraculeux de l’Etat, prend ainsi souvent la forme d’injection d’argent public. Une politique monétaire expansionniste est une autre variante pour sortir des embarras financiers (…)

 du ministre Geithner renfloua d’abord les banqueroutiers ; puis, la patte lourde du conseiller Volcker s’abattit sur Wall Street, à l’ancienne, pour tenter d'arraisonner l’ultrafinance.   

 

L’intrication des milieux financiers et du pouvoir étasunien est une tradition vieille comme l’Amérique. Et nulle institution n’en fut plus, ni n’en demeure toujours au centre, que la banque d’affaires Goldman Sachs. Gelés par le Krach de 1929, jusqu’à l’indifférence 1, les liens fusionnels de Wall Street et de la Maison Blanche revinrent à la une avec Robert Rubin, un ancien coprésident de cet établissement. Devenu secrétaire au Trésor sous Clinton de 1995 à 1999, il fit abroger le Glass Steagall Act, vestige vermoulu qui avait séparé en 1933 les activités de dépôt et d’investissement des banques. Citigroup, le banquosaure ébranléBanquosaurus Rex

(…) Voici Citigroup, fille ainée d’un monde bancaire louant le Marché, garantissant l’efficience du guichet unique et la réduction des coûts à tous les étages de Park Avenue. Cet allegro propulsa le goliath à la première capitalisation mondiale, près de 300 milliards de dollars, et quelque 200 millions de clients sur Terre, à l'ouvrage dans 106 pays, 352.000 salariés appointés ... La peste hypothécaire knock-outa le géant; le 23 novembre 2008, la Maison Blanche annonça un plan d’ampleur pour épauler le Nabucco de la banque : 306 milliards de dollars de garantie sur des actifs risqués, et vingt autres encore en capital. Soit autant que sa valeur boursière du moment (…)
, profita aussitôt de l’aubaine, et bientôt des lumières de … Rubin, qui présida son conseil avec le succès que l’on sait ! Lawrence Summers, un autre ancien de Goldman Sachs hérita le maroquin, puis Henry Paulson, prince de ce même sang, qui socialisa par milliards les pertes du maelstrom financier. Dernière étoile en date, voici Tim Geithner : il a de l’école, comme on le dit d’un cheval dressé au manège. Sous-secrétaire aux Finances pour les affaires internationales, sous l’autorité de Robert Rubin puis de Lawrence Summers, il accéda ensuite à la présidence de la Fed de New York où il participa activement au renflouement de Citigroup et du mastodonte AIG
2, aujourd’hui présidé par Edward Liddy, ancien de … Goldman Sachs. On pourrait en écrire dix pages !

 

Ainsi pilotée, adroite à s’introduire dans tout, jusqu’aux biens les plus publics, l’ultrafinance américaine est aujourd’hui le premier fonds de commerce de l’Union : durant la décennie écoulée, ses profits ont signé 40% des bénéfices de l’économie du pays, alors qu’ils n’avaient jamais excédé 16% entre 1973 et 1985 3. Detroit, capitale de l’automobile n’est plus, dernier témoignage d’une désindustrialisation massiveA vos marques

(…) Dans les années 1970, les Etats-Unis d'Amérique, au zénith, mirent un terme aux conventions de Bretton Woods, et inaugurèrent bientôt une pratique dont ils ne se déferaient plus : l’heure vint aux déficits, sous la caution d'un billet vert à peine moins respecté que l’étalon-or. Le commerce extérieur de l’Union noua son premier déficit en 1971, et ne produira plus aucun excédent, sauf en 1973 et 1975. L’exercice 2006 fut désastreux, déficitaire d'environ 764 milliards de dollars, le double de l'édition 2001 : on appréhende la suite. Les Etats-Unis consomment plus qu'ils ne produisent. Ils sont devenus dépendants. Donc nerveux (…)

 attestée par quarante années de déficit commercial. Signe des temps, en 2007, les ténors de l’industrie furent détrônés du classement Forbes par les cadors de la finance spéculative dont les vingt premières épées avaient touché 657,5 millions de dollars l’année précédente
4 ! Et quoique nul n’ait jamais aperçu la moindre contribution de cette magie argentifère au bien commun, sinon sa mise à sac, la pression des banquiers à bonus sur les élus ne faiblit pas : en 2008 et 2009, le lobby financier aura déversé sur les congressmen quelque 462 millions de dollars, soit un mieux de 120% sur dix ans 5 ! Serait-ce qu’il y eût péril en la demeure ? Que cette illégitimité de l’argent, qui n’est pas du suffrage, indisposât l’électeur ? Un sondage récent de l’Agence Rasmussen a montré que seul un américain sur cinq s’estimait représenté par la classe politique, soupçonnée de collusion avec le monde financier : on n’aurait rien vu de tel depuis la guerre d’indépendance au XVIIIe siècle 6 ...

 

Plan savamment ourdi ou roulis favorable des évènements, l’Histoire tranchera. Quand Tim Geithner, l’homme lige de l’establishment, eut assez besogné le contribuable pour renflouer les banques, bonus compris, et que les éminences de Wall Street eurent accordé l’indulgence plénière, la donne changea. Le 21 janvier 2010, Barack Obama recala la politique pro-business de Geithner, pieusement qualifiée de régulation soft, au profit du plan proposé par l’inflexible Paul VolckerDéréglementation financière

(…) En 1979, Paul Volcker devint président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, avec l'extrémité de terrasser l’inflation à deux chiffres qui sévissait sur fond de tensions pétrolières. Converti aux vertus du monétarisme friedmanien par Otmar Emminger, son homologue à la Bundesbank, le maître de la Fed utilise alors l’arme monétaire à plein : contrôle des réserves bancaires et constriction sévère des taux directeurs qui passent de 10 à 20% entre août et décembre 1980. Le choc est planétaire ; les Etats-Unis entrent en récession en 1982, mais la réussite est au bout. La machine repart, à la fureur, les indices boursiers explosent (…)

 : impossibilité pour les banques de contrôler des fonds spéculatifs ou de private equity, interdiction d’agir sur les Marchés en compte propre, restriction des crédits à quinze fois le capital en réserve
4-1, plafonnement à 10% de la part de marché des banques de dépôts, et taxation à 0,15% du montant de leurs dettes 7. Cet Armageddon sonnerait le glas de trente années de dérégulation financière, constamment démenties par d’incessants fiascos, et le retour à quelques sagesses qui avaient permis de conjurer la crise de 1929 : en fermant notamment la porte du trading aux banques de dépôts, c’est bien la scission des institutions de Wall Street qui est visée, comme l’avait jadis prescrite ce Glass Steagall Act déconstruit par les maîtres de Goldman Sachs. La détermination sans équivoque du président Obama de s’attaquer aux fat cat bankers – banquiers pleins aux as -, montre que la menace est cette fois-ci sérieuse.

 

Ce combat n’est pas gagné d’avance. L’élection d’un républicain inconnu, Scott Brown, au siège laissé vacant par le lion démocrate Ted Kennedy, actant la perte de majorité qualifiée au Sénat, complique l’affaire, mais ne l’exténue pas. L’ultrafinance, qui joue gros, n’ira pas à Canossa sans livrer bataille : sans le prop trading – investissement pour compte propre, Wall Street perdrait au moins 20% des volumes et les banques environ 15 milliards de dollars à l’année, et 65 de plus sur leurs autres revenus spéculatifs 5. Voilà qui en dit long sur l'efficience des MarchésL’information : principe actif ou placebo ?

(…) Ah, l’efficience des Bourses, cet Everest d'indépassabilité pensé par Eugène Fama dans les années 1960, qui légitime la surcohérence des prix vrombis par des Marchés informés ! L'information, ce graal, qui cristallise tout ! Encore que ! Pléthorique ou surabondante, nul n'y prête plus garde ; corrompue, suspecte de manipulation, parfois tout à fait fictive, elle devient sans valeur réelle. Dans les affaires de Bourse, le suivisme court-termiste des traders façonne les cotations : quelques grosses mains font avancer le Marché, au gré de leurs intérêts, d'autres les escortent, ou non, au gré des leurs propres (…)
, quand un dollar sur cinq contrôlé par des parties prenantes légitime leurs prix ! Bah, le corps financier n’a jamais sué à secréter les anticorps et hormones qui soignent ou dopent ses humeurs. Et celles du pétrole, tracées dans le Goldman Sachs Commodities Index, sont à voir, entre culminations et abysses irréels. Scott Talbott, lobbyiste notoire, agite quant à lui l’increvable chantage à la délocalisation, comme d’aucuns entonnaient celui à la compétence des traders pour qu’on maintînt leurs bonus. La saignée des profits ne mènera-telle pas à une restriction des prêts ? Chacun évente ses convictions, une main sur le cœur, l’autre dans la poche ! Ainsi vont toutes les logiques poussées à bout : quoique théorisées à l’envi, celles-ci finissent par ne plus servir que les intérêts d’une caste contre la multitude. Un jour, le vent tourne.

 

« Les Américains auront beaucoup de mal, comme moi, à accepter une situation dans laquelle une poignée minuscule de directeurs de la sidérurgie, dont la poursuite du pouvoir et du profit privés excède leur sens de la responsabilité publique, peut afficher un tel mépris total envers les intérêts de 185 millions d'Américains » (John Fitzgerald Kennedy, le 11 avril 1962). Un autre démocrate est aujourd’hui sur le pont, qui se collète rudement avec la finance. Il y a beau temps que la sidérurgie a été arraisonnée.   

 

 


 

(1) John Galbraith (1976) - « L’argent »

 

Page 116 - « … De nos jours et par opposition à ceux de secrétaire à la Défense ou de secrétaire d’Etat, le poste de secrétaire au Trésor, à moins que son titulaire n’ait l’oreille du président, est devenu plus honorifique et routinier qu’autre chose. Cherchant à persuader l’un de ses hommes d’accepter ce poste, Lyndon Jonhson l’avertit qu’en cas de refus il ne comptait pas confier cette responsabilité à une personne douée d’intelligence … »

 

(2) Le Post, le 29/01/2010 - « Tim Geithner s’est-il parjuré devant la Chambre des Représentants ? »

 

« … AIG n’est pas seulement le plus gros assureur américain, mais est aussi l’un des plus gros [pourvoyeur] sur le marché mondial des produits dérivés spéculatifs. 100 des 180 milliards de dollars de renflouement fournis entre septembre et novembre 2008 par la Réserve fédérale de New York, présidée à l’époque par Tim Geithner, sont allés directement au remboursement de dérivés de crédit contractés par les grandes banques américaines et européennes (…)Non seulement la NY Fed a remboursé sans négociation ces titres à 100% de leurs valeurs, alors que dans le cas de Lehman Brothers elle n’a rien remboursé, mais elle a assorti sa prestation d’un secret sur les destinataires qui s’étendait originellement jusqu’en 2018 (…) Geithner a dit et répété qu’il n’était pas au courant des conditions de ce renflouement et qu’il n’avait joué aucun rôle dans le processus décisionnel (…) L’autre polémique qui a agité l’audition sont les liens de Geithner avec la banque d’affaires Goldman Sachs, première bénéficiaire du renflouement avec 12,9 milliards de dollars versés. Les députés démocrates (…) ont fait dire à Geithner que son chef de cabinet est un ancien de Goldman Sachs, comme son prédécesseur Henry Paulson avec qui il a coordonné le renflouement d’AIG, ainsi que le mystérieux Dan Jester, un stratégiste financier ayant fait carrière à Goldman Sachs avec qui Geithner a eu le plus de conversations téléphoniques pendant le renflouement, devant Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs, mais derrière Ben Bernanke, le gouverneur de la Réserve Fédérale américaine. … »

 

(3) Les Echos, le 12/02/2001 - « Le fabuleux lobbying de la finance américaine »

(4) Eric Laurent (2009) - « La face cachée des banques »

 

Pages 86, 91 et 126 - « La Banque des Règlements Internationaux (…) propose au monde bancaire des règles de fonctionnement. En 1988, douze nations, dont les Etats-Unis, avaient signé à son siège de Bâle un accord qui imposait un certain nombre de règles de (…) bonne conduite aux établissements financiers. Ils s’engageaient pour faire face à tout risque, à détenir des fonds propres équivalant à 8% de leurs engagements. Pour chaque prêt de 10 milliards de dollars, les établissements devaient posséder 800 millions de dollars (…) La Banque centrale américaine autorisa les banques à réduire le montant de leurs réserves si elles pouvaient prouver que le risque de paiement était vraiment négligeable et si leurs produits étaient notés AAA (…) Les résultats obtenus jusqu’en 2007 par les banques d’investissement (…) découlent de l’ampleur sans précédent des effets de levier. Chez Goldman Sachs, ils atteignent 25 fois les fonds propres, 29 chez Lehman Brothers, 32 chez Merrill Lynch et 33 chez Morgan Stanley et Bear Stearns … »

 

 (5) L’Expansion, Mars 2010 - « Obama à l’assaut des banques »

 

« … En 2008 et 2009, les six principaux établissements bancaires ont mobilisé 75,3 millions de dollars pour financer les campagnes présidentielles, législatives et sénatoriales. En 1998 et 1999, la somme était moitié moindre …» - Dépenses : Citigroup (14,6), JP Morgan (11,7), Bank of America (7,5), American Express (7,1), Goldman Sachs (6,2)

 

 (6) Paul Jorion, le 21/02/2010 – « Le fossé qui se creuse » (blog et chronique BFM du 22/10/2010)

 

« … Les chiffres les plus récents confirment une tendance de plus en plus marquée au fil des mois : une défiance de la population envers ceux qui la représentent et la gouvernent. À peine un peu plus d’un Américain sur cinq (21 %) considère aujourd’hui que la classe politique représente les citoyens ordinaires (…) Quelles sont les causes de cette perte de confiance massive ? Le sentiment qu’il existe une collusion entre la classe politique et le monde financier. La crise a été perçue par le public comme une faillite retentissante de l’establishment financier, qui en sort décrédibilisé. Or la classe politique semble avoir pris fait et cause pour le monde de la finance. Quand on demande aux Américains si la classe politique constitue un groupe d’intérêt poursuivant ses propres objectifs, 71 % répondent désormais que oui (…)Il faut tout d’abord constater que la désaffection de la population envers la classe politique a atteint la cote d’alerte. On a connu des périodes où le fossé s’était creusé de cette manière et ce furent des périodes de très grande instabilité. Scott Rasmussen, le directeur de l’agence, observe (...) que le rejet de leurs gouvernants par les Américains atteint sans doute le niveau qu’il avait lors de leur guerre d’indépendance au XVIIIe siècle … »

 

 



Illustration : Extraite du site AgoraVox -
« Qu'est-ce que la capitalisme ? » 

 

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 14:56

 

 

Les Etats dans la tourmenteLe 15 avril 2002, le juge-arbitre Standard and Poor’s fit un sort au Japon millénaire en abaissant la note de sa dette souveraine : la deuxième économie mondiale, en plein tsunami déflationniste, y perdit son bâton impérial, un triple A. Ce coup d’éclat redora pour un temps le blason d'agences de notation en mal de crédibilité, qui reconquirent là un supplément d’âme après avoir été frappées de cécité durant les crises monétaires des années 1990 1, comme elles le furent encore une décennie plus tard dans l’ivresse de la titrisation. Enhardie, et au comble de l'audace, l’une d’entre elles alla même le 7 décembre 2004 jusqu’à penser l’éventualité d’une dégradation de la cote de crédit des ... Etats-Unis d’Amérique ! Frisson général ! « En l’absence de notre puissance militaireDollar : le roi empire

(…) Premier créancier sous Dwight Eisenhower, l’oncle Sam devint le premier débiteur sous Reagan. Le lobby militaro-industriel s'adjugea la mise, et cette sûreté engendra l’indolence ; bientôt, les vassaux périphériques s'insinuèrent dans le jeu, hâtant la désindustrialisation du maître et son éco-dépendance. La machine à consommer se mit à galvauder l'épargne des ménages, plus cigales que fourmis. Entre réductions d’impôts et bellicisme inspiré, Walker Bush hâta le tout : les déficits explosèrent, le dollar chuta et l'endettement explosa. Le billet vert n’a pas fini de pâtir, et le monde avec : l’Empire n’a plus la cote, ni les moyens (…)

une décote de la qualité de notre crédit serait une affaire allant de soi 2 » surenchérit William Gross, l’un des caciques de Pimco, le plus gros fonds obligataire du monde. Bah, l’embellie des affaires relégua bientôt ces drôles d'intentions aux réserves. Puis l'apoplexie économico-financière remit quelques Etats au centre du jeu. Les seconds couteaux d’abord.
  

