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Boursonomics

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  • : Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 02:20
pereire2-copie-3.jpgPolytechnicien de haut parage ainsi qu’il convenait après que Napoléon eut estimé « dangereux de donner une scolarité avancée à des gens qui ne sont pas issus de familles riches 1 », le baron Louis Charles Georges Brincard (1871-1953) ne gâta aucunement ses quartiers de noblesse d’Empire. Quatrième de ce nom, brillant par lui-même, il se cantonna peu dans l’artillerie et fit ses épaulettes dans la banque aux côtés d’Henri Germain, l'un des fondateurs du Crédit Lyonnais dont il avait épousé la fille, un excellent parti vu de dot 2. Le baron aimait administrer : il administra beaucoup ! Outre le Crédit Lyonnais qu’il dirigea à l’aube des Années Folles (1922-1945), on le vit présider la Compagnie des Forges de Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons, co-présider l’Omnium Financier pour l’Industrie Nationale, administrer les Chemins de Fer PLM, la Banque de l’Indochine, le Crédit Foncier Egyptien, la Banque de l’Algérie, la Société Lyonnaise des Eaux et de l’Eclairage, et la Foncière Lyonnaise 3. Ce sens pénétrant des affaires consacra sa naissance au plus haut : en 1930, il représentait la France auprès de la Banque des Règlements Internationaux à Bâle. Le grand capital nourrit l’imaginaire de tels hommes providentiels, capables d’embrasser le réel d’un seul coup d’œil : ils nous émerveillent.

Le Second Empire fut aussi typique de cette féodalité financière, dynastique et coalisée, qui s’éveilla dès que le capital put s’insinuer où que l’industrie le requît, c’est-à-dire partout. De grands feudataires jaillirent des banques, du rail et des forges, et d’aucuns, opérant en meute, se rendirent éternels en phagocytant le tout. Le clan Péreire notamment, qui avait créé en 1835 la Compagnie du Chemin de fer de Paris à Saint-Germain, était de ceux-là : Jacob Emile, l’aîné, qui a son boulevard dans la capitale, administrait dix-neuf sociétés en 1863
4, son frère Isaac émargeait à douze conseils, son neveu Eugène en était à neuf. Alliés aux banquiers Thurneyssen par les femmes, cette ligue avait la main sur une cinquantaine de sociétés ! La famille Rothschild et ses neuf dignitaires, dont le cacique français du moment James Mayer avait financé les Pereire, supervisait trente sociétés. D’autres tribus, moins auréolées mais tout aussi insatiables que les Flaviens 5, comme les Bartholony, Benoist d’Azy, Darblay, de Raineville, etc., annexaient les sièges à qui mieux-mieux : quiconque eût en effet déchu qui n’aurait pas cumulé une dizaine de fauteuils ! Certains, dont l’influence ne valait pas moins, et surtout pas un conflit d’intérêts, se hissèrent jusqu’au Sénat, à commencer par les Pereire. Lesquels avaient subi la faillite spectaculaire et la fuite de Charles Thurneyssen vers le Nouveau-Monde sans ciller.

Autres temps, autres mœurs ! Hum, les cols blancs de nos temps, quoiqu'épris d’éthique, n’ont jamais poussé la logique du sacrifice jusqu’à ignorer leurs propres intérêts. Voyez le cénacle pourpré de la banque Pallas-Stern, tombée mi-1995, ces présidents de Schneider, d’Elf-Aquitaine, de Pinault-Printemps-Redoute, jusqu’au futur banquier central Jean-Claude Trichet 6
, tous et d’autres, un verre à la main, et bientôt l’apocalypse ! Une étude 7 basée sur « Le DAFSA des administrateurs 2000 » étalait les cinquante têtes d’une hydre aux accents Second Empire : Patrick Ricard y honorait cinquante postes de direction dont trente-cinq d’administrateur, Vincent Bolloré, une quarantaine, à peine moins que Gérard de Roquemaurel (Hachette-Filipacchi) mais plus qu’Arnaud Lagardère ; la liste est longue du gotha des affaires qui se coopte, à deux douzaines de sièges par tête en moyenne, filiales comprises 8 ! Ce mandarinat ne pouvait qu’il ne frappât enfin le législateur : en 2002, le député Houillon proposa cinq mandats, basta ! Le gratin fleurdelisé prit acte : en 2010, la consanguinité des élites multicartes du CAC durait 9 ; deux tiers des administrateurs de Total auditaient d'autres majors, Patrick Kron (Alsthom) vaquait chez Bouygues, Olivier Bouygues chez Alsthom ; Jean-Martin Folz (PSA) cumulait cinq mandats. Et Michel Pébereau eût été hors-la-loi à défaut du statut néerlandais de sa sixième statuette, EADS !

Autres lieux, autres mœurs ! Hum, voici l’Amérique emblématique des grands capitaines d’industrie du début du XXe siècle, celle des trusts macrophages et tentaculaires des John Davison Rockefeller, John Pierpont Morgan, deux des seigneurs qui inféoderont à eux seuls une centaine de firmes 10
. Rockefeller III, petit-fils du précédent, noblesse oblige, animait plus de vingt conseils d’administration. Des vassaux brillèrent comme Winthrop Aldrich, à la tête de la Chase National Bank 11, que l’on vit siéger en 1948 chez ATT, Westinghouse, Metropolitan Life Insurance, International Paper, d’autres aussi, l'œil sur un capital équivalant à trois budgets annuels de la France ! Chez JP Morgan, George Whitney auditait partout, Richard Mellon, banquier éponyme, tout autant 12. Puis, des administrateurs indépendants rallièrent la gouvernance, avec la confiance de 47% des sociétés selon un sondage paru l’année même des carnages Enron, Worldcom, Global Crossing et autres stars Internet 13. Ces Yes Men complaisants, extirpés des carnets d’adresses présidentiels, firent florès : on vit de beaux alibis chez Lehman au contrôle des risques, comme un amiral à la retraite, un producteur de théâtre, et jusqu’en 2006, une actrice des années cinquante ; un général en retraite siégeait chez Bank of America, un professeur de chimie chez Citigroup, six des treize membres de Bear Stearns
- Le génier financier -

(...) Comme souvent, la vitesse de la chute surprit l'opinion ; en juin 2007, la banque Bear Stearns & Co avait certes affiché des trimestriels détestables mais sa communication fut assez entortillée pour qu'on n'y discernât pas les relents délétères d'une crise plus profonde. James Cayne lui-même, maître des lieux, assez détaché du réel, ignora le danger, continuant d'alterner le golf et le bridge selon les humeurs de la météo. La réalité ne tarda pas à se manifester : la banque de Madison Avenue, l'un des principaux acteurs du moment sur le marché des prêts hypothécaires, fit assez vite l'objet de gros appels de marge sur les positions bringuebalantes de deux de ses fonds. Tout allait suivre (…)

- Boursonomics 30/03/2008 -
ne savaient pas la banque 14.

Ainsi l’aristocratie des affaires, où qu’elle agisse, ne paraît-elle jamais tant se complaire que dans l’entre-soi. La gouvernance d’entreprise n’échappe en rien à la doxa libérale qui, pour toute réglementation, se contente d’incantations à la transparence, d’appels à la vertu, sous l’œil bonhomme du législateur. L’époque est révolue des assemblées godillot, nous dit-on en évoquant les méthodes à la hussarde d’un Ambroise Roux, parrain du capitalisme des années 1980 qui dirigeait la CGE, présidait sept sociétés, en auditait quinze autres : « J’ai l’habitude de mener mon conseil tambour battant, il n’est pas d’usage que les administrateurs posent des questions ! 15
 ». Place aux experts, aux stratèges de l’extrême, aux cerveaux multitâches, qui ont chèrement à dire, comme Michel Pébereau, gratifié de 265.200 euros de jetons de présence en 2008 par les cinq sociétés qu’il administrait, hors pourboires 16. Place aux profanes venus de l'extérieur, fût-ce du show business, ces contrôleurs de la valeur actionnariale dont l’indépendance vis-à-vis des directions est aussi axiomatique que leur incompétence, hors de prix. Place surtout et toujours à la centaine de happy few qui détenaient en 2010 encore, 43% des droits de vote aux conseils d'administration des entreprises du CAC 9. Cette consanguinité de caste est irréfragable : elle montre tout l'éloignement du monde du travail à ses élites dirigeantes. 

Le conseil d’administration de Vivendi 17 ne scintillait pas moins que celui de la banque Pallas-Stern, ni l’entourage de Jean-Marie Messier moins que celui de Charles Thurneyssen quand il fallut déchanter en 2002 ; polytechnicien, énarque, inspecteur des finances, rien n’y fit ! « L’esprit qui sert à tout, ne suffit à rien » disait Talleyrand, grand connaisseur des lieux de pouvoir, qui intrigua partout où il pouvait boiter, et qui eût assurément adoré ce capitalisme de copains, confinant à l’absurde, parfois au désastre. Ces Messieurs du Conseil feraient mieux de s'occuper de leurs propres affaires, qui sont aussi les nôtres. 

 

 

 


 

(1) Terry Shin (1980) - « L’Ecole polytechnique »

 

«  En 1804 [Napoléon] militarise [l’Ecole polytechnique] en la faisant passer de la tutelle du ministère de l’Intérieur à celle du ministère des Armées (…) Estimant ‘ qu’il est dangereux de donner une scolarité avancée à des gens qui ne sont pas issus de familles riches  ‘, comme il écrit de sa propre main au directeur de l’Ecole, il met fin à la gratuité des études. Non seulement il supprime les bourses, mais encore il impose des frais de scolarité annuels de mille francs (somme très élevée à l’époque) »

 

(2) Citation détournée d’Alexandre Breffort (1901-1971) - « Elle est belle vue de dot »

(3) Source Wikipédia, Georges Brincard

(4) Georges Duchêne (1867) – « La spéculation devant les tribunaux – Pratique et théorie de l’agiotage »

 

Page 36 – « Donc, en 1863, M. [Emile] Pereire administrait les dix-neuf compagnies suivantes : Crédit Mobilier, Crédit Foncier, Crédit Agricole, Crédit Mobilier Espagnol, Banque Ottomane, Canal de l’Ebre, Compagnie Transatlantique, Entrepôts et Magasins Généraux de Paris, Compagnie Immobilière, Gaz Parisien, Compagnie des Asphaltes, Sous-Comptoir des Chemins de Fer, Chemins de Fer de l’Est, de l’Ouest, du Midi, Autrichiens, Nord d’Espagne, Ouest Suisse, Central Suisse,. Depuis 1863, M. Emile Péreire s’est retiré des compagnies de l’Est et de l’Ouest ; le canal de l’Ebre a disparu de la cote ; la Compagnie Immobilière s’est fusionnée avec les Ports de Marseille ; le Crédit Mobilier a doublé son capital (…) Ajoutons qu’à la Compagnie des Asphaltes, M. Péreire est simplement au conseil de surveillance. Nous disons donc qu’en 1863, M. Péreire avait à lui seul la main sur 3 milliards 700 millions ! »

    

(5) Léon Bloy (1901) - «  Exégèse des lieux communs »

 

Page 157 - « C’est tout de même réjouissant de pouvoir se dire que les Flaviens couverts de gloire n’étaient pas moins insatiables ni dégoûtés que nos bourgeois. Vespasien, qui pouvait manger deux mille sesterces à chaque repas, comme Vitellius, ne dédaignait pas d’utiliser le pipi romain et de faire argent de tout ce qui pouvait sortir des maîtres du monde »  [Ndla : les Flaviens furent une courte dynastie d’empereurs romains (Vespasien, Titus, Domitien) qui régna de 69 à 96]

 

(6) Le Point, le 22/02/1997 - « Le gotha des affaires piégé »

(7) Le Monde Diplomatique, Mars 2002 - « Les cumuls dans le monde économique et financier » (Etude de Pierre Bitoun)

(8) Thierry Malandain (2004) - « Les Patrons »

 

Pages  64-65 - « L’étude de Pierre Bitoun [Cf. (7)] omet un point qui explique pourtant une large partie de cette profusion : la multiplication de filiales ou de holdings intermédiaires (…) a pour effet de générer des fonctions dirigeantes ou de conseil d’administration, avec pour seule prérogative, un titre et la signature de quelques papiers tous les ans (…) Les chiffres cités doivent donc être pris avec beaucoup de circonspection d’autant qu’il est extrêmement délicat de faire la part des choses entre les véritables responsabilités et les postes plus « vides ». L’existence de ces derniers n’explique toutefois qu’une partie des chiffres les plus élevés : on ne voit par exemple chez Alain Minc aucun poste de ce genre ».

 

(9) Le Monde, le 15/01/2008 - « L’essor des fonds souverains inquiète l’économie mondiale »

(10) Marianne, le 09/01/2011 - « Ces généreux milliardaires, une vieille histoire américaine (3/3) »

 

« De 1897 à 1903, le nombre de holdings passe brutalement de douze à trois cent cinq. Les trusts de Rockefeller et Morgan contrôlent, à eux seuls, pas moins de 112 compagnies. Les deux tiers des 3,5 millions de kilomètres de réseau ferroviaire, sont dirigés par sept groupes que Morgan s'empresse de fédérer. Avec ses 117.000 tâcherons, ses 78 hauts-fourneaux, ses 150 aciéries et sa flotte de 112 navires, L'US Steel Corporation, ex-Carnegie Steel and Co, produit les trois cinquièmes de l'acier américain. En fait, par le jeu des échanges d'actions et de l'interpénétration des conseils d'administration, la Morgan Trust  s'empare des cinq principales banques nationales, en plus de General Electric et de l'American Telephone and Telegraph. »

 

(11) La Chase National Bank était une filiale du groupe Rockefeller à l’époque

(12) Ernest Mandel (1962) - « Traité d’économie marxiste (Tome 3) »

 

Page 83 - « George Whitney, partenaire de la banque JP Morgan est pendant la même année membre du conseil d’administration des trusts Consolidated Edison of New York, General Motors, Kennecott Copper, Pullman, et de la grande banque  Guaranty Trust. Richard King Mellon, président de la Banque Mellon National Bank est en même temps président des sociétés holdings F. Mellon and Sons et Millbank  Corp., administrateur des trusts Aluminium Company Of America (ALCOA), Gulf Oil, Westinghouse Air Brake Corp., Pittsburgh Plate Glass, Pennsylvania Rail Road, Koppers Corp., Union Switch and Signal, des grandes compagnies d’assurances National Union Fire, General Reinsurance, North Star Reinsurance »

 

(13) Elisabeth Genaivre (2006) - « Ethique et gouvernance d’entreprises en France »

(14) Michel Aglietta (2009) - « Crise et rénovation de la finance »

(15) Solveig Godeluck (2005) - « Entre gens de bonnes compagnies »

(16) Vincent Gaulejac (2011)- « Travail, les raisons de la colère »

(17) Compilation de diverses sources

 

Liste non exhaustive du conseil d’administration Vivendi entre 1998 et 2002, tous PDG en titre ou anciens PDG des sociétés entre parenthèses : Guy Dejouany (Polytechnique, Compagnie Générale des Eaux), Ambroise Roux (Polytechnique, Compagnie Générale d’Electricité devenue Alcatel), Marc Vienot (ENA, Société Générale), Jean-Louis Beffa (Polytechnique, Saint-Gobain), Bernard Arnault (Polytechnique, LVMH), Serge Tchuruk (Polytechnique, Alcatel), Philippe Foriel-Destezet (HEC, Ecco), Henri Lachmann (HEC, Schneider), Jean-Marc Espalioux (ENA, Accor), Eric Licoys (IEP Paris, Havas)

 


 

 
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Published by Marc Aragon - dans Historiographie
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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 16:54



L’Angleterre eut toujours pour ses vaisseaux et ses matelots les yeux transis de Chimène. Son empire s'étendait jusqu’aux Indes magnifiques, par-delà même les continents et les caps qu’on doublait au prix de longs périples, parfois héroïques, sous l'aile protectrice de la Royal Navy. Moins épique était cependant l’intérêt de la Couronne, qui commanda vite que ce ballet naval fût réglé à son meilleur profit. Dès 1651, les Actes de Navigation réservèrent le transport marchand aux bateaux anglais par des prohibitions absolues ou des taxes dissuasives sur l’affrètement étranger ; les cotonnades indiennes restèrent à quai quand les filatures du Lancashire se mirent à en découdre sur les nouveaux métiers à étoffes ; entre 1774 et 1842, les biens d’équipement furent interdits de sortie du territoire 1. C'est étonnamment dans ce climat de protectionnisme fort, celui de l’essor économique de leur propre nation, qu’Adam Smith et David Ricardo théorisèrent le libre-échange : en 1846, l’abolition des Corn Laws 2 consacra les temps modernes, ceux des vents porteurs du grand large, de la mondialisation toutes voiles dehors, et du Marché partout.

L’expansion coloniale, qui fit la gloire de la vieille Europe, jette néanmoins le doute sur la pureté des concepts ricardiens et leur application au réel. En effet, la préférence impériale britannique, mais aussi celle de toutes les grandes puissances, biaise les vertus libre-échangistes d'un système ramené à sa sphère de sujétion. Le suzerain s’enrichit toujours aux dépens du vassal qui lui-même asservit ses gens. Quand cette domination n’existe pas, jusqu’aux conditions de son exercice gommées, l’Histoire se montre plus sévère. Ainsi Ricardo, qui postula les avantages comparatifs du commerce international, fut-il assez mal avisé d’illustrer sa théorie en vantant les échanges du vin portugais contre le textile anglais. Car si l’on voit bien l’éclat britannique, on perçoit moins celui du Portugal déclinant, qui barbota dans le sous-développement deux siècles durant. Bah, la nouvelle pensée économique, prônée par le Political Economy Club de David Ricardo, canonisa le libre-échange : l’Angleterre négligea les nations qui affleuraient, plus sensibles à leur intérêt qu’à celui des principes. Le décollage industriel des Etats-Unis, au lendemain de la guerre de Sécession, tint beaucoup à des barrières douanières qui tutoyaient les 50% - 44% en 1913 ! En 1879, la Realpolitik protectionniste d'Otto von Bismarck redonna vie à l’Allemagne
3. Bientôt après, le Royaume-Uni perdait son leadership mondial.