Ah, tant de génuflexions devant le Marché ne sauraient cacher de quelle boutique les uns et les autres sont balayeurs ! Les agences de notation, qui arrosèrent d’essence tous les dérivés de créditABS, CDO et consorts

(...) Ziggy Stardust mourut à l'été 1973. Mi-homme mi-femme, icône androgyne au visage d’ange, cet esthète du show façonna la gloire de son créateur, un certain David Bowie, qui l’incarnait avec force dans ses grand-messes musicales. La poussière d’étoile étincela de mille feux, jusqu'à pâlir l’éclat du maître, qui s'en défit. Un quart de siècle plus tard, David Bowie, artiste aux revenus inavoués, fit une entrée en fanfare sur la scène financière : tout à ses comptes, il s’avisa d’en réclamer d’avance, à hauteur de 55 millions de dollars ! En janvier 1997, il fit titriser dix années d’exploitation de son catalogue. Les titres de la rock star avaient changé de nature (…)

 passant à portée en les estampillant AAA, peinent aujourd’hui à masquer la véritable origine des départs de feu qui incendièrent la planète, mirent un pays sur deux en récession, cinquante millions d’hommes et de femmes au chômage, nonobstant les plans de relance milliardaires qui minèrent les déficits. Alors on tergiverse, on fait mine, on clame tambour battant que la note souveraine des Etats-Unis, grand ordonnateur du collapsus et premier exportateur mondial de scandales financiers, pourrait être réexaminée d’ici trois à cinq ans
4, probablement entre l’Epiphanie et la Chandeleur, ou peu après. Qui osera ? On s’agite aussi auprès de l’Angleterre, mâle alpha du Marché-roi semble-t-il plus accessible, l’un des derniers pays européens à ne pas être sorti de la récession, qui fut plus nettement montrée du doigt par l’agence Standard and Poor’s en mai 2009 3 mais demeurée indemne à ce jour. En réalité, on incrimine mieux l’Islande ou l’Irlande, les îles artificielles et les tours pharaoniques de Dubaï ! La machine à prétexte tourne à plein, relayée par une doxa libérale qui ne sait penser hors d’elle, toujours prompte à honnir les Etats tandis qu’ils ont sauvé la mise. Et agonir l’euro au passage.

 

En 1992, George Soros mena un raid meurtrier sur la livre anglaise qu'il expédia d'un trait hors du Système Monétaire Européen. Son compère Jim Rogers, un financier britannique à l’insularité distraite, avec qui il créa le fonds QuantumMagie financière aux Caïmans

Apatride, humaniste, philanthrope, Georges Soros est d'abord connu pour son génie financier. Vingt ans après qu’Alfred Winslow Jones eut conçu le premier « hedge fund » en 1949, il créa lui-même le Soros Fund Management, un groupe de fonds visant à couvrir et valoriser les capitaux de donneurs d'ordre fortunés : des millions de dollars d'abord, et bientôt des milliards ! Malgré d'épiques fiascos, comme LTCM, l'ardeur financière, mue par l'irrépressible fascination du gain et l'abondance de liquidités, hâta la suite : quelque 9.000 fonds de cette eau fraient aujourd’hui, dans le secret de paradis fiscaux aussi exotiques qu'impénétrables (…)

, déclara en janvier 2009 qu’il « n’investirait plus d’argent au Royaume-Uni car la livre [était] finie ». Et de rappeler qu’avec quelque cent milliards de livres achalandées pour recapitaliser les banques et stabiliser le système financier, la dette, qui pesait 40% de la richesse nationale il y a trois ans, pourrait atteindre les 100% d'ici à trois ans
5. Nul bien sûr ne se réjouira des vicissitudes d’un voisin quand les siennes propres sont en maraude, mais parions ici que les eurolandais se réjouiraient d’accueillir l’un des piliers du Continent. Pour l’heure, les Marchés n’ont d’yeux que pour l’Amérique et le dollar, en contrepoint de la Chine, et déjouent l’Europe. Et puisque l’on ne saurait plus attaquer la drachme grecque, l’escudo portugais ou la peseta espagnole pour provoquer leur dévaluation et empocher la mise à la hongroise, alors les émules de George Soros, activistes spéculatifs et autres hedge funds, déroutent leurs offensives sur la capacité de ces Etats à emprunter, c’est-à-dire finalement sur la cohésion monétaire européenne. L’orchestration plus ou moins consentie de la panique ne manque ni de porte-voix ni de collatéralités possibles pour faire tâche d’huile.

 

Que disent les chiffres ? Pour la Grèce, ils sont assurément mauvais, avec une dette publique s’élevant fin 2009 à 272,3 milliards d’euros soit 113,4% du PIB ; pis, le projet de budget pour l’exercice 2010 prévoit une dette de 294,95 milliards, soit 120,8% du PIB 6 ! Pour autant, les Marchés internationaux n’ont pas montré l’angoisse qu’on leur prête aujourd’hui en sur-souscrivant récemment un empruntDes obligations à taux très variables

(…) Voici la première banque du monde, le Marché ! Les capitaux, indécis et versatiles, y cherchent une allocation optimale, tourbillonnent ici et là, plus ou moins aguichés, hésitent encore puis fixent enfin leur dévolu sur telle ou telle autre destination. En se substituant aux institutions financières et en démultipliant les capacités de financement, le Marché participe ainsi à la marche des entreprises et des nations. N’étaient-ce ses déviances, cette désintermédiation mettrait dans le mille. Les agences de notation règlent le ballet de cette dette. Le risque de défaut ainsi calibré produit alors un taux d’intérêt que l’emprunteur soumet aux prêteurs selon la qualité de sa propre signature et la conjoncture générale du moment … (…)

 grec de 8 milliards d’euros payant 6,2% l’an
7. Le Portugal est mieux loti : la dette publique atteint néanmoins 76,6% de son PIB pour 2009, projetée à 85,4% pour 2010. L’Espagne quant à elle, quatrième économie de l’Euroland, affiche une dette publique à hauteur de 55,2% de son PIB en 2009, filant vers quelque 74,3% du PIB en 2012 8. Plus généralement, l'institut Eurostat rapporte que la dette publique de l’Union Européenne s’élevait en 2008 à 61,5% du PIB et 69,3% pour la zone euro 9. Mais rien ne vaut qui ne se place sans la perspective américaine : selon le dernier chiffre officiel publié par le département du Trésor, la dette publique dépasse désormais 12.000 milliards de dollars, soit près de 90% du PIB étasunien ! L’agence de notation Fitch peut donc à juste titre estimer que « l’Etat américain reste encore exceptionnellement solvable 10 ». Et les Marchés de s’inquiéter pressamment de la tournure que prendront les évènements lorsque le menu fretin grec, portugais ou espagnol aura traversé l’Atlantique.   

 

A l’évidence, le grand soir, s’il a lieu, viendra d’Amérique, coeur de l’innovation financière et épicentre mondial du système. Les gesticulations actuelles autour de la dette souveraine de quelques Etats, honorables quoique de second plan, ne sont que l’ordinaire de Marchés toujours prompts à s’enflammer pour la dernière affaire qui trotte. La dramaturgie qui pave le quotidien économico-financier sert les intérêts des faiseurs d’opinion, qui ont à dire, et des faiseurs d’argent, qui ont à gagner : le calme plat n’est assurément pas meilleur pour les Marchés qu’il ne l’est pour la marine à voile ! Certes, s’il n’est pas question de méjuger ici la responsabilité des nations dans la gestion de leurs affaires, ni l’inquiétude que peut susciter l’état de certaines finances, encore faudrait-il ne pas ignorer qui fut requis pour mettre la main à la poche, et de combien, afin de renflouer les bateaux ivresLes dieux d’Epicure

(…) N’étaient-ce les dramatiques intermèdes des conflits mondiaux, l’époque moderne déclinerait une noire fascination pour le carnage financier. Qu’on en juge à l'aune des vingt dernières années : 1987, krach des marchés d’actions ; 1990, krach des junk bonds, crise des caisses d’épargne américaines et chute du Nikkei ; 1994, krach obligataire aux Etats-Unis ; 1995, banqueroute de la Barings ; 1997, premier volet de la crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième volet (Russie, Brésil) et faillite du hedge fund LTCM ; 2001-2003, apoplexie de l'e-Economie ! Pauvre Epicure, nos Marchés ne sont pas à l’effigie de vos dieux apaisés (…)

 ! Et s’interroger aussi sur la nature profonde d’un credo libéral qui escamote milliards après milliards et se paie tant sur la bête ! Va pour la Grèce, le Portugal, l’Espagne et consorts, mieux désignés que la Californie, huitième puissance économique mondiale, qui brille de mille feux mais ne reluit d’aucun, pour servir la thématique des Etats impécunieux. En fait, l’économie convalescente, qui peine à sortir des miasmes de la crise financière, est encore embourbée. Quelques anticipations boursières pourraient bien avoir été trop hâtives. Alors, on corrige.

 

Ce qui a précipité la crise nous dit Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Economie et grand pourfendeur du dogme ultralibéral, c’est que « les marchés n’étaient ni efficients ni auto-correcteurs, et maintenant ce sont tous les segments de la société qui doivent en payer le prix astronomique, qui se chiffre en milliers de milliards de dollars 11 ». En sorte qu’il n’est pas si sûr que les Etats, constamment vilipendés par les gardiens du temple, jusque dans leurs actions les plus communes, aient encore le goût de sauver ce krach-system. Ils pourraient tout simplement finir par ne plus en avoir les moyens.

 

 


 

(1) Journal of Banking & Finance, le 10/08/2005 - « Sovereign credit ratings : guilty beyond reasonable doubt »

 

« … A l’exception de la Thaïlande (note abaissée de A2 en A3 le 8 avril 1997), aucune des nations impliquées dans la crise asiatique ne fut dégradée avant le collapsus. La crise mexicaine intervint fin 1994 mais le Mexique ne fut pas dégradé avant le 10 février 1995 par Standard and Poor’s (et Moody’s ne changea pas son Ba2) … »

 

(2) Paul Jorion (2009) - « La crise du capitalisme américain »
(3) Le Journal des Finances, le 28/05/2009 - « USA : la dette publique américaine garde sa note AAA »
    

 « … La note AAA accordée à la dette publique américaine des Etats-Unis n’est pas menacée dans l’immédiat. C’est ce qu’a indiqué un analyste de l’agence de notation Standard & Poor’s jeudi, cette même agence qui avait fait frémir les marchés américains en décidant la semaine dernière d’abaisser la perspective AAA sur la note de la Grande-Bretagne (…) Le maintien de la note AAA pour les Etats-Unis a également été confirmé par une autre grande agence de notation. Selon Moody’s, même avec la détérioration significative de la position débitrice du gouvernement américain, sa note a une perspective stable et il conserve les attributs d’un pays souverain noté AAA (...) L’agence n’exclut pas de revoir sa position à plus long terme, mais elle va d’abord attendre de voir comment la politique budgétaire et économique du pays évoluera après sa sortie de récession (…)

 

(4) Le Journal des Finances, le 12/01/2010 - « Wall Street retombe dans le rouge »

 

« … Le risque d’une remise en cause de la note souveraine «triple A» des Etats-Unis à court terme est «minime» mais l’augmentation de leur dette pourrait avoir des conséquences défavorables d’ici trois à cinq ans selon l’agence de notation Fitch Ratings. A horizon de 18 mois, les Etats-Unis conserveront leur notation AAA avec perspectives stables »

 

(5) Performance Bourse, le 27/01/2009 - « Jim Rogers annonce la fin de la livre sterling »

(6) Challenges, le 10/12/2009 - « La dette de la Grèce atteint 300 milliards d’euros »
(7)
Coulisses de Bruxelles, le 25/01/2010, Jean Quatremer - « Les marchés s’arrachent la dette grecque »

 

« La Grèce vient de lancer une obligation à 5 ans pour se financer. Vu l’ambiance actuelle sur les marchés, l’opération s’annonçait périlleuse. Or il n’en est rien. Aujourd’hui, la demande (le « livre d’ordres ») a atteint 25 milliards d’euros, ce qui est absolument considérable selon les spécialistes du marché de la dette souveraine. Mieux : il semblerait que les vendeurs à découvert, ceux qui spéculent sur l’effondrement de la Grèce renoncent à leur position vendeuse, le marché ne les suivant pas… Ce niveau de demande montre clairement que les investisseurs n’envisagent pas sérieusement un défaut de la Grèce, même si elle doit payer plus cher pour se financer. Au final, la Grèce émettra 8 milliards d'euros avec un rendement fixé à 6,2 % … »


(8) L’Express, le 04/02/2010 - « Economie : Espagne et Portugal sur le grill »
(9) Eurostat –
Bulletin 56/2009 du 22/04/2009

 

PIB 2008, en millions d’euro en gras, sinon dans la monnaie locale : Euroland 16 (9.274.550), Union Européenne 27 (12.506.693), Belgique (344.705), Bulgarie (66.728 BGN), République Tchèque (3.705.868 CZK), Danemark (1.739.700 DKK), Allemagne (2.492.000), Estonie (248.149 EEK), Irlande (185.721), Grèce (242.946), Espagne (1.095.163), France (1.951.315), Italie (1.572.243), Chypre (16.949), Lettonie (16.243 LVL), Lituanie (111.499 LTL), Luxembourg (36.662), Hongrie (26.499.999 HUF), Malte (5.665), Pays-Bas (594.608), Autriche (282.202), Pologne (1.271.715 PLN), Portugal (166.197), Roumanie (503.959 RON), Slovénie (37.126), Slovaquie (67.331), Finlande (186.164), Suède (3.157.832 SEK), Royaume-Uni (1.442.921 GBP)

 

Dette publique 2008 rapportée au PIB local : Euroland 16 (69,3%), Union Européenne 27 (61,5%) – Dans l’ordre croissant : Estonie (4,8%), Roumanie (13,6%), Bulgarie (14,1%), Luxembourg (14,7%), Lituanie (15,6%), Lettonie (19,5%), Slovénie (22,8%), Slovaquie (27.6%), République Tchèque (29,8%), Danemark (33,3%), Finlande (33,4%), Suède (38,0%), Espagne (39,5%), Irlande (43,2%), Pologne (47,1%), Chypre (49,1%), Royaume-Uni (52,0%), Pays-Bas (58,2%), Autriche (62,5%), Malte (64,1%), Allemagne (65,9%), Portugal (66.4%), France (68%), Hongrie (73,0%), Belgique (89,6%), Grèce (97,6%), Italie (105,8%)

 

(10) La Tribune, le 11/01/2010 - « Le triple A de la dette des Etats-Unis pourrait être menacé »
(11) Courrier International, du 04 au 10/02/2010, citant Newsweek - « Quand les économistes revoient leurs copies »

 


 
Illustration : Le Parthénon sous la grisaille

 

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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 02:04

   

Phil-Gramm-copie-7.jpgD'abord les banques, épicentres de la dévastation, sans qui rien n’est possible ! Une fois de plus, les maîtres-artificiers de la haute finance, qui n’ignorent rien des règles de l’assaut mais tout de celles de la retraite, mirent le feu aux affaires, jusque sous leurs propres pieds, et la planète s’empoisonna bientôt d’actifs toxiques devenus fumées. Le secours aux incendiaires mobilisa les autorités publiques, c’est-à-dire le contribuable après que les fonds souverains          - Fonds souverains -
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(...) La crise du crédit, gloutonne et grande dépréciatrice d'actifs, aura révélé d'ambitieux prétendants aux agapes financières, prédateurs pour les uns, sauveurs pour les autres. Peu visibles jusqu'alors, les fonds souverains ont tout de go accaparé les colonnes des journaux, tirelires régaliennes gavées par un sous-sol fréquemment bénit, au service d’un capitalisme d’Etat : diamants du Botswana, cuivre chilien ... Mais la grande affaire minérale ou fossile est ce cher pétrole venu du Moyen-Orient et d'ailleurs qui fait le gros de la troupe. Et d’autres sources de capitaux moins géologiques tapent à la porte, non moins colossales : elles s'annoncent en provenance de Chine et de sa banlieue (…)
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     - Boursonomics 05/02/2008 -
, un temps alléchés et qui avaient déjà mis lourd, eurent minaudé leur participation : nationalisations à l’anglaise, garanties à la française, recapitalisations à l’américaine, vice-versa et réciproquement. La puissance étasunienne notamment se déchaîna : le 19 septembre 2008, après avoir lâché Lehman Brothers et déclenché la foudre, « Janus » Paulson, en fin de contrat au Trésor, annonça de toute urgence un plan républicain de rédemption : 700 milliards de dollars, en guise de hors-d'œuvre 1 ! Le Fonds Monétaire International, reconverti à la statistique, avait opportunément remémoré celle-ci quelques semaines plus tôt : depuis 1970, quarante-deux crises financières avaient coûté en moyenne 16% de PIB aux trente-sept pays tentant de contenir les crises bancaires systémiques
2 Une ancienne tradition, en somme.