De ce côté-ci de la Manche, le Grand Siècle mercantiliste et colbertiste avait abdiqué. « Vers 1750, la nation, rassasiée de vers, de tragédies (…) se mit à raisonner sur les blés
4 ». On rallia les vues anglaises, libérant ici le négoce des grains en 1774, abolissant là les corporations, jusqu’à signer un traité de commerce, quoique funeste, avec l’ennemi juré en 1786. Le blocus napoléonienLe naufrage de la Barings

(…) Prospérant grâce aux affaires maritimes, comme sur le terrain politique, la Baring Brothers ne redoute pas l’ambivalence : elle financera les Américains en guerre contre les Français et, tout à la fois, le corps expéditionnaire de Napoléon contre ces mêmes Américains. A l’issue de ce conflit, en 1802, la banque organisera la vente de la Louisiane, versant à Bonaparte des fonds qui lui seront bien utiles pour mener ses propres guerres … notamment contre l'Angleterre, cet ennemi juré (…)

mit fin à l’idylle : le protectionnisme fit son retour sur la scène nationale, prorogé par une Restauration soucieuse des privilèges de caste. Le libre-échangisme regagna l’Europe continentale vers 1860, hexagone compris, puis reflua à partir de 1879 comme on l’a vu. La France se claquemura en 1892 avec les « tarifs Méline », qui visaient à protéger l’agriculture tricolore de la concurrence extérieure. Plus rien ne bougea jusqu’à la Grande Guerre : la croissance économique, éreintée par la grande dépression de 1869-1873, reprit son cours, les exportations européennes s’accrurent, cependant que le Royaume-Uni peinait à suivre
5. Les Etats-Unis, qui avaient à rattraper le Vieux Continent et n’avaient jamais cédé aux sirènes libre-échangistes, connurent l’une des périodes plus prospères de leur Histoire. Le monde industrialisé de 1915 ressemblait alors à s’y méprendre à celui qui l’avait précédé un siècle plus tôt 6, quand le parlement anglais votait les Corn Laws. Les idées neuves n’avaient pas fait un pas.

Une mode chasse l'autre, puis s'en revient après qu’on l'a abjurée. Les années folles virent le retour du libre-échangisme, hormis aux Etats-Unis où s’orchestrait encore une marche impériale à l’anglaise conforme à la prédiction d’Ulysses Grant 7
. La dépression de 1929 remit les compteurs à zéro : le protectionnisme fut l’une des réponses à la crise et d’aucuns y virent l’une des causes de la Seconde Guerre Mondiale, quoiqu’à la veille du conflit le chômage eût diminué à peu près partout. D’un pas de danse au suivant, la valse hésitation nous amène à la modernité des temps globalisés, parrainée par Friedrich Hayek et les Chicago Boys 8. Ronald Reagan et Margaret Thatcher furent les chantres de cette école devenue mondialisatrice après coup, fortune faite, une fois l’échelle tirée ainsi que le décrivit si bien Friedrich List 9. Mais le réalisme n’est jamais loin, toute hypocrisie bue. Bien que tempêtant contre le protectionnisme, Ronald Reagan contingenta les importations étasuniennes d’automobiles et d’acier, de sucre et de textiles ; son administration multiplia par onze les droits de douane sur les grosses cylindrées nippones qui contrariaient Harley-Davidson 10, talonnant sans relâche, jusqu’aux accords du PlazaYen carry trade

(…) L'Amérique, inondée de biens japonais, s’alarme : à l'automne 1985, on apprécie le yen, surtout face au dollar. Les exportations nippones vers les USA chutent : début 1986, la croissance de l’archipel est divisée par deux. Tokyo baisse ses taux, jusqu’à 3% : l’argent submerge le Kabuto Cho. Mais le dollar, qui valait 259 yens en 1985, est tombé trop bas, à 122 yens, et l’on craint encore. En 1987, les argentiers du G5 décident d'affaiblir leurs devises par rapport au billet vert (…)

, le Japon, deuxième puissance économique mondiale, protectionniste au-delà de son décollage, pour qu’il réévalue son yen. Sur cette question monétaire, la Chine a pis que pris le relais.

Dans la hâte qu’on mit à ne retenir des premiers penseurs que les atouts du libéralisme, on vit moins les restrictions que ceux-ci posèrent. Adam Smith remarqua notamment « qu’il pourrait se faire que le marché intérieur fût inondé de marchandises étrangères à plus bas prix, tellement que plusieurs milliers de nos concitoyens se trouvassent tout à la fois privés de leur occupation ordinaire et dépourvus de tout moyen de subsistance » et recommanda aussi « que le coût du travail fût le même chez les partenaires commerciaux et la stabilité monétaire réalisée entre eux
11 ». Quelle actualité ! Car ainsi va le libre-échange à la chinoise, qui se nourrit de misère sociale, de salaires racornis dans le non-droit permanent – 80% des salariés n’ont pas de contrat de travail 12 -, mais aussi de signes monétaires déloyaux, tels le yuan faible qui désindustrialise à la dure les partenaires commerciaux, jusqu’aux Etats-Unis, exportant une désinflation de dupesL’inflation, invitée surprise

(…) Depuis les années 1990, l’importation massive de produits à bas coût débarqués des pays émergents aura mieux contribué à la modération des prix que toute autre politique. Cette concurrence a imposé son modus vivendi aux entreprises, sommées de ne pas augmenter leurs prix pour rester dans la course, et à leurs salariés, priés de rabattre leurs prétentions pour rester dans la place. Petit à petit, l’opinion fait son chemin, qui n’est à plus à s’encombrer d’idées sur le libre-échangisme compétitif ou le protectionnisme récessif ; la hausse des salaires devient une cause planétaire, avec les prix en conséquence de deuxième rang. L’inflation est embusquée (…)

 qui casse les prix autant que l’outil productif, les revenus autant que le lien social. L’endettement supplante les rémunérations, la consommation faiblit, la croissance capote, la crise couve : celle-ci ne ménagera pas la Chine, par capillarité, tant sa demande intérieure pâtit de l’absence d’amortisseurs sociaux, qui conduit ses résidents à épargner 40% de leurs maigres gains. Le libre-échange équitable et équilibré n’est pas pour demain.

« Le droit du travail et la protection de l’environnement sont devenus excessifs dans la plupart des pays développés. Le libre-échange va réprimer certains de ces excès en obligeant chacun à rester concurrentiel face aux importations des pays en voie de développement
13 ». Moquons cette Banque de SuèdeLa controverse Nobel

Le choix des lauréats Nobel de l’année 2004, section Economie, fut la goutte qui fit déborder le vase : l’américain Edward Prescott et le norvégien Finn Kydland obtinrent le prix pour un article de 1977, dans lequel ils avaient savamment établi, mathématiques en bandoulière, que les Banques centrales doivent échapper à toute pression des élus. Un pur bijou néoclassique ! Le libéralisme y gagnait un supplément d'âme, et les écomathématiciens, un surplus d'empire sur les élites dirigeantes. La haute finance endimanchée, jamais en reste de baliser son pré carré, salua aussi, Banque de Suède en tête. D’aucuns, épris de scientificité, se crispèrent (…)

qui couronna en 1992 l’ultralibéral Gary Becker 14, comme on rit de ces académies médiévales qui assuraient que le coeur était la chaudière du corps. Aucun prêchi-prêcha, fût-il nobélisé, n’a jamais résisté à la pression des faits. Ni l'avance technologique, acclamée par les dévots du libre-échange, au pragmatisme du Levant et d'ailleurs.
 

 


 

(1) Paul Bairoch (1976) - « Commerce extérieur et développement économique de l’Europe au XIXe siècle »
(2) Source Wikipédia

 

« Les Corn Laws ou lois sur le blé étaient une série de lois protectionnistes appliquées au Royaume-Uni entre 1815 et 1846. Elles encourageaient l'exportation et décourageaient l'importation de blé lorsque son cours passait en-dessous de 54 shillings le quarter (soit l'équivalent de 291 litres de blé), ce qui abritait les producteurs britanniques (souvent issus de la gentry) de la concurrence extérieure, en particulier des colonies (comme l'Irlande) (..). Confrontés à l'augmentation du prix du pain engendrée par l'adoption des Corn Laws, les ouvriers se trouvèrent réduits à la misère. (…). Les exportations furent affectées par ces lois, car les bateaux quittant le Royaume-Uni chargés de fer, de houille ou de machines, ne pouvaient y revenir chargés de céréales comme auparavant, ce qui provoqua un renchérissement des coûts du transport. (…). Les propriétaires terriens, très influents au parlement, s'opposaient naturellement à toute réforme. Suite (…) à la terrible famine en Irlande de 1845, les Corn Laws furent abolies (…) le 15 mai 1846. L'abolition de ces lois est symbolique dans la mesure où elles constituaient une des principales entraves au libre-échange qui s'établit par la suite de manière durable au Royaume-Uni ».

 

(3) Emmanuel Todd (2005) - « L’illusion économique »
(4) Voltaire (1835) - « Œuvres complètes : Dictionnaire philosophique »

 

Page 269 - « Vers l’an 1750, la nation, rassasiée de vers, de tragédies, de comédies, d’opéra, de romans, d’histoires romanesques, de réflexions morales plus romanesques encore, et de disputes théologiques sur la grâce et les convulsions, se mit enfin à raisonner sur les blés. On oublia même les vignes pour ne parler que de froment et de seigle. On écrivit des choses utiles sur l’agriculture : tout le monde les lut, excepté les laboureurs. On supposa au sortir de l’Opéra-comique, que la France avait prodigieusement de blé à vendre. Enfin le cri de la nation obtint du gouvernement, en 1764, la liberté d’exportation ».

 

(5) Paul Bairoch (1997) - « Victoires et déboires : histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours »
(6) Pierre Leconte (2008) - « Les faux-monnayeurs »
(7) Le Monde Diplomatique, juin 2003 -« Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste »

 

De Ulysses Grant, héros de la Guerre de Sécession, président des Etats-Unis de 1768 à 1876 : « Pendant des siècles, l’Angleterre s’est appuyée sur la protection, l’a pratiquée jusqu’à ses plus extrêmes limites, et en a obtenu des résultats satisfaisants. Après deux siècles, elle a jugé commode d’adopter le libre-échange, car elle pense que la protection n’a plus rien à lui offrir. Eh, Messieurs, la connaissance que j’ai de notre pays me conduit à penser que dans moins de deux cents ans lorsque l’Amérique aura tiré tout ce qu’elle a à offrir, elle adoptera aussi le libre-échange ». 

 

(8) Université privée de Chicago, épicentre américain de l'Ecole néoclassique libérale 

 

Fondée notamment par Frank Knight, théoricien du risque et de l'incertitude, l'Ecole dite de Chicago a fourni de nombreux lauréats du Prix de la Banque de Suède en Sciences Economiques à la mémoire d'Alfred Nobel. La liste ci-après décline un appariement possible des professeurs, doctorants, et/ou proches de cette Ecole : Milton Friedman (1976), Théodore Schultz (1979), George Stigler (1982), Gérard Debreu (1983) James Buchanan (1986), Harry Markowitz (1990), William Sharpe, (1990), Merton Miller (1990), Ronald Coase (1991), Gary Becker (1992), Robert Fogel (1993), Robert Lucas (1995), Robert Merton (1997), Myron Scholes (1997), James Heckman (2000) - Depuis 1969, la Banque de Suède a récompensé 55 économistes.


(9) Friedrich List (1841) « Système national d’économie politique » (Traduction Henri Richelot, 1857)

 

Page 490 - « C'est une règle de prudence vulgaire, lorsqu’on est parvenu au faîte de la grandeur, de rejeter l'échelle avec laquelle on l’a atteint, afin d’ôter aux autres le moyen d’y monter après nous. Là est le secret de la doctrine cosmopolite d'Adam Smith et des tendances cosmopolites de son illustre contemporain William Pitt, ainsi que de tous ses successeurs dans le gouvernement de la Grande-Bretagne. Une nation qui, par des droits protecteurs et des restrictions maritimes, a perfectionné son industrie manufacturière et sa marine marchande au point de ne craindre la concurrence d’aucune autre, n'a pas de plus sage parti à prendre que de repousser loin d’elles ces moyens de son élévation, de prêcher aux autres peuples les avantages de la liberté du commerce et d’exprimer tout haut son repentir d’avoir marché jusqu’ici dans les voies de l’erreur et de n’être arrivée que tardivement à la connaissance de la vérité »

 

(10) Le Monde Diplomatique, avril 2008 - « Protectionnisme »
(11) Extraits compulsés dans Philippe Leconte (2008) - « Les faux-monnayeurs »
(12) Hakim El Karoui (2006) - « L’avenir d’une exception »
(13) Le Monde Diplomatique, Novembre 2008 - « Penser l’impensable »




Illustration : Extraite du blog de Nicolas Cadène

 

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 21:44


       
Nathan-Mayer-Rothschild-copie-5.jpgLa malice vint aux hommes de bonne heure et ne les quitta plus. Dans ses Œuvres Complètes, bien après les philosophes antiques, Voltaire instruisit à son tour l’universalité et l’intemporalité 1 des ressorts de l’espèce, notant que « tout ce qui tient intimement à la nature humaine se ressemble d’un bout de l’univers à l’autre ». Ainsi, le génie artificieux de quelques-uns, jusqu’à leurs moindres actions, et les plus communes, gouverne-t-il de longue date  et en tout lieu l’intérêt particulier qui harasse la multitude. Thalès de Milet lui-même, savant grec immémorial, fit étalage d’un talent de ce genre : flairant une récolte d’olives abondante, il réserva tous les pressoirs à huile des alentours, s’appropriant l’ensemble des moyens. La saison fut bienveillante et la cueillette copieuse : à l’automne, l'avisé mathématicien          - Marchés dérivés  -
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(…) Thalès de Milet, mathématicien et philosophe grec, avait une très bonne connaissance des étoiles. Il aperçut un jour dans l’épais cosmos les auspices d’une récolte d’olives de bonne facture ; il réserva tous les pressoirs à huile des environs, à bon prix : il était le seul client. La récolte d’olives ne déçut pas : les pressoirs furent si recherchés qu’il put les sous-louer avec un copieux bénéfice à la clé. Aristote, qui conta cette anecdote, nous apprend que les contrats d’options étaient déjà utilisés à Athènes, connus à Rome et dans les colonies de marchands phocéens. Les produits dérivés ont aujourd’hui vampirisé les Marchés des promesses, sous la férule d'un génie financier inextinguible (…)
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     - Boursonomics 19/08/2006 -

 put sous-louer les moulins à son avantage, et ramasser la mise. La confiscation des stocks à des fins spéculatives est un arrangement millénaire : époussetée, anglicisée, connue sous le nom de corner, celle-ci s’invita vite sur les Marchés boursiers. Pour y prospérer durablement.

Nul n’a peut-être mieux défendu l’avancement de sa fortune que le fameux Nathan Mayer Rothschild, mâle alpha d’une lignée 2-1 qui descendit de Hesse par la banque jusqu’à leurs majestés britanniques   - Le naufrage de la Barings -
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(…) Originaires de Brême, les frères Baring commencent à scintiller outre-Manche à partir de 1762. La Maison croît, embellit, franchit les océans, accastille des bateaux de commerce, finance des ambitions, prend des garanties, bref, devient vite l’une des principaux comptoirs du Royaume-Uni. De proche en proche, le négoce devient banque. En 1777, éclot la Baring Brothers qui n’aura de cesse de devenir la première banque d’Angleterre, apanage déjà à cette époque des Rothschild. Prospérant grâce aux affaires maritimes comme dans le champ politique, la banque Baring Brothers, devenue beaucoup plus tard la Barings, étale bientôt toute sa puissance en Europe (…)
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     - Boursonomics 26/12/2006 -

. Habile ou roué, c’est selon, le primat du clan fit de l’accaparement des ressources l’un des principes actifs de l’enrichissement de sa parentèle. En 1831, le mercure était déjà un métal précieux, irremplaçable en aucun de ses usages, en médecine sous forme de sels, pour l’étamage des glaces, la dorure et l’extraction de l’or. L'essentiel de la production provenait des mines d’Almaden en Espagne, conquises à prix d’ami par la maison Rothschild après qu’elles eurent garanti un prêt à la couronne espagnole. Les cours du vif-argent doublèrent. Les acheteurs se tournèrent vers la mine d’Idria en Autriche, second gisement de l’époque. Las, les prix y avaient triplé, non d'ailleurs sans incidences funestes 2-2, sous la férule d’un nouveau propriétaire,  : Nathan Mayer ! Cet esthète de la captation eut surtout l’occasion de parfaire son art dans la finance où il excellait. Capable de suite dans tout, il ne se priva de rien et accula les Marchés sans relâche. En 1819, fort de son renom, il favorisa la baisse d’un emprunt anglais pour amorcer de grosses ventes à terme, au-delà de la quantité de titres disponibles 2-3. Puis, les cours libérés, il contraignit les spéculateurs à lui racheter ses propres titres. Son prix fut le leur.

Les Marchés boursiers, lieux essentiels du capitalisme 3, qui focalisent ses feux et in fine les résument tous, nous donnent à voir toutes les dérives lucratives du commun, entre grosses mains, initiés ou carambouilleurs, qui n’ont d’autres vues libérales que la profondeur de leurs poches. Acheteurs et vendeurs, également avertis et très efficients, en théorie, confrontent leurs opinions sur les places : un prix émerge alors, consensuel, qui fluctue au gré de la survenue d’informations nouvelles. Des échanges s’opèrent, quelques-uns au comptant, d’autres, les plus nombreux, sous la forme de promesses d’achats ou de livraisons à terme : les capitaux où les titres correspondants sont empruntés 4, et la liquidité du commerce, assurée. Mais il arrive que les vendeurs à découvert soient frappés de stupeur devant des hausses à l'à-pic, pressés alors de racheter à tout prix ce qu’ils ne possèdent pas (« bear squeezeAu fil des années, l'Analyse Technique des cours boursiers s'est assez largement imposée auprès des inconditionnels des Marchés financiers, popularisant à cette occasion tout un corpus de méthodes prévisionnelles. Cette recherche, qui reprit de la vigueur à l'aube des années 1980, a depuis lors disséminé ses abréviations paresseuses (MACD, RSI, SAR, ...) ainsi que nombre d'anglicismes coriaces …
»). Gare ! L’actualité ne fait pas toujours toute l’affaire de ces élans boursiers : la manipulation n’est jamais loin, quoique proscrite, d’opérateurs qui assèchent le marché dans le but d’acculer dans un coin, dirait-on mieux dans les cordes, les vendeurs à découvert pris sans vert de liquider leurs positions d'extrême urgence. La hausse s’accélère encore, puis le soufflé retombe. Ainsi va la modernité financière, ses hauts, ses bas, ses enrichissements sans cause. Ses déconfitures aussi.