La panique des banquiers en 1907 étrenna l'instinct de mort des argentiers de Wall Street, et ce biais devint chronique. John Pierpont Morgan, figure de la banque universelle apaisa, dit-on, cette première ruine financière de l’ère moderne en invoquant le clergé local
3 : il ne dénoua cependant pas, à supposer même qu’il l’eût désiré, les multiples conflits d’intérêt            - Bancanalystes -
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(…) L'exaltation dérégulatrice des années 1980 vaincra finalement le vieux Glass-Banking Act qui avait jadis séparé les banques de dépôt des banques d’investissement. Ce vent de modernité renversera une autre muraille de Chine qui séparait les analystes des chargés d’affaires d’une même banque, les premiers évaluant les sociétés pour inspirer la clientèle fortunée, les seconds négociant des projets financiers. Pas facile dès lors de décrier une entreprise à même de confier une juteuse opération de Marché ! Le décloisonnement rendit tout plus possible. La planète média rendit tout plus facile. Ainsi tout devint-il plus probable, y compris le pire, qui n'allait évidemment plus tarder (…)
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     - Boursonomics 23/02/2007 -
qui gangrénaient déjà ces supermarchés de la finance. En 1927, le Mac Fadden Act tenta bien de limiter les premiers scandales en interdisant aux banques américaines de créer des filiales hors de leur Etat d’origine. Mais rien ne put retenir le torrent d’euphorie qui baignait ces temps. Quelques milliers de banques au tapis plus tard, le Glass Banking Act de 1933 séparera les établissements commerciaux, spécialisés dans les activités de crédit et de dépôts, des banques d’affaires, destinées aux activités financières. Morgan Stanley, firme d’investissement, naquit ainsi de JP Morgan en 1935. Vingt années passèrent. En 1956, les autorités américaines crurent bon de renforcer la réglementation avec le Bank Holding Company Act afin de colmater les fissures que la modernité juridique faisait naître. Mais un banquosaure centenaire veillait : en 1961, Citibank promouvra un instrument financier nouveau, le certificat de dépôt négociable, qui dans les faits contournait le Glass Banking Act
4. Le ver revenait dans la pomme.

De nouveaux produits firent alors florès
4-1, qui surent se rendre essentiels, et cette veine irrigua bientôt de nouveaux marchés, qui s’interconnectèrent. Nécessité fit loi : petit à petit, le mikado financier s’éleva, et nul n’imagina plus rien débâtir qui ne risquât de tout ébranler. En mai 1975, New York décloisonna Wall Street, imité dix ans plus tard par Londres. En 1980, la Bankers Trust obtint de la Fed le droit de garantir des titres d’emprunt à court terme. En 1987, Alan Greenspan se laissa pieusement convaincre par JP Morgan d’une faille dans le Glass Banking Act pour autoriser les banques commerciales à participer à des émissions d’actions 5. Alors, d’exemptions en dérogations, ces dernières finirent par regagner le terrain concédé- Déréglementation financière -
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(…) Le retour au premier plan des théories néoclassiques de Chicago fouetta l'élan de déréglementation financière. Richard Nixon harnacha les Etats-Unis à ce paradigme, que la Reaganomics et le thatchérisme porteront aux nues. Ces usages suscitèrent des marchés financiers mieux établis pour contourner les oligopoles du secteur bancaire, souvent publics, qui traînaient les pieds ; la City de Londres fit son Big Bang en 1986, Paris suivit. L’instabilité des marchés, née du retrait des Etats, fit émerger des innovations pour arraisonner les risques : la religion vint à ce que chaque nouveau risque procédât d’un nouveau marché et non d’une nouvelle réglementation (…)
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     - Boursonomics 22/07/2008 -
au législateur, selon la conception élastique de l’expression « exerçant principalement ». Les maisons de titres devinrent la proie des gros mangeurs de l’espèce : en avril 1998, le mâle alpha Citibank, filiale de Citicorp depuis 1974, devint Citigroup au prix d’une fusion avec Travelers évaluée à 83 milliards de dollars
6. La vieille résolution n’y survécut pas : dès l’année suivante, le Gramm-Leach-Bliley Act acheva d’ouvrir les portes de Wall Street aux banques de dépôts. Comble d’ironie, Phil Gramm, cosignataire de la loi, vice-présida peu après UBS 7, la rolls des banques suisses, qui aura déprécié quelque 47 milliards de dollars d’actifs depuis le début de la crise 8 !

Banquosaurus rex ! Voici donc Citigroup, fille ainée d’un lobbying bancaire chantant les louanges du Marché, garantissant l’efficience du guichet unique et la réduction des coûts à tous les étages des bureaux de Park Avenue, magnifiant la concurrence faiseuse du bien social, dispersant le risque grâce à la diversification des activités. Ce bel canto, repris en chœur par des ténors endimanchés oublieux de l’Histoire, amena le génie du titan américain à la première capitalisation boursière mondiale, à près de 300 milliards de dollars : quelque 200 millions de clients dans le monde, 352.000 salariés dans ses livres, présente dans 106 pays – dont 427 filiales dans des paradis fiscaux       - Pirates des Caraïbes -
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(…) La grande prestidigitation entra en scène quand le fordisme se mit à décliner, dans les années 1960. L’évaporation capitale prit aussitôt la mer, dans le sillage des corsaires d’autrefois, vers ces îlots au statut juridique très obligeant, petitement cadastrés, quoique la surface n’y manquât jamais pour accueillir tant de sociétés. Ainsi Ugland House, un immeuble de bureau de cinq étages à George Town, la capitale confetti des Caïmans, est-il un de ces hauts lieux du miracle immobilier : selon le Tax Justice Network, ce bâtiment hébergeait mi-2008 quelque 18.857 firmes ! Mieux, en 2004, 619.916 sociétés nichaient aux îles Vierges britanniques, un chapelet d’îlettes de 153 kilomètres carrés (…)
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     - Boursonomics 21/02/2010 -
9 -, et ainsi de suite. Un tel maquis ne favorisa cependant pas l’avènement de la bonne pratique, mais renouvela plus sûrement les errements passés de la banque universelle, notamment les conflits d’intérêt
10. La malepeste hypothécaire knock-outa le géant, remit les pendules à l’heure et les bénéfices au trente-sixième dessous : les premières recapitalisations privées, fin 2007, à hauteur de 20 milliards de dollars ne suffirent pas ; le 23 novembre 2008, le gouvernement américain annonça un plan d’ampleur pour soutenir le Nabucco de la banque : 306 milliards de dollars de garantie sur des actifs risqués, et 20 milliards supplémentaires en capital. Soit autant que sa valeur boursière du moment 11 ! Le roi était nu.

« Infectious greed
», le contagieux appât du gain, de la bouche même d’Alan Greenspan ! Ainsi n’aura-t-il pas fallu dix ans pour que l’Histoire rappelle aux brillants idéologues du Marché quelques constantes universelles sur la nature humaine et leurs effets pratiques sur le terrain. Tant d’acharnement pour déconstruire le Glass Banking Act, ce vestige vermoulu 12, et moins d’une décennie pour que sa figure de proue, Citigroup, revienne téter la mamma étatique      - Les Etats, les banques -
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(…) Les évangiles économiques ne résistent jamais durablement à la force des réalités. Ainsi le Marché, qui n’a pas constamment un lapin à sortir du chapeau est-il toujours démuni sous la mitraille, quand les milliards des épisodes spéculatifs s’évaporent à gros bouillons. Ses prétendues vertus autorégulatrices n’ont jamais dispensé les autorités politiques d’être quêtées, citoyens compris, après chaque embardée. Sauvegardé par l’aléa de moralité, cette garantie indéfectible qui naît du secours miraculeux de l’Etat, le Marché-Roi peut ainsi dispenser ses libéralités, sans coup férir, jusqu'à l'accident : on voit bien quelle main dédaignée et honnie le tire alors d'affaire et sauve la mise (…)
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     - Boursonomics 24/12/2007 -
et tâter sa main invisible. Retour au point zéro : le banquosaure redevient Citicorp et s’invente une Citi Holdings pour optimiser sa structure
13, c’est-à-dire brouiller sa piste. D’autres banques américaines, moins chanceuses quoiqu’admirables 14, burent aussi le calice jusqu'à la lie, toutes allaitées à la déréglementation des systèmes financiers, exonérées des contrôles les plus communs, jusqu’à l’accident. Tout semble se passer comme si la pensée monozygote des grands clercs de la finance n’avait retenu de la crise de 1929 que la nécessité d’injecter des liquidités quand le système dérape 15, au mépris de toute autre vue. Bah, une poignée d’hommes hors du commun mènent le bal : John Thain, Henry Paulson, Stephen Friedman, Robert Rubin, Duncan Niederauer, tous anciens et/ou futurs dirigeants de Goldman Sachs ou de Bank Of America, de Citigroup ou Merrill Lynch, présidents du Nyse ou secrétaires d’Etat au Trésor. Ayez confiance !
 
« Il y a seulement une quinzaine d'années, l'économie américaine, menacée d'asphyxie financière, semblait condamnée à une croissance médiocre. Elle est aujourd'hui, de toutes les grandes économies développées, celle dont le potentiel de croissance est le plus élevé et le système financier le plus solide : l'Europe a, peut-être, des enseignements à en tirer 
16 ». D’Anton Brender (2004), grand admirateur semble-t-il du libéralisme américain, scientifique de la cause - L’art borgne de la divination -
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(...) Voici les économistes, ceux qui savent, un pied dans l'argent et l'autre dans la science ; ils ont une réputation à défendre, la leur, et s’y appliquent avec précaution, où qu’on les apostrophe, mi-doctoraux mi-bonhomme, pour servir le point de vue de l’expert. Leurs dires sont assez constellés de graphiques pour être considérés, leurs hypothèses, quoique d'école, rassurantes, leurs allégations, à l'aplomb. On les cite à comparaître partout où se joue l’allegro de la doxa libérale et celui de la motivation des troupes. Ils professent avec autorité comme d’autres prêchent avec conviction. Il est néanmoins commun qu’ils se trompent avec constance, oubliant généralement de s'en repentir (…)
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     - Boursonomics 25/05/2009 -
, lui-même chef économiste chez Dexia Asset Management, laquelle banque ne dut son salut qu’à l’action des Etats, européens ceux-là. Et les nouveaux banquosaures sont de Chine.

 

 


 

(1) Le Monde, le 20/09/2008 - « Crise financière : Washington met 700 milliardsde dollars sur la table »
(2) Courrier International, du 25/09 au 01/10/2008, rapportant The Economist - « Sauvetage : l’exception suédoise »

 

« Une étude de deux économistes du FMI, Luc Laeven et Fabian Valencia, montre que, après les mesures d’urgence, les USA finissent toujours par mettre en œuvre un plan global financé par les fonds publics. Selon cette étude portant sur 42 crises financières dans 37 pays depuis 1970, ‘ ces tentatives gouvernementales de contenir les crises bancaires systémiques au cours des trois dernières décennies ont coûté en moyenne 16% du PIB ‘, rapporte The Economist … »

Laeven-Valencia (01/09/2008) - « Systemic Banking Crises : a new database » - Exemples compulsés par le Centre d'Economie de l'Université Paris Nord (Document de travail N° 2009-03). Coût fiscal en % du PIB sur la crise asiatique 1997-1998 : Chine (19) - Corée (31,2) - Indonésie (56,8) - Japon (24)- Malaisie (16,4) - Philippines (13,2)- Thaïlande (43,8) ;

 

(3) John Galbraith (1992) - « Brève histoire de l’euphorie financière »
(4) Textes réunis par Martine Azuelos (1995) - « La déréglementation des économies anglo-saxonnes »

 

NOWs - Negotiable Order of Withdrawal
MMFs – Money Market Funds
RUFs – Revolving Underwriting Facilities
MOFs – Multiple Option Facilities

 

(5) Les Echos, le 20/09/2008 - « Splendeurs et misères des établissements d’investissement »

 

« (…) Après la Seconde Guerre mondiale, la frontière devint plus poreuse. Et en 1987, la Fed se laisse convaincre de s’appuyer sur une lacune de la section 20 du Glass Steagall Act pour permettre aux grandes banques commerciales (...) de participer à des émissions de titres. ‘ Ces banques souhaitaient rentre dans ce métier de l’underwriting. En juillet 1988, la Cour suprême a validé cette décision ’ (…). Cela profitera à des groupes comme Citigroup ou JP Morgan … »

 

(6) Etudes économiques de l’OCDE (1999)
(7) Le Devoir.com, le 04/06/2008 - « Visite d’Alan Greenspan à Montréal. Est-ce la fin des banques centrales ? »
(8) MoneyWeek, le 19/03/2009 - « UBS, grandeur et décadence »

 

« Dans sa stratégie offensive, UBS s'était ruée sur les produits titrisés sans même avoir pris le temps, apparemment, de lire la notice. (…) La note est lourde (…) portant le total des dépréciations depuis le début de la crise financière à 46,9 milliards de dollars (…) A l'automne 2008, UBS dut affronter un scandale venant des Etats-Unis. L'un des cadres de la banque, Bradley Charles Birkenfeld, a dénoncé 19.000 noms de clients aux autorités américaines qui le poursuivaient pour des délits fiscaux. Le fisc américain s'estime lésé de la bagatelle de 20 milliards de dollars (…) La réputation de la banque en a irrémédiablement souffert : les clients ont retiré pour l'équivalent de 226 milliards de francs suisses de dépôts (…). Enfin, UBS se retrouve au coeur de l'affaire Madoff, étant dépositaire de trois fonds luxembourgeois investis auprès du voleur le plus célèbre de la planète (…) Malgré les protestations légitimes de la classe politique, des actionnaires et des clients, la banque suisse, qui vient de publier une perte nette annuelle 2008 de 13 milliards d’euros, va malgré tout verser un bonus de 1,8 milliard de francs suisses à ses salariés ».

 

(9) La Tribune, le 04/03/2009 - « Quelques chiffres clés »
(10) Le Monde, le 25/11/2008 - « Washington sauve dans l’urgence le géant Citigroup »

 

« (…) La structure hétéroclite et dispersée permet [à l’équipe dirigeante] de cacher aux contrôleurs de risques l’ampleur des positions de Citigroup aux dérivés de crédit. L’organisation est une machine à gaz cauchemardesque et ramifiée, dotée par exemple d’une douzaine de systèmes informatiques différents. Les conflits d’intérêt abondent. Le responsable du trading et son collègue chargé du contrôle des risques sont des inséparables qui, chaque week-end, vont pêcher à la mouche dans le même club du New Jersey. Pas étonnant dans ces conditions que les rappels à l’ordre du régulateur sur les lacunes des systèmes internes de supervision restent lettre morte ».

 

(11) Le 05/03/2009, Citigroup passa sous la barre du dollar en séance, ne capitalisant plus que ... 5 milliards de dollars !
(12) La Tribune, le 09/10/2008 - « Alan Greenspan en procès »
(13) Yahoo Finance, le 16/01/2009 -
« Citigroup se redresse un peu après les pertes et l’annonce de la scission »

 

« (…) Citigroup, dans un contexte d'aversion au risque exacerbé, va se séparer en deux entités distinctes, Citicorp et Citi Holdings, afin d'optimiser sa structure. Alors que Citi Holdings s'affiche comme un regroupement d'activités sans liens directs évidents, Citicorp isole pour l'essentiel le métier de banque universelle, au travers de deux sous-segments, la banque institutionnelle globale (avec de la banque d'investissement recentrée et affichant un moindre profil de risque, les services transactionnels et la banque privée), et le segment banque de détail (activités cartes, banque régionale consommateurs et commerciale en US, Asie, Amérique Latine...) ». Ndla : retour donc au Glass Steagall Act !

 

(14) Le magazine Fortune désigna Bear Stearns en 2005 et Lehman Brothers en 2007 comme World’s Most Admired Companies
(15) Didier Saint-Georges (2008) -
« Le libéralisme est une chose morale »
(16) Anton Brender / Florence Pisani (2004) -
« La nouvelle économie américaine »

 

 



Illustration : Image extraite du site fr.123rf.com

 

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 21:37



Rien n’est plus impeccable que la rigueur ptolémaïque 1
des théories financières. Adossées à des mathématiques de concours, sculptées sans relâche par de grands cérébraux de l’abstraction, subventionnées par l’intérêt supérieur des manieurs d’argent, leurs équations irréprochablesQuiconque acheta le Dow Jones ce 3 septembre 1929, fut mal inspiré. L’indice, qui avait pris congé du réel de longue date, culmina ce jour-là en séance à 386,10 points, propulsé par la fascination qu’exerçait déjà la grande opinion financière sur la foule : économistes et experts cautionnaient la hausse, analystes et banquiers rameutaient le ban, et nul n’imaginait qu’un génie si partagé pût faillir … campent à l’envi un univers chimiquement pur, inoxydable, où rien ne saurait dépasser qui ne fût précisément jaugé. La noblesse des principes élude tout, jusqu’au profit lui-même, trop connoté, qui n’apparaît plus comme le mobile apparent des affaires. L’ordre et la morale règnent désormais sur nos Marchés, et chacun s’émerveille de la finesse de cette horlogerie. Hélas, cette paix apparente survit mal aux caprices du hasard et aux vicissitudes du temps. Quand la mer se retire, c’est-à-dire à l’heure de la purgation, quelques nageurs sont nus. D’autres, parfois de haut parage, qui prospéraient sur leur réputation au crochet de riches investisseurs, sortent du bois et annoncent des pertes fracassantes. On se pique aussitôt d'assainir le système, nonobstant l’argent, qui est si près et corrompt tout. Hé quoi, autant appeler Talleyrand à la prière !
 
L’euphorie financière est mère de la démesure et de tous les renoncements. Fort peu contrainte par la vertu, jamais empêchée, cette dynamique tourneboule vite son monde, adultes consentants et enfants à naître. Les bras sont nombreux, qui ne manquent jamais pour forcer la main des plus rétifs. La hausse ininterrompue des cours, exaltée par des jaquemarts du sérailA la fin de l’été 1929, les bulletins quotidiens ne se bornaient plus à citer quels titres monteraient en séance et de combien, mais bien l’heure à laquelle tel ou tel autre serait ciblé ! En ces jours filés de soie, quiconque pouvait s’ériger analyste, qui prédît la hausse, avec des chances sûres de succès, cireurs de chaussures compris … carillonnant à tue-tête, finit toujours par ancrer l’adhésion des uns et entraîner la ruée de tous les autres. L’argent ruisselle, l
es cours virevoltent et tous ces pourcents gagnés ou perdus magnétisent les esprits. Quo non ascendet 2 ! Les Marchés roulent sous l’œil admiratif de la multitude, le génie financier capitalise toutes les faveurs, et nul ne saurait concevoir qu’une telle unité de vues pût déchoir. L’âge d'or des corbeilles est toujours propice à ce genre de considérations. Las, chaque jour qui passe nous rapproche de la fin. Et quand vient l’instant de la saignée, alors s'annonce aussi celui de l’inventaire des détournements passés inaperçus cher à John Galbraith – the Bezzle 3. Les pratiques financières laxistes, toute garde levée, qui font florès en temps de paix, noyées dans un océan d’opacité coupable, surgissent au grand jour, escortées d’autres coutumes plus pendables encore, inhérentes au genre humain. Car, c’est une constante : quand le Marché saigne, il saigne mal. C’est-à-dire beaucoup. Et ses humeurs sont malsaines.
 
Les années Vingt promurent l’innovation financière à l’échelle industrielle, et cette course aux armements, un temps ensommeillée, fouettera des générations de mathématiciens priés d’optimiser les circuits de l’argent. Pour autant, quelques penchants anciens, increvables, demeurèrent, à commencer par le premier d’entre tous, qui consiste à piquer dans le tiroir-caisse. Ainsi, en 1929, l’Union Industrial Bank de Flint, dans le Michigan, fut-elle dépouillée de 3.592.000 dollars par une douzaine de collaborateurs, principaux responsables de l’établissement compris, fascinés par l’envolée des cours ; ces sommes furent investies sur le marché à terme de New-York, avant d’être volatilisées corps et biens. La banque n’y survécut pas 3-1. A la même époque, un italo-américain bon teint, Charles PonziQuand Charles Ponzi, italien bon teint, vint au Nouveau Monde, en 1903, il n’avait quasiment plus un sou en poche, ni aucun talent connu qui valût que la fortune lui tendît les bras. Mais sa nature était allante. Son errance commença, qui l’amena en 1907 à Montréal, dans la banque d'un compatriote, Luigi Zarossi, au service des immigrants de la mère-péninsule ; le business roulait bien …
, se forgera une réputation éternelle en axiomatisant une pyramide financière qui fera de nombreux émules, dont un certain Bernard Madoff en dernier lieu. Tout ce linge surfera sur l’embardée haussière des Marchés, rivalisant d’ingéniosité à qui accaparerait le mieux la manne financière qui bourdonnait. Les cavaliers de la Goldman Sachs Corporation y réussiront mieux que quiconque, usant et abusant du levier des trusts d’investissement, Joconde de modernité et d’architecture spéculative d’alors 3-2. Jusqu’à l’implosion. Le cercle de nos banquiers récemment disparus n’est pas d’une veine moins illustre.

Le trauma de la Dépression anesthésia les Marchés ; le génie financier et ses vestales furent enterrés vifs et l’on n’entendit plus parler de rien. Les Roaring Nineties 4 remirent au goût du jour l’hédonisme des années folles : on se remit au travail, à concocter de nouveaux plans, fameux, qui libèreraient toute la créativité des magiciens de la finance. Les résultats furent désastreux : Drexel Burnham Lambert, banque d’affaires emblématique de ce temps y laissa sa chemise, envoyé au tapis par son enfant chéri Michael Milken 5, l’inventeur des junk bonds. Quelques traders opportunistes, carambouilleurs à l’occasion, comme Ivan Boesky ou Dennis Levine précédèrent la chute de l’icône et celle des Bourses en 1987. Nick Leeson se fit remarquer en torpillant la Barings, coulée par la chute du Nikkei et l’ébranlement de Kobé en 1995. Des stars mondiales de la NetEconomie furent elles aussi emportées dans le vortex du krach Internet, au nez et à la barbe d’auditeurs huppés qui ne virent rien venir, volatilisant frauduleusement les dollars par centaines de milliards. Enron, flattée jusqu’au dernier souffle par Goldman Sachs, mais aussi Worldcom, et toute une coterie de bancanalystesCeux d’avant défilaient moins. Isolés, loin des parquets, encastrés entre le contrôle de gestion et la comptabilité, on les imagine, trois-pièces strict, de préférence sombre, chemise blanche de rigueur, à décrypter d’interminables chroniques de chiffres, de bilans et de perspectives. Les analystes financiers de l’ancienne époque étaient sûrement de cette sorte, à s’échiner pour le roi de Prusse …
complices, achevèrent, du moins put-on le penser, de discréditer les démiurges d’un capitalisme triomphant. On croyait avoir tout vu. Le krach planétaire de l’an VIII du Troisième Millénaire dirait admirablement la suite.
 
Voici donc une loi d'airain : les épisodes spéculatifs s’achèvent toujours par la multiplication des scandales 6, et cette mode trotte crescendo. Ainsi, en janvier 2008, Jérôme Kerviel prit-il sûrement une longueur d’avance sur l’Internationale des traders voyousNick Leeson ne fut ni le premier, ni le plus argenticide des traders voyous. D’autres l’avaient précédé, comme Howard Rubin, qui, dès 1987, avait déshabillé la banque d'affaires Merrill Lynch de quelque 250 millions de dollars, ou Joseph Jett, qui tondit Kidder Peabody de 400 millions en 1994 sur des bons du Trésor. D’autres l’avaient aussi surclassé … 
; en mars, Bear Stearns fut raccourcie sur l’autel des subprimes, exposant plusieurs centaines de ses employés aux poursuites du FBI 7 ; en « septembre noir », on se pressa de sauver Freddie Mac et Fannie Mae, dont les managers qui menaient grand train n’avaient pas eu le temps de discerner la vraie nature de ces prêts pousse-au-crime ; le même mois, Lehman Brothers, joyau des banques d'affaires, quittait la scène, entraînant un séisme inédit. Mais la frontière, parfois ténue entre dirigeants mal avisés et véritables escrocs, allait être franchie à grande vitesse en décembre. Le nouveau mâle alpha s’appelle Bernard Madoff, primat du gotha financier américain, ex-président du Nasdaq, héritier de Richard Whitney qui présida la Bourse de New-York dans les années 30 avant de séjourner à Sing Sing. Cet honorable septuagénaire aura mieux dépouillé ses clients prestigieux que Charles Ponzi dont il copia le modèle : sa pyramide s’effondra récemment, tout à trac, laissant des ruines fumantes pour quelque 50 milliards de dollars 8 ! La haute finance n'est finalement pas plus éclairée que le commun. N’était-ce les dégâts collatéraux, on s’en réjouirait presque.

Une fois de plus, la SEC n’entrevit rien du casse du siècle : Madoff avait ses entrées à Wall Street, au Capitole et sous les lambris de l’institution en tant qu'ancien patron du Nasdaq, comme Kenneth Lay, fondateur d’EnronNous estimons que la période actuelle offre une opportunité extrêmement rare d'acheter les actions d'une entreprise qui demeure extrêmement bien positionnée pour croître à un rythme substantiel ... Nous sommes convaincus que les rumeurs négatives autour de l'entreprise sont fausses, non fondées sur des éléments concrets …, frayait naguère à Washington au contact des plus grands. La cécité du régulateur fut égale à l’égard des caïds de la NetEconomie, comme elle le fut envers les bateleurs de la titrisation. L’AMF ne vit davantage rien venir à la Société Générale. Grâce au ciel, nos devanciers firent mieux : lors du scandale de Panama, dans les années 1880, cent quatre députés furent inculpés ; un seul fut condamné : celui qui insista pour plaider coupable 9 !   

 


 

(1) Benoît Mandelbrot (2005) - « Une approche fractale des marchés »

 

Page 127 - « Les grands prêtres de la théorie financière moderne déplacent sans cesse la cible. Chaque fois que l’on signale une anomalie, une réparation est effectuée en vue de la corriger (…) Mais de telles réparations ad hoc sont moyenâgeuses. Elles contournent en les évitant les preuves contradictoires au lieu de les expliquer et de bâtir à partir d’elles. Elles sont les cousines des ajustements sans fin que les défenseurs de la vieille cosmologie de Ptolémée concevaient pour s’accommoder des nouvelles observations astronomiques gênantes. Sans cesse, ces zélateurs ajoutaient de nouvelles particularités à leur ancien modèle. Ils commencèrent par des cycles planétaires, puis corrigèrent les discordances de cycles en ajoutant des épicycles. Lorsque ceux-ci eurent montré leurs limites, un nouveau bricolage déplaça le centre des épicycles hors du centre du système. Finalement ils arrivaient à coller relativement bien à toutes les données anormales (…) Il fallut les efforts combinés de Brahé, Copernic, Galilée et Kepler pour concevoir un modèle plus simple, celui d’un système héliocentrique aux orbites planétaires elliptiques … »

 

(2) « Jusqu’où ne montera-t-il pas ? » - Devise de Nicolas Fouquet, surintendant déchu de Louis XIV,
(3) John Kenneth Galbraith (1954) - « The great crash (La crise économique de 1929) »

 

Page 158 - « Le détournement le plus spectaculaire de l’époque (…) fut le pillage de l’Union Industrial Bank de Flint, dans le Michigan. La masse brute, dont les estimations s’élevaient d’une façon inquiétante au fur et à mesure que l’enquête avançait, dut, selon  The Literary Digest, s’élever à 3.592.000 dollars [le 07 décembre 1929] (…) L’entreprise groupa finalement une douzaine de personnes, y compris en fait tous les principaux responsables de la banque. Les opérations étaient si bien organisées que même l’arrivée de contrôleurs bancaires dans les hôtels de la localité était portée rapidement à la connaissance des membres du syndicat … »

 

Page 71 - « L’exemple le plus remarquable d’architecture spéculative de la fin des années vingt, celui par lequel, plus que par tout autre moyen, on put satisfaire la demande de titres ordinaires de la part du public, fut la société ou le trust d’investissement. Elle ne créait pas de nouvelles entreprises ou n’agrandissait pas les anciennes ; elle s’arrangeait simplement pour que des gens puissent posséder les titres de vieilles sociétés  par l’entremise de nouvelles (…) La vertu de la société d’investissement était qu’elle entraînait un divorce presque complet entre le volume des valeurs des sociétés à recouvrer et celui de leurs biens existants … »

 

(4) Expression de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Economie
(5) Fortune estimée à 2,1 milliards de dollars en 2007,  458ème rang des fortunes mondiales (Forbes)
(6) Le Monde, le 29/01/2008 - « Quand la mer se retire, on voit ceux qui nagent nus »

(7) Trends.be, le 20/06/2008 - « Opération Hypothèques malhonnêtes : deux ex-cadres de Bear Stearns arrêtés »

 

« Ralph Cioffi et Mathew Tannin, deux ex-cadres de Bear Stearns, sont accusés d’avoir trompé les investisseurs au printemps 2007, en les poussant à continuer à investir dans deux fonds qu’ils savaient au bord de l’effondrement. Lancée par le FBI, l’opération Hypothèques Malhonnêtes s’est soldée jeudi par 406 inculpations et 60 arrestations… »

 

(8) Challenges.fr, le 19/12/2008 -« Les pertes des investisseurs dans l’affaire Madoff »

 

Pertes estimées, au conditionnel, en millions d’euros – FRANCE : Epargnants nationaux (500), Natixis (450), BNP Paribas (350), Axa (<100), Crédit Mutuel CIC (90), Dexia (78), fonds Elite de Rothschild (41), fonds AGF Tresodyn (35), Société Générale, Crédit Agricole, Groupama (- de 10) – EUROPE : Santander (2.330), Medici (1.500), HSBC (725), Fortis (725), UBP (645),Royal Bank of Scotland (460), Man Group (360), BBVA (300), Reichmuth & Cie (235), EIM Group (150), Unicredit (75), Banco Popolare (68), Swiss Life (57), Nordea (48) – ETATS-UNIS : Fairfield Greenwich Group (5.500), Ascot Partners (1.350) – RESTE DU MONDE : Nomura Holdings (225), Azora Bank (101), Institutions sud-coréennes (70)

 

Plusieurs importantes fondations vont subir des pertes. Ainsi, la fondation JEHT, créée par Jeanne et Kenneth Levy-Church, devrait mettre la clé sous la porte, tout comme la Chais Family Foundation, dirigée par Avraham Infeld. La fondation Steven Spielberg a aussi perdu des plumes ainsi que la fondation Elie Wiesel. Carl et Ruth Shapiro, généreux donateurs du Museum of Fine arts de Boston, ont perdu 40% de leur fortune. La fondation du promoteur immobilier Mortimer Zuckermann a elle perdu 30 millions de dollars.

 

 (9) Bernard Maris (1990) - « Des économistes au-dessus de tout soupçon  »

 


 

Illustration : Image extraite du blog Soapbox Ireland - Article du 26 Septembre 2007
 
 

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 00:37



Ziggy Stardust mourut à Hammerfield à l'été 1973. Mi-homme mi-femme, icône androgyne au visage d’ange, cet esthète du show façonna la gloire de son créateur, un certain David Bowie, qui l’incarnait avec conviction dans ses grand-messes musicales. La poussière d’étoile scintillait de mille feux, mais ses reflets pâlirent vite l’éclat du maître, qui s'en défit. Un quart de siècle plus tard, David Bowie, artiste aguerri aux revenus inavoués, fit une entrée en fanfare sur la scène financière : tout à ses comptes, il s’avisa d’en réclamer d’avance, sans bémol, à hauteur de 55 millions de dollars
1 ! En janvier 1997, il céda dix années d’exploitation de son catalogue à une société ad hoc, qui émit en contrepartie un emprunt obligataire rémunéré 7,9% l’an 2 : Prudential Insurance rafla toute la mise. Les titres de la rock star avaient bel et bien changé de nature. Ziggy renaissait : nom de code « Gold Dust ».