L’Angleterre fut un temps le siège de prédilection des corners boursiers, quand son lustre colonial en imposait encore au monde entier. Sa primauté financière s’accompagna d’une propension avérée à de telles équipées. On aperçut quelques-uns de leurs symptômes en 1847 et 1857 sur le marché du blé, en 1866 sur celui du coton, et d’autres fois encore 5. Puis, à l’aube du XXe siècle, les Etats-Unis supplantèrent la vieille Albion : la mode se transplanta outre-atlantique, krachant avec force dès 1907. Ce que l’on appela la « Panique des banquiers », une vieille antienne
, trouva son origine dans un corner raté sur United Copper, ourdi par les propriétaires eux-mêmes en vue de fixer un meilleur prix de vente de la compagnie. L’action s’apprécia du double de sa valeur en vingt-quatre heures, puis rechuta du triple le lendemain, causant la ruine des instigateurs, les frères Heinze, et par contagion celle de la Knickerbocker Trust, troisième société fiduciaire de New York. Toutes les banques prêteuses subirent des retraits massifs, et bientôt le pays entier vacilla ; Wall Street perdit un dollar sur deux. John Pierpont Morgan mit fin au chaos en invitant, entre autres, le clergé local à prononcer des sermons encourageants 6. Le même intervint auprès du légendaire Jesse Livermore pour qu'il débouclât son corner sur le coton, qui l’avait enrichi de trois millions de dollars en une seule journée 7 !

En 1980, l’argent-métal vint à la Une ; les richissimes frères Hunt, qui avaient accaparé en moins d’un an près de la moitié des réserves mondiales du précieux métal, acculèrent le Marché de tant de contrats amassés sur l’argent que les vendeurs ne pouvaient tenir leurs engagements à terme. Le cours, qui somnolait vers 5 dollars en 1979, grimpa à 54 en 1980, poussé par une horde de spéculateurs volant au secours de la victoire 8
. Les autorités s’en mêlèrent : le 27 mars 1980, le cours chuta de 50% en séance ; les Hunt se déclarèrent en faillite et la Réserve Fédérale intervint indirectement pour sauver le courtier Prudential Bache. Voici enfin Volkswagen, the last but not the least 9, constructeur bien connu dont le titre flamba à nul autre pareil à l’automne 2008, au point de faire de la belle allemande la plus grosse capitalisation boursière de la planète - 320 milliards d’euros ! Les fonds spéculatifs, jugeant l’action survalorisée, avaient parié la baisse sur la foi d’une participation de Porsche à hauteur de 42,5%. Quand il apparut que Porsche détenait en fait 74% des actions, et l'état de Basse-Saxe 20%, on comprit que les 6% d'actions restants ne couvriraient pas toutes les ventes à découvert. Ce fut alors la ruée vers la sortie, qui verticalisa la hausse 10. Les pertes des opérateurs, banques comprises, flirteraient la trentaine de milliards d'euros 11. Les profits de Porsche sont indéterminés.

« Puisque la nature a mis dans le coeur des hommes l’intérêt, l’orgueil, et toutes les passions, il n’est pas étonnant que nous ayons vu dans une période d’environ dix siècles, une suite presque continue de crimes et de désastres
1 … ». Cher Voltaire, vous qui concluez, que n’eussiez vous écrit à propos de la finance si celle-ci avait dominé votre époque comme elle surpasse la nôtre ! Sans doute que nous n’apprenons rien du passé, ignorant l’Histoire, la mémoire oublieuse, condamnés à reproduire toujours les mêmes erreurs. Au centuple.
 

 

 


 

(1) Voltaire (1756) - « Essais sur les mœurs et l’esprit des nations »
(2) Edouard Demachy (1896) - « Les Rothschild : une famille de financiers juifs au XIXe siècle »

 
La généalogie des Rothschild – Red Shield : Ecu(sson) Rouge – est plus ancienne ; on n’a retenu ici que l’emblématique chef de file de la Maison anglaise. L’attention du lecteur est attirée sur la violence verbale inouïe déployée à l’encontre de la parentèle Rothschild dans l’ouvrage référé, tenant davantage du brûlot antisémite que de la biographie familiale.

 

Page 97 - « Le premier résultat de la hausse formidable qu’eut à supporter le mercure fut la falsification de ceux de ses sels qui sont employés en médecine. Les préparations mercurielles contenaient toutes espèces de choses, excepté du mercure et les malades crevaient au lieu de guérir. ... ». ( Ndla : la suite du texte, irrespirable, n’est pas rapportée ici)

 

Page 127 - « [Nathan] (...) pour son coup d’essai fit un coup de maître dans le premier emprunt de 12 millions de livres (300 millions de francs) qu’il prit au gouvernement anglais en 1819. Les biographes disent à ce sujet : « Cette opération fut un désastre car l’opération tomba rapidement au-dessous du prix d’émission ; mais Rothschild s’étant hâté de repasser le lot sur le dos de ses amis, il arriva à s’en tirer sans avaries » (…) Nathan (...), pour ses débuts dans les emprunts anglais aurait remporté une veste ! Allons donc ! (…) Il est en situation de combiner un admirable corner en commençant par produire la baisse sur ses propres valeurs pour amener de grosses ventes à découvert de la part de ses adversaires … »

 

(3) L’expression est de John Maynard Keynes, cité par Bernard Maris (2005) - « Antimanuel d’économie »
(4) Extrait du site swingbourse.com à ce sujet :

 

En temps normal le Marché cherche un équilibre entre positions vendeuses et acheteuses. Sa valorisation se définit par l’équilibre entre le nombre de papiers et de liquidités plus un pourcentage représentant l’écart entre les deux. Les acteurs de ces marchés (...) interviennent soit en tant que fournisseurs de papiers (actions) ou fournisseurs de liquidités (monnaie). Une troisième façon d’intervenir consiste à emprunter (louer) des actions ou de l’argent : l’emprunteur en numéraire spécule sur la future montée du titre et espère rendre à son créancier, à échéance, le même montant grâce à la vente de ses actions et garder pour lui l’éventuelle plus value ; l’emprunteur d’actions espère quand à lui une chute des cours ce qui lui permettra de les racheter à un prix moindre et d’empocher la différence : on appelle cela une Vente A Découvert (VAD).

 

(5) Charles Kindleberger (1978) - « Histoire mondiale de la spéculation financière »
(6) John Galbraith (1992) - « Brève histoire de l’euphorie financière »

 

Page 68 - « En 1907 (...) vint ce qu’on appela la panique de Wall Street. Elle reste dans les mémoires pour un mythe : JP Morgan, en appelant fonds publics et privés au secours de la Trust Company of America en difficulté, et aussi en invitant le clergé de new York à prêcher la confiance dans des sermons encourageants, y aurait mis fin à lui tout seul. La thèse est discutable : un krach peut s’arrêter sans intervention divine ».

 

 (7) Richard Smitten (2007) - « Jesse Livermore : le plus grand spéculateur de tous les temps »

 

« Livermore débuta sa carrière (...) comme commis (...) dans un des bureaux bostoniens de la Painewebber. Un an plus tard, il spéculait à plein-temps. Il accumula rapidement une petite fortune qui le fit bannir des bookmakers de New-York et de Boston. Livermore fit un corner sur le marché du coton et amassa 3 millions de dollars en une journée durant le krach de 1907. J.P. Morgan intervint personnellement pour lui demander de vendre. (...) Livermore (…) vendit à découvert en 1929 et entra dans la Grande Dépression armé de 100 millions de dollars (...). Mais cette biographie nous apprend également qu'un statut social enviable et une immense fortune n'empêchent pas toujours la dépression, les mariages désastreux et les relations conflictuelles avec les enfants ...  ». Jesse Livermore a mis fin à ses jours à l’âge de 63 ans.

 

(8) Les Echos.fr, le 25/07/2008 - « Les frères Hunt et le grand corner sur l’argent »
(9) En français : « Le dernier mais non le moindre »
(10) L'incroyable sismographie de Volkswagen - Octobre 2008

 

(Chiffres exprimés en euro) - Le mardi 7 octobre 2008, le titre Volkswagen montra un premier signe de fièvre : après avoir ouvert à 290,20, l'action connut en séance un pic à 452,00 avant de se replier et clôturer à 287,00 ; 10.991.200 titres furent échangés cependant que l'on n'avait pas dépassé des volumes de 4 millions de titres durant les dix séances qui avaient précédé. Les cours connurent alors une hausse ininterrompue jusqu'à 428,00, qu'on atteignit le 16 octobre - soit près de 50% de hausse  en 7 séances -, dans des volumes de l'ordre de 4 millions de titres échangés. Puis le titre s'effondra jusqu'à 210,85 en clôture du vendredi 24 octobre. Le lundi suivant, l'action Volkswagen explosa à la hausse avec un plus haut en séance à 634,75, fermant à 520,00. Le lendemain 28 octobre, après une ouverture à 500,00 avec un passage au plus bas à 471,00, le titre fut propulsé à ... 1.005,00 avant de clôturer à 945,00. La fièvre retomba ensuite : le 4 novembre, on baissa le rideau à 398,00. Le cours avoisine aujourd'hui les 200,00 euros.

 

(11) Boursier.com, le 29/10/2008 - « Volkswagen : le corner aurait coûté 20 à 30 Mds€ aux fonds et aux banques »

 



 

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 19:08

 

 

Le risque, voilà l’ennemi des Marchés ! Taux d’intérêt, matières premières, parités des monnaies, prix des actions, aléas économiques, rien n’est immobile ici bas, tout fluctue, et de cet inextricable lacis naît une vérité éphémère, imprévisible, parfois ruineuse. L’homme lui-même, qui ne compte pas pour rien dans l’évolution de toute chose, n’est pas en reste de mettre beaucoup d’esprit, et quelquefois du plus mauvais, dans ces affaires d’argent. En sorte que l’industrie du risque financier n’est pas nouvelle : dès le XVIème siècle, les marchands hollandais s’assuraient contre les infortunes océanes grâce à des contrats prévoyant de livrer le produit de leurs voyages avant même que les voiles fussent hissées 1 ! Dès lors, les marchés dérivés crûrent et embellirent, dévolus à toute sorte d’actifs sous-jacents, indices, actions, devises, marchandises, …, avec la ferme intention de déporter les risques que l’on a dits vers d’autres horizons, ceux des highlands d’Ecosse par exemple, où maraudaient Trois Sorcières.

Mais voyons d’abord le risque. Que vaut-il ? Eperonnée par la mutation profonde d’un capitalisme qui versait de l’économie à la finance, attisant chaque jour davantage la prégnance des Marchés, l’industrie financière cita tôt à comparaître les mathématiciens afin qu’ils fourbissent de nouveaux outils d’immunisation contre le risque. En octobre 1970, Fisher Black et Myron Scholes 2, dont la réputation n’était pas encore faite, soumirent un article au Journal of Political Economy dans lequel ils proposaient une méthode d’évaluation d’options sur actions, une classe particulière de produits dérivés : trop spécialisé, l’article fut retoqué 3. Trois ans plus tard, grâce à l’intervention de deux sommités scientifiques du moment, Eugène Fama, spécialiste de l’efficience, et Merton Miller, bientôt nobélisé, l’article, réécrit, fut enfin publié : le hasard voulut que la parution concordât avec l’inauguration du marché d’options de Chicago. Cette contribution fit grand bruit et aurait valu à ses auteurs une réputation éternelle, n’était-ce le désastre du hedge fund LTCMLe 31 août 1998, Wall Street chute en séance de 6,8%. Hormis les bons du Trésor, qui surnagent, tous les marchés vacillent, les obligations bancaires plongent. La panique s'installe, irraisonnée. Cette journée funeste achève un mois d’août horrifique, qui avait débuté, le 4 août, par un plongeon du Dow Jones de 3,5%, rapidement suivi d'une réplique qui allégea l’indice planétaire de 4,4% supplémentaires … auquel Myron Scholes participa. Néanmoins, cette formule d’évaluation des options ouvrit un nouvel espace de stratégies d’investissement et accéléra l'essor des marchés dérivés. La volatilité, c’est-à-dire l’excitation des traders, s’invita alors aux agapes. Car ces produits de couverture du risque, très inflammables, servent aussi ou surtout à spéculer.

« Le monde de la gestion gère la tendance, celui des dérivés, la volatilité 4 » nous dit Nicole El Karoui, spécialiste ès mathématiques financières. Et qui aura goûté aux effets de levier parfois vertigineux de cet univers enchanté ne saura plus se satisfaire de misérables pourcents, grignotés laborieusement sur le marché des sous-jacents, loin du grand frisson, de la frénésie du jeu. La transe des traders est palpable, à chaque instant ; elle est à son comble quatre fois par an, à Wall Street, les troisièmes vendredis des mois de mars, juin, septembre et décembre, quand échoient trois types de contrats dérivés :
contrats de futures 5 sur indices boursiers (stock index futures), d’options sur indices boursiers (stock index options) et d’options sur actions (stock options) 6. Le débouclage des positions, c’est-à-dire le retour au réel, fouette alors le volume des transactions, et cette course aux sous-jacents enfièvre les places ; les arbitrages entre le NYSE et les marchés volatils de Chicago cessent : il faut livrer, racheter les actions physiques liées aux valeurs à terme, se procurer les titres pour lesquels on a acheté des droits de vente sur le marché des options, clore ses engagements. L’informatique s’en mêle, qui grossit tout et confine la volatilité au délire. Cette sarabande est héroïque : la dernière heure est celle des Trois Sorcières. Alors dit-on, le feu du ciel s’abat sur Wall Street !

Retour sur ces hautes terres d’Ecosse, celles qui virent naître Adam Smith, philosophe des Lumières qui éveilla le monde à l’économie moderne, celles également d’Arthur Conan Doyle qui dépeignit ces landes brumeuses, parfois lugubres, propices à toutes sortes de légendes. William Shakespeare lui-même y situa une tragédie crépusculaire, au milieu des brouillards et des ténèbres du Nord,
dans les cris des mourants qu'on égorge. Macbeth, guerrier irréprochable et vertueux, chef des armées écossaises, défit les troupes de Norvège auxquelles s’était rallié le traître Cawdor, ancien seigneur d’Ecosse : le soir même, trois sorcières qui croisaient dans la bruyère prédirent à notre chevalier qu’il deviendrait roi. La suite ne sera que descente aux enfers : Macbeth, halluciné, n’aura alors de cesse que d’assassiner tous ceux qui s’opposeront à sa marche vers le trône, au premier rang desquels le bon roi Duncan, noble et droit, qui l’avait fait duc. Et chaque apparition des trois sorcières, qui annoncent à Macbeth qu’il coiffera un jour la couronne d’Ecosse, déclenchera la foudre et le tonnerre ! Toute l’affaire est là : ainsi, ces trois sorcières shakespeariennes sont-elles à ranger sur la même étagère que nos bulls & bearsEn 1663, un dénommé Peter Stuyvesant, qui gouvernait la Nouvelle-Amsterdam, un bourg d'environ 300 maisons, fit ériger un mur de bois pour parer la ville des excès des indiens Algonquins. Un an plus tard, nonobstant, les anglais se saisirent de la cité, la rebaptisant aussitôt New York en l'honneur du duc d'York, futur Jacques II. Et la rue du Mur devint ... Wall Street ! …, autre antique folklore imprégnant l’imaginaire des boursiers. Les esprits sont fixés : dans tous les cas, l’arène est ensanglantée. Mais la mémoire est brève, ou la tentation trop grande.

Cependant, la réalité boursière de ces fins d’après-midi ensorcelées n’est pas à la hauteur des croyances.
Les études ne manquent pas, qui ont décortiqué ces séances de tous les dangers. Jerry Wang par exemple, un analyste de chez Schaffer’s Investment Research, qui examina vingt-sept années de cotations du S&P 100 à partir de janvier 1976, jugea que la volatilité observée lors des journées d’expiration des Trois Sorcières était assez comparable à celle d’une séance ordinaire 7. William Schwert, professeur de finance à l’université de Rochester, ne constata pas davantage de causalité d’augmentation de la volatilité entre 1983 et 1997 autre que celle des volumes échangés : ainsi nota-t-il que le 19 décembre 1997, journée des Trois Sorcières, 793 millions d’actions furent échangées sur le NYSE, un volume énorme pour l’époque, sans que le S&P 500 ne s’en émût pour autant, qui varia de moins d’1% 8. On pourrait aussi citer Charles Smithson, directeur opérationnel de la CIBC, plus définitif, qui finit par opiner que la volatilité de ces journées de sabbat et les mouvements brusques des cours que celle-ci était censée engendrer brillaient par leur absence 9. Bah, l’imagerie populaire se nourrit à bon compte de certitudes invérifiées, tenues pour vraies, relayées par toute une industrie qui s’y connaît pour vendre et survendre ses poupées de son. L’important est d’y croire pour consommer.

« Quand vous voyez que l’offre et la demande de titres ne peuvent soudain plus s’ajuster, qu’en quelques instants plus d’un million et demi de titres IBM, quelque 700.000 Exxon et 500.000 General Electric sont à vendre, et qu’ils ne trouvent pas preneurs, vous vous dites qu’il y a là un problème qui dépasse largement le cadre anecdotique 10 » avait déclaré John Phelan en 1987, alors président du New York Stock Exchange. Les machines, qu’on incrimina tant lors du krach de cette fin d’année, n’avaient pas encore pris le pouvoir. Les choses ont changé : les Sorcières ont numérisé leurs balais. Les problèmes sont d’une autre ampleur.

 


 


  

(1) Yves Simon (1997) – « Les marchés dérivés – Origine et développement »
(2) Myron Scholes obtiendra le « Prix Nobel d’Economie » en 1997 avec Robert Merton ; Fisher Black est décédé en 1995 ;
(3) Benoît Mandelbrot (2005) – « Une approche fractale des marchés »
(4) Le Nouvel Observateur, du 28/02 au 05/03/2008 – « Nicole El Karoui, Mamie Maths »

 

Nicole El Karoui, née en 1944 est professeur à l'École polytechnique et à l'université Paris VI. Elle est considérée comme étant l'un des principaux précurseurs du développement des Mathématiques financières depuis la fin des années 1980. Auteur de nombreuses publications, Nicole El Karoui a aussi dirigé un nombre important de thèses et est de plus responsable d'une formation de haut niveau en mathématiques financières à l'université Paris VI au sein du Master de Probabilités et Finance (Source Wikipédia).