La technique employée par David Bowie est celle de la titrisation, apparue aux Etats-Unis lors du big bang libéral des années 70 : des actifs, plus ou moins solides, générateurs de flux financiers, plus ou moins certains, sont payés par anticipation à leur propriétaire ; une société intermédiaire (SPV)
3, créée pour l’occasion, réceptionne le principal du cédant qu’elle finance en émettant des obligations ; le taux facial des titres motive alors, plus ou moins, les investisseurs, qui prennent leurs risques : ceux-ci encaissent périodiquement les intérêts de leur créance et le remboursement d’une part du capital, selon l’aptitude des actifs que l’on a dits à produire les recettes que l’on a pressenties. Au terme de l’opération, chacun reprend ses droits, quitte et ravi du contrat gagnant-gagnant qu’il aura souscrit. Typiquement, les royalties de David Bowie furent suffisantes pour servir les prêteurs, surnuméraires même, et rien ne vint globalement troubler ce concert-là. En mars 2004 cependant, l’agence de notation Moody’s, qui n’avait pas disgracié l’emprunt initial en le cotant A3, abaissa sa perception de la dette au niveau Baa3 4, un cran au-dessus des junk bondsLe régent de France Philippe d’Orléans, qui expédia les affaires courantes entre le défunt Roi Soleil, à la progéniture dévastée, et son successeur Louis XV, un lointain arrière-petit-fils, était mieux connu pour son épicurisme débordant que pour l’acuité de son intellect : sa capacité à restaurer les finances du royaume, détroussées par les grands desseins antérieurs, se mesurait aisément à la qualité de ses conseillers, entres catins et abbés … : la musique de l’idole se vendait moins bien. La plateforme iTunes d’Apple relança la machine à cash. Ainsi, ce qui vaut aujourd’hui et promet des lendemains qui chantent n’est-il jamais assuré de durer. La menace plane toujours du risque en maraude.

La propriété intellectuelle n'est qu’un boutefeu de la titrisation. Toute rentrée d’argent prédictible, récurrente et assez dotée de zéros pour être prise au sérieux, peut être ainsi escomptée : recettes d’abonnements, primes d’assurance, créances commerciales, péages autoroutiers, tout y passe qui aura su démontrer une antériorité crédible et des risques futurs quantifiables. Mais le canal historique, celui qui éprouva le système, en fit la règle et harasse aujourd’hui l’économie de ses excès, nous vient du marché hypothécaire américain. Les crédits immobiliers furent longtemps et demeurent l’actif idoine des faits de titrisation, offrant aux prêteurs une source de refinancement stable. Une envie de maison ? La banque octroie les fonds, délimite son risque et hypothèque le bien ; puis, ayant renouvelé ce commerce, elle regroupe les crédits aux attributs proches en un bric-à-brac, appelé ABS – Asset Backed Securities (titres adossés à des actifs)
3 -, et cède le tout contre espèces sonnantes et trébuchantes. Désengagée, la banque n'est plus en danger ; son ratio de solvabilité, dit de Cooke 5, est restauré : elle peut prêter à nouveau. Qu’importe alors les règles de prudence, les garanties demandées aux emprunteurs puisque leurs prêts seront revendus au Marché et les risques disséminés. Et plus encore quand la pyramide des emprunts est soutenue par la hausse ininterrompue des prix immobiliers.

La magie financière a opéré : tel qui s’est endetté pour acheter sa maison peut a présent acquérir d’alléchants ABS, susceptibles même de contenir son propre crédit titrisé ! Les rendements sont à l’avenant, et le succès au rendez-vous : l’afflux d’emprunteurs de plus en plus insolvables, aux mains de vendeurs peu scrupuleux qui prêtent leurs dollars à l’usure, fouette en effet les rendements et rameute beaucoup. Les créances subprimesCôté cour, des équations, longues comme un jour sans pain, qui s’échinent à décrire des mondes enchantés où l’homme figure à peine, esquissé au crayon et dans la marge ; côté jardin, la haute finance, appliquée, consentante jusqu’au dernier transport, qui excelle dans l’art d'animer les équations qu’on a dites, c’est-à-dire d’y trouver le prétexte à sa quête incessante du gain … étaient de cette veine-là, aux taux survitaminés, prêtes à goberger des investisseurs peu regardants, mieux étreints par les rentabilités élevées que par les réalités sociales, banquiers compris ! Ainsi, vit-on des emprunteurs devenant leur propre banquier, et des banquiers leur propre emprunteur : le mistigri de la dette, aux mains de mathématiciens chevronnés et de juristes minutieux, passe d’un portefeuille à l’autre, et nul ne sait plus ce qu’il a acheté ni risqué. Car contrairement aux titres obligataires usuels, fondés sur la capacité de remboursement de l’émetteur, ABS et consorts reposent sur des flux financiers futurs, lesquels auront déjà pu être titrisés plusieurs fois, élevés au carré, au cube, ou coupés en quatre ! L’alambic financier tourne à plein et embrume tout. « La titrisation se réduit à ôter [les crédits] des épaules de ceux qui sont capables de les porter [les banques] pour les mettre sur les épaules de ceux qui sont incapables de les comprendre
6 ».

Ce n’était pas assez, on compliqua davantage : les actifs homogènes des ABS, eux-mêmes tranchés en profils de risques variés, furent à leur tour agrégés dans des supports logeant des créances de toutes origines afin d’augmenter l’énergie du tout ; ces constructions ultimes, baptisées CDO – Collateralized Debt Obligations
3 -, véritable « salade niçoise » aux dires mêmes de Henri de CastriesPlace aux jeunes ! Voici venu le temps des quinquagénaires, celui de la modernité, du renouveau, porté par des hommes et des femmes, leaders politiques ou chefs d’entreprises, étreints par l’enthousiasme et la volonté d’agir ; cet air du temps nous comble, et nous sommes pressés de croire tout ce que l’on nous dit aussi bien qu’impatients de faire tout ce que l’on nous conseille …, PDG d’Axa, échappent aux forces de l’esprit : leur valeur est inconnue, inexpugnable, qui résulte des menées d’une nuée d’emprunteurs, de leurs capacités ou non à rembourser quelques milliers de dettes, l’ensemble mâtiné de formules absconses fondées sur des données incertaines. Comme Pangloss, professant à Candide un optimisme béat, la finance poursuivit ainsi l’utopie d’un monde aux liquidités infinies et aux risques sous tutelle. Hélas, on n’avait pas imaginé comment ce système pouvait fonctionner à l’envers, ni qu’il dût massivement le faire. Lorsque les crédits subprimes régurgitèrent leur flot d'impayés sur fond de maisons saisies, mal revendables, nul ne voulut plus des rejetons de la titrisation ; les actifs originels retournèrent à leur illiquidité naturelle après avoir écumé les Marchés. Et ce qui est illiquide n’a pas de valeur : la crise de solvabilité se doubla aussitôt d’une crise de liquidité. En sorte que ce déni de l’économie financière amoindrit nettement les certitudes néolibérales d’un Marché omnipotent.

L'à-pic est vertigineux : en avril 2008, le FMI chiffrait à 945 milliards de dollars les pertes dues à l'embolie de subprimes
7 à large spectre - prêts à l'immobilier résidentiel (RMBS) et commercial (CMBS), à la consommation (ABS) et aux entreprises (CLO) 3. Depuis juillet 2007, les organismes de crédit, banques et refinanceurs hypothécaires déprécient à tout va des titres invendables. Certains ont déjà chuté, comme Bear StearnsLa réussite, spécialement dans les affaires d'argent, est une source permanente d'émerveillement pour la multitude ; la fascination qu'elle exerce est à l'échelle des capitaux brassés, qui voltigent par milliards, sans relâche, et nul ne saurait se représenter que la magnitude de ce tourbillon financier pût dériver d'individus au génie moins éclatant …, ou récemment Indymac. D’autres, rehausseurs de crédit notamment, sont menacés. Entre 1999 et 2006, 90% des crédits alloués aux Etats-Unis ont fait l’objet d’une titrisation 8. Quelques fins damnées seront difficiles. 
 
      
  
  


 

(1) Slate, le 08/05/1997 – « Bowie Bonds : rock’n’roll officially stops being revolutionary »
(2)
Les Bons du Trésor américain à 10 ans payait à cette époque 6,37% ;

(3) Petit glossaire de titrisation (source Wikipédia) :
 

ABS : Asset Backed Securities : le terme générique

RMBS : Residential Mortgage Backed Securities : opération adossée à des crédits habitat hypothécaires
CMBS : Commercial Mortgage Backed Securities : adossé à des crédits hypothécaires commerciaux
CDO : Collateralized Debt Obligation : adossé à des dettes diverses (groupe les CBO et CLO)
CBO : Collateralized Bond Obligation : adossé à des obligations
CLO : Collateralised Loan Obligation : adossé à des crédits à des entreprises
CCO : Collateralised Commodity Obligation: adossé à des options sur matières premières
CFO : Collateralised Fund Obligation: adossé à des parts de hedge funds ou de fonds de hedge funds
CFXO : Collateralised Foreign Exchange Obligation: adossé à des options sur devises
WBS : Whole Business Securitisation : adossé à des flux d’activité commerciale ou industrielle

SPV ou SPC : Special Purpose Vehicle ou Special Purpose Company, nom générique des véhicules de financement créés pour acquérir les créances du cédant et généralement aussi pour émettre des titres sur le marché.
FCC (Fonds Commun de Créances) : forme juridique imposée par le droit français pour une opération de titrisation. Un FCC est un SPV français.

 

(4) Echelle de notation de la dette à long terme (maturités équivalentes à un an ou plus) selon l’agence Moody’s, Wikipédia

 

Catégorie investissement : (Aaa) Valeurs de tout premier ordre (« gilt edged ») – (Aa1, Aa2, Aa3) Fourchette haute (« high-grade ») – (A1, A2, A3) Notation intermédiaire (« upper-medium grade ») – (Baa1, Baa2, Baa3) Fourchette basse, pouvant comporter des aspects spéculatifs (« medium grade ») - Catégorie spéculative : (Ba1, Ba2, Ba3) Eléments dits spéculatifs – (C1, C2, C3) Absence de caractéristiques d’investissement souhaitables (« junk bond ») ;

 

(5) Ratio Cooke (source Wikipédia)

 

Le ratio Cooke ou ratio de solvabilité bancaire est un ratio recommandé par le Comité de Bâle dans le cadre de ses premières recommandations, et qui fixe une limite à l'encours pondéré des prêts accordés par un établissement financier en fonction de ses capitaux propres. Le niveau d'engagement des banques est ainsi limité par leur propre solidité financière. Les banques dont les fonds propres représentent au moins 8% de ce montant sont considérées comme solides. Le ratio tient ce nom de Peter Cooke, un directeur de la Banque d'Angleterre qui avait été un des premiers à proposer la création du Comité de Bâle et fut son premier président. Il est moins élaboré que le ratio McDonough qui lui a succédé dans le cadre des accords de Bâle II, car il ne prend que très grossièrement en compte le risque plus ou moins élevé des différents prêts accordés et a permis l'émergence de l'arbitrage prudentiel.

 

(6) Vie des Affaires – Titrisation citant le Financial Times
(7) Libération, le 09/04/2008 – « Une crise à un trillion de dollars »
(8) Jean-Marc Sylvestre, Olivier Pastré (2008) – « Le roman vrai de la crise financière »

 



Illustration
 : Image extraite du Hindu Business Line 

 

 

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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 19:56

 

 

Cayne-copie-3.jpgLe succès, notamment dans les affaires d'argent, est une source permanente d'émerveillement pour la multitude ; la fascination qu'il exerce est à l'échelle des capitaux brassés, qui voltigent par milliards, sans relâche, et nul ne saurait se représenter que la magnitude de ce tourbillon financier pût dériver d'individus au génie moins éclatant. Ainsi la surperformance, en cette matière et d'autres, secrète-t-elle une race d'hommes loués pour l'acuité de leurs vues, la fulgurance de leurs jugements et leur capacité à embrasser le réel d'un coup d'œil. En février 2005, James Cayne, président de Bear Stearns & Co., la cinquième banque d'affaires américaine, étaient de ceux-là, qui jubilait : pour la seconde fois en trois ans, le magazine Fortune désignait sa banque comme la « plus admirable » de toutes les sociétés de valeurs mobilières 1. La fin des illusions était proche : l'éloge à peine froid, le flair éclatant des stratèges de Bear Stearns, président compris, piqua du nez à grande vitesse quand le Marché révéla que ce talent ne devait qu'à l'ivresse spéculative des dérivés de crédit, et à la ruine de milliers de ménages insolvables.
 
Comme toujours, la rapidité de la chute surprit l'opinion ; en juin 2007, la banque avait certes publié des mauvais résultats, plombés par « une charge exceptionnelle de dépréciation d'actifs immatériels », mais sa communication fut assez entortillée pour qu'on n'y décelât pas les relents délétères de la crise subprimeSubprime : risque majeur ?

Côté cour, des équations, longues comme un jour sans pain, qui s’échinent à décrire des mondes enchantés où l’homme figure à peine, esquissé au crayon et dans la marge ; côté jardin, la haute finance, attentive, qui excelle dans l’art d'animer les équations qu’on aura formulées, c’est-à-dire d’y trouver le prétexte à sa quête incessante du gain. Ainsi irait le Marché, dit-on, univers de papier, empli d'évidences, mené par une mathématique bienveillante ! Las, voilà qu'en son centre étasunien, une affaire envenime toutes les autres : des prêts immobiliers mal garantis - « subprime » -, que l'on se plaît à minorer, dégénèrent, et menacent d'infecter à l'entour (…)

, qui couvait. James Cayne lui-même, assez détaché du réel, ne prit pas la mesure du danger, continuant d'alterner, dit-on, le golf et le bridge, selon qu'il plût ou non. Le banquier de Madison Avenue, l'un des plus gros acteurs du moment sur le marché des prêts hypothécaires, fit alors l'objet d'importants appels de marge sur les positions de deux de ses fonds 2 : Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Bank of America et Merrill Lynch, elles aussi mal engagées, voyant s'affaisser les garanties des prêts octroyés, demandaient leurs comptes, menaçant de saisir les actifs collatéralisés. Quelques milliards de dollars plus tard, ses deux fonds au tapis, Bear Stearns réputa le problème clos : le 20 septembre, Samuel Molinaro Jr, son directeur financier, annonça que le pire était passé 3. Le 14 novembre, le même enchanta son monde, estimant « que les déboires du compartiment subprime devraient en partie être compensés par la vigueur de ses activités de courtage de valeurs 4 ». Partout à l'entour, la crise fulminait, l'incendie ravageait la plaine, au soleil couchant d'Austerlitz.

Les fonds souverains         - Fonds souverains -
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(...) La crise du crédit, gloutonne et grande dépréciatrice d'actifs, aura révélé d'ambitieux prétendants aux agapes financières, prédateurs pour les uns, sauveurs pour les autres. Peu visibles jusqu'alors, les fonds souverains ont tout de go accaparé les colonnes des journaux, tirelires régaliennes alimentées par un sous-sol fréquemment bénit, au service d’un capitalisme d’Etat : diamants du Botswana, cuivre chilien ... Mais la grande affaire minérale ou fossile est ce cher pétrole venu du Moyen-Orient et d'ailleurs qui fait le gros de la troupe. Et d’autres sources de capitaux moins géologiques tapent à la porte, non moins colossales : elles s'annoncent en provenance de Chine et de sa banlieue (…)
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     - Boursonomics 05/02/2008 -

, qu'on avait pris de haut en temps de paix, furent les bienvenus quand la crise financière vira à l'aigre. Curieusement, Bear Stearns ne fut pas de cette revue, et si des contacts furent noués avec le chinois Citic, ceux-ci prévoyaient un partenariat, non la recapitalisation de la banque 5. Le 10 mars 2008, au comble d'un cynisme éduqué digne des grandes heures d'Enron, Alan Schwartz, directeur général de Bear Stearns, déclara qu'il n'y avait aucun péril en la demeure : « Le bilan, la liquidité et le capital de Bear Stearns restent solides 6 ». Le 12 mars, il jura ses grands dieux : « Nous ne constatons aucune pression sur nos liquidités et encore moins une crise de liquidités ... Nous avons environ 17 milliards de dollars de cash en excédent dans notre bilan 7 ». Le 14 mars, pris d'un doute, il fit recompter : le roi était nu ! Appelées à la rescousse, JP Morgan Chase et la Fed de New York acceptèrent dans l'urgence de fournir tous les financements à court terme pendant un mois. Ce délai fut tôt raccourci à ... deux jours : le dimanche 16 mars, JP Morgan Chase rachetait Bear Stearns pour deux dollars l'action, valorisant la banque à 236 millions de dollars quand Wall Street la cotait encore 3,54 milliards de dollars deux jours avant, et 7 milliards quinze jours plus tôt ! Cette conception élastique de la valeur en dit long sur la myopie des marchés boursiers.

Le génie financier changea donc d'adresse : mais il ne calculait pas mieux pour autant. Le grotesque, pour ne rien dire du ridicule, fut atteint lorsque JP Morgan quintupla son offre, dix jours plus tard, sous la pression des actionnaires, parmi lesquels des milliers de salariés, tous plus étreints par le sort de leurs investissements - et de leurs emplois, que par celui des ménages plus nombreux encore qu'on avait délogés. James Cayne, redescendu sur terre, fut de cette partie de bridge menteur, quoique dit-on, ne déambulant plus dans les couloirs de Bear Stearns sans un garde armé à ses côtés 8, craignant qu'on achevât tout à fait de le dépouiller : la maestria restait, seul le pistolero changeait ! Et que dire de Joseph Lewis, sujet britannique résidant sur l'île de New Providence, principal actionnaire de la banque par son fonds Tavistock, qui acquit en septembre dernier 7% du capital via cinq sociétés bahaméennes Aquarian Investments ? D'aucuns, toujours prompts à louer la vista des tycoons ressortirent aussitôt l'antienne mille fois resservie de « l'achat à bon compte » : à 105 dollars l'action, le milliardaire offshore et défiscalisé n'est pas près de revoir sa mise 9 ! L'intelligence financière est ainsi, qui se jauge à l'outrance des chiffres et prospère dans la brièveté des mémoires oublieuses. La complaisance dans les commentaires de tout un consistoire d'obligés fait le reste.

Certains se réjouiront de la vitalité du Marché, qui a survécu, sous l'aile protectrice de sa main invisibleLa main (in)visible

(…) Au sortir des années 1970, la crise de la dette du tiers-monde sévit, l’inflation galope et les plus grandes banques vacillent : en particulier la Continental Illinois, septième banque américaine de dépôt, acclamée par la presse, qui agonise ; l’administration Reagan, mieux connue pour sa dévotion au Marché, sortira de sa Réserve près de 5 milliards de dollars, et remettra au pot pour désengluer une quarantaine d’établissements. L’aléa de moralité, garantie qui procède du secours miraculeux de l’Etat, prend ainsi souvent la forme d’injection d’argent public. Une politique monétaire expansionniste est une autre variante pour sortir des crises financières (…)

. Les principales banques d'affaires américaines ont dû leur salut à de richissimes fonds étatiques étrangers dont on ne discuta plus l'éthique : le Marché est planétaire. Puis, moins confiants, ces chevaliers blancs parurent désarmer. En sorte que, tout faux-semblant rengainé, le sauvetage de Bear Stearns ressemble davantage à une nationalisation qu'à un fait de Marché : la Fed, garante d'une trentaine de milliards de dollars dans l'affaire, a utilisé une clause adoptée en 1932 lors de la Grande Dépression 10 pour téléguider JP Morgan dans la place. La Réserve Fédérale avait aussi poussé à la roue, dans d'autres conditions, notamment en 1980 pour le courtier Prudential Bache menacé par les spéculations sur l'argent-métal des frères Hunt, et en 1998 quand LTCM chuta 11. Finalement, quelque bon samaritain, du commun ou d'ailleurs, est désigné d'office : le Marché est éclairé, comme on le dit du despote. Pourtant, chaque fois, le réel ne fut pas la cause mais la conséquence de dérapages incontrôlés, dans la plus pure tradition de la spéculation et du lucre. La science du risque, objet de toutes les attentions et grande consommatrice de mathématiques foudroyantes, censée anoblir l'édifice tout entier et tenir les curieux à l'écart, ne peut rien contre l'homme quand l'argent est si près.

James Cayne fut des épées de la haute finance qui capitalisèrent LTCM        - LTCM : le désastre -
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(…) Le 31 août 1998 fut affreux : Wall Street dégringola de 6,8% ! A l'exception notable des obligations du Trésor, ultime planche de salut, tous les marchés piquèrent du nez, en enfilade. La panique s'installa, et la contagion gagna partout. Cette journée de dévastation termina un mois d’août abominable, qui avait démarré, le 4, par un effondrement du Dow Jones de 3,5%, vite suivi d'une réplique qui allégea l’indice planétaire d'un supplément d'âme de 4,4% ! Les mathématiciens du risque frémirent. Le génie financier se mit à suer à grosses gouttes : LTCM, mâle alpha dans la famille des hedge funds, chaperonné par les esprits les plus vifs du temps, vacilla. Puis tomba tout à fait (…)
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     - Boursonomics 02/05/2007 -

. Mais il refusa d'être du consortium de renflouement organisé par la Fed lorsque ce fonds capota. En juin 2007, lorsque Bear Stearns inaugura les premiers effets de la crise du crédit, les grandes firmes de courtage firent publiquement savoir qu'elles ne lèveraient pas le petit doigt, in memoriam 12. L'isolement de la banque fut total, jusqu'à la curée. John Meriwether, ex-mentor de LTCM, créa un nouveau fonds alternatif, JWM Partners, qui gérait déjà 2,6 milliards de dollars en 2006. Il se dit que l'affaire aurait perdu 30% : le génie financier est en pleine action.

 
 
  


 

(1) Business Wire, Février 2005, « FORTUNE Magazine names Bear Stearns ‘ Most admired ’ securities firm »
(2) HDF Finance, Juin 2007 – « 
Bear Stearns : le LTCM des ABS »

 

Les fonds High-Grade Structured Credit et Enhanced Leverage Fund, avec 2 milliards de dollars sous gestion, avaient pu emprunter plus de 10 milliards de dollars afin d’atteindre leurs objectifs de rendement. La « dépréciation d’actifs immatériels » avait conduit leur gérant à liquider 4 milliards de dollars pour ces deux fonds, insuffisamment aux yeux des banques créancières. Merrill Lynch notamment commença à vendre aux enchères pour 850 millions de dollars de collatéral à partir du 19 juin 2007. Finalement, le 21 juin Bear Stearns mettra 3,2 milliards de dollars sur la table pour sauver le premier fonds et demanda la suspension des appels de marge pour le second. Peine perdue.

 

(3) Le Monde, le 21/09/2007 – « La crise fragilise le système bancaire mondial »
(4) Cercle Finance, le 14/11/2007 – « Bear Stearns : les propos du directeur financier rassurent »

(5) Le Monde, le 22/10/2007 - « Citic forme une alliance avec l’américaine Bear Stearns »
(6) Reuters, le 10/03/2008 - « Bear Stearns dément tout problème de liquidité »

(7) Reuters, le 12/03/2008 - « Bear Stearns affiche sa confiance, l’action monte »
(8) Les Echos, le 25/03/2008 - « JP Morgan quintuple son offre sur Bear Stearns »
(9) PerformanceBourse.com, le 21/09/2007 – « Joseph Lewis [Tavistock] s’invite au capital de Bear Stearns »
 

« En effet, celui que Forbes classe en 2007 au 369ème rang des hommes les plus riches du monde, avec 2,5 milliards de dollars de fortune personnelle, vient de s'inviter au capital de la banque d'affaires américaine Bear Stearns. Selon la SEC, Lewis s'est porté acquéreur de 7% environ du capital de la banque, soit 8,1 millions d'actions acquises pour une somme de 860,4 millions de dollars. Dans cette opération, cinq sociétés bahaméennes Aquarian Investments ont été utilisées ... Bear Stearns a été l'une des premières banques US à subir le contrecoup de la crise des « subprimes », dont elle est l'une des principales victimes. La preuve : sa capitalisation boursière a fondu de plus d'un tiers depuis le premier janvier. C'est donc à bon compte que Joseph Lewis est entré sur la valeur »

 

(10) « Term Auction Facility » pour banques de dépôts comme JP Morgan : Bear Stearns est une banque d’investissement
(11) Le Monde, les 16&17/03/2008 - « La Fed tente de sauver la banque Bear Stearns  »

 

En 1980, la Fed de Paul Volcker poussa un consortium bancaire à fournir une ligne de crédit de 1,1 milliard de dollars aux frères Hunt dont les spéculations sur le marché de l’argent-métal menaçait de faire chuter  le courtier Prudential Bache. Fin 1998, le président de la Fed de New-York, William Mc Donougth  agit de même en conviant les plus grandes banques de Wall Street à verser 3,5 milliards de dollars au fonds LTCM pour dénouer les positions du fonds sans trop de dégâts.

 

(12) LesAffaires.com, le 28/06/2007 - « Bear Stearns ou la volonté de croire en une illusion »

 


 
 
Illustration : Immeuble de la banque Bear Stearns, Madison Avenue, New York
 

 

 

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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 23:27
 
 
Georges-Washington-copie-1.jpgThéodore Roosevelt, prix Nobel de la Paix 1906, grand doctrinaire du parler calme et du bâton à feu 1, fut le premier président des Etats-Unis convaincu que les intérêts de l’Union valaient bien qu’on intervînt partout où ceux-ci seraient menacés. Rompant avec la tradition de neutralité léguée par George Washington, il se hâta d’aller les défendre à l’entour, avec ardeur, notamment en République Dominicaine où on les défiait tant 2. L’Empire naissait. En 1912, Thomas Woodrow Wilson, qui n'était encore qu'à briguer l’investiture démocrate, allait en rajouter : « Je crois que Dieu a semé en nous le rêve de la liberté, qu'il nous a choisis – et choisis en priorité, pour que nous montrions la voie aux nations du monde et leur enseignions à marcher sur le chemin de la liberté 3 ». Devenu président, ce « diplomate missionnaire » fit bombarder Vera Cruz au Mexique, en 1914, puis mondialisa le conflit européen, en 1917, en élève appliqué d'Otto von Bismarck pour qui « la guerre est la santé de l’Etat 4 ».   
     
Trois siècles à peine après avoir émergé des limbes indiennes, dont le souvenir ne rappelle aucun passé glorieux ni civilisation fondatrice, la terre d’Amérique, composée d’immigrants en majorité européens, se prit soudain à rêver d’un avenir impérial. Dans ses nouveaux habits de lumière, ceux d’une puissance économique mondiale devenue la première en 1910 aux dépens de l’Angleterre, Woodrow Wilson, un rien exalté, qui ne faisait pas mystère de son extraction divine 3, fut imprégné de ce désir de grandeur, et passa aussitôt la surmultipliée. Outre-Atlantique, de vieux peuples qui se chicanaient depuis des temps immémoriaux, avaient remis le couvert au prétexte de l’assassinat d’un archiduc autrichien. Cette affaire entre royautés cousines, elles-mêmes ointes au saint chrême, hors la France qui avait fait sa révolution, tournait au vinaigre, c’est-à-dire au carnage. Le 6 avril 1917, les Etats-Unis déclarèrent la guerre à l’Allemagne, le 7 décembre à l’Autriche-Hongrie, non qu’ils fussent subitement émus par la dramaturgie des évènements ni qu’ils se souvinssent de La Fayette : ils lorgnaient l’héritage de l'empire britannique         - Du libre-échange -
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(…) L’Angleterre eut toujours pour ses vaisseaux les yeux de Chimène. Son empire vaquait jusqu’aux Indes magnifiques au-delà des caps qu’on doublait au prix de périples, parfois héroïques, sous l'aile protectrice de la Royal Navy. La Couronne exigea vite que ce ballet naval fût réglé à son profit. Dès 1651, les Actes de Navigation réservèrent le fret à la marine locale par des taxes ou des interdits. Les cotonnades indiennes restèrent à quai quand les filatures du Lancashire en décousurent sur les nouveaux métiers ; entre 1774 et 1842, on n'exporta plus de biens d’équipement. En 1879, la politique protectionniste d'Otto von Bismarck ranima l’Allemagne ; les Etats-Unis prirent le même chemin (…)
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  - Boursonomics 19/04/2009 -

 finissant, et craignaient que l’Allemagne, qui avait elle-même dépassé la richesse des sujets de George V, ne vînt à les menacer sur ce sujet et d’autres. La prophétie d’Alexis de Tocqueville était à l’œuvre : les Etats-Unis et la Russie se partageraient le monde
5.
 
Cet impérialisme exigeait de hauts desseins, comme autant d’alibis commodes, assez teintés de noblesse pour masquer l’expansionnisme qui la gouvernait au plus profond : la main sur le cœur, la tête dans les étoiles, les Etats-Unis conçurent la grandiose entreprise d’imposer la liberté, la démocratie, bref la pax americana partout où le drapeau rouge la menacerait. On ne se priva pas de continuer après le trépas soviétique, au plus récent sur le sol de l’antique Babylone, en Irak, où le renouveau projeté tarde cependant à se manifester. Entre 1945 et 2005, l’Amérique porta cent onze fois le fer à l’extérieur de ses frontières 3 ! En Corée bien sûr, où Harry Truman se passa de l’autorisation du Congrès, au Vietnam où Dwight Eisenhower émit sa fameuse théorie des dominos qui conjecturait que toute l’Indochine virerait au communisme par effet de contagion, mais qui ne prévoyait pas que l’Allemagne de l’Est pût infecter sa voisine de l’Ouest. Pour le commun, on se projeta au Guatemala, en Indonésie, au Congo, au Salvador, avant de déplacer sa vindicte vers les terres islamiques. Ronald Reagan accrut les dépenses militaires d’un quart durant son premier mandat, Walker Bush fit en sorte que ce budget dépassât celui de tous les pays réunis. Hé quoi, la démocratisation coopérative et pédagogique de la planète est une affaire hors de prix : l’Empire « coûte que coûteCoûte que coûte

(…) Le lobby militaro-industriel américain a de gros appétits, à la hauteur des ambitions supérieures de l’Empire. Le Congrès ne déroge jamais, a fortiori lorsqu’il n’est pas consulté comme ce fut le cas par Truman pour la Corée, à accorder les quitus nécessaires à la défense des intérêts de la nation, qui sont toujours menacés. Qu’ils viennent à être bien réels, voire portés sur le sol même de la mère patrie, et l’ébranlement d’un peuple toujours prompt à s’armer sous la bannière suffit à éperonner quiconque le brave. Mais l’ivresse d’une victoire facile à l’afghane ou à l’irakienne, n’efface pas l’ardoise des soins chirurgicaux filoguidés (…)

 » horriblement cher !

Voyez ce monarque : il grave la pièce de monnaie de son sceau, se figure sur le billet de banque, et cette majesté garantit la paix des affaires. Aussi longtemps que sa loi irradiera l’espace, ses signes monétaires luiront de mille feux. Qu’elle faiblisse, et la suspicion surgira. Cette conception nominaliste, qui ne reconnaît à la monnaie aucune valeur en soi, est la marque d'un mâle alpha : que la valeur du dollar souverain tienne à la diplomatie aéroportée américaine ne surprendra donc personne ! Au début du XXe siècle, c’était cependant une vision substantialiste de la monnaie qui prévalait : l’étalon-or, qui agonisait, fixait encore la valeur du papier-monnaie, au grand dam des princes. En 1913, Woodrow Wilson, très en verve, parapha l’acte créateur du Système de Réserve Fédérale, la banque centrale étasunienne, afin d’en finir avec l’instabilité financière, notamment l’incroyable floraison de billets de banque 6-1
. Le dollar changeait d’époque. Le premier conseil de la Fed eut lieu le 10 août 1914 ; ce même jour, en Europe, le canon se mit à tonner, l’étalon-or vacilla. Trente ans plus tard, à Bretton Woods, on adoptait un système d’étalon change-or : le dollar devenait référent. Puis, le 15 août 1971, Richard Nixon fermera le guichet de l’or : le dollar, qui sera dévalué à l’automne suivant 7, devenait as good as gold. Bretton Woods finissait, l’Empire se libérait, les déficits commençaient.
 
« La mauvaise monnaie chasse la bonne ». L’or fut donc retiré de la circulation et conservé pour la bonne bouche, accréditant une fois de plus la loi d’airain de Thomas Gresham selon laquelle quiconque garde toujours le meilleur pour lui-même. Le dollar nominaliste n’avait plus de valeur, qui désormais se passait d’étalon 8. On se mit à en imprimer comme jamais, notamment Alan Greenspan, prodigue maestro de la Fed. La reaganomics, politique libérale des années 1980, ne craignit pas le contresens en éperonnant la croissance par la dépense militaire, financée par le déficit budgétaire : « Keynes le rouge 6-2 » inspirait l’Empire ! Premier créancier sous Eisenhower, l’oncle Sam devint le premier débiteur sous Reagan. Le lobby militaro-industriel rafla la mise, et cette sûreté engendra l’indolence ; peu à peu, les vassaux périphériques, parfois de vrais tigres, s’insinuèrent dans le jeu, pressant la désindustrialisation et la dépendance économique américaines. Le déficit commercialA vos marques

(…) Dans les années 1970, les Etats-Unis d'Amérique, au zénith, dénonçaient Bretton Woods et inauguraient une pratique dont ils ne se déferaient plus : l’heure vint aux déficits, gagés sur le dollar, à peine moins respecté que l’étalon-or. Le commerce extérieur de l’Union noua son premier déficit en 1971, et ne produira plus aucun excédent, sauf en 1973 et 1975. L’exercice 2006 fut désastreux, déficitaire d'environ 764 milliards de dollars, le double de l'édition 2001. Les Etats-Unis sont devenus dépendants. Donc nerveux (…)

s'installa. La machine à consommer, insatiable, se mit à aimanter la dette privée, tandis que celle à épargner cala. Entre réductions d’impôts et bellicisme inspiré, Walker Bush hâta le tout : le dollar chuta
9 et l’endettement explosa. Dévaluation, inflation forte ou répudiation de la dette extérieure : l'un de ces scripts sera joué. Le billet vert n’a pas fini de pâtir : l’Empire centenaire n’a plus la cote, ni les moyens.
 