 

(5) Contrats sur les Marchés à Terme
(6) Joseph Antoine Marie-Claire Capiau-Huart (2006) - « Dictionnaire des marchés financiers » 


(Note personnelle) - Il existe une quatrième famille de contrats dérivés : les contrats à terme (Futures) sur actions (SSF : Single Stock Futures). Aux Etats-Unis, ces SSF furent bannies des échanges dans les années 1980 suite à un problème de compétence juridique et de régulation entre la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) et la Security and Exchange Commission (SEC). En 2000, le Commodity Futures Modernization Act régla ce point de droit en agréant les deux organismes. Le marché prit immédiatement un essor extraordinaire, augmentant son volume annuel de 200% entre 2004 et 2005. L'expiration de cette classe de contrats intervient les mêmes vendredis que ces trois consoeurs. En sorte que l'expression « Trois Sorcières » (Triple Witching) n'est plus aujourd'hui d'actualité quoique toujours très employée, remplacée désormais par l'expression « Quatre Sorcières » (Quadruple Witching). L'expression « Triple Witching Hour » s'est alors perdue dans le flou de la légende originelle ...

 

(7) Michael Maiello (2004) – « Buy the rumor, sell the fact »

  

Page 15 : « Au total, l’expiration des Trois Sorcières présente la même volatilité qu’une séance ordinaire de marché … Il s’agit d’une moyenne … Entre Septembre 1983 et Juin 1995, la volatilité moyenne quotidienne était de 1,16% et de 1,26% pour la journée des Trois Sorcières. Entre Juillet 1995 et Juin 2000, les Trois Sorcières furent moins volatiles, en moyenne de 0,68% cependant que la moyenne quotidienne était de l’ordre de 1,16% »

 

(8) G. William Schwert (1998) - « Stock Market Volatility : ten years after the crash »

 

L’auteur note que le volume échangé lors du 19 décembre 1997 n’avait été surpassé qu’une seule fois, le mardi 28 Octobre 1997 où 1,2 milliards de titres avaient été négociés sur le NYSE.

 

(9) Charles W. Smithson (1998) - « Managing financial risk – A guide to derivative products »

 

Page 46 : « Whatever the reason, the message here is that even though triple-witching is still frequently mentioned, the volatility that it is supposed to conjure remains conspicuously absent ». La CIBC est la Canadian Imperial Bank of Commerce, la seconde institution financière du Canada.

 

(10) François Camé - Frédéric Filloux (1988) - « Le jour le plus bas »




 
Illustration : Image extraite du site Jupiterimages

 

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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 01:21
     
 
John meriwether-copie-5Le 31 août 1998 fut affreux : Wall Street dégringola de 6,8% ! A l'exception des bons du Trésor, ultime planche de salut, tous les marchés vacillèrent en rang d'oignons. La panique s'installa, et la contagion gagna partout. Cette journée funeste clôtura un mois d’août horrifique, qui avait débuté, le 4 août, par un plongeon du Dow Jones de 3,5%, vite suivi d'une réplique qui allégea l’indice planétaire d'un supplément d'âme de 4,4% ! Les mathématiciens spécialistes du risque frémirent : la courbe en cloche        - La courbe en cloche -
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(…) Au début du XXe siècle, Louis Bachelier, un jeune mathématicien français qui étudiait les variations de prix des bons du Trésor, nota que celles-ci se dispersaient avec régularité autour d’une occurrence centrale. L’histogramme qu’il traça prit la forme de la fameuse courbe de Gauss-Laplace, dont le contour est celui d’une cloche renversée. Il postula que les cours baissaient ou montaient à égale probabilité, tels un dé qui roule. Blaise Pascal eût applaudi ! Cete modélisation, dite de la « marche aléatoire », dormira un bon demi-siècle, oubliée, avant d'être redécouverte, en 1954, par Paul Samuelson. Les orfèvres de la science du risque s'en emparèrent, et en firent des gorges chaudes (…)
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     - Boursonomics 13/08/2006 -

, timbre de l'orthodoxie boursière, donnait au mieux une chance sur 500 milliards qu'un tel triplé advînt en un mois 1-1 ! La réalité, obstinée, imprévisible, était là pourtant, qui donnait raison à John Galbraith lorsqu’il martelait : « A chaque fois, les exceptions l’emportent sur la règle ». Du côté de Greenwich Village, dans le Connecticut, domiciliation privilégiée des hedge funds américains, quelques virtuoses se mirent à transpirer à grosses gouttes. A commencer par le mâle alpha de l'espèce, John William Meriwether, primus inter pares, qui avait rallié à sa meute les plus fines lames de la science du risque. Tous et leurs suivants, en apnée, suspendus au-dessus du vide, les jours petitement comptés.

John Meriwether ! Voici le trader hors pair qui gère la machine à gagner arbitragiste chez Salomon Brothers : en 1990, le service qu'il y dirigeait réalisa 87% des bénéfices de la banque 2 ! Las, en 1991, un scandale l’oblige à démissionner : mais rares sont les crève-coeur chez les loups de Wall Street. Déjà, notre homme prépare son come-back. En février 1994, ce maestro de la finance crée le hedge fund  Magie financière aux Caïmans
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Apatride, humaniste, philanthrope, Georges Soros est d'abord connu pour son génie financier. Vingt ans après qu’Alfred Winslow Jones eut conçu le premier « hedge fund » en 1949, il créa lui-même le Soros Fund Management, un groupe de fonds visant à couvrir et valoriser les capitaux de donneurs d'ordre fortunés : des millions de dollars d'abord, et bientôt des milliards ! Malgré d'épiques fiascos, comme LTCM, l'ardeur financière, mue par l'irrépressible fascination du gain et l'abondance de liquidités, hâta la suite : quelque 9.000 fonds de cette eau fraient aujourd’hui, dans le secret de paradis fiscaux aussi exotiques qu'impénétrables (…)
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     - Boursonomics 13/01/2007 -

Long Term Management Capital (LTCM), qui fera date dans l’Histoire. Il n’est pas seul. Chez Salomon, il s’était entouré d’universitaires diplômés qu'il avait confrontés au réel : tableaux noirs à portée, cautions intellectuelles de choix, ceux-ci avaient rabattu une clientèle rassurée. Cette fois, son pré carré sera prestigieux ! Myron Scholes, professeur à Stanford, est sondé puis converti aux réalités des Marchés : il est l'auteur avec Fischer Black 3 d'une formule éponyme qui évalue le prix des options et des actifs financiers (1973), pour laquelle il partagera un prix Nobel avec Robert Merton, enrôlé lui aussi. La plus formidable épopée financière de cette fin de siècle s'engage ainsi, adossée à un trader d'exception et deux cadors de la science du risque. Cette troïka recrutera dans la pourpre universitaire une noria d'économistes, de mathématiciens brillants et autres rocket scientists. William Sharpe 4 opina que « LTCM était sans doute le meilleur département universitaire de finance du monde 1-2 ».

D'autres d'un genre différent mais non de moindre volée, gens de savoir ou de pouvoir se pressent. Quelques transfuges de chez Salomon suivent : William Krasker, ex-professeur à Harvard, Eric Rosenfeld ou Lawrence Hillibrand, golden boy le mieux payé en 1991. Un vice-chairman de la Federal Reserve, David Mullins, apporte son prestige. Puis vient l'argent. Merrill Lynch est mandatée pour lever le milliard de dollars que prescrit Meriwether. Le ticket d’entrée est à l’avenant : chaque entrant doit immobiliser un minimum de 10 millions de dollars pendant trois ans, sans droit de regard sur les transactions, avec des commissions somptuaires : 2 % des capitaux investis et le quart des gains ! On fait une fleur au CEO de Merrill Lynch, David Komansky, qui n’apporte que 800.000 dollars, mais avec lui 123 cadres de sa banque, qui posent 22 millions de dollars. James Cayne et Donald Marron, patrons de Bear Stearns et de Paine Webber marchent, Phil Knight, fondateur de Nike, aussi. Pour 100 millions de dollars, l'investisseur a le privilège d'être informé ! La banque d'Italie aventure 250 millions, la banque de Chine et la japonaise SumitomoL’Internationale des traders maudits

(…) La finance n’est pas économe de dollars qui tourbillonnent par milliards, voletant ici, s'évaporant là, qui n’émeuvent plus personne. Le Japon acheva quant à lui de tomber des nues en 1996 : Yasuo Hamanaka, surnommé « le roi du cuivre » mais aussi « Monsieur 5% » pour ce qu’il avait pu acheter, à l’occasion et d’un coup d’un seul, 5% du cuivre mondial négocié chaque année, plomba Sumitomo, l’une des première maisons de trading nippones, de 2,6 milliards ! Tant de capitaux somptuaires et de salaires fastueux que le Marché éparpille, envoûtent les traders, comme le serpent fascine la proie, désastres après désastres (…)

100 millions chacune ; UBS, Deutsche Bank, la Chase Manhattan, et pour les françaises, la Société Générale et Paribas en sont. Le 24 février 1994, à 9 heures du matin, le hedge fund LTCM s'ébroue : le milliard y est, précisément 1.011.060.243 de dollars 5 !

La stratégie est simple : profiter des opportunités d'arbitrage sur les marchés de taux d'intérêt grâce à une approche purement quantitative. On court le monde en quête de déséquilibres présumés, traquant partout les écarts entre les prix réels constatés et les prix théoriques estimés, puis on parie massivement sur une correction ultérieure, grâce au levier des marchés dérivés et de l’endettement. Le vrai secret, celui qui confère un avantage définitif, qui identifie l’anomalie du Marché, est mathématique, pourvu que la variation des prix soit normale : il vaudra à Myron Scholes et Robert Merton le Nobel, in extremis, en 1997 ! On a peine à croire qu’à l'hiver 1994, ces épées scientifiques, secondées par une nuée de théoriciens, aient pu ignorer que leur formule, que Scholes avait en outre vu faillir sous ses yeux 1-3, ne valait que dans des marchés apaisés. Et que des savants réfléchis, doublés de financiers aguerris, qui avaient croisé les chocs pétroliers, les crises du crédit, l’effondrement japonais, et autres épisodes dont le krach de 1987, se soient si peu gardés des aléas violents qui surgissent au débotté. N'est-ce pas l’infinie certitude dans des modèles mathématiques négligeant les extrêmes, qui anesthésiera ces magiciens du risque, tels ces dieux d'Epicure qui habitaient là où il ne pleut ni ne neige et où jamais ne souffle la tempête 6 ? Le réel ne pouvait qu'estoquer ce simulacre de science.

La roue de la fortune est en marche, et rien ne paraît l'arrêter. La performance atteint 20% en 1994, 43% en 1995, 41% en 1996 et 17% en 1997. Petit à petit, peut-être au grand dam de Myron Scholes 7, le fonds lève la garde et délaisse la chasse aux failles spéculatives pour spéculer plus volontiers sur l’orientation des cours des obligations. Las, les Marchés ne se montrent pas indéfiniment apaisés ; des troubles monétaires sont en approche. Un vent mauvais venu d’Asie se met à souffler, qui gagne bientôt la Fédération de Russie. Le lundi 17 août 1998, le système monétaire et financier russe tombe : une puissance nucléaire vient de s’effondrer ! La panique gagne Wall Street : le Dow Jones perd 15% en ce mois d’août 8. Le marché convulsionne, la mathématique financière de LTCM hoquette : elle sera balayée en moins d'un mois ! Le reste n’est qu’agonie. Le 23 septembre 1998, William McDonough, président de la Réserve Fédérale de New York, réunira le gratin de la finance : une quinzaine d’établissements, clients du fonds et seuls capables de liquider les positions dans le calme, apportera 3,625 milliards de dollars en 48 heures. Des traders vedette sont remerciés aux quatre coins de la planète ; la nouvelle BaringsLe naufrage de la Barings

(...) La lumière n'est pas pour les gratte-papier du back office ! Nick Leeson veut être trader quand il rejoint la Barings ! L'imagine-t-on seulement, au 8 Bishopsgate, en ce parage à l’atmosphère raréfiée, au silence contraint et aux murs tapissés du lignage des maîtres du lieu ? Lord Northbrook, premier lord de l’Amirauté, gouverneur des Indes ici, lord Howick, gouverneur colonial du Kenya là, lord Cromer consul général d’Egypte, tel autre, gouverneur de la Banque Centrale d’Angleterre, tous et leur parenté, à jamais figés dans des postures victoriennes. Qu’a-t-il éprouvé en pareils alentours ? Bah, le grand frisson l'attend en Asie ! La galerie antique ne tient plus qu'à un fil (…)

licencie 1.200 personnes, Merrill Lynch, près de 4.300, pour ne rien dire de ceux qui les imiteront. Le
système bancaire international est sauvé. Les affaires peuvent reprendre.

Seule une officine située dans l'île de Jersey, Lakonia Management Ltd, a traîné LTCM devant les tribunaux de Manhattan 1. Bah, les plumés promirent qu'on ne les y reprendrait plus : ils mentaient tout à fait. John Meriwether fit son retour l'année suivante en créant JWM Partners : son revenu 2006 a été évalué entre 50 et 75 millions de dollars
. Et fin 2006, le hedge fund Amaranth AdvisorsAmaranth, un hedge fund au tapis

Greenwich Village, Connecticut, la cité maudite des hedge funds ! En 1994, LTCM, le fond le mieux né ici bas y avait déjà élu domicile, défiscalisé son génie financier, et fait bruyamment faillite en 1998 ! Bis repetita placent : Amaranth Advisors, autre hedge courtisé du lieu, à qui tous les gestionnaires désiraient confier leurs capitaux, s’est écroulé en septembre 2006, effaçant six milliards de dollars d'un trait de plume détonant. Brian Hunter, un arbitragiste de 32 ans, surpayé et rompu à la négociation des contrats à terme, a plombé le fond : l'ouragan attendu qui aurait enflammé le gaz naturel sur lequel il pariait lui a fait faux bond (…)

consumera six milliards de dollars.
 
  

 

(1) Benoît Mandelbrot (2005) - « Une Approche Fractale des Marchés »

 

Ces chiffres sont fournis par l'auteur selon les attendus de la Loi Normale ; voici d'autres exemples fournis par Benoît Mandelbrot : « La théorie prédit 6 jours où l'indice varierait de plus de 4,5% ; en fait il y en eut 366 [1913-2003]. Et une variation supérieure de 7% ne devait se produire qu'un fois tous les 300.000 ans ; et pourtant le XXe siècle en vit 48 (...) En 1997, le Dow Jones avait chuté de 7,7% en un jour (une chance sur 50 milliards) (...) Le 19 octobre 1987, la pire journée boursière depuis un siècle, l'indice avait décroché de 22,6%. La probabilité de cet évènement, si l'on se fie aux théoriciens de la finance est inférieure à une sur 1050 - une chance si faible qu'elle en perd toute signification  ».

Page 128 - « L'une des plus grandes ironies est que la nature profondément sauvage des marchés fut redécouverte, à leurs dépens, par deux des plus ardents énonciateurs de l'orthodoxie économique, Scholes et Merton. EN 1993, les deux lauréats du prix Nobel rejoignirent quelques poids lourds de la finance à Wall Street pour créer LTCM (...) L'effectif [du hedge fund] ne comptait pas moins de 125 docteurs. Comme Sharpe, un observateur du fonds, le déclara dans le Wall Street Journal, LTCM ' était sans doute le meilleur département universitaire de finance du monde ' ... »

Page 97 - « Black et Scholes ne s’arrêtèrent pas à la théorie : ils la testèrent vraiment, littéralement. Ils commencèrent avec des warrants et en notèrent plusieurs sur le marché qui, d’après leur formule, leur semblaient bon marché. Les meilleurs étaient ceux d’une compagnie appelée National General. ‘ Scholes, Merton et moi [Black] sautâmes sur l’occasion et achetâmes quantité de ces warrants. Pendant un temps, tout sembla comme si nous avions effectué exactement le bon choix. Puis, une compagnie appelée American Financial annonça une affaire tentante pour les actions de National General … Ceci eut pour effet de réduire considérablement la valeur des warrants ’. (Comment nous avons abouti à la formule des options – Black 1989) »

 

(2) Kakim Ben Hammouda (2002)  - «  Crise globale, un regard du sud » 

 

Page 54 - « La carrière de John Meriwether sera couronnée de succès au sein de Salomon Brothers. Au point que la direction de cette banque lui confie en 1986 la direction du département des arbitrages qui vient d’être créé. Quelques années plus tard, ce département connaîtra une montée en force et deviendra la principale source de profit de la banque avec près de 87% des bénéfices avant impôt. En 1991, l’hebdomadaire « L’Expansion » estime que les activités d’arbitrage ont rapporté à la banque 400 millions de dollars de bénéfices et 54 millions de primes à ces cinq traders vedettes. L’aventure chez Salomon va s’arrêter en 1991 suite à la falsification par un de ses collaborateurs d’une adjudication de Bons du Trésor (…) Condamné à verser une amende de 50.000 dollars, John Meriwether démissionne »

  

(3) Fisher Black, décédé en 1995, n'obtiendra pas le Prix de la Banque de Suède
(4) William Sharpe fut couronné «  Prix Nobel d'Economie » en 1990
(5) Roger Lowenstein (2001) - « When Genius Failed »
(6) Emmanuel de Waresquiel (2003) - « Talleyrand, le prince immobile »
(7
) Nassim Taleb (2005) - «  Le hasard sauvage» 

 

Page 263 - « On pourrait croire que, quand les scientifiques commettent une erreur, ils fondent une nouvelle branche scientifique à partir de ce qu'ils ont appris de cette erreur. Quand des universitaires, se mêlant de trading sautent, on pourrait là aussi s'attendre à ce qu'ils intègrent ces résultats à leur théorie et aient le courage de reconnaître qu'ils se sont trompés et qu'à présent ils connaissent mieux le monde réel. Eh bien non ! Au lieu de cela, ils se plaignent de leurs collègues qui ont fondu sur eux comme des vautours, précipitant ainsi leur chute (...) Tous les donneurs d'ordres qui discutent de la chute de LTCM prennent part à ce simulacre de science en fournissant des explications ad hoc et en rejetant la faute sur l'évènement rare … »

 

(8) Le Dow Jones a débuté le mois d'août 98 à 8.883,29 points et l'a conclu à 7.539,07 (-15,13%)

 



Illustration : Dollar froissé

 


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31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 21:36
 
 
Quiconque acheta le Dow Jones ce 3 septembre 1929, fut mal inspiré. L’indice, qui avait pris congé du réel de longue date, culmina ce jour-là en séance à 386,10 points, propulsé par la fascination qu’exerçait déjà la grande opinion financière sur la multitude : économistes et experts cautionnaient la hausse, analystes et banquiers rameutaient le ban, et nul n’imaginait qu’un génie si partagé pût faillir. Ce qui advint est assez dans toutes les bouches : le désastre emporta tout. A l’aube des années 1950, Wall Street n’avait regagné que les deux tiers du terrain perdu, malgré les invites de blue chips qui payaient des dividendes au triple d’un compte épargne 1 Las, rien n’y faisait : le frisson spéculatif effarouchait encore et le client était rare. Et la défiance était grande, car si les mauvais exemples venaient de partout, l’abomination venait bien d’en haut : Richard Whitney, diva du bel canto d’avant krach, président de la Bourse de New York, avait séjourné trois années à Sing Sing. Motif : vol qualifié 2. On s’en souvenait. De sorte qu’en cet après-guerre, la Bourse semblait hors-jeu. L’apnée allait bientôt prendre fin : le 24 novembre 1954, vingt-cinq années après la catastrophe, Wall Street retrouvait le sourire et le niveau qu’on a dit.
 
A cette époque, la gestion d’un portefeuille n’était pas l’essentiel dans l’investissement boursier. Journaux et magazines délibéraient sur le choix d’actions ou d’obligations, dans la plus pure tradition du fait vendeur. On y publiait toutes sortes de ficelles pour cibler les meilleurs titres, renifler les vents porteurs comme la mauvaise houle, et les conseils « maison » ne manquaient pas, qui assuraient qu’on serait moins plumé. Du risque d’ensemble, il était peu question. John Keynes 3 lui-même, qui géra les dotations du Kings College de Cambridge et les avoirs d’un assureur britannique, considérait que la diversification était une idée fâcheuse, et que l’on pouvait bien mettre tous ses œufs dans un même panier pourvu qu’il fût solide. « Supposer que faire passer la sécurité en premier consiste à détenir de petites quantités de nombreuses sociétés que je ne peux pas juger précisément faute d’informations, plutôt qu’une grosse part d’une entreprise sur laquelle je possède des informations précises, me semble être une parodie de politique d’investissement » 4. Cette opinion courait, faisant écho aux lois de puissance de Vilfredo Pareto - 20% des causes produisent 80% des effets. Le secteur allait bientôt vivre sa révolution copernicienne. Et tresser un grand nombre de lauriers NobelLa controverse Nobel

Le choix des lauréats Nobel de l’année 2004, section Economie, fut la goutte qui fit déborder le vase : l’américain Edward Prescott et le norvégien Finn Kydland obtinrent le prix pour un article de 1977, dans lequel ils avaient savamment établi, mathématiques dures à l'appui, que les Banques Centrales doivent de toute force échapper à la pression des élus. Un pur bijou du bel canto néoclassique ! L'ultralibéralisme y gagnait un supplément d'âme, et les écomathématiciens, un surplus d'empire sur les élites dirigeantes. La finance endimanchée, jamais en reste de baliser son pré carré, salua aussi, Banque de Suède en tête. D’aucuns, épris de scientificité, se crispèrent, et le firent savoir (…)

dont on finirait par s’alarmer qu’ils fleurissent mieux les colonnes corinthiennes de Wall Street que les théories économiques.
 
En mars 1952, le Journal of Finance publia un article de quatorze pages, « Portfolio Selection », qui fera la gloire d’un doctorant de Chicago, Harry Markowitz : dix ans plus tard, cet apport deviendra la théorie moderne du portefeuille. L’idée force de Markowitz fut de lier la rentabilité au risque pour isoler à chaque fois un portefeuille optimal, le plus adapté aux vues de l'investisseur, selon que celui-ci viserait un rendement maximal pour un risque donné, ou un risque minimal pour une rentabilité donnée. Le problème était la mesure : chaque étape de l'analyse ajoutait à la confusion. Il fallait d’abord imaginer les dividendes à venir des entreprises, puis conjecturer que les rendements passés auguraient de la volatilité future, enfin, calculer l’influence conjointe de chaque titre sur tous les autres. Mais les moyens informatiques de l’époque étaient courts pour jouer la partition. James Tobin l’affina en 1958, William Sharpe la simplifia en 1963, introduisant la normalité des dynamiques boursièresLe 21 octobre 1929 commença la fin : le lundi qui suivit, le Dow Jones perdit 13%, le lendemain 12% à nouveau, dans un désordre indescriptible, préludant une crise au long cours de l'économie américaine. On croyait avoir tout vu ; pourtant, le 19 octobre 1987, le Dow Jones fera mieux encore, c’est-à-dire pire, qui dévissera de 22,6% en une seule journée … que Paul Samuelson avait exhumée en 1956, et dont Myron Scholes et Robert Merton feraient une formule magique en 1967. Toute cette lignée sera nobélisée, Markowitz compris. Pouvait-on mieux vaincre l’image désastreuse de casino que colportaient les Bourses depuis 1929 ? Le 31 décembre 1959, le Dow Jones clôturait la décennie sur une progression annuelle de 13%, hors dividendes 5.
 
Mais cette intrusion massive de l’Université ne signifiait pas la fin des vicissitudes, et l’avenir ne tarderait pas à déconstruire quelques-uns de ces beaux édifices. On avait oublié qu’un tel engouement pour les hommes de savoir s’était déjà produit, avant le krach des krachs. Citons John Galbraith : « En 1929 (…) posséder un économiste bien à soi était l’une des possibilités et, comme les mois passaient, on assista à une concurrence effrénée pour enrôler les hommes qui possédaient la réputation et les capacités adéquates. Ce fut l’âge d’or des professeurs » 6. Le plus réputé d’entre eux, Irving Fisher, de Yale, s’assura une réputation éternelle en jurant peu avant le désastre : « Les cours des actions ont atteint ce qui semble devoir être un haut plateau permanent ». Plus récemment, d’autres ont fait autant pour leur renommée future, notamment Myron Scholes et Robert Merton déjà cités, professeurs éminents 7 qui conseillaient le fonds LTCM,Brève histoire d’un désastre financier : LTCM

Le 31 août 1998, Wall Street chuta en séance de 6,8%. A l'exception des bons du Trésor, réputés sûrs et sans surprise, tous les marchés vacillèrent, cédant à la panique. Cette journée funeste achèva un mois d’août horrifique, qui avait débuté, le 4 août, par un plongeon du Dow Jones de 3,5%, rapidement suivi d'une réplique qui dégraissa l’indice phare d'un coquet surplus de 4,4%. Les mathématiciens du lendemain frémirent : la courbe en cloche, diapason boursier, donnait une chance sur 500 milliards qu'un tel triplé advînt le même mois. Le génie financier se mit à suer à grosses gouttes : LTCM, mâle alpha du risque maîtrisé, vacilla, avant de tomber tout à fait peu après (…)

 le plus fameux des terres habitées, lorsque celui-ci faillit à l’automne 1998, au grand dam de la mondofinance. Ainsi la science du risque fut-elle toujours déjouée par les faits qui dominent le réel. Les économistes ont l’outrance mathématique chevillée au corps. Et la tête ailleurs, au pays des merveilles,
créateurs d’univers enchantés dont ils ne donnent aucune raison de penser qu’ils ont existé ou existeront un jour. Cet éloignement dit le tout.
 
Voici donc cet homo oeconomicus, otage de la Faculté et de croyances qui l’hypnotisent comme le serpent fascine la proie : il a lu Markovitz, connaît sa théorie du portefeuille, optimise le sien en estimant des risques et des rentabilités dans un monde « prévisible » ; il anticipe les taux que les banquiers centraux ignorent encore, avec lesquels il actualise les bénéfices futurs que les entrepreneurs sont eux-mêmes à supputer : surtout, il aime être précis, si possible deux chiffres après la virgule. Il ne changera pas d’avis avant qu’une nouvelle théorie émerge, assez dotée de formules et de graphiques pour être prise au sérieux. « Les individus ne sont pas parfaitement flexibles. Ils hiérarchisent leurs croyances et ne remettent en cause celles auxquelles ils tiennent le plus que contraints et forcés. La foi en la convention amoindrit l'esprit critique. Elle conduit à négliger les anomalies et à s'en remettre à la sagesse du marché "qui sait mieux que tout le monde" » 8. Ainsi le marché est-il son propre nombril : les opérateurs, rivés sur leurs écrans multicolores, recherchent en permanence un prix en tentant de « voler le départ », moins étreints par l’estimation du risque et des rentabilités que par le gain qu’ils retireront d’avoir mieux devancé les mouvements de la foule. Un prix émerge, qui fait foi : la spéculation, persona non grataLes vives variations des prix boursiers heurtent le bon sens : des entreprises sont portées au pinacle, clouées au pilori, parfois sans raison apparente, au gré d'errances désordonnées qui défient assez l’entendement commun et nous surprennent toujours …, mène les marchés. Elle ne figure dans aucun manuel.
 
« Rejeter les crises financières en étant convaincu qu’il ne peut y avoir ni spéculation, ni catastrophe, car cela supposerait l’irrationalité, revient à ignorer la réalité pour le bien de la théorie » 9. Plaise donc aux économistes de s’en souvenir mieux dans leurs mémoires. Et aux commentateurs, analystes, et autres faiseurs d’opinion, de moins s’échiner en explications oiseuses et convenues, tricotant aussi bien l’endroit que l’envers à chaque pulsation des Marchés. Lesquels sont imprévisibles.
 
  

 

(1) Peter Bernstein - (1995) - « Des Idées Capitales »

(2) John Galbraith - (1992) - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »

(3) John Maynard Keynes (1883-1946) 

(4) http://www.msh-paris.fr/la_recherche/prog_sci/prog_thematiques/docs_finance/cahier_JPMAM1.pdf 

 

Le modèle linéaire dans la gestion des portefeuilles
Les Cahiers de JP Morgan sur l'histoire de la gestion d'actifs
 

 

(5) Le Dow Jones clôtura à 200,52 le 30/12/1949 et à 679,36 points le 31/12/1959
(6) John Galbraith - (1989) - « La Crise Economique de 1929 »
(7) Myron Scholes (Stanford) - Robert Merton (MIT et Harvard)
(8) André Orléan - (2005) - « Le Pouvoir de la Finance »
(9) Charles Kindleberger - (1978) - « Histoire Mondiale de la Spéculation Financière »



 
Illustration : Professeur professant  
 
 
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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 01:00
     
 
Mary Meeker-copie-6Le monde de la finance a ses codes, ses modes aussi, qui vibrent au diapason de l'euphorie ou de l'abattement du moment. Et selon que des capitaux viennent à s'agglutiner dans une bulle, ou tout au contraire la crèvent et décampent, quelques profils brilleront ou se rabaisseront. Les analystes d’avant étincelaient moins. Isolés, loin des feux de la corbeille, en quarantaine entre le contrôle de gestion et la comptabilité, on les imagine, trois-pièces strict, plutôt sombre, chemise blanche de rigueur, à décrypter laborieusement de longues chroniques de chiffres
- La liquidité à tout prix -

(...) La spéculation est l’ébullition de la liquidité ; se nourrissant des variations de cours, elle disparaît avec elles dans le tarissement des cotations. La valeur fondamentale des titres redevient alors le point central d’estimation des sociétés ; ragaillardi, le long terme redonne aux analystes du grain à moudre, dans l’accablement de tableaux de chiffres interminables, dépiautés en tirant la langue. Cette comptabilité laborieuse, ne fait pas hélas l'éclat de la finance contemporaine voulue par ses chantres libéraux. Haro sur les vieux barbons, comme Keynes, qui, notant le lien entre liquidité et spéculation, préconisait déjà qu’on imposât aux Marchés des coûts de transaction élevés (…)

- Boursonomics 22/03/2009 -
, de comptes d'exploitation et de perspectives. Ceux de l'ancienne époque étaient sûrement de cette sorte-là, à s’échiner pour le roi de Prusse, dans l’ombre, épluchant sans relâche l'économie des entreprises. Une vieille école en somme. Puis vinrent les
années 1990, celles que Joseph Stiglitz, prix Nobel d'Economie, baptisa les Roaring Nineties, dignes suivantes des Roaring Twenties qui précédèrent le Krach de 1929. Ces années folles-là seraient telles leurs aînées, volubiles, pleines d’excès et de dérives. Les commis industrieux avaient vécu : la nouvelle génération sonna l’heure des roadshows, du marketing boursier, de la création de valeur.

Le 16 juin 1933, peu après le désastre et la déroute du système bancaire américain
1, le Glass Banking Act 15-1 institua la séparation entre les banques commerciales de dépôts, gérant l’épargne des clients - laquelle serait désormais garantie par l'Etat au travers de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) -, et les banques d’investissement, vouées aux opérations sur titres et valeurs mobilières. Ce divorce ne résistera pas au tempétueux mouvement de dérégulation des années 1980, lobbying compris, parachevé par la loi de modernisation des services financiers que signera Bill Clinton en 1999 2. Cette liberté retrouvée, sur laquelle Alan Greenspan, président de la Fed, avait donné des gages dès 1986, fera sauter un autre bouchon, la muraille de Chine 3, sas coupe-feu entre les analystes financiers et les banquiers d’affaires - bancanalystes. Car, au sein d’une même compagnie, voilà deux groupes qui voisinent : les premiers évaluent les sociétés pour conseiller leurs clients fortunés ou institutionnels, les seconds négocient des placements de titres et des mandats de gestion. Pas facile dans ces conditions d’émettre un jugement défavorable sur une entreprise susceptible de vous confier une opération de fusion/acquisition lucrative ! La dérégulation rendit tout plus possible. La planète média rendit tout plus facile. Tout devint plus perméable. Le pire n’allait plus tarder.

Jack Grubman fut l’un des analystes financiers les plus en vue des années Internet. Spécialiste des télécoms chez Salomon Smith Barney,
filiale de Citigroup, il se signala par ses conseils réitérés sur WorldCom : le 6 janvier 2000, il recommanda la valeur à l’achat tandis que le titre cotait 47,87 dollars, puis, réédita quatorze fois le même conseil durant les mois suivants malgré la chute du titre, notamment le 11 avril 2002 tandis que WorldCom ne cotait plus que 4,64 dollars. Quinze jours après, le cours hoqueta à 3,98 dollars en même temps que l’intéressé, qui se déclara … neutre sur la valeur ! WorldCom s'effondra le 21 juillet 2002 4. Un tel jusqu'au-boutisme masquait en réalité la prolifération de conflits d'intérêt
- Agences de notation -

(...) La spéculation qui précéda l'e-krach montra tout ce que le Marché comptait d’aveugles. Hallucinée par les milliards coalisés dans la bulle, la sphère financière prit congé du réel : analystes, auditeurs, experts, économistes et autres mouches du coche certifièrent le boom, et nul ne marchanda plus la renaissance du temps. Les agences de notation ne tranchèrent pas dans ce tableau idyllique, octroyant sans tergiverser leurs blancs-seings à l’achat : entre 1997 et 2000, plus de 90% des notes données étaient positives, en dépit de l’endettement considérable auquel s’exposaient les démiurges de la Nouvelle Ere : 29,3 milliards de dollars pour Worldcom, bientôt le plus gros failli de l’Histoire (…)

- Boursonomics 14/02/2010 -
que la banque devait assumer après avoir aidé 81 sociétés du secteur
à lever 191 milliards de dollars, en échange de plusieurs centaines de millions de dollars d’intermédiation 5 ! Impayable jeu de barbichette ! Mais d’autres encore tinrent le haut de l'affiche, comme Mary Meeker (Morgan Stanley), égérie du Web, ou Henry Blodget (Merrill Lynch), un illustre inconnu bientôt surnommé « le Roi Henry » par le Wall Street Journal après une incroyable prophétie sur Amazon 6, pris la main dans l’e-mail sur les actions Lifeminders, GoTo.com, surtout Infospace qu'il qualifia de détritus tandis qu'il en conseillait l'achat à ses clients 7. Entre autres indélicatesses et autres indélicats.

On soldera le tout le 28 avril 2003, après qu'un accord entre les autorités et les dix principales banques de Wall Street eut convenu d'arrêter les poursuites pénales envisagées contre les pratiques des analystes : celles-ci accepteront de débourser 1,4 milliard de dollars, la sanction la plus importante jamais infligée à des institutions financières aux Etats-Unis 8
. Goldman Sachs, dont quelques présidents devinrent secrétaires d’Etat au Trésor, sera de la partie, dans sa plus pure tradition d’affairisme. Goldman Sachs dont les analystes publièrent une note dithyrambique sur l'électricien Enron     - Take the money Enron -
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(…) « Nous jugeons que la période actuelle offre une opportunité très rare d'acheter les actions d'une société qui demeure extrêmement bien positionnée pour croître à un rythme substantiel. Nous sommes sûrs que les on-dit négatifs autour de l'a compagnie sont faux, non fondés sur des éléments concrets (...) Nous estimons que les cours actuels intègrent les pires craintes des investisseurs ». Cette apologie titrée « Still the best of the best », rendue publique le 9 octobre 2001, fut l'édifiante contribution de la banque Goldman Sachs à la gloire de la société Enron, deux mois avant sa chute. Arthur Andersen, qui expertisait les comptes, n'avait rien trouvé à y redire(…)
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     - Boursonomics 17/08/2006 -

, le 9 octobre 2001, titrée « Still the best of the best », relayés par UBS Warburg, ou Crédit Suisse First Boston, qui maintiendront un conseil d’achat jusqu’au 28 novembre suivant : le 2 décembre 2001, Enron n'était plus qu'un tas de cendres ! 63 milliards de dollars d’actifs s'évanouissaient, 55.000 salariés perdaient leur emploi et leur retraite 9, cependant que la grande loge financière s'était partagée 250 millions de dollars de commission chaque année 10 ! Ah le beau monde que voilà, analystes menteurs, employeurs vénaux et autres comparses, tous gâtés par un fumet de fourberie qui exsude de tous leurs pores, jusqu'à leur conscience qui triche par là ! Un été plus tard, Alan Greenspan, las de tant de duplicité, lancera :
« La falsification et la fraude détruisent le capitalisme » 11. On le croira assez.

Pourtant, en plein délire Internet, quelques-uns surnagèrent. Ravi Suria, analyste chez Lehman Brothers, osa, en juin 2000, une note à contre-courant alléguant qu’Amazon, leader mondial de « l'e-commerce », pourrait manquer d’argent début 2001 «
à moins de sortir un lapin financier de son chapeau magique 12 ». Crispation sur le Nasdaq : le titre chuta aussitôt de 20 %, délestant virtuellement au passage Jeffrey Bezos, fondateur d’Amazon, de plus d’un milliard de dollars 13 ! Ravi Suria fut mis à l'index, et la banque d’affaires, moins en cour chez Amazon. De ce côté-ci de l’atlantique, voici Edouard Tétreau, analyste au Crédit Lyonnais Securities Europe, qui fusilla courageusement Vivendi Universal dans sa note du 20 mars 2002 - « Vivendi, la fin d’une exception 14-1 » -, quatre mois avant que Jean-Marie Messier quittât le navire. Et de cet autre côté-là de la Manche, voici Derek Terrington, analyste londonien chez UBS, remercié pour s’en être pris trop tôt à Robert Maxwell, l’idole des Marchés du début des années 1990. Il dénonça les malversations du magnat britannique dans un mémo tant astucieux que perfide : « Can’t Recommand A Purchase 14-2 », dont les initiales, « CRAP », signifient « pourri, dégueulasse ». Tout n’est donc pas perdu. Mais quelques-uns seulement n'y suffiront pas.