Une fois de plus, l’illusion d'un Etat capable de régner seul sur cette planète aquatique s'épuise ; le dollar agonise, qui mine le maître de l'intérieur. L’ensemble des terres habitées pourrait devenir hors de portée et de contrôle d'un titan national. L'empire américain cèderait alors à cet hyperempire 10 imaginé par Jacques Attali, n’ayant ni centre ni périphérie, parsemé de monnaies supranationales. Seule une crise majeure peut permettre d'accoucher le début de la suite ; par exemple une crise financière ... L’Histoire est en marche.
 
 
 
 

 
 
(1) Doctrine du Big Stick, Théodore Roosevelt le 02/09/1901 – « Il faut parler calmement tout en tenant un gros bâton »
(2) Politique étrangère
américaine – Chronologie des interventions extérieures
 
La carrière politique de Théodore Roosevelt débuta en 1882 ; sa prégnance dans les affaires commença réellement en 1897 quand le président Mc Kinley (assassiné en 1901) le nomma secrétaire d'Etat adjoint à la Marine. Il s'y comportera en faucon et va-t-en guerre, cherchant des noises à l'Espagne (destruction d'une frégate américaine jamais prouvée), préfigurant les armes de destruction massive inventées un siècle plus tard contre l’Irak. Lui-même, à la tête d'un régiment de cavalerie, mettra la main à la pâte dans cette guerre d'Espagne, en 1898, qui conduiront les USA à intervenir hors de leurs frontières (occupation des Philippines, acquisition de Guam, Porto-Rico). La même année, Cuba accéda à l’indépendance après une occupation yankee. Le cas de la République Dominicaine est plus anecdotique.
 
(3) William Bonner (2006) - « L’Empire des Dettes »
 
Déclaration attribuée à Woodrow Wilson après son élection à la présidence fin 1912 « Souvenez-vous que c’est Dieu qui a ordonné que je sois le prochain président des Etats-Unis. Ni vous, ni aucun mortel, n’auriez pu l’empêcher »
 
(4) Randolph Bourne (1919) - « Untimely papers »
(5) Alexis de Tocqueville (1835) – « De la démocratie en Amérique »
 
Edition Œuvres Complètes, 1992, pages 430-431 - « Il y a aujourd’hui sur la terre deux grands peuples qui, partis de points différents, semblent s’avancer vers le même but : ce sont les Russes et les Anglo-Américains … Leur point de départ est différent, leurs voies sont diverses ; néanmoins, chacun d’eux semble appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde »
 
 (6) John Kenneth Galbraith (1994) - « L’argent  »
 
Page 139 - « Pourtant, à l’époque de la guerre de Sécession, le système monétaire américain était sans conteste le plus déconcertant de la longue histoire du négoce et de la cupidité … On estime que 7000 billets de banque différents circulaient avec un succès inégal, émis en tout par 1600 banques des Etats existantes ou disparues. Comme le papier et l’impression étaient bon marché, et le droit à l’émission de billets protégé au titre des droits de l’homme, des individus s’étaient introduits dans la profession pour leur propre compte. On estimait à 5000 le nombre d’émissions de fausse monnaie couramment en circulation »
 
Page 391 - « Dans les années qui suivirent la guerre, aux Etats-Unis, il suffisait de se référer à Keynes, plus encore qu’à Marx dont la menace était plus lointaine, pour que les conservateurs prennent une attitude hostile et que les modérés vous refusent un accord qu’ils étaient sinon, tout près de vous donner. On acceptait les effets de la doctrine keynésienne mais le nom de Keynes restait assimilé au drapeau rouge ».
 
(7) Gérard Marie Henry (2004) - « Dollar : la monnaie internationale »
 
Détail des accords du 18/12/1971 lors de la réunion à la Smithsonian Institution à Washington : les négociations aboutirent à des marges de fluctuation des monnaies de 2,25% par rapport au dollar. L’accord recalibra également la grille des parités en dévaluant le dollar de 16,9% par rapport au yen (308 yens au lieu de 360 yens pour un dollar), de 13,58% par rapport au Deutsche Mark (3,22 DM au lieu de 3,66 DM pour un dollar) et de 8,57% par rapport à la livre et au franc français ; l’once d’or passa de 35 à 38 dollars, dévaluant de dollar de 7,89% par rapport à l’or.
 
(8) François Mitterrand (1978) - « L’abeille et l’architecte »
(9) Début 2001, l’euro cotait 1,16 dollar ; il cote aujourd’hui 1,55 dollar ; le dollar est au plus bas contre le yen depuis 12 ans ;
(10) Jacques Attali (2007) – « Une brève histoire de l’avenir »
 
 
 

         
 
 
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31 décembre 2007 1 31 /12 /décembre /2007 19:06
   
 
undefinedLes premières locomotives à vapeur sévirent dès 1812 sur le Middleton Railway, dans le nord de l’Angleterre. Aussitôt, la campagne du Yorkshire s’imprégna d’épais panaches de fumée, ponctués, à l'occasion, de volutes parasites qui échauffaient assez les esprits : car il arrivait que des fragments de houille incomplètement brûlés, que l’on nomme escarbilles, vinssent à s’échapper de la gueule du monstre, et jaillissent à l’entour, incendiant ici ou là champs et forêts. Le risque industriel n’était pas encore à étreindre les âmes ; celui-ci commencera à poindre dans les années 1920 avec Arthur Pigou, un économiste réputé de ce temps, qui plaida la responsabilité environnementale des sociétés de chemins de fer, jetant les bases du principe « pollueur-payeur ». La génération suivante opina, par la bouche de Ronald Coase 1, prix Nobel 1991, que le Marché valait mieux que la taxe, sur cette question et toutes les autres.
 
Les idées modernes, de Coase et de ses confrères de Chicago, tardèrent à émouvoir les gouvernements ; en juillet 1956, alors que les locomotives ahanaient encore, celui d’Anthony Eden adopta le Clean Air Act, qui proscrivait les fumées « noires ou sales » et commandait aux municipalités britanniques d’aérer les places ; en 1963, John Kennedy signa une loi homonyme, renforcée en 1970 par Richard Nixon, qui contingenta les dérivés carbonés, puis soufrés et azotés, afin de permettre aux américains de recouvrer l'odeur du bien-être, la frénésie de respirer. Puis vint le temps libéral : en 1990, l’administration Bush changea la donne et organisa un système d'échange de droits d'émissions de dioxyde de soufre (SO2), responsable des pluies acides. Le Chicago Board of Trade, temple des commodités, couronna alors le succès éclatant du Marché sur l'Etat : dès 1995, on apprit que le niveau d'acidité des pluies avait décru de 10 à 25 % par rapport à 1980, augurant de rejets deux fois moindres à l’horizon 2010, de l'ordre de dix mégatonnes
2. Ce faux-semblant masquait l’essentiel : la mise aux normes des installations et un combustible moins soufré dans les centrales électriques avaient en fait contribué au succès mieux que tous les échanges du CBOT. Pis, le dioxyde émis avait changé d'âme : le carbone avait supplanté le soufre 3 ! Bah, le Marché excelle dans l’art de la méprise : il subjugue tout.
 
Après les prémisses onusiennes de la Convention Climat, entrée en vigueur en 1994, ratifiée par les Etats-Unis, le traité de Kyoto objectivera la gestion des gaz à effet de serre. En décembre 1997, les nations réunies s’engagent à réduire les dégazages de dioxyde de carbone (CO2) de 5,2% sur la période 1990-2012. Au-delà des politiques nationales souveraines, le Protocole prévoit des mécanismes dits « de flexibilité », au premier rang duquel figure le marchandage de permis d’émettre, à l’image du système américain. Pour la période 2005-2007, la France fit valoir des droits d’émission de 156,51 millions de tonnes de CO2 annuels, produits par 1160 installations
4, un chiffre modeste grâce aux énergies nucléaireEn 1978, les autorités américaines de sûreté nucléaire répertorièrent 2835 incidents sur les 72 réacteurs du pays 1. Rien néanmoins ne valut qu'on effarouchât l'opinion, entre clapets caducs, instruments déréglés, mesures floues ou légers fumets de radioactivité. Le 28 mars 1979, pourtant, ce que l’on redoutait advint … et hydraulique, peu émissives. Il n'était plus que d’investir les sites industriels de la propriété de quotas pour qu’un Marché pût s’installer : Arcelor Atlantique (Dunkerque) décrocha le pompon avec des droits de 12,2 millions de tonnes, précédant … Arcelor Méditerranée (Fos-sur-Mer) avec 9,1 millions de tonnes 5 ; ainsi, la SDCB (Bagnolet), petit poucet avec 10 tonnes, pourrait-elle en revendre une, vertueusement économisée, de gré à gré, à l'aciériste dégazeur. Bien sûr, on financiarisa le tout pour organiser, sécuriser et développer les échanges, au sein de Bourses, jusqu’au NYSE Euronext et la Caisse des Dépôts qui, dès 2008 6, domineront les marchés du carbone (di)oxydé et diront son prix.
 
Sur Powernext, la bourse européenne, la tonne spot 7 de CO2 s’envola d’abord, passant de 8 à plus de 30 euros entre juillet 2005 et mars 2006, sous l’effet d’une demande asséchée par le désintérêt des grands groupes pour ce Marché. Mais la valeur est aussi inversement proportionnelle à la quantité, et l’heure des mécomptes sonna quand on s’aperçut que les quotas avaient été généreusement alloués. Les prix chutèrent de moitié, puis piquèrent du nez : en février 2007, à dix mois du terme des cotations, le prix moyen du quota 2005-2007 chuta à 1,23 euro, puis à 9 centimes en août 8 ! Autant dire rien qui motivât quiconque à réduire ses émissions contre la vente de droits, sans valeur. Ainsi, le principe de quotas, attribués gratuitement, sur la foi d’industriels qui ne pouvaient que majorer les devis, vicia-t-il le système. Le Plan tricolore pour la période 2008-2012 révisa les objectifs à la baisse, à 132,8 millions de tonnes : le future 7 Décembre 2008 (quota 2008-2012) reprit de l'altitude - 22,35€ fin novembre. Gageons que ce défaut sera corrigé, car la libéralisation 9, qui aiguise les appétits, aura excité ceux des aspirants électriciens : Poweo, qui est à s’émanciper d’EDF, et Endesa, projettent deux centrales à charbon de 800 mégawatts près du Havre. Au total, quelque 9000 mégawatts de capacité nouvelle sont en projet 10, soit environ 15 millions de tonnes supplémentaires de CO2  à dégazer !
 
La médaille a deux faces : voyez l’usage de cet autre mécanisme de flexibilité du Protocole - développement propre (MDP) -, qui permet aux nations avancées des investissements dans les pays en développement visant à atténuer les rejets de gaz à effet de serre, et d’engranger des crédits d'émission générés par les réductions obtenues. La Chine, qui signa Kyoto en mai 1998 sans être contrainte de réduire ses émissions, et d’autres, sont autant de terres d’élection, qui permettront d’oublier la sienne propre tout en amassant des droits. Le 28 novembre 2005, le chimiquier Rhodia annonça un investissement d’une dizaine de millions d’euros dans la dépollution d’une usine brésilienne de polyamides, puis une dizaine d’autres dans la rénovation d’une installation en Corée du Sud : le groupe obtint 91 millions de tonnes de crédits pour la période 2007-2013 11, soit une manne de quelque 1,5 milliard d’euros pour 20 millions investis ! Le jour même, le titre bondissait de 14% ! Chacun regardera ce résultat environnemental, remarquable en soi, sous l’angle qui lui ira le mieux. Celui des Bourses est prévisible : des sociétés d’énergies alternatives, génératrices de quotas valorisables, surcotées 12, des OPA fulminantesLe PIB entier du Pérou n’eût pas suffi à prendre l'affaire ; ni mieux les recettes cumulées des dix entreprises les moins argentifères du CAC : en mars 2006, AT&T, géant américain des télécoms, initiait un projet de fusion-acquisition monstre sur BellSouth Corp, une Baby Bell née de sa scission en 1984. Coût de l'opération : 89,432 milliards de dollars …, l’entrée en scène prochaine des USA, anabolisante, la transe tulipomaniaque, bientôt, la bulle spéculative. L’esprit en voyage et toujours en chimère du Marché n'est pas un risque à méjuger.
 
Ni la finance mondialisée ni la contrainte administrative ne résoudront seules les grandes questions économiques ; Kyoto, qui réunit les deux, est exemplaire. L’édifice est à parfaire, notamment avec des contrôles internationaux et des garanties de respect des engagements. Puis viendra le temps de moudre un grain plus atomisé : le Plan français (PNAQ) ne concerne que le quart de ses émissions totales, de l’ordre de 530 millions de tonnes de CO2 par an 13. Le carbone vaudra alors son pesant d'or ...
  
 
 


(1) Le Monde Diplomatique, Décembre 2007 -  « Faut-il brûler le protocole de Kyoto ? »
(2) http://www.ledevoir.com/2005/02/16/74934
(3) http://www.bernardgirard.com/BernardGirard/aligre/polluer.htm
 
« Les américains ont massivement choisi … de consommer des charbons à faible teneur en soufre. Ils l'ont fait d'autant plus facilement que depuis une dizaine d'années ces combustibles baissaient de prix ... Certains pensent même que l'introduction de ce marché des droits à polluer n'a fait qu'accélérer un mouvement de transfert qui était déjà engagé. Tout s'est passé comme si les pouvoirs publics avaient accordé une subvention aux charbons à faible teneur en soufre. Il y a, d'ailleurs, eu un lobbying très puissant des producteurs de ce type de charbon et des compagnies de chemin de fer qui ne souhaitaient pas voir se développer des systèmes d'économie d'énergie qui auraient réduit les volumes à transporter et protégé les producteurs de charbon à forte teneur en soufre.
 
On est même allé vers une augmentation des consommations d'énergie : les charbons à faible teneur en soufre ont un pouvoir calorifique plus faible que ceux à forte teneur en soufre. Il faut donc en consommer plus et, donc, produire plus de CO2 »
 
 
La Commission Européenne a validé le Plan National d’Affectation de Quotas 2005-2007 (PNAQ-1) français le 17/12/2004. Pour les pays européens comparables, les quotas d’émission annuels étaient les suivants (en millions de tonnes de CO2) : Allemagne (499), Royaume-Uni (245,3), Pologne (239), Italie (233), Espagne (172,3), Pays-Bas (95). La communauté européenne a imposé des quotas d'émission de gaz carbonique à quelque 11.500 installations industrielles particulièrement polluantes dans les 25 États membres : l’expérience américaine sur le dioxyde de soufre ne portait que sur 110 installations. 

Pour la période 2008-2012, le PNAQ européen objectiva les chiffres annuels suivants : Allemagne (
453,1), Royaume-Uni (246,2), Pologne (208,5), Espagne (152,3), Italie (195,8), France (132,8), Pays-Bas (85,7).
 
(5) Journal Officiel de la République Française, le 26/02/2005
(6) La Tribune, le 07/12/2007 - « Nyse Euronext sort de Powernext et rachète ses activités carbone »
(7) En langage boursier, « spot » signifie au comptant ; « futures » désigne un prix à terme ;
(8) http://www.powernext.fr/modules/PwnDl/download/files/fra/Tendances_carbone_n20_FR.pdf
(9) La Tribune, le 28/12/2007 - « Libéralisation de l’énergie : une fausse bonne idée ! »

« A travers toute l’Europe libéralisée, les consommateurs ayant déjà bénéficié de l’ouverture du marché, depuis 7 ans, ont vu le prix de leur électricité exploser de 140% dans certains pays (Allemagne, Benelux, France, Grande-Bretagne) ». Dans ce cas d’espèce, la concurrence s’est montrée jusqu’à ce jour doublement contre-productive, ne poussant à la baisse ni les prix ni les émissions de gaz à effet de serre.
 