Au cours de son enquête, à partir d'avril 1932, la commission présidée par Henry Steagall, le représentant de l’Alabama, dénonçait déjà « la pratique de la désinformation qu’utilisent les agents de change sur la valeur réelle des titres, l’agiotage des banques de dépôts et les cumuls de fonction   - Ces Messieurs du Conseil -
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(…) Voici l’Amérique emblématique des grands capitaines d’industrie à l'amorce du XXème siècle, celle des trusts macrophages et tentaculaires des John Davison Rockefeller, John Pierpont Morgan, deux des sires qui inféoderont une centaine de firmes à eux seuls. Rockefeller III, petit-fils du précédent, animait plus de vingt conseils d’administration. Des vassaux brillèrent comme Winthrop Aldrich, patron de la Chase National Bank qui siégeait en 1948 chez ATT Westinghouse, International Paper, Metropolitan Life Insurance, et bien d’autres encore, l'œil sur un capital équivalant à trois budgets annuels de la France ! Chez Morgan, George Whitney auditait partout, et Richard King Mellon tout autant (…)
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     - Boursonomics 30/08/2012 -

opérés par des firmes comme la Kuhn, Loeb & C° »
15-2. Sans régulation ni déontologie, les Marchés sont un théâtre antique, sans foi ni loi, où la fraude et le mensonge, hors de contraintes, l'emportent toujours sur la règle, morale comprise.
 
 

 
       
(1) Historical Statistics of the United States : 25568 banques en 1929, 14772 en 1933 ;
(2) Le Glass-Steagall Banking Act est abrogé en 1999 par le Gramm-Leach-Bliley Act ;
 
La loi Gramm-Leach-Bliley permet à un même conglomérat financier d'offrir toute la palette des services financiers (banque, assurance, titres, capital-investissement ...) sous un statut de holding et le contrôle de Federal Reserve Bank. Les banques d'investissement restent contrôlées par la SEC (Les Echos, le 23/09/2008 - Splendeurs et misères des établissements d'investissement).
 
(3) Expression convenue dans le jargon professionnel
(4) Plus grande faillite de tous les temps (103 milliards de dollars d'actifs, 24000 emplois)
 
Salomon Smith Barney aura réuni pour WorldCom, Global Crossing ( faillite le 28/01/2002) et Qwest, des capitaux de 24,7 milliards, 5,4 milliards et 5,6 milliards de dollars. Les commissions respectives furent de 140,7 millions, 83,8 millions et 34,4 millions de dollars.

(6) Laurent Mauriac (2002) - « Les flingueurs du Net »
 
« Le 16 décembre 1998 marque un tournant. Henry Blodget, un jeune analyste d’une petite firme de courtage, CIBC Oppenheimer, publie un rapport sur Amazon. Il prévoit que le titre, coté alors à 240 dollars, atteindra 400 dollars d’ici à un an. Ce jugement provoque une ruée sur l’action. Le jour même, son cours augmente de 20%. La barre des 400 dollars sera atteinte en moins de trois semaines plus tard. Il suffit donc qu’un analyste méconnu affiche une projection insensée pour qu’elle soit aussitôt dépassée. Deux mois plus tard, Merrill Lynch, la banque d’affaires réputée, verra dans Blodget, 32 ans, un visionnaire : elle le débauchera pour un salaire astronomique »
 
(7) Usa Today, le 14/04/2002  - « Spitzer : Merrill analyst pitched stock he called 'junk' »
 
« On several occasions, Blodget was publicly bullish on stocks that he dismissed as garbage privately. Most of the companies were giving Merrill investment banking business. For instance, Blodget kept Internet search company InfoSpace on Merrill's "Favored 15" list from at least August 2000 until Dec. 5, 2000, although Blodget acknowledged as early as July that the stock was a "powder keg." In October 2000, he referred to it as a "piece of junk." In March 2000, the stock was trading at $132. On Friday it was treading water at $1.46. In another reference, after initiating coverage of Internet company GoTo.com, an institutional investor wrote: "What's so interesting about GOTO except banking fees." Blodget replied: "nothin (sic)." GoTo.com no longer exists »
 
(9) Vincent Almond (2003) - « Les Mensonges de la Bourse »
(11) Le Monde, le 18/07/2002
(12) L'Express, le 07/09/200 - « Un impérieux besoin de cash »
           
« Le 22 juin, dans une de ses notes mensuelles consacrées à la nouvelle économie, Ravi Suria, un analyste américain spécialisé dans l'étude des crédits chez Lehman Brothers, s'alarme de l'endettement d'Amazon.com. On y lit dès la première page - le rapport en compte une trentaine - que " la firme va se retrouver à court d'argent dans un des quatre trimestres à venir, à moins qu'elle ne réussisse à sortir un lapin financier de son chapeau magique ", et, un peu plus loin, que de telles conditions ont déjà " conduit de nombreuses entreprises à la faillite " »
          
(13) 01.Net, le 26/06/2000 - « Amazon.com dans la tourmente boursière »
(14) Edouard Tétreau (2005) - « Analyste - Au cœur de la folie financière »
                    
Page 242 - « Lundi 13 Mai 2002 (...) un de mes supérieurs hiérarchiques m'appelle pour me convoquer dans son bureau (...) L'air gêné, il me tend une feuille signée de sa main (...) [qui] vaut tous les discours sur l'indépendance présumée des analystes financiers par rapport aux intérêts commerciaux des banques qui les emploient - Objet : incidents Vivendi - Monsieur, à deux reprises et à bref intervalle, vos méthodes de promotion de vos travaux d'analyse financière ont été à l'origine de tensions très vives et dommageables entre notre groupe bancaire et une grande entreprise cotée. Ce courrier constitue donc un avertissement (...) »

« Je ne peux pas recommander un achat »


(15) Jean-Marc Thiveaud (1988) - « D’une crise à l’autre, finances et modernisation »

 

Le Glass Banking Act est populairement connu sous le nom de Glass-Steagall Act ;

 

Revue d’économie financière, n°7 pages 159-163 – « Les préparatifs et l'instruction sont longs et la commission d'enquête lancée par Steagall commence seulement ses auditions en avril 1932 (...) Elle dénonce la pratique de la désinformation qu'utilisent les agents de change sur la valeur réelle des titres, l'agiotage des banques de dépôts et les cumuls de fonction opérés par des firmes comme la Kuhn, Loeb & C° »

 


     
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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 01:26



Francis-Baring-copie-2.gifMardi 17 janvier 1995. Kobé, assoupie, s’éveille doucement. Au sud de la ville, face à la baie d’Osaka, les premières lueurs du jour baigneront bientôt le port, Rokko Island, Port Island, et les nombreuses îles artificielles que l’homme a gagnées sur la mer. Soudain, à 5h46 locale, la terre se met à gronder. Surgissant de nulle part, un bruit sourd déchire la nuit, aussitôt accompagné de violentes secousses qui ébranlent la cité, semant la terreur, la désolation, la mort. Le séisme de Hanshin-Awaji a frappé, avec une infinie brutalité. Kobé est ravagée : 6.000 morts, des blessés en masse, 100 milliards de dollars de dégâts 1 ! On s'organise, et la vie continue, avec ceux qui restent. A Tokyo, les Marchés, peu préparés aux évènements rares        - La courbe en cloche -
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(…) Le 21 octobre 1929 commença la fin : le lundi qui suivit, l'indice Dow Jones, pris de vertige, perdit 13%, et le lendemain 12% encore dans une apocalypse crépusculaire préludant une longue dépression de l'économie américaine. On croyait avoir tout vu, on se trompait : le 19 octobre 1987, le Dow Jones fera mieux encore, c’est-à-dire pire, qui dévissera de 22,6% en une seule journée ! Un autre inouï statistique se produira à l’été 1998, en point d’orgue à la crise asiatique, quand la banqueroute russe balaiera les places aux limites des cas d'école. L'évènement rare, voilà le trublion ! Cygne noir ou merle blanc, l'oiseau des philosophes n'a pas sa place dans la volière de la finance (…)
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     - Boursonomics 13/08/2006 -

, accusent le coup : le Nikkei perd 11%. L’onde de choc boursière ira jusqu'à Singapour, camp de base d’un trader bientôt fameux, Nick Leeson, qui y opère pour le compte de la banque Barings. Puis jusqu'à Londres : le 26 février 1995, à peine plus d'un mois après l'effroyable cataclysme, l'une des plus anciennes maisons financières d'Angleterre est placée sous tutelle. Ultime humiliation : le 6 mars 1995, le néerlandais ING rachète la séculaire Barings pour une livre symbolique !

Flash-back. C’est à partir de 1762 que les Baring prennent leur envol, devenant vite l’un des tout premiers marchands du royaume. L’affaire croît, embellit, franchissant les océans, armant les vaisseaux de commerce, finançant des prêts, prenant des garanties … De proche en proche, le négoce devient banque. En 1777, naît la « Baring Brothers », qui n’aura de cesse de devenir la première banque d’Angleterre, apanage déjà à cette époque des Rothschild 2. Prospérant grâce aux affaires maritimes         - Du libre-échange  -
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(…) L’Angleterre eut toujours pour ses vaisseaux les yeux de Chimène. Son empire vaquait jusqu’aux Indes magnifiques au-delà des caps qu’on doublait au prix de périples, parfois héroïques, sous l'aile protectrice de la Royal Navy. La Couronne exigea vite que ce ballet naval fût réglé à son profit. Dès 1651, les Actes de Navigation réservèrent le fret à la marine locale par des taxes ou des interdits sur l'affrètement étranger. Les cotonnades indiennes restèrent à demeure quand les filatures du Lancashire en décousirent sur les nouveaux métiers à étoffes ; de 1774 à 1842, on n'exporta plus de biens d’équipement. Ce climat de protectionnisme marqué participa à l’essor économique britannique (…)
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     - Boursonomics 19/04/2009 -

, mais aussi, sur le terrain politique, la banque ne craint pas l’ambivalence, qui financera notamment tout à la fois les Américains en guerre contre les Français, et, le corps expéditionnaire de Napoléon contre ces mêmes Américains. A l’issue de ce conflit, en 1802, Baring Brothers organisera la vente de la Louisiane, versant à Bonaparte des fonds qui lui seront bien utiles pour mener ses propres guerres … notamment contre l'Angleterre ! Ces liens que les Baring sauront entretenir avec les puissants feront dire au Duc de Richelieu, principal ministre de Louis XVIII : « Il y a six grandes puissances aujourd'hui en Europe : l'Angleterre, la France, la Prusse, l'Autriche, la Russie et la Maison Baring 3 ». Fortunes et infortunes paveront ainsi l’Histoire de la banque. En 1984, la Baring Brothers, devenue la Barings, achète Henderson Crosthwaithe, un courtier britannique impliqué dans les Bourses asiatiques.

Nick Leeson n’a pas quant à lui le privilège de la naissance ; son extraction est basse, ses études sont ordinaires, il rate même son baccalauréat. Son premier emploi l’amène chez Coutts & Company, banquiers de la Reine, où il pointe des chèques, sans « qu’il n‘en vît jamais aucun qui fût signé de Charles Windsor 4 ». A l’été 1987, il entre chez Morgan Stanley UK pour y enregistrer les contrats à terme et les options. Il y apprend l'éclat des produits dérivés          - Marchés dérivés -
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(...) Un produit dérivé boursier est un contrat dont la valeur découle d'un autre produit, qualifié de sous-jacent. Son but est simple : il s’agit de réduire le risque en mettant en rapport différents intervenants sur les marchés associés. L’agriculteur qui ne veut pas supporter le risque d’une variation de prix peut vendre sa récolte à terme, à un prix fixé aujourd’hui, tout comme l’industriel peut acheter au prix d'aujourd'hui des matières dont il n'aura l'usage que plus tard, se protégeant ainsi contre toute fluctuation défavorable des cours. Et si ce système opère, c’est bien parce qu’il se trouve des contrepartistes qui ne dédaigneront pas d'endosser cet aléa de Marché : ce sont les spéculateurs (…)
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     - Boursonomics 19/08/2006 -

et se fait la main. Il comprend surtout que les feux de la rampe ne brillent pas pour les gratte-papier du back office 5. Les étoiles sont les traders, et ils opèrent dans les salles de marché ! Le 10 juillet 1989, Nick Leeson rejoint la Barings. Imagine-t-on ce jeune homme de 22 ans, au 8 Bishopsgate, en plein cœur de la City, en ces lieux écrasés de solennité, à l’atmosphère raréfiée, au silence feutré … et ces murs, couverts de toute la généalogie des maîtres de la place ? Ici, lord Northbrook, premier comte du nom, gouverneur des Indes et premier lord de l’Amirauté, là, lord Howick, gouverneur colonial du Kenya, lord Cromer, consul d’Egypte, tel autre, gouverneur de la Banque d’Angleterre, tous, parentèle comprise, à jamais figés dans des postures victoriennes. Qu’a-t-il éprouvé en pareille compagnie, lui qui peu après plombera cette galerie antique du haut de sa roture ? Au printemps 1990, Nick Leeson s’envole vers l’Extrême-Orient.

Hong-Kong, Djakarta, du back-office. Singapour enfin ! La Barings Futures a là ses quartiers, distraitement dirigée par un manager aux nombreuses casquettes directoriales qui se désintéresse des opérations sur les dérivés. Entre Londres et Singapour, le flou de l’organigramme est une aubaine pour qui veut prendre le pouvoir. Outrepassant vite le mandat de superviseur des règlements qui l’a conduit à Singapour, Nick Leeson peu à peu fédère, recrute, gère en même temps qu’il opère, contrôle les opérations qu’il a lui-même menées, à rebours de tous les canons de la profession. En 1992, il obtient sa licence de trader : de simple arbitragiste aux ordres, il travaille bientôt en compte propre. Il supervise tout, depuis le front office 6, les transactions à l'avant-scène, jusqu’au back office, l’arrière-cour comptable. Les résultats qu’il obtient sont incroyables, à tout le moins paraissent tels, qui feront dire à Peter Baring lui-même, dès 1993 : « Les bénéfices sont devenus spectaculaires après la restructuration : la Barings en a conclu qu’en fait il n’était pas très difficile de gagner beaucoup d’argent avec des titres 4 ». Mais le ver est dans le fruit : un compte dit d’erreurs, secret, numéroté 88888, qui reçoit les inévitables méprises de la criée commence peu à peu à forcir de mécomptes moins autorisés : fin février 1995, on y découvrira une dissimulation abyssale  - Détournements inaperçus -
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(...) Les Roaring Nineties ne furent pas sans rappeler l’hédonisme des années folles : le génie financier se mit à concocter de nouveaux plans, admirables, qui libèreraient toute la fantaisie des magiciens de l'argent. Le résultat fut calamiteux : Drexel Burnham Lambert, une banque très innovante de ce temps y laissa sa chemise, envoyé au tapis par son maître à penser, Michael Milken, l’inventeur des obligations pourries. Des traders voyous, comme Ivan Boesky, Dennis Levine, et d'autres encore, précédèrent le crépuscule de l’icône et celle des Bourses en 1987. Nick Leeson se fit remarquer en torpillant la Barings, coulée par la chute du Nikkei et l’ébranlement cataclysmique de Kobé en 1995 (…)
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     - Boursonomics 21/12/2008 -

 de quelque 827 millions de livres 7.

Pour surseoir, Leeson ratisse large : entre autres cautèles, il invente une créance fictive sur Citibank, puis une autre de 7,78 milliards de yens qu’aurait contractée un courtier 8 sur une transaction hors marché, payée par la Barings Futures en lieu et place de la BNP 4 ! Ses opérations au feu ne sont pas mieux auditées : le trou enfle. Il multiplie les risques, joue d’abord la stabilité du Nikkei sur des marchés à terme où l’appel de marge est quotidien. Londres comble mais s’inquiète. Le séisme de Kobé sonne l'hallali : le Nikkei perd 1000 points. Leeson joue la reprise et vend alors des options sur l’indice, une manœuvre dilatoire qui permet d’encaisser aussitôt une prime et de perfuser une liquidité temporaire. Le Marché ne suit pas, et la prime reçue n’est que de payer continûment l’appel de marge du lendemain. Désemparé, notre trader s’invite sur le marché OTC 9, où des gens bien élevés négocient hors bourse des transactions sans appel de marge. Une bouffée d’oxygène. Mais il est talonné : et le temps ne permettra pas que son pari d’une remontée du Nikkei soit gagnant, ou plus mortifère. Ce jeu où la perte potentielle est immense, égale en limite au notionnel, expédiera la Barings ad patres. La Banque d'Angleterre ne leva pas le petit doigt      - Les Etats, les banques -
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(…) A l'automne 2007, tandis que Northern Rock, huitième banque du Royaume-Uni, se mourait, Mervyn King, gouverneur de l'immémoriale Banque d’Angleterre, droit dans ses bottes, corna haut et fort qu’il ne volerait au secours de personne, à commencer par la belle de Regent Centre, estimant « qu’un apport de liquidité (…) encourage des prises de risque excessives et sème les graines de crises financières futures ». On ne suspecte pas l’orthodoxie de ceux qui font la doctrine ! Les naufrageurs de la séculaire Barings s’en souviennent encore ! Bah, une semaine après cette proclamation, l'Argentier du Royaume capitulait et pour finir, cassait sa tirelire sous la pression de la rue en colère (…)
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     - Boursonomics 24/12/2007 -

, afin qu'on ne pût croire qu'elle épongerait les pratiques rouées de quiconque, fût-il de son lignage. La reine Elizabeth opina : « We are not amused ».

En septembre 1995, la banque japonaise Daiwa étala une perte de 1,1 milliard de dollars et la fermeture de ses bureaux new-yorkais, suite aux mauvaises affaires de Toshihide Iguchi, l’un de ses traders sur place 10. En 2001, John Rusnak, fera perdre 691 millions de dollars à la banque AllFirst de Baltimore, filiale américaine de la major irlandaise Allied Irish Bank 11. Et tant d’autres histoires de traders éblouissants             - Rogue traders -
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(...) La finance n’est pas économe de dollars qui volètent par milliards, tourbillonnant ici, s’évanouissant là, qui ne bouleversent plus personne. La notion même de valeur se perd dans les algorithmes des machines électroniques, évanescente, jusqu’à l’anesthésie complète et la perte de tout sens réel. Dans ce concert, les banques, compagnies financières et autres professionnels de l’argent, sont aux premières loges. Las, il arrive que leurs soldats au feu, les traders, soient plus étreints par des positions spéculatives adverses que par la déontologie ou les stratégies d’entreprise(s) à long terme. Quand enfin on entend mugir le Minotaure, le trader, traître et relaps, est livré à la vindicte populaire (…)
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     - Boursonomics 27/01/2008 -

, fascinés par l’argent roi, mal contrôlés par leur hiérarchie, pris dans la spirale du recouvrement de pertes ne cessant de s’accroître et finalement maquillant les comptes. Le portrait du virtuose de la Barings est tout entier là.





 
(1) Le Monde Diplomatique, Août 1996 - « Et si le Japon faisait faillite »
(2) Les Echos, le 18/08/2005 - « Francis Baring » - Tristan Gaston-Breton
(3) Emmanuel de Waresquiel (2003) - « Talleyrand, le prince immobile »
(4) Nick Leeson (1999) - « Rogue trader »
(5) Suivi administratif et comptable des transactions conclues par les négociateurs ;
(6) Prise directe des négociateurs avec le Marché (par exemple anciennement la Corbeille) ;
(7) La Vie Financière, du 24 au 30 août 2007 - « La chute de la banque Barings »
(8) Le courtier en question est Spear, Leeds & Kellogg
(9) OTC : Over The Counter (littéralement Au-dessus du comptoir)
(10) Washington Times, le 27/09/1995 - « Toshihide Iguchi »
(11) The London Independent, le 18/01/2003 -  « Rogue currency trader Rusnak jailed …  »



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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 00:23
 
 
 

Nul ne sait réellement comment roulent les Marchés financiers, c'est-à-dire comment s'y forment les prix 1. Rien n'a pourtant été compté qui pût circonscrire l'avenir ou arraisonner le risque. Aucun effort ne fut ménagé ni les chicanes évitées, qui opposent encore praticiens, universitaires, mathématiciens, économistes, analystes de tout poil, sans que rien d'ultime dans l'entendement des cours boursiers n'ait émergé. Un principe recule, une méthode déchoit, qui paraissaient avoir opéré : le furet du bois joli court encore ! Ainsi, dans la floraison de théories que l'effervescence fait éclore, et tandis que le temps nous presse, condamné à l'infinie prolifération de plans sans cesse contredits, finalement, chacun se hasarde ou renonce. Cette vaine quête de l'imprévisible laisse la voie libre à toutes les presciences, au premier rang desquelles figure l'Analyse TechniqueDes moyenne(s) sans mobiles

(...) Le Marché-roi ne manque pas de fidèles convaincus, de la coque au pont, jusqu’à la vigie, qui ne jurent que par son omniscience. Cet animisme a vite célébré force experts, tous passés maîtres dans l’art de conjecturer le passé mais restés à quai dans celui de penser l’avenir. La prévision boursière a ses propres oracles, sur la foi d’un prix qui recèlerait tout ce qu’il y a à savoir sur les cotations futures. Dans leurs boîtes de Pandore, des graphes économiques, monétaires et boursiers, leurs zigzags, leurs abrupts surprise, leurs moyennes mobiles, qui tantôt s'entrecroisent, tantôt s'échappent, mystiques et vaporeuses. En flanc-garde, la clé pour décrypter le tout (…)

, un corpus disparate de stratégies assez doté d'anglicismes pour être pris au sérieux, porté par des hommes de l'art jargonnant leurs prédictions. Quelques gourous en vue font la claque. Et d'autres les écoutent, avec la fureur de se faire dire la bonne aventure en courant après tous les liseurs de graphiques d'Amérique et d'ailleurs, qui ont à dire sur ce sujet.

Qui se souvient de William Peter Hamilton ? Ce journaliste écossais rallia les rangs du Wall Street Journal en 1899 comme reporter, où il trouvera à entrer dans l'histoire du chartisme boursier. En 1903, il succéda à la rédaction en chef du journal à un certain Charles Henry DowLe Maître des Indices

Charles Henry Dow est un homme taciturne. On le dit calme, réfléchi, ne s’emportant guère, un brin conservateur. Il débute sa carrière dans le journalisme en 1872, au Springfield Daily Republican. La finance lui plaît. En 1882, il crée avec un ami journaliste financier, Edward Jones, une agence de presse, la Dow Jones & Company, qui imprime quotidiennement une gazette d'informations boursières, la Customer's Afternoon Letter, l’ancêtre du Wall Street Journal. Le 3 juillet 1884, on y publiera, pour la première fois dans les annales de la finance, un indice supposé refléter les cours d'un panier de titres de l’économie américaine. Un indice planétaire s'éveillait (…)

, créateur de l'indice éponyme new-yorkais, qui deviendra le père spirituel des adeptes de l’Analyse Technique. Son successeur britannique sera son plus grand prosélyte posthume, relayé par un certain Robert Rhea, moins en vue quoiqu'ayant parachevé les idées du primat dans sa « Dow Theory » parue en 1932. Le lundi 21 Octobre 1929, trois jours avant le désastre, William Hamilton publia dans ses colonnes un article stupéfiant au titre fort approprié, « A Turn in the Tide » (Le reflux), qui n'était pas sans rappeler les métaphores océanes conçues par Dow pour caractériser les instants des Marchés : marées, vagues et clapotis. Il y pronostiquait l'imminence d'un krach sur la foi des apprêts graphiques de son maître à penser : on ne pouvait mieux voir ! Hélas, on apprit plus tard qu'Hamilton avait déjà prédit le krach en 1927, puis en 1928 2, ce qui disqualifia la pertinence de l'alarme. Tôt ou tard, tout finit par arriver : mais nous ne savons jamais dans quel ordre ni sous quel délai. Cette infortune fut de mauvais aloi : la graphomancie boursière tomba peu à peu en désuétude. Jusqu’à l’aube des années 1980.

Le Marché fit son grand retour quand vinrent les temps de la hourra-déréglementation. « Et dans les officines, des pythonissesL’art borgne de la divination

Fontenelle dit que Démosthène se plaignait des oracles de Delphes, qu’il jugeait trop conformes aux intérêts de Philippe de Macédoine : « La Pythie philippise » ironisait-il ! Cependant, des siècles durant, rien d’important qui n’eût sa part de doute, ne fut entrepris sans consulter les sibylles. Et en cette gageure, les antiques trépieds de Delphes étaient en possession de l’avenir depuis la nuit des temps : ils dominaient le Marché dirait-on aujourd’hui. Ces pythonisses, aux augures divinement soudoyés, qui montraient bien qu’on avait affaire à des hommes, témoignaient déjà de l'impérieux besoin de l’espèce à dompter son futur. Au décorum près, rien n'a si changé (…)

, des voyantes et des sorciers !
3 ». Joseph Granville fut un analyste technique très écouté au début des années 1980. Animateur de séminaires qui rameutaient toujours une grande presse, rédacteur d’une lettre confidentielle - « Granville Market Letter » -, auteur prolixe d’opuscules boursiers et de quelques autres vade-mecum - « How to win at Bingo » (Comment gagner au Bingo) -, il est entré dans l'éternité chartiste en introduisant, dès 1963, un indicateur technique baptisé On Balance Volume 4. Cet artefact qui, selon les canons de cet art, additionne et soustrait, puis analyse et suppute, serait tout à fait conseillé quand la tendance est peu lisible sur le cours. D’aucuns y décèleraient les prémisses d’une OPA. Comme tous les gourous, Joseph Granville avait le pouvoir de faire bouger le Marché, selon le préjugé commun qu’une réussite passée ne peut naître que d’un génie particulier. Ainsi causa-t-il un début de panique le 6 janvier 1981 à Wall Street en lançant sur les ondes un signal de vente qui fit perdre 23 points au Dow Jones 5 ! Puis, son aura faiblit, au gré de prédictions de moindre veine, et le désastre financier qu’il lut avec constance dans les graphiques de la cote, fit passer ceux dont il avait l’oreille à côté de la formidable hausse des années 1980.

L'influence du précédent déclinait à peine qu’une nouvelle étoile s’annonçait déjà, brillant des mille feux du grand marché haussier de ce temps : Robert Prechter devint la nouvelle référence. Grand vulgarisateur des thèses obscures de Ralph Nelson ElliottLe Maître des Vagues

(...) Ralph Nelson Elliott, estimable comptable du Middle West, conçut dans les années 1930 un système nouveau d’analyse graphique des cours de Bourse s'appuyant sur la psychologie des opérateurs. Selon lui, celle-ci alternait en séquences d’optimisme puis de pessimisme, parfois mâtinées d’extravagance euphorique ou bien de profonde panique. De telles vagues, enfants chéries des chartistes modernes, paraissaient se recommencer à différentes échelles de temps. Un observateur accoutumé les aurait aperçues aisément pour peu que son intuition ne comptât pas plus que le résultat qu’il voudrait y voir et celui que la réalité produirait. Une gageure en somme (…)

dont nul n’avait jamais entendu parler, il soumit les fameuses vagues elliottistes à la question, et ses prédictions furent remarquables. Cet ancien analyste de chez Merrill Lynch, qu'il quitta en 1979, abreuva alors des disciples toujours plus nombreux à voler au secours de la victoire, d'une littérature continûment renouvelée et rééditée, allant même jusqu'à grapher l'Histoire des Etats-Unis 6 sous les ondulations de ces vagues primordiales. Il fut avec Joseph Granville et Henry Kaufman, l'économiste en chef de chez Salomon Brothers à l'époque, l'un des rares gourous locaux à pouvoir réellement influencer Wall Street par ses propos publics. Puis vint le krach d’octobre 1987 qui gâta tout. Robert Prechter devint baissier chronique, et surfa à contre-courant de la hausse triomphale des années 1990. Le flux et le reflux des vagues l'emportèrent. L’explosion de la bulle Internet lui donnera tardivement raison quand les cours finirent de défier la gravitation. Las, les marchés, qui ne font jamais les choses aussitôt qu’on le désirerait, avaient déjà signé la disgrâce de Robert Prechter : les traders, âpres au gain, n’ont pas la patience d’attendre !

On adouba alors Elaine Garzarelli, enfant chérie de Wall Street, docteur en Economie, vice-présidente de la banque d’affaires Lehman Brothers et spécialiste de l’Analyse Technique, qui fit la une de magazines en vogue comme Fortune ou Cosmopolitan après avoir prédit le krach de 1987. Sacrée « Gourou du lundi noir », sans exemple connu depuis Roger Babson 7, un économiste qui alerta du Grand Krach de 1929 sous les huées générales - notamment celles de l'illustre Irving FisherLes Maîtres enchanteurs

« En 1929, avoir un économiste à soi était l’une des possibilités. On assista à une concurrence sévère pour enrôler ceux qui possédaient le renom et le talent adéquats. Ce fut l’âge d’or des professeurs ». Bah, l’afflux des savants dans les affaires privées, tel que le rappelle John Galbraith, n’a jamais signifié la fin des vicissitudes. Et seul le temps nous a fait oublier qu’un tel engouement pour les hommes de savoir s’était ainsi produit avant la Grande Dépression. Le plus réputé d’entre eux, Irving Fisher, de Yale, gagna une réputation éternelle en pontifiant : « Les cours des actions ont atteint ce qui semble devoir être un haut plateau permanent ». Peu après, le krach majeur (…)

, la belle Elaine survécut assez mal à sa guerre de Troie. Car si nul qui n’ait annoncé un extrême boursier ne peut prétendre aux honneurs de l’influence, aussi bien quiconque y a réussi se montre-t-il souvent en peine de rééditer. En sorte qu’Elaine Garzarelli, qui lisait le marché en combinant une bonne douzaine d’indicateurs techniques, entrelaçant toutes sortes de données du maquis économique dans un fatras de chiffres et de ratios, perdit rapidement de son prestige en même temps que ses prophéties faillaient. Elle rata le rebond au sortir du krach et le fonds de placement qu’elle avait créé, tout entier dévolu à sa gloire naissante, ne battit jamais le Marché. En 1994, elle quitta Lehman Brothers et, peu après, créa sa propre société Garzarelli Research Inc 8. Consumée par la baisse qui avait fait son nom, elle pronostiqua une baisse des indices de 15 à 25% pour fin 1996 9. Laquelle baisse se fit désirer deux ans ...

Gageons que d'autres épées chartistes émergeront des ébranlements qui balaieront les futurs rallyes spéculatifs. Mais quelques coups de Bourse ne font l'orfèvre que dans les médias pressés. La survivance d'une poignée d'experts a ceci de commun avec l'inconstance de leurs augures qu'elle pourrait n'être que le fait du nombre et du hasardHasard et multitude

(...) Le profit antérieur d’un prince des Marchés ou d’une institution, qui intéresse les faiseurs d’argent et les vendeurs de rêve, ne nous apprend rien de prime sur ces as de la plus-value, sauf à connaître l'épaisseur de la population dont ils ressortent. Ainsi, à l’instar de Nassim Nicholas Taleb, philosophe du hasard, confierions-nous assez la moitié de nos économies au trader d’exception qui émergerait d’un groupe de dix personnes, et pas le premier cent à tout autre qui fût exfiltré de milliers de ses semblables. Car la vérité pourrait être que ce survivant a eu de la chance. Le talent ne doit rien aux coups de Bourse ni aux caprices de la fortune. Il est durable (…)

. L'art est donc de repérer les gourous avant leurs exploits. Après c’est souvent trop tard.





 

(1) Gérard Sauvage (1999) - « Les marchés financiers - Entre hasard et raison : le facteur humain »

(2) Peter Bernstein (2000) - « Des Idées Capitales »

(3) Citation de Georges Huymans (1848-1907), rapportée par le Littré 1970

(4) L'OBV s'intéresse aux volumes de transactions

 

Source Edubourse - « Les volumes d'un titre permettent de valider la tendance que suit le cours ou au contraire l'invalider. L'OBV ou On Balance Volume est un indicateur d'accumulation des volumes. Son mode de calcul est d'une relative simplicité. Si le cours du titre est en baisse, il suffit de retrancher de l'OBV le nombre de titres échangés. Dans le cas d'une hausse du cours, il suffit de l'ajouter à l'OBV ... »
 

(5) Max Gunther (2005) - « The Zürich Axioms  »

 

« Such was the case with Joseph Granville (...) That is, when he said the market would go down, the prediction scared buyers out of the market - and it went down (...) This happened early in 1981, when Granville told his disciples to sell everything. The day after this famous warning was issued, the stock market fell out of bed - 23 points on the Dow. All of Wall Street said ooh and ah. What a powerful prophet was this Granville ! The plunge was brief but impressive while it lasted (...) Later in 1981, Granville launched another test of his prophetic power. His crystal ball told him the market would plunge again on Monday September 28 (...) Instead, the New York Stock Exchange that day scored one of the biggest price gains in its history, and a day later, markets in Europ and Japan followed suit » »
 

(6) Robert Prechter/Alfred Frost (1998) - « Elliott wave principle : key to market behavior »

 

Pages 177 - « Le cycle de 50 à 60 ans (54 en moyenne) de catastrophe et de renaissance était connu et avait été observé par les Mayas d’Amérique Centrale et par les anciens israélites. L'expression moderne de ce cycle est la ' grande vague ' des tendances économique et sociale, observée en 1920 par Nikolaï Kondratieff, un économiste russe. Kondratieff rapporta, dans la limite des données dont il disposait, que les cycles économiques des pays capitalistes modernes tendaient à répéter un cycle d’expansion et de contraction d’environ un demi-siècle. Ces cycles correspondent en taille à des vagues de Supercycle …»

 

Dans les pages qui suivent, les auteurs reconnaissent la Guerre Révolutionnaire de 1812, la dépression américaine de 1830, celle de 1840, la première et la seconde Guerre Mondiale, les Roaring Twenties (les Années Folles), la Guerre du Viet Nam, la récession pétrolière (1974-1975), ... parsemant leur propos de Cycles d'Elliott (Grand Supercycle, Supercycle, Cycle, ...)

 

(7) John Galbraith (1992) - « Brève histoire de l’euphorie financière »

 

Page 14 - « Plus tard dans l’année, en septembre [1929], Roger Babson, une personnalité en vue de l’époque, dont les multiples centres d’intérêt comprenaient la statistique, la prévision des marchés, l’économie, la théologie et la loi de la gravité, prédit expressément un krach et précisa : ‘ Il pourrait être terrifiant (…), les usines vont fermer (…) les ouvriers vont être jetés à la rue (…) le cercle vicieux va jouer à plein et le résultat sera une grave dépression économique ’ (…) La revue Barron’s écrivit qu’il ne pouvait être pris au sérieux par personne, vu l’inexactitude notoire de ses déclarations passées. La grande maison de Bourse de New York Hornblover and Weeks dit à ses clients dans une phrase qui sonnait fier : ‘ Nous n’allons pas vendre précipitamment nos actions à cause d’une prévision gratuite de forte chute du Marché par un statisticien connu ’. Même le professeur Irving Fisher de l’université Yale, le pionnier de la confection des indices, l’économiste le plus novateur de sont temps, se livra à de vives sorties contre Babson. Cela servit de leçon à tout le monde : il fallait se tenir tranquille et soutenir tacitement ceux qui se complaisaient dans leurs vues euphoriques »

 

(8) Burton Malkiel (édition 2005) - « Une Marche au Hasard à travers la Bourse »

(9) L'Expansion, le 21/11/1996 - « Pariez sur la mondialisation »

 

« Après deux très belles années, les marchés internationaux d'actions donnent maintenant quelques signes d'inquiétude. A Wall Street, l'analyste vedette Elaine Garzarelli qui avait prédit le krach de 1987 et su mesurer l'ampleur de la dernière hausse prévoit une chute de 15 à 25% avant la fin de l'année 1996. Selon elle, ' une légère augmentation des taux d'intérêt par la Banque Centrale suffirait à déclencher cette baisse ' (…) De plus, lorsque l'Amérique, par le passé à reconduit des présidents sortants, la Bourse est restée relativement morose. ' Quand un président est réélu, les cours sont orientés à la baisse dans 90% des cas pendant la première année de son nouveau mandat ' souligne Elaine Garzarelli … »

 

Ndla : de novembre 1996, où il ouvrit à 6.029,38, jusqu'en juillet 1998, ou il clôtura à 8.883,29, l'indice Dow Jones connut une période de hausse homogène pendant laquelle il progressa de ... 47,33% ! 