(10) Le Monde, le 15/10/2007 - « Les projets de centrales brûlant du combustible fossile ... »
(11) Le Monde, le 08/06/2007 - « Rhodia, premier bénéficiaire des mécanismes ... »
(12) Quelques données quantitatives concernant les énergies nouvelles :
 
Le Wilderhill Clean Energy Index, indice de référence pour les énergies alternatives, qui cotait 138 en mai 2005, affiche aujourd'hui 276. Autres valorisations au 31/12/2007 à la Bourse de Paris : Price Earning Ratio(PER) – cours de Bourse divisé par le bénéfice net par action : Theolia (62,19) – EDF Energies Nouvelles (80,56) – Thenergo (104,67). (Source Boursorama). Le PER moyen du CAC se situe généralement autour de 15.
 
(13) Alternatives Economiques, Novembre 2007, Denis Clerc - « Concurrence »
                                                                             


Illustration
 : La ville de Stahlstadt, cité de l'Acier (Jeu Château Falkenstein)

 
 
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28 août 2007 2 28 /08 /août /2007 23:13
 
 
     
bernanke2-copie-5.jpgCôté cour, des équations, longues comme un jour sans pain, qui s’échinent à décrire des mondes enchantés où l’homme figure à peine, esquissé au crayon et dans la marge ; côté jardin, la haute finance, appliquée, consentante jusqu’au dernier transport, qui excelle dans l’art d'animer les équations qu’on a dites, c’est-à-dire d’y trouver le prétexte à sa quête incessante du gain. Ainsi irait le Marché, dit-on, univers de papier, empli d'évidences, mené par une mathématique bienveillante ! Hélas, voilà qu'en son épicentre étasunien, une affaire envenime toutes les autres : autocatalysée par la flambée de l'immobilier, la titrisation à outrance     - ABS, CDO et consorts -
──────────────────────────
(…) Les crédits hypothécaires, aussitôt accordés, aussitôt titrisés mirent le feu aux poudres quand l’immobilier américain s’effondra. Les créances subprimes, consenties à des ménages insolvables offraient des taux de grande conséquence à une cavalcade d'investisseurs peu regardants, mieux étreints par les rentabilités princières que par les réalités sociales. Ainsi, alléchés par le juteux des rendements, vit-on au comble, des banquiers récupérer sous forme d’investissement les prêts qu’ils avaient pu eux-mêmes consentir, distillés dans leur propre alambic financier, quoique à l'acide. Le mistigri ne manqua pas de leur revenir comme un boomerang : on se mit à déprécier des actifs (…)
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     - Boursonomics 22/07/2008 -

de prêts à l'accession au logement, mal garantis, jusqu'à très en-deçà même des facultés de remboursement d'emprunteurs quasi-insolvables, est à l'article de dégénèrer, et menace d'empoisonner partout à l'entour. Ces crédits hypothécaires, attribués sans vergogne à des familles sous la ligne de flottaison - subprimes, laissent pressentir un armaggedon socio-financier. Quelques centaines de milliers de ménages américains, pour ne point les citer tous, sont au tapis.

Le scénario était cousu de fil blanc : la Fed, gardienne du temple, jura d’abord que le problème était sous contrôle. Mi-juin, son mentor, Ben Bernanke, déclara « qu'il n'y avait pas de signes de contagion importante de la crise du logement à d'autres secteurs de l'économie américaine » 1. Mi-juillet, le même concéda que « la croissance américaine devrait rester modérée d'ici à la fin de l'année en raison du ralentissement immobilier, qui devrait continuer à peser sur l'économie » 2. Enfin il chiffra l’aléa : « Certains estiment que ces pertes s'élèvent entre 50 et 100 milliards de dollars » 3. C’est peu dire qu'il faut craindre davantage, hors les faux-frais, c’est-à-dire l’impact humain qui, aux Etats-Unis est l’affaire de chacun et compte pour rien. N'importe: des subprime, le Marché ne retiendra que les pertes des banques, les faillites des fonds empêtrés dans les gluaux de l'ingénierie de la dette  - Les alchimistes de la dette -
──────────────────────────
(...) L’innovation financière tourne toujours autour de l’endettement et des formes dont le génie humain le nantit pour étancher expressément sa soif de capitaux. Qu’il s’agisse de papier-monnaie, garanti par des pouvoirs volages ou des richesses présumées, d’options sur l'avenir, de montages siphonnant l’épargne, de titres étranges aux rendements impossibles, empaquetés, titrisés, l’ingénierie de l’argent n’est jamais chiche de capitaliser son insatiété. La dette qui en résulte ne manque pas d'ouailles, parfois de simples gogos, anonymes sans visage, pour être redistribuée à l'envi. L’Histoire dévide cependant le fil de la ruine pathétique qui scella toujours ces meccanos alambiqués (…)
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     - Boursonomics 07/05/2007 -

, puis louera l’acuité de quelques-uns qui auront prospéré en tirant parti de la ruine de tous les autres. Les rebuts sont inhérents au système, comme la sciure l’est au bois : seul le résultat compte, ici un meuble Empire et là un modèle économique, pour ne pas dire social. Qui tombe meurt 4. Walker Bush jugea l’économie du pays vigoureuse. Henry Paulson admit que l'Union pourrrait légèrement pâtir de la crise. Chacun dans son rôle, méjugeant des statistiques communément tenues pour mauvaises.

Souvenons-nous d’Enron, qui éleva avec constance le mensonge au rang de méthode de gestion, à l'égal d'un art de vivre. La faillite mit du temps à dégorger le passif, pointer les salaires et retraites dévastés, les pertes collatérales des complices, mais aussi à citer la haute finance qui cautionna cette cavalerie. A commencer par Goldman Sachs, banque d’affaires réputée de Wall Street, alors aux mains d'Henry Paulson, qui se couvrit de ridicule en célébrant encore l'électricien     - Take the money Enron -
──────────────────────────
(...) « Nous jugeons que la période actuelle offre une opportunité très rare d'acheter les actions d'une firme qui demeure extrêmement bien positionnée pour croître à un rythme substantiel. Nous sommes sûrs que les on-dit négatifs autour de l'a compagnie sont faux, non fondés sur des éléments concrets (...) Nous estimons que les cours actuels intègrent les pires craintes des investisseurs ». Cette apologie titrée « Still the best of the best », rendue publique le 9 octobre 2001, fut l'édifiante contribution de la banque Goldman Sachs à la gloire de la société Enron, deux mois avant sa chute. Arthur Andersen, qui expertisait les comptes, n'avait rien trouvé à y redire (…)
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     - Boursonomics 17/08/2006 -

 peu avant sa chute. La brièveté de la mémoire financière permet aux mêmes de demeurer à la Une, et d’y renouveler leur commerce avec une égale crédibilité. Le serpent fascine la proie. Alors rien ne surprend moins que cette enquête de la SEC, le gendarme américain de la Bourse, qui soupçonne certains brokers américains, dont Goldman Sachs et Merrill Lynch d'avoir celé des pertes après avoir publié des semestriels flatteurs 5. Hé quoi, le Marché n’a d’yeux que pour ses fils prodiges, et d’oreilles que pour les bonnes nouvelles ! De ce côté-ci de l'océan, BNP Paribas, fleuron de la banque tricolore, afficha fin juillet de solides trimestriels, assurant sa faible exposition au subprime. Pourtant, dès le 10 août, l’établissement dut se résoudre à geler trois fonds
6
engagés dans le crédit à risque après avoir constaté une aggravation de l’illiquidité de certains segments de marché. Ce qui acheva de mettre le feu aux poudres.

Voyons les chiffres : Calyon, filiale du Crédit Agricole, jauge le fiasco du subprime à 150 milliards de dollars
7. D'autres, appliquant un taux de dépréciation de 10% sur les crédits accordés ces dernières années arrivent à un montant plus élevé, proche de 250 milliards de dollars 8. Le cabinet MacroMavens, sur d'autres bases, publia en juillet le chiffre de 352 milliards de dollars dans Barron’s 9. Enfin BNP Paribas estima le 24 août qu’il était trop tôt pour évaluer quoi que ce fût. Ainsi les banquiers, économistes et stratèges, cuirassés de savoir, peinent-ils à évaluer un risque qu’ils nous assurent pourtant sous tutelle. Un frisson nous gagne : la stabilité des marchés, considérée généralement comme le fruit d'une intelligence supérieure, d'une prudence avérée des acteurs et de leur grande acuité à distinguer les soubresauts macrofinanciers, ne relèverait-elle donc que d'un ballottement favorable des évènements ? Les accords prudentiels de Bâle, qui visent à assurer la sûreté du système bancaire mondial, ne seraient-ils qu’un piètre pare-feu face à la foudre d’une crise systémique en maraude ? Bah, hormis l'américaine Bear Stearns, l'australienne Macquarie, la britannique HSBC et les allemandes IKB et Sachsen, la crise du subprime n'affecte aucun autre groupe bancaire ! Que les Banques Centrales aient à abonder le marché interbancaire    - LIBOR : en avant toute ! -
──────────────────────────
(…) Distribanques à sec, cartes de crédit hors-jeu, factures impayées, contrats commerciaux au grabat, bref, rien ne va plus ! Particuliers et entreprises ne sauraient supporter tranquillement que leur commerce défaillît d’un manque de liquidités ! Pour éviter pareille thrombose, les banques organisent le drainage en s'échangeant des capitaux au jour le jour, à plus ou moins court terme et intérêt en contrepartie. Ainsi, ce marché interbancaire, étendu aux grandes devises de la planète, qui donne licence aux unes de prêter provisoirement aux autres les fonds qui leur font défaut, préserve-t-il la fluidité de l’économie. Bien sûr, il arrive que le système dérape quand la défiance devient généralisée (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 06/08/2012 -

à coup de milliards est secondaire : tout est sous contrôle.

Les Bourses ont quant à elles accusé le coup. Le 19 juillet dernier, le Dow Jones triomphait des 14.000 points, poursuivant un raid qui l’avait vu déborder les 13.000 points trois mois auparavant. On attendait qu’il s’attaquât aux 15.000 points. Alors, tout s'étiola, et l’indice se mit à dépérir, touchant un plus bas à 12.518 points le 15 août. Le CAC poussa les feux jusqu'à refluer de près de 15%, chutant de quelque mille points ! La volatilité secoua les marchés : le 08 août, une rumeur enfla selon laquelle un fonds subprime de Goldman Sachs serait en difficulté ; le Dow perdit 250 points, mais les reprit vite, en fin de séance, lorsque la rumeur fut éventée. Un mauvais geste, un mot de trop suffirait à dynamiter le tout. Alors, on se tourne vers Ben Bernanke, lui enjoignant qu’il sauve le système, pour ne pas parler des plus-values. On le presse de baisser le prime rate, au mépris des suites économiques et de la fonction d'une banque centrale qui est de s'assurer que les marchés fonctionnent, non d'intervenir pour soutenir le prix des actifs. Christopher Dodd, qui préside les Finances au Sénat, tranquillisa son monde, déclarant que Ben Bernanke serait prêt à utiliser « tous les outils à sa disposition » pour rassurer les Marchés          - Explicationnisme -
──────────────────────────
(…) Hé, ces sacrés Marchés ! Tantôt plombés, tantôt dopés, ils saluent ou sanctionnent, sont déçus, puis dégringolent ou s'enflamment, dans le sillage de Wall Street ou Tokyo. Les investisseurs sont inquiets, puis rassurés et à nouveau inquiets ; ils prennent leurs gains (jamais leurs pertes), ils achètent à bon compte (jamais à contresens), ils ancrent leurs positions ! Ah, braves soldats inconnus de la jaserie libérale, qui n'ont ni nom, ni adresse, ni boîte postale pour nous raconter ce qu'ils voient, ce qu'ils entendent, ce qu’ils arbitrent ! Voilà qui vaut bien tous les jeux de raquettes, et tous les discours filamenteux, bref, toutes les compromissions pour ne jamais déjuger le Marché. Ni le gripper (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 06/05/2009 -

. Du coup, Jean-Claude Trichet, qui dirige la BCE et envisage de hausser les taux européens passe-t-il pour un pestiféré. Les boursiers n’ont d’yeux que pour leur portefeuille !

Qui ose un pronostic court le risque de se tromper. Gageons cependant que la crise du subprime n’a pas fini de démêler son lacis : les places boursières, nettoyées de la spéculation, y gagneraient. « Un temps plus ou moins long est nécessaire aux investisseurs après une crise pour qu’ils récupèrent suffisamment de leurs pertes et désillusions et soient à nouveau tentés par l’aventure spéculative » 10. Dont acte.
  
 
    

   
(1) Les Echos, le 06/06/2007 - « Marché immobilier américain : Ben Bernanke prudent »
(2) Les Echos, le 19/07/2007 - « Les craintes sur l'immobilier américain secouent les marchés »
(3) Les Echos, le 20/07/2007 - « Les déclarations de Ben Bernanke n'inquiètent pas les marchés »
(4) François Mitterrand - « Lettre à tous les français »
(5) EasyBourse, le 10/08/2007 - « Subprime : les brokers soupçonnés de dissimulations de pertes »
(6) Les Echos, le 10/08/2007 - « BNP Paribas gèle trois fonds »
 
Il s'agit des fonds Parvest Dynamic ABS, BNP Paribas ABS Euribor et BNP Paribas ABS Eonia
 
(7) AFP, le 16/08/2007
(8) La Tribune, le 16/08/2007 - « Subprime et CDO : quel impact pour les banques ...»
(10) Charles Kindleberger (1978) – « Histoire Mondiale de la Spéculation Financière »
 

 
Illustration : La crise immobilière : image extraite du site  Blogizmo 
 
 
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    Alexandre III, tsar de toutes les Russies (1881-1894), ne goûtait guère l’influence étrangère, notamment allemande, que son père avait laissé tapir jusqu’aux confins de l’Empire. Cette germanophilie avait été en outre mal payée de retour lors du Congrès...
  • Le Glass Banking Act
    A partir de 1924, Wall Street se mit à flamber, et, sinon l’accalmie de 1926, la hausse ne cessa plus de galoper, jusqu’aux culminations que l’on sait. En mars 1929 cependant, la jeune Federal Reserve, sur qui pleuvaient quinze années de critiques depuis...
  • Ces Messieurs du Conseil
    Polytechnicien de haut parage ainsi qu’il convenait après que Napoléon eut estimé « dangereux de donner une scolarité avancée à des gens qui ne sont pas issus de familles riches 1 », le baron Louis Charles Georges Brincard (1871-1953) ne gâta aucunement...
  • Changement d'ère
    Le krach des krachs, qui expédia Wall Street au tréfonds à l’automne 1929, marqua durablement les consciences et stérilisa l'initiative financière pendant un bon quart de siècle. Puis, de nouveaux professeurs - Les Maîtres enchanteurs - (...) Au printemps...
  • LIBOR : en avant toute !
    La finance ne connaît ni répit ni paix des braves, et, de la coque au pont, chacun fourbit ses armes comme jadis les Cyclopes forgeaient les foudres. Point de bonace ici, ni davantage d’esthètes : la trombe et le branle sont la clé quand l’action est...
  • La science lugubre
    En 1834, toute opposition au pouvoir du Roi des Français avait été muselée, et mise hors d’état d’ourdir. La subversion politique était guettée partout, où qu’elle pût manigancer, jusqu’au Bas-Languedoc du fieffé Charles Teste, un citoyen poursuivi pour...
  • Hors du temps
    Louis-Philippe de France, né d’Orléans aura été le second 1 , et donc le dernier roi des Français, dirait-on-mieux, de quelques Français. Certes, mille ans de monarchie héréditaire avaient montré combien l’Ancien Régime considérait peu ceux qui n'étaient...
  • Fallaces et trompe-l'oeil
    Isaac Newton fit cette admirable promesse que le monde suivait une trajectoire déterministe, puis se fit ironiquement plumer dans le naufrage de la Compagnie des Mers du Sud en 1720. N’importe, cette fièvre de l’absolu étreignit les meilleurs esprits,...
  • Le cyber-concours de beauté
    Le brasseur Scottish & Newcastle attirait les convoitises de longue date, entre autres celles du danois Carlsberg et du néerlandais Heineken 1 , mais au printemps 2007 sa capitulation n’était pas encore à l’ordre du jour. La City regrettait le millésime...
  • Fat Cat Bankers
    Tim Geithner fut adoubé sans veillée d’armes et séance tenante : sitôt connue, sa nomination au Secrétariat au Trésor fouetta le Dow Jones, qui s'enchérit de 11,8%, sa plus forte marche en avant sur deux jours depuis 1987 ! Les banques, sévèrement éprouvées,...