 




Illustration - Trader à ses graphiques


 
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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 22:55
 
 
Dans les années 1920, la spéculation à la hausse était si intense qu'on avait bon compte à emprunter pour acquérir des actions à Wall Street. Ce calcul paraissait si sûr qu'un grand nombre de candidats, alléchés, firent mouvement vers ce nouvel eldorado argentifère : les achats, qui catalysaient l'ascension des cours, permettaient de rembourser les crédits, et ainsi de suite, dans une cavalerie aux quatre fers dont nul n'opinait qu'elle pût pâlir. L'immobilier était au diapason : la Floride flambait littéralement, après qu'on se fut subitement avisé de ses vertus climatiques. L'opportuniste Charles Ponzi    - Les pyramides de Ponzi -
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(…) Robert Shiller compara la bulle Internet à la finance Ponzi ; avivée par les industries du courtage et de la gestion collective, l’enthousiasme hameçonnait de nouveaux clients, appâtés par la hausse des marchés. La durabilité du boom était attestée par des rabatteurs, convaincus ou convertis, économistes compris, qui menaient l’enrôlement des troupes. Les investisseurs accouraient en nombre, embrasant des cours déjà surchauffés. Le comble du cynisme fut atteint en dernier lieu, lors de la crise subprime aux Etats-Unis : au faîte des crédits risqués, les ultimes victimes furent les attributaires des prêts baptisés « Ninja ». La finance spéculative est la norme, la finance Ponzi est en flanc-garde (…)
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    - Boursonomics 17/02/2008 -
, déjà remarqué dans une combine pyramidale, y lotissait des marécages. Tout roulait à merveille, la mayonnaise montait. La hausse de la Bourse avait débuté en 1924, continué en 1925, avant de mollir en 1926, reprenant de plus belle en 1927 ; à partir de 1928, et surtout en 1929, le réel n'avait plus cours à Wall Street. On patinait à Central Park 1 !

Rien ne sert de maudire les Parques, les jours filés de soie ne durent jamais. Le désastre survint à l’automne, précipitant le pays dans une crise économique qui durera quinze ans avant que le réarmement, puis la guerre, n'inspirent une nouvelle prospérité. Et il faudra un quart de siècle avant que Wall Street retrouve le niveau des Roaring Twenties 2, sous la baguette de nouveaux magiciensLes maîtres enchanteurs

Quiconque acheta le Dow Jones ce 3 septembre 1929, fut mal inspiré. L’indice, qui avait congédié le réel de longue date, culmina en séance à 386,10 points, propulsé par la fascination qu’exerçait la grande opinion financière sur le commun : économistes et experts de tout poil avalisaient le boom, analystes et banquiers rameutaient le ban, et nul n’imaginait qu’un génie si partagé pût faillir. Ce qui advint est dans toutes les bouches : le krach emporta tout. A l’aube des années 1950, Wall Street n’avait repris que les deux tiers du terrain abandonné. Enfin, le 24 novembre 1954, vingt-cinq ans après le choc, Wall Street retrouvait le sourire et le niveau qu’on a dit (…)
, mathématiciens du risque, qui formulaient qu'on serait moins plumé. La méfiance envers les universitaires parut enfin s'apaiser, au gré des générations nouvelles, oublieuses de la morgue des experts qui avaient tant cautionné le boom. Outre des professeurs comme Irving Fisher (Yale) 3-1, ou Joseph Lawrence (Princeton) 3-2, la Harvard Economic Society 4 se couvrit de ridicule en clamant continûment la reprise, le krach à peine froid. N'importe ! Les faiseurs d'argent aiment à s'entourer de la sagesse et de l'autorité des gens de savoir pour s'attirer les faveurs du commun. Le trauma de 1929 fut un tel choc qu’on décida néanmoins de corseter les usages, renforçant partout la réglementation quitte à paralyser le système. Les banques, qui payèrent le prix fort d'avoir tant prêté, furent notamment visées par un Glass Banking Act autoritaire. Puis, le souvenir s'estompa. Le cycle de Charles Kindleberger se vérifiait, selon lequel un épisode spéculatif ne peut reprendre tant que le souvenir des désillusions persiste 5.

La déréglementation revint au goût du jour dans les années 1960, puis réellement dans les années 1970, quand les théories néoclassiques de l’école de Chicago, dopées par des mathématiques de concours, eurent de nouveau l’oreille du maître : allégée de ses oripeaux keynésiens, l’économie endossa de nouveaux habits de lumière, ceux du Tout-Marché, de la libre concurrence et du retour au privé ; la dérégulation, prélude à l'autorégulation, c'est-à-dire à l'absence de régulation, qui renforce en réalité le pouvoir de ceux qui l'ont déjà, toucha de plein fouet les Marchés boursiers. La haute finance ne hasarda pas ce regain d'empire et fit donner la cavalerie : on comprit vite qu'un demi-siècle de léthargie n'avait pas eu raison du goût immodéré de l'espèce pour l'enrichissement sans cause. D'insignes dévastations jonchèrent aussitôt les parquets, avec une cadence remarquable. D’autres sont à prévoir, ou à craindre, qui iront crescendo, tant la finance moderne a éclipsé l'économie réelle au lieu de la servir, jusqu'à la déposséder de ses meilleurs cerveaux, happés par de meilleurs salaires. Les innovations se mirent à pulluler, à l'avantage des banques, jusqu'à l'accidentSchuss bancaire

(…) L’apoplexie bancaire est une tradition américaine ancienne. Le krach de 1907, ou « Panique des banquiers », étrenna peu ou prou la propension de la profession à escamoter consciencieusement la ressource financière. Le trauma de 1929 fut à cet égard exemplaire, qui liquida près de 10.000 banques privées, parmi lesquelles nombre avaient jeté de l’huile sur le feu en prêtant à l'envi. La Reaganomics ne fut pas non plus parcimonieuse de thromboses bancaires, comme celle de la Continental Illinois en 1984, ou des Caisses d’Epargne dans les années 1990 qui coûta quelque 200 milliards de dollars au contribuable. La fête continue (…)
; à côté des Bourses mobilières, des marchandises et des monnaies, fleurirent alors les marchés d’indices, de taux d’intérêts,
de volatilité, et, plus généralement, les marchés à terme sur tout ce qui peut présenter un risque.

L’ingénierie financière a donné beau jeu aux spéculateurs : celui de pouvoir acheter sans argent et de vendre sans posséder toutes sortes d'actifs, réels ou présumés, promesses comprises, sur des marchés organisés. Cette tradition n'est cependant pas nouvelle, ni ne manque de précédents fâcheux : en 1630, la Hollande tout entière s'était levée, damnée par la folie des tulipes ; en 1720, la Banque Royale de John Law avait naufragé Paris et sa banlieue, tandis qu'à Londres, la Compagnie des Mers du Sud coulait à pic, allégeant au passage gros de la cassette de Sir Isaac Newton 3-3. Sacrés savants ! Physiciens, mathématiciens, économistes, c'est égal ! Bah, on se targue aujourd'hui de mieux juguler le risque grâce à des coupe-feu stricts d’engagement et de couverture : hélas, le propre des marchés dérivés
- Marchés dérivés -

(…) Thalès de Milet, mathématicien et philosophe grec, avait une très bonne connaissance des étoiles. Il aperçut un jour dans l’épais cosmos les auspices d’une récolte d’olives de bonne facture ; il réserva tous les pressoirs à huile des environs, à bon prix : il était le seul client. La récolte d’olives ne déçut pas : les pressoirs furent si recherchés qu’il put les sous-louer avec un copieux bénéfice à la clé. Aristote, qui conta cette anecdote, nous apprend que les contrats d’options étaient déjà utilisés à Athènes, connus à Rome et dans les colonies de marchands phocéens. Les produits dérivés ont aujourd’hui vampirisé les Marchés des promesses, sous la férule d’un génie financier inextinguible (…)

- Boursonomics 19/08/2006 -
, pour ne rien dire des meccanos de titrisation 6, est que la solidité du tout repose sur la solvabilité des plus faibles, comme en 1929, où ceux qui s'endettèrent à l'envi ne purent rembourser leurs crédits aux banques, qui ne purent rembourser leurs dépôts aux épargnants. Le risque illiquide et systémique n’est jamais loin quand les hommes sont si près ! Et sait-on en outre comment les « automates teneurs de marchés » ménageraient l'hallali ? Leurs maîtres ne seraient-ils pas tentés de ne plus lisser les écarts ni de suivre un élan fatal pour minimiser leurs pertes 7 ? Un bouton, tout au plus ...

La Seine a beaucoup coulé sous le Pont au Change, où balbutia la Bourse française, mais si les humeurs liquides de la première ont été plutôt contenues, celles de la seconde défient encore les démiurges du Marché. C'est ainsi : la réalité finit toujours par ruiner les illusions selon lesquelles tous les risques pourraient être marchandisés, avec l'espoir réitéré de les disséminer jusqu'à l'épargnant final. Cette chimère est le graal du monde de la finance, sans cesse remis sur le métier après que chaque embardée a démontré les carences des précédents modèles. Mais la spéculation guette toujours sa proie, et finit toujours par ruiner le système après l'avoir frauduleusement enrichi ! Oublions l’idée de marchés financiers au diapason économiqueHors du temps

(…) Les preuves ne manquent pas qui montrent combien les Bourses ne reflètent qu'épisodiquement la conjoncture. Et, quitte à heurter le chœur classique dont l’orthodoxie certifie la sécularité des Marchés et vaticine sans discontinuer sur la pertinence de leurs vues, rien ne paraît moins relié à la marche des entreprises et des nations que les Bourses : noyées de scolastique et d’assez de casuistes pour nous en rebattre avec la foi de l'Occident médiéval,  court-termistes de fait, oublieuses et sans mémoire, très éloignées de mettre en musique leurs propres compositions, rien n’échappe finalement mieux à leur sagacité que le réel (…)
 des entreprises et des nations : hedge funds, traders et nombre d'investisseurs n’ont d’autres horizons que le court terme, qui n’a rien à voir avec le pas des sociétés, plus besogneux. « Le marché nous demande des empires, mais dans le même temps, il faudrait s’interdire de réfléchir » 8. Ainsi les entreprises sont-elles diverties de leurs buts, calculant leurs projets à l’aune de la satisfaction actionnariale du lendemain, rachetant souvent leurs propres titres à ces mêmes fins. Il arrive aussi qu'elles ne résistent pas elles-mêmes aux charmes de la spéculation : en période d’euphorie, certaines firent sans doute des profits supérieurs à ceux de leur propre exploitation !

Le docte prechi-prêcha - L’art borgne de la divination -
─────────────────────────
(...) Voici les économistes, ceux qui savent, un pied dans l'argent et l'autre dans la science ; ils ont une réputation à défendre, la leur, et s’y appliquent avec précaution, où qu’on les apostrophe, mi-doctoraux mi-bonhomme, pour servir le point de vue de l’expert. Leurs dires sont assez constellés de graphiques pour être considérés, leurs hypothèses, quoique d'école, rassurantes, leurs allégations, à l'aplomb. On les cite à comparaître partout où se joue l’allegro de la doxa libérale et celui de la motivation des troupes. Ils professent avec autorité comme d’autres prêchent avec conviction. Il est néanmoins commun qu’ils se trompent avec constance, oubliant généralement de s'en repentir (…)
─────────────────────────
     - Boursonomics 25/05/2009 -
des faiseurs d'argent et d'opinion, qui vivent l'économie au second degré, finit toujours par stériliser l'esprit critique. Toute garde levée, les candidats accourent en masse pour secourir la victoire, et s'agglutinent. Voyez ces patineurs sur le lac gelé ; quelques audacieux se hasardent plus avant, plus loin ; d'aucuns sont maintenant au centre, qui tranquillisent les autres : la glace n'a pas rompu. Et tous de patiner hardiment, plus nombreux, plus assurés. Lorsque le sentiment de sécurité est à son comble, la glace cède 9.



 

 

(1) Patiner à Central Park - Source French Morning New York

 

Niché dans les rochers et les collines de Central Park, avec les gratte-ciel pour arrière-plan, le Wollman Rink est la patinoire la plus célèbre de Manhattan. C’est un don de la famille Wollman qui permit, dans les années 1950, de construire la patinoire et de remplacer les sorties aventureuses sur les plans d’eau gelés du parc.

 

(2) Roaring Twenties : les Années Folles
(3) John Kenneth Galbraith (1990) - « Brève Histoire de l'Euphorie Financière »

 

Page 79 - « Le plus important et le plus regrettable de ces sages universitaires était Irving Fisher de Yale, l’économiste le plus novateur de son temps. Lui-même gros investisseur en Bourse, il céda, lui aussi corps et âme à la pulsion de base du spéculateur (…) A l’automne 1929, il s’assura une célébrité durable avec sa conclusion largement rapportée dans les médias : ‘ Les cours des actions ont atteint ce qui semble devoir être un haut niveau permanent ‘ »

 

Page 79 - « Il y eut aussi d’autres formules optimistes en provenance de Harvard, des universités du Michigan et de l’Ohio, avec une mention spéciale pour un jeune économiste de Princeton, un certain Joseph Stagg Lawrence qui (…) fit ce commentaire (...) : ‘ Le consensus des millions de gens dont les estimations sont à l’œuvre sur cet admirable marché, la Bourse, c’est que les actions ne sont pas actuellement surévaluées (…) Où est donc le groupe d’hommes auquel son infinie sagesse donnerait le droit d’opposer son veto au jugement de cette multitude intelligente ? ’ »

 

Page 46 - « ' Je sais mesurer les mouvements des corps observa un jour Sir Isaac Newton, mais je ne peux mesurer la folie humaine '. Ni la sienne d'ailleurs. Il allait perdre 20.000 livres, ce qui ferait aujourd'hui au moins un million de dollars et probablement beaucoup plus, dans l'orgie spéculative qui arrivait »

 

(4) John Kenneth Galbraith (1954) - « La crise de 1929 »

 

Page 169 - « Le 2 novembre 1929, après la catastrophe, la Harvard Economic Society conclut que " la récession actuelle, à la fois des actions et des affaires, n'est pas le précurseur d'une crise des affaires ". Le 10 novembre, elle déclara qu'une " crise grave comme celle de 1920-21 est en dehors de toute probabilité ". Elle répéta son jugement le 23 novembre ; le 21 décembre, elle formula ses prédictions pour la nouvelle année : " Une crise semble improbable ; nous espérons une reprise des affaires pour le printemps prochain, avec une nouvelle amélioration à l'automne ". Le 18 janvier 1930 :" Des indications existent selon lesquelles la phase la plus grave de la crise est terminée " ; le 1er mars : " A en juger d'après les périodes antérieures de contraction, l'activité des usines est maintenant définitivement sur la route de la guérison " ; le 22 mars : " La perspective continue d'être favorable " ; le 29 mars : " La perspective paraît favorable " ; le 19 avril : " Vers mai ou juin, la reprise du printemps prédite dans nos lettres de décembre et novembre derniers devrait être clairement apparente " ; le 17 mai : " Les affaires prendront un virage favorable ce mois-ci ou le mois prochain, reprendront vigoureusement au troisième trimestre et termineront l'année à des niveaux nettement supérieurs à la normale " ; le 24 mai : " Les conditions continuent de justifier les prédictions du 17 mai " ; le 21 juin : " Malgré les irrégularités existantes, il y aura bientôt une amélioration " ; le 28 juin : " Les mouvements irréguliers et conflictuels des affaires devraient bientôt faire place à une guérison soutenue " ; le 19 juillet : " Des éléments fâcheux sont intervenus pour retarder la guérison, mais les faits indiquent néanmoins une amélioration substantielle " ; le 30 août : " La crise a perdu de sa force " ; un an plus tard, le 31 octobre 1931 : " Une stabilité aux niveaux actuels est nettement possible ". Peu après, sa réputation d'infaillibilité plutôt éteinte, la Société se saborda. Les professeurs d'économie de Harvard cessèrent de prédire l'avenir et reprirent leur robe d'humilité ».


(5) Charles Kindleberger (1978) - « Histoire mondiale de la spéculation financière »
(6) Benoît Tonglet (2003) - « Systèmes d'innovations chroniques d'intégration ordinaire »
 

Pages 126-127 - « La titrisation est généralement perçue comme une innovation financière qui ne possèderait que des aspects positifs : elle libère du capital, aide les banques à mieux gérer leurs actifs et leurs passifs, permet de mieux gérer les risques, etc. (...) Ce type d'innovation comporte cependant un certain nombre de points négatifs (...) Alors qu'il y a de très nombreux avantages pour les banques à s'engager dans les activités de titrisation, ces activités peuvent pourtant augmenter leur profil de risque général (...) Les banques font davantage confiance aux spéculateurs pour leur amener des fonds, à satisfaire leurs besoins en liquidité (..) Les innovations financières, tout comme les autres formes d'innovation, sont généralement motivées par le profit. De plus, les innovations sont faites pour compléter et occuper les marchés. La titrisation correspond tout à fait à ce genre de déterminant ». 


(7) Pierre-Noël Giraud (2001) - « Le commerce des promesses »
(8) De Henri Proglio, PDG de Veolia, cité par Le Figaro Economie, le 18/09/2006
(9) Parabole empruntée à Jean-Marie Albertini - CAES Magazine N°74, printemps 2005


 
Illustration : Ice skating - Clipart extrait du site Educationnal Technology Clearinghouse (ETC)
 
 
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    Louis-Philippe de France, né d’Orléans aura été le second 1 , et donc le dernier roi des Français, dirait-on-mieux, de quelques Français. Certes, mille ans de monarchie héréditaire avaient montré combien l’Ancien Régime considérait peu ceux qui n'étaient...
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    Isaac Newton fit cette admirable promesse que le monde suivait une trajectoire déterministe, puis se fit ironiquement plumer dans le naufrage de la Compagnie des Mers du Sud en 1720. N’importe, cette fièvre de l’absolu étreignit les meilleurs esprits,...
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    Le brasseur Scottish & Newcastle attirait les convoitises de longue date, entre autres celles du danois Carlsberg et du néerlandais Heineken 1 , mais au printemps 2007 sa capitulation n’était pas encore à l’ordre du jour. La City regrettait le millésime...
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    Tim Geithner fut adoubé sans veillée d’armes et séance tenante : sitôt connue, sa nomination au Secrétariat au Trésor fouetta le Dow Jones, qui s'enchérit de 11,8%, sa plus forte marche en avant sur deux jours depuis 1987 ! Les banques, sévèrement éprouvées,...